L’enseignement de la Section du paysage et de l’art des jardins

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Chapitre 2

L’enseignement de la Section du paysage et de l’art des jardins

La renaissance (1956-1968)

 

Version du 1er juillet 2018

 

Dès janvier 1956, un projet de réorganisation de la Section est présenté. Il prend acte de la régression du nombre de candidats (un seul à la rentrée de 1955), de la baisse du niveau (au-dessous du bac pour certains) et de la désaffection des ingénieurs horticoles (aucun depuis 1954). Le conseil des enseignants propose que la Section devienne une section d’application du paysage et de l’art des jardins en un an, réservée aux ingénieurs horticoles, agricoles et agronomes (et aux architectes) sans concours. Et que la Section soit remplacée par des sessions de formation accélérée de 10 mois recrutant sur titres, l’accès au titre de paysagiste par le concours en loge restant dans les deux cas inchangé.1

Le conseil est partagé entre plusieurs avis : les exigeants comme T. Leveau qui pense qu’il faudrait former au moins 20 paysagistes par an en privilégiant les élèves des Beaux-Arts ; les pragmatiques (R. Puget) qui proposent de faire connaitre les paysagistes par des expositions et des albums, et les réalistes (A. Audias et R. Brice) qui savent que le ministère de la Reconstruction et du Logement ne prévoit pas d’honoraire pour les paysagistes. Puisque, rappelle M. Cumenge, l’État ne finance pas la création des espaces verts. Sans compter que l’amicale des directeurs de jardins de villes « s’oppose toujours à associer le titre de paysagiste à celui d’ingénieur horticole » (p. 5). Mieux vaut, insiste A. Audias, résigné, « préparer de bons techniciens plutôt que la formation de cadres qui auraient du mal à trouver un emploi ».

À la fin de l’année scolaire 1955-56, six élèves de deuxième année (dont P. Roulet, D. Collin et A. Spake) sont certifiés. Après avis des autres instances de l’ENH, la Section se prépare à fonctionner les années suivantes à deux niveaux : la reconduction de la formation en deux ans (non modifiée) et la création d’une sous-section de stagiaires en 10 mois.

Une lente remontée

À la rentrée 1957, sept candidats sont recrutés dont Jacques Simon qui formera dix ans plus tard Michel Corajoud. Les enseignements dits théoriques (les cours) sont concentrés en première année et les ateliers en seconde année. L’année suivante (en octobre 1958) neuf candidats se présentent et huit, tous bacheliers, sont retenus2. Deux anciens auditeurs de l’ENH sur quatre sont également sélectionnés comme stagiaires3. Le niveau d’étude, malgré les plaintes récurrentes des enseignants d’ateliers, semble remonter ainsi que le nombre d’auditeurs à l’ENH (11). Cette nouvelle organisation oblige les enseignants d’ateliers à diminuer le nombre de projets et à augmenter leur temps de travail. Les travaux d’ateliers en première année passent de 16 à 9 et en deuxième année les projets sont réduit à trois. Mais le taux de vacation apparait de plus en plus insuffisant aux enseignants.

À la fin de cette année scolaire (juin 1959), où J. Pasquier (IH 35) a remplacé le sous-directeur M. Miège, la satisfaction des enseignants est très variable surtout en ateliers : pas assez de travail, assiduité irrégulière, lenteur des projets, travail en amateurs : « Ils n’accrochent pas ». T. Leveau pense que deux années ne suffisent pas mais d’autres (H. Thébaud) rappellent que « il ne peut y avoir de génies tous les ans ». Car J. Simon se distingue déjà « par des travaux qui sont presque ceux d’un professionnel ». Les responsables d’ateliers (MM. Leveau, Puget, Audias) se mettent néanmoins d’accord pour rédiger une plaquette de propagande : « Le paysagiste dans la vie moderne ». Il faut faire connaitre la Section aux candidats potentiels.

À la fin de cette année scolaire 1958-59, l’effectif global des élèves paysagistes (stagiaires compris), qui a atteint 17 et celui des auditeurs 11, soit 28 élèves, a plus que doublé en trois ans. Les ingénieurs horticoles (3) sont revenus et la plupart des autres étudiants ont obtenu un bac philo ou sciences expérimentales. La moitié des auditrices sont des femmes, mais les candidats des Beaux-Arts sont rares (1).

Premiers changements

À la rentrée de l’année 1959, Etienne Le Guélinel, qui assistait régulièrement aux conseils d’administration de l’ENH depuis 15 ans comme représentant du préfet, remplace Jean Lenfant. Sur les 12 candidats à la Section, 6 ont été admis en octobre 1959 dont deux ingénieurs horticoles et quatre femmes4.

Dès le conseil du 6 novembre, le nouveau directeur déplore les absences trop nombreuses « qui laissent supposer un travail insuffisant de la part des élèves. On a l’impression que, pour beaucoup, la Section n’est qu’un port d’attache et qu’ils ont d’autres activités en dehors d’elle »5 . Il souhaite supprimer la jeune section des stagiaires. Ce qu’approuve le Conseil …

Après quinze années de fonctionnement, un autre changement dans la Section est annoncé : le remplacement possible de T. Leveau6 par J. Sgard, un des premiers diplômés de la section, néanmoins considéré comme « trop jeune pour cette importante fonction ». Il serait « très bien pour les cours théoriques, mais manque de métier pour les corrections ». Le nom d’Henri Brison7, professeur à l’école du Breuil est avancé, ainsi que celui de D. Collin.

Un an après, lors de la réunion du 2 décembre 1960, il est décidé de faire appel au célèbre architecte, paysagiste et urbaniste Jacques Greber (1882-1962) -en dépit de son âge- pour cinq conférences, et à nouveau pour un cours « étoffé » d’architecture et de composition à T. Leveau qui aurait pourtant aimé laisser la place à de plus jeunes. Les corrections d’ateliers seront confiées à A. Audias (pour la composition), à H. Thébaud (pour les techniques) et à R. Puget (urbanisme). G. Lysensoone (sols sportifs), démissionnaire pour raison de santé, est remplacé par son collaborateur M. Thomas. Lucien Sabourin, professeur à l’école du Breuil, prend en charge à la place de H. Thébaud l’enseignement de l’utilisation des végétaux8.

Parallèlement à ces premiers changements, les effectifs restent stables : 7 candidats admis9 sur 13 en première année (plus 7 auditeurs libres) et 6 élèves (plus une auditrice) en seconde année. Mais J. Pasquier pense que le nombre de candidats qui s’est accru légèrement passera à 20 en 1961, notamment avec des ingénieurs horticoles et agricoles.

La demande de paysagistes par l’État commence à être sensible : un auditeur M. Sisco a été présenté officiellement par le chef du service spécial des autoroutes. R. Puget transmet l’intérêt du ministre de la Reconstruction pour que : «le paysagiste, dans les grands travaux d’aménagement, intervienne déjà au stade de la conception » (p.4). L’Agence de l’arbre récemment créée par ce même ministre de la Reconstruction est un gisement d’emplois pour les paysagistes selon le directeur.

Un autre indice de ce « frémissement » de l’intérêt porté à la Section est donné par l’effectif de première année qui passe à 14 (autant d’élèves réguliers que d’auditeurs français et étrangers). D’autant plus que l’ENH qui va devenir ENSH l’année suivante envisage de créer une spécialisation en troisième année. La première année de la section pourra-t-elle faire office de spécialisation des ingénieurs ?10

Les enseignants changent …

Alors que l’ENH devient ENSH par le décret du 20 juin 196111, la Section recrute à la rentrée 1961-62, sept nouveaux élèves dont trois femmes et un ingénieur horticole12. Elle en certifiera cinq après deux ans d’études (dont M. Viollet)13.

À la fin de cette année scolaire, plusieurs changements sont notables : la disparition de H. Brison et J. Gréber (potentiels enseignants), le départ de M. Cumenge, professeur de droit (qui sera remplacé par P. Rossilion de l’agence foncière et technique de Paris), et celui de R. Enard (remplacé par Jacques Cordeau, professeur de dessin au lycée C. Bernard à Paris).

Se pose, entre autres, le problème des notes éliminatoires notamment en « projet technique », matière qui relève, soutient J. Pasquier, « d’un examen général ». Elles interdisent d’obtenir le diplôme. Le conseil demande à ce que le changement de notation de cette matière soit porté à la connaissance des élèves. Il accepte également que des jeunes paysagistes14 viennent en 2e année « aider les élèves dans l’étude et la réalisation de leurs travaux » (proposition de Daniel Collin15 et Jean-Pierre Bernard). Une concurrence semble cependant se dessiner entre ces nouveaux enseignements et le temps consacré aux maquettes (H. Thébaud).

L’augmentation des admis en octobre 1962 semble possible avec 18 candidats annoncés dont 4 ingénieurs horticoles. Mais la sélection ne confirme pas cette amélioration hypothétique. Six sont admis en première année dont un ingénieur horticole et 4 femmes16.

Au bout d’un an la situation de l’enseignement ne semble pas meilleure. À la rentrée de l’année scolaire 1964-1965, 9 élèves sont pourtant admis17.

H. Thébaud va être amené à démissionner pour raison de santé. Plusieurs élèves de première année posent des problèmes de résultats insuffisants (surtout en dessin) ou de discipline (fraude). Néanmoins sept élèves de deuxième année sur huit classés sont proposés au certificat d’études et l’expérience d’accompagnement des élèves de deuxième année par de jeunes praticiens semble fructueuse et à pérenniser18.

À la fin de l’année scolaire 1963-64, le conseil des enseignants a été significativement renouvelé. MM. Saint-Maurice, Sgard, Sabourin, Thomas, Cordeau sont nouveaux. Les piliers de la section A. Audias et T. Leveau, à l’exception de J. Hugueney, sont toujours en activité mais absents du conseil de fin d’année. Les étudiants de 1ére année sont devenus « assidus » quoique de « valeur moyenne », mais ceux de deuxième année « manquent tous de formation esthétique, et d’aptitude à la maquette-esquisse,  » (J. Sgard), et « de formation technique » (A. Audias par la voix de J. Pasquier). L’obligation de l’assiduité à l’atelier est encore assouplie avec la réserve d’une présence des élèves quand l’enseignant est présent … « même inopinément… ». (p. 3).

La renaissance

La rentrée d’octobre 1965 marque une transition importante. De nouveaux noms apparaissent (comme invités) dans le conseil des enseignants dès juillet 1965 (B. Lassus, P. Harvois, P. Lemattre, acteurs impliqués dans la réforme de l’enseignement de la Section (voir chapitre 3), réforme qui n’est pas ou peu évoquée dans les débats des conseils d’enseignants. Comme s’ils ignoraient qu’un projet d’institut du paysage et des jardins était en gestation depuis au moins un an…

La sélection du concours a retenu 11 candidats sur 23 inscrits, chiffres jamais observés depuis 194619.

La pédagogie (et la propagande devenue publicité) évolue : possibilité d’une présentation collective des travaux d’élèves en première année, hors de l’école à Versailles (J.-C. Saint Maurice), attribution souhaitée de médailles comme à l’école des Beaux-Arts (T. Leveau), intervention dans les jurys de personne extérieures (J. Hugueney), variation des coefficients en fonction du stade du projet (de 1 pour l’esquisse à 10 pour le projet complet), candidature (exceptionnelle) d’un élève ingénieur de l’Institut national agronomique de Paris …

À la rentrée 1966, deux sélections sont organisées (comme les années précédentes).

La première s’adresse aux candidats à la classe préparatoire (les auditeurs). Il comporte une journée d’épreuves de dessin d’imitation et de composition, et deux journées d’ « interrogations orales » (aujourd’hui on parlerait d’« entretiens avec un jury »).

La seconde concerne 22 candidats à la Section, tous bacheliers ou équivalents, qui sont classés. Les dix premiers sont retenus, dont huit femmes20.

S’ajoutent désormais à l’admission sur concours à la Section, quatre élèves ingénieurs horticoles (recrutés initialement à Bac + un à deux ans) pouvant désormais entrer sans concours en 3e année de spécialisation paysage, comme auditeur. Cette formation est confondue avec la 1ére année de la Section. Il en est de même pour un ingénieur élève de l’INA de Paris Philippe Treyve21. La Section en première année comporte désormais 14 élèves après une sélection portant au départ sur 47 candidats22.

Le concours commençant à jouer son véritable rôle de sélection des élèves recherchés, le conseil, notamment R. Puget, J.-P. Bernard et J.-C. Saint-Maurice, insiste à nouveau sur « l’intérêt d’avoir un plus grand nombre de candidats », d’intensifier la publicité et d’augmenter les moyens et les contenus de l’enseignement. En fait personne ne sait combien de paysagistes il faudrait former à moyen terme, ni quelle politique pédagogique nouvelle adopter. Mais chacun en a une idée.

Pour améliorer les contenus de l’enseignement, J. Sgard propose les cours d’écologie végétale de J. Montégut (ENSH) « discipline utile aux paysagistes », L. Sabourin des carnets de visites et des cours de sylviculture, R. Puget des carnets de croquis notés, J. Hugueney des échanges avec des professeurs étrangers, et B. Lassus des exercices d’expression orale et écrite et des conférences de sociologie des métiers. Tous conviennent avec A. Audias qu’au bout de vingt ans d’enseignement, « il y a lieu de le modifier pour tenir compte des changements survenus depuis cette époque dans la profession de paysagiste, …et notamment de boucher des trous en prévoyant des enseignements dont la nécessité ne se faisait pas sentir en 1946 » (p. 5).

Dès le conseil suivant de juin 196723, de nouveaux enseignants apparaissent : Jacques Montégut, ingénieur agricole (Grignon), maître de conférences en physiologie et écologie végétale à l’ENSH, et Gilbert Samel, jeune paysagiste DPLG, recruté pour coordonner les ateliers de première année. Le problème du niveau nécessaire pour recevoir le diplôme de paysagiste DPLG est à nouveau abordé car la faiblesse majeure est identifiée surtout en « composition ». Alors que les ingénieurs sont mieux notés, car ils savent mieux s’exprimer, ce qui, précise B. Lassus, est renforcé par le dessin de communication, alors que G. Samel, pense que cet avantage peut s’inverser en deuxième année au profit des plus créatifs. L’organisation plus rationnelle de la préparation au concours est devenue désormais, selon J. Pasquier, un enjeu essentiel pour élever le niveau des élèves. On pourrait également ajouter une année de plus, comme le propose au même moment la commission de réforme de la Section.

Le décollage

La rentrée de l’année scolaire 1967-68 marque une nouvelle étape du développement de la Section24. D’abord 4 enseignants titulaires de l’ENSH entrent dans le conseil de la Section, Pierre Bordes et Jean-Marie Lemoyne de Forge (topographie et génie hydraulique), Maryvonne Gallien (Protection des végétaux), Alfred Anstett (sciences des sols) auquel s’ajoute un ingénieur en chef du Génie rural et des eaux et forêts M. Valette. Ensuite la sélection du concours s’est accrue avec 48 candidats. 10 postes ont été proposés au recrutement externe et 5 aux ingénieurs de l’ENSH. En fait 13 seront recrutés dans le premier cas, ce qui porte l’effectif à 19 élèves en première année25 et 13 en seconde.

Enfin, l’enseignement préparatoire au concours est totalement réorganisé (il était resté « à la carte ») au cours des années suivantes. C’est donc en mobilisant A. Anstett (sciences du sol et fertilisation), J. Montégut (connaissance de la végétation et écologie), J.-M Lemoyne de Forges (hydrologie et hydraulique théorique), M. Gallien (Nuisances et pathologies), R. Puget et P. Roulet (matériaux de l’art des jardins), et M. Valette (sciences forestières), soit une dizaine de disciplines nouvelles en formation préparatoire et cinq au cours de la formation que les domaines scientifiques entrent en force dans les programmes d’enseignement.

Une grande partie des enseignants de l’ENSH et de la Section en 1967 (Fig. 1, 2, 3) sera reconduite, huit ans après, dans leurs fonctions au moment de la création de l’ENSP en 1975.

 


Fig. 1 : Les enseignants de la préparation au concours de la Section (1967-68)

 

 Fig. 2 : Les enseignants de la première année de la Section (1967-68)

 

Fig 3 : Les enseignants de la seconde année de la Section (1967-68)

 

Conclusion

En vingt ans, le nombre d’enseignants et le temps d’enseignement ont doublé, et le nombre d’élèves a triplé, sans modifier sensiblement les disciplines enseignées et la nature de la pédagogie de cours et d’applications.

Les deux recrutements, d’ingénieurs et de non ingénieurs, se sont développés en parallèle jusqu’au dernier concours en 1972. Les formations ne vont plus viser, comme au début de la Section, les emplois publics des ingénieurs de ville et le marché privé de l’architecture des jardins, mais explicitement les nouveaux métiers de la conception du paysage et de l’espace public dans le cadre de l’aménagement des territoires urbains et ruraux.

Cette nouvelle orientation est liée aux changements de génération des enseignants et à l’émergence de nouveaux marchés porté par les politiques publiques (logements, routes et autoroutes, tourisme littoral et montagnard …). J. Sgard, autant urbaniste que paysagiste, défend avec l’architecte urbaniste R. Puget la politique renouvelée des plans de paysage (en fait d’ « urbanisme paysagiste » avant la lettre26), alors que les plus jeunes comme J.-C. Saint-Maurice et P. Roulet, héritiers de A. Audias, A. Riousse et T. Leveau, s’attachent à la composition des espaces verts des ensembles urbains. De son côté le plasticien B. Lassus, appelé par J. Sgard, montre l’intérêt des recherches innovantes sur les approches visuelles des paysages. Cette renaissance de l’enseignement ne peut être dissociée du projet d’institut du paysage (1970-72) avec lequel se confondent les dernières années tumultueuses de la Section (chapitre 3).

Cette évolution a plusieurs conséquences. La durée des études après le bac -en 1947 d’un an à la Section et de quatre ans pour les ingénieurs – s’accroit : un à deux ans de préparation dans les lycées ou d’un an comme auditeur à l’ENSH, 3 ans à l’école pour les ingénieurs, deux ans pour les élèves de la Section, et 2 à 6 années (voir plus) avant le concours en loge, soit au moins six années d’études scolaires. Durée qui sera maintenue à l’ENSP jusqu’à la réforme des études supérieures à 5 ans après le bac, de 2015.

L’accès à la Section devient de moins en moins unitaire comme dans les classes préparatoires, scientifiques ou littéraires des lycées. La Section cherche à recruter des profils différents, à la fois des ingénieurs biotechniciens (horticoles et agronomes), des élèves des écoles des Beaux-Arts et des Arts Décoratifs, et toutes les personnes ayant un potentiel créatif et imaginatif s’exprimant par le dessin et la maquette. L’arrivée des enseignants scientifiques de l’ENH en 1968, puis leur reconduction en 1975 dans la jeune ENSP, va bouleverser, à la faveur du contexte réformiste de l’après 1968, cette singularité patiemment construite en 20 ans.

Pierre Donadieu

Mai 2018

 

Bibliographie : Voir celle des autres chapitres

 

Notes

1 Projet de réorganisation de la Section du paysage et de l’art des jardins , 23 janvier 1956, 3 p., PV du Conseil des professeurs.

2 11 élèves, entrés en 1958, ont, selon l’annuaire AIHP de 2011, obtenu le titre de paysagiste DPLG : 6 IH dont Allain Provost, Pierre Carcenac de Torre et Jelal Abdelkefi de nationalité tunisienne et 5 non IH (dont A. Vergely et A. Szumanska). Deux à trois ans pouvaient s’écouler entre la fin des études d’ingénieurs et l’entrée dans la Section.

3 PV du 7 juillet 1958

4 Deux (ou trois) élèves obtiendront le titre de paysagiste DPLG, annuaire AIHP, 2011.

5 P. 2

6 T. Leveau était architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, urbaniste en chef honoraire et paysagiste DPLG (en-tête de lettre du 29 juin 1964).

7 IH37, dplg, ingénieur divisionnaire de la ville de Paris. Il disparaitra accidentellement en 1962 .

8 PV du 2 décembre 1960. L. Sabourin (1904-1987), autodidacte, était moniteur chef à l’école du Breuil en 1931. Il dirigea le Fleuriste municipal d’Auteuil en 1959 et devint le trésorier de la SNHF. D. Lejeune (https://www.hortiquid.org/questions/lucien-sabourin/

9 Dont un ingénieur horticole. Trois obtiendront le titre de DPLG dont Michel Viollet, annuaire AIHP, 2011.

10 PV du 29 juin 1961, p. 4.

11 Dans le décret du 20 juin 1961, il est précisé à l’article 15 que L’ENH qui devient ENSH « comporte une section spéciale du paysage et de l’art des jardins, destinée à former des paysagistes DPLG ». Ce diplôme-titre reconnait le même titre -DPLG- que les architectes et les géomètres. Ce qui ouvrait aux paysagistes une meilleure visibilité professionnelle.

12 Trois des nouveaux recrutés obtiendront le titre de DPLG, dont Caroline Mollie et Pierre Carcenac de Torne (IH 58).

13 PV du 2 juillet 1962, p. 3

14 Cette décision concernait J.-B. Perrin (plans d’espace verts et urbanisme), P. Roulet (espaces verts et habitats collectifs), J.-C. Saint-Maurice (jardins d’usines) et J. Sgard (plan régional de paysage). Lettre de D. Collin à E. Le Guélinel du 1er aout 1962.

15 D. Collin était président de l’association amicale des anciens élèves de la Section Paysage.

16 Aucun (e) n’obtiendra le titre de paysagiste DPLG.

17 Dont aucun ingénieur et 5 femmes, et parmi d’autres Pierre Dauvergne et Pierre Pillet. Sept obtiendront le titre de paysagiste DPLG.

18 PV du 2 juillet 1963.

19 PV du 17 novembre 1965. Dont 6 femmes. Parmi eux, six sur 11 obtiendront le titre de paysagiste DPLG, notamment Paul Clerc et Marguerite Mercier.

20 Parmi eux, six obtiendront le titre de paysagiste DPLG, dont A. Levavasseur, J.-P. Pinson, Hélène Huber et Claude Faucheur. L’effectif maximum a été fixé à 11 (PV du CE du 1er juillet 1966), mais aucun texte ne le limite.

21 Il est le fils de Jean-François Treyve, paysagiste DPLG (SP 52), et jouera un rôle actif dans le premier projet d’institut du paysage et la mise en place du CNERP (chapitre 1).

22 PV du 16 novembre 1966.

23 PV du 30 juin 1967, 6 p.

24 PV du 6 décembre 1967, 8 p.

25 Parmi eux 7 femmes. Sur les 14 élèves non ingénieurs, 7 obtiendront le titre de paysagiste DPLG.

26 Le mot vient des Etats-Unis (landscape Urbanism) à la fin des années 1990 avec les travaux de l’architecte Charles Waldheim.

Les débuts de la Section du paysage et de l’art des jardins

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Chapitre 1

Les débuts de la Section du paysage et de l’art des jardins

(ENH Versailles, 1946-1956)

La naissance

 

Version provisoire du 2 juillet 2018

 

De la parution du décret de création de la Section en décembre 1945 à la rentrée de l’année scolaire 1959-60, Jean Lenfant était le directeur de l’ENH dont dépendait la Section du paysage et de l’art des jardins1. Trois fois par an au moins, il présidait le « conseil des professeurs » de la Section qui réunissait un effectif à peu près constant de 9 à 12 enseignants vacataires. Il était assisté par le directeur des études de l’ENH (successivement MM. Khalifa, Miège et Pasquier) qui en était le secrétaire2. Sa première réunion eut lieu le 11 janvier 1947 après la première rentrée scolaire en octobre 1946.

Au cours de cette période pionnière, certains enseignements de la Section étaient très proches des formations techniques de l’École nationale d’horticulture (ENH) où existait une chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme de 1934 à 19513. D’autres en étaient cependant très éloignés du fait de l’introduction d’ateliers de projets sur le modèle de ceux de l’École des Beaux-Arts à Paris.

L’organisation pédagogique de la Section était semblable à celle de l’ENH. Le règlement intérieur était le même. Mais les deux formations étaient indépendantes, avaient des conseils des professeurs différents et n’entretenaient pas ou peu de relations sauf dans le domaine de la préparation en dessin des ingénieurs au concours d’entrée à la Section.

Chaque semaine, à l’emploi du temps de la Section, étaient indiquées les matières enseignées et les enseignant concernés. Le libellé des matières et l’identité des enseignants ont peu changé avec les années pendant la période considérée.

Il n’y avait pas de chaire d’enseignement comme à l’ENH.

La dénomination du regroupement des enseignements utilisée est anachronique car elle n’est apparue qu’à la faveur des projets d’institut du paysage notamment le premier à la fin des années 1960 (cf Chapitre 3).

Ce texte, fondé sur les procès-verbaux des conseils d’enseignants, présente d’abord une courte histoire des dix premières années de l’enseignement, puis les différents enseignements et enseignants.

 

Les premiers conseils des professeurs (1946-56)4

Une formation courte, à la fois proche et éloignée de celles des ingénieurs

Le 11 janvier 1947, le premier conseil réunit 12 enseignants vacataires dont l’expérience pédagogique concernait seulement le début de l’année scolaire 1946-47. Ils n’intervenaient pas à l’ENH dont il ne sera pratiquement jamais question par la suite, alors que l’architecte de jardins Ferdinand Duprat y anime une chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme dont il est le professeur titulaire depuis 1934 et a joué un rôle important dans la création de la Section.

Quatre sont fonctionnaires (M.Charageat, R. Puget, R. Enard, M. Jeanneteau) et les autres ont une activité libérale dans leur « cabinet » (agence). Les deux statuts pouvaient se combiner comme dans le cas de F. Duprat.

La première formation se déroule pendant une année après une sélection qui avait recruté six étudiants : P. Mas, E. Mauret, P. Carré, L. Gendre, M. Béjot et J. Challet. Tous sont des ingénieurs diplômés de l’ENH.

La formation avait été installée dans « des locaux détournés hâtivement de leur utilisation première », sans matériel d’enseignement et sans direction des études5. Les enseignements proches n’ayant pu être coordonnés, J. Lenfant demande à un groupe d’enseignants (M. Charageat, A. Riousse, M. Durand et M. Jeanneteau) d’étudier les programmes afin de réduire ou d’éviter les points redondants.

C’est l’architecte de jardins et urbaniste André Riousse qui est chargé « à l’unanimité » de diriger les ateliers, c’est-à-dire « de répartir dans le temps les travaux de projets et d’esquisses demandés aux élèves »6. Cependant « la correction de ces travaux est confiée à une commission de professeurs  : A. Riousse (composition), R. Brice (Techniques), R. Puget (urbanisme) et A. Audias (sites et paysage) ».

Le débat du conseil montre que les enseignants ont besoin de la pédagogie des « applications ». Soit des projets ou des exercices en ateliers (ou non) pour « appliquer » le cours, soit des illustrations concrètes grâce à des visites en région parisienne et au-delà. Il indique également -ce qui sera ensuite récurrent- que le niveau de la sélection en dessin doit être plus exigeant et qu’une préparation au concours devra être prévue les années suivantes. En dépit du faible nombre d’étudiants, la création « d’une chaire » avec un professeur titulaire est demandée au ministère de l’Agriculture ainsi que la nomination d’un secrétaire-surveillant et d’un directeur des études7.

En reprenant le modèle de l’ENH, l’évaluation des cours prévoit un examen général au moins pour chaque enseignement. J. Lenfant introduit un examen de synthèse à la sortie (coefficient 2) et une vraie notation de 0 à 20, visiblement pas utilisée avec la rigueur attendue.

La formation étant jugée trop courte, le conseil demande, pour que le titre de paysagiste soit attribué8, qu’un stage de deux ans soit effectué après la scolarité et de « poursuivre des travaux d’esquisses et de projets (un par trimestre) » sous le contrôle de l’école. Si bien que « selon les résultats obtenus, il leur sera délivré soit le diplôme de paysagiste, soit un certificat de scolarité ».

Dans la seconde réunion du conseil du 25 mars 1947, l’organisation de la « propagande » de la Section en vue du concours est précisée. A. Audias a publié un article dans la revue « Le maître d’œuvre de la reconstruction » et des « notices » seront distribuées à la foire de Paris.

Revenant sur la question de la préparation au concours des ingénieurs, il est envisagé de demander à F. Duprat, professeur d’architecture des jardins à l’ENH, de l’organiser avec M. Le Boul, professeur de dessin. Le délicat problème des stages et de leur suivi (en région parisienne) est posé et le système d’évaluation de la formation est complété, sur proposition du professeur Lysensoonne, par un dossier technique du dernier projet, et « un rapport sur un travail personnel choisi par l’élève ». En même temps la SNHF fait savoir que le concours en loge qu’elle organise en mai sera ouvert aux élèves stagiaires de la Section. Enfin la confection de polycopiés (MM. Durand, Lysensoonne, Audias) est approuvée, à la demande des élèves et aux frais de l’école.

Une formation pionnière mais précaire

Dans la troisième réunion du 1er juillet, le problème le plus préoccupant pour J. Lenfant, c’est la difficulté de recrutement malgré « la propagande » faite dans les lycées et collèges, dans les services agricoles de France et d’Afrique du nord et à la foire de Paris. Aucune des vingt demandes de renseignement parvenues à l’école ne concerne des candidats au niveau requis. Aucun élève ingénieur de 3e année de l’ENH n’a été candidat, car beaucoup ont été recrutés au Maroc après leur voyage de fin d’études. Aucun détachement d’ingénieur fonctionnaire n’a été accepté dans les administrations.

Le verdict du conseil est sans appel : le niveau exigé est trop élevé (le bac est demandé) et les matières techniques horticoles dissuadent les bons candidats (les élèves de l’École des Beaux-Arts notamment). Si bien que les enseignants demandent au directeur de l’enseignement au Ministère d’autoriser «  les candidats non bacheliers et non titulaires des diplômes des grandes écoles à prendre part au concours, …, et d’agir pour permettre le détachement (d’un an pour formation) des ingénieurs divisionnaires des parcs et jardins de la ville de Paris sans modification de traitement ».9 La suppression des connaissances en horticulture du concours est également recommandée, mais en prévoyant ensuite « un cours d’horticulture pour pallier l’insuffisance des élèves en cette matière ». Il est même envisagé de réserver aux meilleurs élèves le diplôme de paysagiste et de créer un diplôme d’aptitude professionnelle pour les autres pour des emplois moins qualifiés « contremaitre, chef de chantier, entrepreneur de jardins »10.

Par ce même courrier est sollicité un financement pour augmenter le nombre de cours qui passera de 169 à 180 (un cours = 1h 30). Car l’insuffisance de la formation en un an apparait évidente dans la mesure où l’École veut apporter les qualités professionnelles suffisantes d’un concepteur, distinctes de celles d’un entrepreneur et complémentaires de celles d’un ingénieur.

L’enjeu des débouchés de la formation est souligné par R. Puget qui demande « de classer la Section du paysage sur la liste des écoles dont les diplômes ouvrent l’accès aux fonctions administratives ayant trait au paysage et à l’art des jardins » (p. 3), notamment au ministère de l’urbanisme11.

Face au problème des stages pour les six élèves, les enseignants ayant des agences ou des laboratoires ou en contact avec des services administratifs (MM. Riousse, Lysensoone, Puget) vont innover en accueillant les premiers stagiaires.

Le premier barème de coefficients des matières adopté en mars paraissant peu adapté, le conseil en adopte un nouveau (de 1 pour l’urbanisme et l’histoire de l’art à 3 pour la composition, sans oublier l’assiduité et la conduite déjà problématique : 2), et supprime l’examen de sortie.

À la fin de cette année, les cours, qui représentent environ 250 heures, n’occupent qu’un petit tiers de l’emploi du temps, le reste (450 heures au moins) étant consacré aux ateliers pratiques, aux applications et aux visites. Ils font la part belle à l’histoire (60 h) et aux techniques de travaux (35 h), mais reste d’importance modeste en urbanisme (15 h) et en constructions des sols (12 h).

La première évaluation des étudiants, discutée le 12 juillet, fait apparaitre les premiers problèmes de notation. Si Pierre Mas et Elie Mauret se classent en tête avec plus de 15 de moyenne, Jean Challet avec 12,6 frôle la note minimale requise (12) car le responsable d’atelier André Riousse déplore « qu’il n’ait pas fourni l’effort nécessaire (en ateliers) pour obtenir de meilleurs résultats »12. Néanmoins tous obtiennent le certificat d’études, « sachant que le titre de paysagiste ne leur sera accordé qu’après un stage de deux ans et la présentation d’un projet complet et d’une thèse »13. Ce stage, précise J. Lenfant, s’accompagnera de la remise d’un projet par trimestre et d’un rapport sur un travail personnel choisi par l’étudiant la première année, et au cours de la seconde année d’un projet trimestriel dont l’un complet avec étude technique et rapport.

L’espoir d’une amélioration renait (1947-48)

A la rentrée de 1947, six élèves sont admis dont trois ingénieurs horticoles. L’un d’entre eux (H. Brison) est employé à la ville de Paris et fera ses études en deux ans. La « propagande » et l’intervention du directeur de l’enseignement auprès de R. Joffet semblent avoir porté leurs fruits. Parmi les trois autres, un bachelier « avec de réelles aptitudes au dessin » mais sans connaissances botaniques et horticoles fait l’objet d’un traitement de faveur14. J. Lenfant lui propose une année d’auditeur libre pour acquérir les connaissances indispensables après sa sortie de la Section.

En novembre, les enseignants sont enchantés de leurs recrues dont M. Charageat qui loue « le travail en équipe ». Ils ouvrent le concours aux étrangers, car un Palestinien et un Egyptien, puis un agronome brésilien se sont inscrits comme auditeurs libres en vue du concours l’année suivante.

Le conseil note l’embellie, mais A. Audias rappelle que « les paysagistes actuels n’ont pas un volume de travail suffisant » en dépit des besoins de la reconstruction des villes. Situation qui se répercute sur le nombre de candidats au concours. Il est donc urgent de rechercher des postes dans les ministères, dans les services des Ponts-et-Chaussées, et de l’urbanisme où les « spécialistes paysagistes » sont absents. Ne serait-ce que pour induire des commandes plus abondantes aux agences de paysagistes. C’est pourquoi, dans un article L’enseignement de l’art des jardins et du paysage, A. Audias développe un plaidoyer pour « éduquer ceux qui voudraient s’orienter vers la profession de compositeurs de jardins » qu’ils soient ingénieurs ou architectes15.

Dès cette époque, les étudiants manifestent leurs revendications pédagogiques : augmenter les cours d’urbanisme et d’histoire de l’art aux dépens de ceux de « site et paysage », noter systématiquement les esquisses, donner plus de place aux techniques, développer les pratiques de « rendus », accéder à l’atelier jusqu’à minuit, ménager des journées libres, mieux choisir les visites … Il en est de même pour les enseignants : R. Enard se plaint d’un faible niveau en dessin, et G. Lysensoonne propose que la visite de terrains de sports soit faite avec R. Brice et A. Audias, et de former les étudiants à la rédaction de rapports.

La réforme de 1950 et la « descente aux enfers »

Le concours d’entrée d’octobre 1948 ne confirme pas l’embellie de l’année précédente. Sur six candidats, quatre sont retenus dont trois jeunes ingénieurs horticoles et un bachelier auditeur16. Il semble, selon J. Lenfant, que les détachements des ingénieurs des services de parcs et jardins demandeurs de formations complémentaires n’aient pas été accordés. Par ailleurs, A. Riousse se plaint des stagiaires qui ne respectent pas les rendus de projet demandés et demande un rappel à l’ordre urgent. Il suggère de les exclure définitivement et de leur retirer leur emploi. Ce à quoi s’oppose R. Puget car « ils sont appréciés de leurs chefs qui ne voudront pas les renvoyer ». L’inintérêt de certains stages est néanmoins signalé. J. Lenfant renvoie l’arbitrage au conseil de perfectionnement de l’École.

Néanmoins, en fin de l’année scolaire 1947-48, les travaux remis à M. Charageat, notamment ceux de J. Sgard et J.-B. Perrin lui donnent entièrement satisfaction (« ils ont valeur d’une thèse »). Les cinq élèves sortant (M. Delcourt, J.-B. Perrin, J. Sgard, P. Pelletier, J. Alloin) obtiennent brillamment le certificat d’études de la Section17.

De leur côté les premiers stagiaires en fin de stage voient leurs projets de thèse (L’aménagement des abords de Maisons-Laffitte pour L. Gendre et E. Mauret, et L’aménagement d’une cité moderne, du jardin familial au parc départemental pour H. Brison) approuvés.

Le conseil met donc en œuvre les mesures prévues pour augmenter le nombre de candidats bien préparés et la qualité de la formation qui en pratique s’étale sur 3 ans avec les stages. Comme à l’ENH, les candidates sont autorisées à se présenter, mais à condition « qu’elles fassent un stage comme auditrices à l’école ».

La durée du stage post certificat passe alors de 2 à 5 ans maximum. Les travaux des stagiaires sont réformés : avec, en fin de première année et à la fin du stage, « l’étude d’un projet en loge » (durant 10 heures en première année et 20 heures en fin de stage), des travaux libres, deux projets par an donnés par l’école et un rapport de fin d’année, avec une notation de chaque rendu.

Les candidatures de cinq entrepreneurs paysagistes ayant suivi les cours par correspondance à la certification ne sont pas acceptées en l’absence des exercices demandés de projets.

Néanmoins les possibilités de stage restent insuffisantes, C. Coconnier et J. Sgard n’en ont pas trouvés à la fin de l’année scolaire 1948-49.

La situation devenant préoccupante aux yeux du conseil, une nouvelle réforme de l’enseignement de la section est décidée au début de l’année 1950. Elle prévoit la suppression de la formation en un an d’étude plus deux années de stage et la mise en place de deux années d’études à partir du 1er octobre 1950. Le concours privilégiera les épreuves de « dessin géométrique et d’imitation ». Il sera ouvert à des ingénieurs horticoles, agronomes et agricoles en fin de deuxième année à condition, s’ils sont admis, de suivre certains enseignements exigés dans leur établissement d’origine. Le titre de paysagiste sera délivré au titulaire du certificat d’études (au bout de deux ans), le suivi des stages avec remise de projets sera évalué, et la soutenance d’une thèse (travail d’ordre technique avec composition, travaux et plantations) ne demandera pas de délai de présentation.18 L’arrêté du 30 aout 1950 entérine ce projet.

Il en résulte une nouvelle répartition des cours dont le nombre augmente considérablement (130 en première année et 219 en deuxième année).

En dépit de cette réforme, le concours d’admission de 1950 ne réunit que sept candidats dont cinq ingénieurs, un architecte et deux bacheliers anciens auditeurs de l’École. Cinq sont retenus. Mais leurs résultats en avril mécontentent à la fois H. Thébaud, A. Audias, M. Charageat et A. Riousse. L’explication principale est que les élèves doivent travailler à l’extérieur étant donnée la réforme qui a porté les études à deux ans. Ils sont souvent absents des cours et des ateliers.

Un an après, en octobre 1951, les 7 candidats (dont trois ingénieurs horticoles et deux femmes l’une bachelière auditrice et l’autre ingénieur agronome) qui se sont présentés ont été admis. L’enseignement d’atelier prend une place plus importante dans la notation (son coefficient passe de 3 à 5) et celui de dessin de 2 à 3. Entre les exigences des enseignants (les connaissances horticoles au concours ont été maintenues) et la pénurie de candidats, le concours ne joue plus son rôle de sélection.

En 1952, André Riousse disparait subitement et avec lui un des rares enseignants qui appartenaient aux trois mondes de l’architecture, de l’urbanisme et de l’entreprise paysagiste. Il est remplacé par l’architecte et urbaniste Théodore Leveau qui a travaillé avec le paysagiste J.-C.N. Forestier.

Un an plus tard, en avril et juillet 1954, la situation ne semble pas s’améliorer. L’effectif recruté se maintient à 6 ou 7 selon les années de formation. Les jugements des enseignants deviennent très critiques : désinvolture des élèves (M. Charageat, R. Enard, H. Thébaud), manquement à la discipline (J. Lenfant), absentéisme chronique, médiocrité d’expression (R. Puget), pauvreté du dessin, sans compter les débouchés incertains …

En octobre 1954, l’effectif recruté tombe à 5 (M. Grelier, C. Rosillo, A. Spake, P. Roulet, P. Collin)19. Les deux années comptent 12 élèves. Un comité d’études est créé en mai 1955 pour résoudre les problèmes pédagogiques récurrents et un cours de connaissance des végétaux de 30 h est créé en première année « axé plus particulièrement, selon H. Thébaud, sur l’identification, la forme, les couleurs et les exigences culturales des plantes ornementales ».

En octobre 1955, la situation de la Section s’aggrave brutalement avec l’annulation ( ?) du concours d’admission. En fait, un seul candidat Michel Cassin (IH) fut admis. L’avenir de la seule formation des paysagistes en France était sérieusement menacé.

Le concours en loge

En aout 1949 est annoncée, sur proposition du conseil des professeurs, l’ouverture du premier concours pour l’attribution du titre de paysagiste le 14 novembre 194920. Car il s’agit d’une sélection. Conformément à l’arrêté du 9 janvier 1946, il était réservé aux professionnels ayant au moins 10 années de pratiques et âgés de moins de quarante ans, et 15 années s’ils sont âgés de plus de 60 ans, mais il est ouvert aux stagiaires de la section. Il n’y eut pas de candidats autorisés par le conseil. C’est en fait le 14 novembre 1950 que les premiers certifiés et stagiaires de la section, ayant remis leurs travaux de stage, ont été autorisés à s’inscrire aux épreuves du concours en loge. Il s’agissait de J.-B. Perrin, J. Sgard, J. Alloin et H. Brison. Ce concours comprenait un projet de composition à présenter sous forme d’esquisses (épreuve éliminatoire), un projet technique et un projet de plantation.

Dans une réunion du conseil du 27 janvier 1951, les enseignants souhaitent que le projet présenté soit complet (avec un développement de l’esquisse et un devis estimatif) pour attribuer le diplôme de paysagiste après quelques mois de travail complémentaire. Le concours en loge aurait ainsi un niveau d’admissibilité et la présentation du projet complet vaudrait possibilité d’admission. A l’unanimité, ils souhaitent qu’un prix d’encouragement soit attribué à ceux qui présenteront une thèse ; que l’urbaniste R. Puget (au moins) participe au jury et que « les candidats aient le choix entre deux sujets différents comportant l’étude d’un projet complet »21. Ce qui fut obtenu en partie l’année suivante22.

Concernant l’attribution du titre de paysagiste, le conseil de perfectionnement de l’École ne souhaite pas de différence entre le titre ancien délivré par le ministère de l’Agriculture aux professionnels et celui délivré après formation dans la section. Le titre d’ingénieur paysagiste prévu par les textes (pour les ingénieurs) sera supprimé et celui de paysagiste DPLG ou diplômé par le ministère de l’agriculture (DPLMA), qui est proposé, sera valable pour tous. Concernant les professionnels en activité, une dernière session sera ouverte en octobre 1955.

Progressivement le nombre de candidats au concours en loge augmente. En octobre 1951, 6 candidats de la Section étaient inscrits au concours en loge (C. Cothier, M. Delcourt, P. Collin, Bernard J.-Pierre et J.-Paul. et M. Béjot)., en décembre 1957 quatre, et huit en mai 1958.

La professionnalisation des paysagistes restait cependant « homéopathique » en raison du flux très faible de formation. Elle allait pourtant se redresser considérablement à partir du début des années 1960 quand ils se feront connaitre davantage des services publics.

 

Les enseignements et les enseignants

Dès 1941, des cours d’architecture des jardins (34 leçons d’une heure trente), d’architecture et de construction, de techniques des travaux de parcs et jardins, d’hydraulique, de résistance des matériaux et de stabilité des ouvrages d’art avaient été demandés par la Société française d’architecture des jardins comme programme d’une année supplémentaire d’enseignement pour les ingénieurs voulant devenir paysagistes (C. Royer et S. Zarmati, 1987, in B. Blanchon, 1998, op. cit.). Cette demande correspondait au programme d’admission au grade d’architecte de parcs et jardins de la Ville de Paris. S’y ajoutait, pour les ingénieurs envisageant de suivre la section, une augmentation des heures de dessin et un doublement des heures consacrées aux levés de plan (Blanchon, ibid., p. 25)

 

Ateliers (Riousse, Leveau, Audias, Puget)

À l’exception de A. Audias, (IH 1921), les enseignants d’ateliers sont des architectes (urbanistes ou de jardin) de formation ou d’expérience. Car à cette époque les paysagistes concepteurs de projet compétents pour enseigner sont très rares et la formation nouvelle dans ce domaine est surtout pensée comme un complément de celle des ingénieurs horticoles de l’ENH23.

Dans ces ateliers de projets, proches de ceux de l’école des Beaux-Arts, les élèves, dès 1946, doivent fournir une esquisse par semaine et un projet par mois.

Architecture et construction (1947)

Cet enseignement, sous forme de conférences et d’ateliers, a d’abord été pris en charge par M. Durand, architecte des arts décoratifs, professeur diplômé d’architecture de la ville de Paris puis de 1954 à 1956 par M. Warnery, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, avant l’architecte et urbaniste Théodore Leveau et ensuite, en 1960, par Albert Audias (composition en ateliers) et H. Thébaud (avec des conférences de l’architecte paysagiste Jacques Gréber), puis par Jacques Sgard avec J.-C. Saint-Maurice.

T. Leveau (1896-1974), architecte et urbaniste, est un élève de l’architecte-paysagiste J.-C.-N. Forestier avec lequel il a collaboré à la Havane de 1925 à 1930. Il fut sollicité après-guerre pour le plan de reconstruction de Dunkerque (Blanchon, 1998, p. 29)

J. Sgard (né en 1929) est paysagiste DPLG (SPAJ 1947) et urbaniste, diplômé de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris en 1958. Le Grand Prix du paysage lui fut décerné en 1994 pour ses travaux pionniers sur les plans de paysage et sa polyvalence exemplaire. Il fut enseignant d’atelier de projet à la Section au début des années 1960, puis au Centre national d’étude de recherches sur le paysage de Trappes de 1972 à 1978, et enfin à l’ENSP où il intervient toujours en 201824.

Théorie de l’art des jardins et composition (1947)

Sous forme d’ateliers de projet, cet enseignement fut d’abord dirigé par André Riousse (1895-1952) puis, après sa mort, par Théodore Leveau.

André Riousse (1895-1952), architecte dplg, paysagiste diplômé, diplômé de l’institut d’urbanisme, a repris l’entreprise de jardins de son père et reçu un prix pour son projet de cour-jardin lors de l’exposition de 1925 ; il a participé à la conception de la banlieue-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry, réalisée à partir de 1931, à l’initiative d’Henri Sellier. Il fut enseignant à l’école du Breuil à Paris.25

Étude des sites et paysages, espaces verts (1947)

Albert Audias (1904- 200 ?), ingénieur horticole (IH 1921) et paysagiste DPLG, est enseignant dans la Section depuis 1946. Il collabore de 1928 à 1939 avec F. Duprat puis, en janvier 1941, après la démobilisation, il rejoint le service de l’ingénieur des Travaux publics R. Joffet chargé des « travaux neufs » à la Ville de Paris. Il fut ensuite un pilier de l’agence parisienne de F. Duprat, qui le recrute en 1941.26 Il poursuit ses travaux pour la reconstruction de Saint-Nazaire de 1946 à 1970, au parc de la Courneuve et dans quelques squares à Paris. Il enseigne à l’école d’ingénieurs des Travaux publics de la Ville de Paris la réalisation des équipement sportifs. (Blanchon, 1998, op. cit. pp. 25-27).

Urbanisme (1947)

Roger Puget, architecte DPLG, urbaniste diplômé de la ville de Paris, technicien sanitaire breveté I.T.S., urbaniste en chef du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme.

Il dispense en 1967-68 20 cours et 10 applications en préparation (Descriptive), et en 1er année 30 cours et 55 applications (Architecture et urbanisme) pour environ 3000 francs. Son enseignement se limitait à 15 à 20 cours dans les années 1950.

Jean-Pierre Bernard, paysagiste DPLG, en urbanisme opérationnel en 2e année, en 1967 avait 50 cours et 30 applications pour 2385 francs

 

Sciences humaines (Charageat, Huguenay)

Art (en général) et histoire de l’art (1947)

Pendant dix ans, de 1946 à 1956, Marguerite Charageat, historienne des jardins, diplômée de l’école du Louvre et assistante des musées nationaux, a dispensé deux cours, l’un d’histoire de l’art et l’autre d’art des jardins. Ils étaient sanctionnés chacun par un examen différent. Puis Jeanne Huguenay, enseignante à l’Institut d’urbanisme de Paris, l’a secondée en 1954 en première année (25 cours dans chacune des années partagées entre les deux historiennes), et lui a succédé jusqu’à la reprise des seuls cours d’histoire de l’art des jardins par Simone Hoog, conservatrice au château de Versailles.

75 cours et 10 applications en 1967 (histoire de l’art pour J. Hugueney) : 2000 francs

Droit et législation / droit foncier

M. Prudhomme, licencié en droit, avocat au barreau de Versailles, a assuré ce cours jusqu’en 1951 avant d’être remplacé par M. Cumenge, chef de service au ministère de la Reconstruction et du Logement, et qui l’a intitulé Droit foncier, puis par M. Rossillion.

 

Techniques (Brice, Bernard, Sabourin, Thébaud)

Travaux publics et matériel de chantiers (1947)

M. Jeanneteau, ingénieur en chef des travaux publics de la ville de Paris est remplacé par M. Le Gall, ingénieur divisionnaire des services techniques de la ville de Paris en 1957.

Théorie et construction des sols (1947)

De 1947 à 1960, Gustave Lysensoonne, ingénieur en chef du ministère de l’Éducation nationale. En 1957, le cours fut renommé « construction des sols sportifs » et M. Thomas lui succède en 1961.

Techniques des travaux (de jardins) (1947)

Robert Brice, paysagiste conseil diplômé, jusqu’en juillet 1956, puis Jean-Paul Bernard, ingénieur horticole (1949), paysagiste DPLG, ingénieur divisionnaire des services paysagers de la ville de Paris.

En 1967, J.-P. Bernard dispense 25 cours et 62 applications en 1ère année pour 2109 francs

Utilisation des végétaux et projets de plantation (1947)

Henri Thébaud, ingénieur horticole (1916), « créateur de jardins art-déco » (Blanchon, op. cit.), puis en 1960 L. Sabourin, ingénieur divisionnaire de la ville de Paris et enseignant à l’école du Breuil, avant G. Clément (IH, 1965) et Gabriel Chauvel (SPAJ, 1970) à l’ENSP.

En 1967-68, M. Sabourin enseignait en 1ère année 30 cours (1h 30) et 36 applications de 3 heures, soit 153 heures qui coutaient 1782 FF.

 

Arts plastiques et techniques de représentation

Dessin perspectif et ornemental

René Enard, professeur de dessin au lycée Condorcet à Paris, puis Jacques Cordeau en 1960 avec Françoise Blin de 1967 à 1985.

En préparation et en 1er année en 1967-68.

M. Le Boul professeur de dessin à l’ENH enseignait dans le cadre du programme de la chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme de F. Duprat. A La rentrée de 1947, il enseignait la perspective et le croquis en première année, la perspective de jardin, le lavis, la perspective cavalière et l’étude d’arbres en deuxième et troisième années, et la technique de rendu de projet avec F. Duprat au cours de la dernière année.

Pour préparer les candidats élèves ingénieurs au concours d’entrée à la Section, R. Enard proposa « de développer le goût et l’esprit de création » des futurs paysagistes en enseignant le dessin au fusain de moulages (sens de la forme et des valeurs) de statues, de chapiteaux et d’amphores ; l’étude de l’aquarelle et de la gouache (sens de la couleur) avec des dessins aquarellés de plantes, d’animaux et de paysage ; et de croquis en un temps déterminé (5 à 20 minutes). Ceci avec des séances de deux heures par semaine en 1ère et deuxième années, et de 3 heures par semaine en 3e année. A. Riousse proposa de modifier un peu ce programme avec plus de croquis perspectifs d’arbres en 1ère et deuxième années, de perspectives à vol d’oiseau, et d’utiliser la gouache pour les terrains de sport.27

Département de connaissance du milieu (> 1966)

La formation initiale ne comportait pas en 1946 d’enseignements scientifiques (notamment en biologie et botanique, ou en hydraulique et sciences des sols), puisqu’elle s’adressait surtout à des ingénieurs déjà formés dans ce domaine. Le cours d’identification des végétaux est cependant créé en 1958 quand le conseil des enseignants a élargi le recrutement à la suite de l’absence des candidatures d’ingénieurs versaillais et de l’arrêt du recrutement en 1955-56.

La formation mise en place en 1967 comportait en 1967-68 :

En préparation : Botanique (J. Montégut), Sciences du sol (A. Anstett), Hydraulique (M. De Forges), Parasitologie générale (M. Gallien),

En 2e année : sciences forestières (M. Valette), Hydrogéologie (M. De Forges), Fertilisation (A. Anstett)

 

Conclusion

Les dix premières années d’enseignement de la Section du paysage furent en fait une longue construction collective expérimentale ponctuée de succès et d’échecs. Les enseignants, issus d’horizons très divers, durent mettre en place une formation nouvelle dans des conditions inconfortables. Ils devaient marier des apprentissages techniques et juridiques avec ceux de la conception de projet sur le modèle des ateliers de l’école des Beaux-Arts, associer les savoirs de l’urbanisme avec ceux de l’art des jardins et compléter, enrichir, sinon renouveler les enseignements de la chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme de l’école voisine d’ingénieurs horticoles.

Bien que la demande fût potentiellement importante, le métier de paysagiste était peu connu, et confondu dans le meilleur des cas avec l’ingénierie horticole ou l’architecture de jardins. Les débouchés devaient être inventés pour s’adapter à la reconstruction des villes et aux économies nouvelles, résidentielles et de loisirs entre autres, en quittant de fait, dans cette longue transition des Trente Glorieuses, le monde ancien de l’art des jardins privés.

Les procès-verbaux des conseils, très policés, laissent peu deviner les débats des enseignants, sinon la tension entre la culture des ingénieurs et techniciens, et celle des architectes, concepteurs et dessinateurs. Le conseil inventa en marchant, faisant et refaisant les règles de l’enseignement, de la discipline, le dosage des cours, la durée des études et les modes d’attribution des diplômes avec le concours en loge ; accompagné en cela, avec beaucoup de souplesse, par la direction de l’enseignement du ministère de l’Agriculture.

Quel était le contenu précis des enseignements ? On ne le sait pas avec précision. Les recherches restent à faire si l’on retrouve les archives des enseignants de cette époque.

L’arrêt brutal du recrutement en 1955 marqua la fin de cette période expérimentale. Elle avait montré que pour bien former des paysagistes, il fallait d’abord savoir pour quels débouchés et besoins de la société. Alors que la majorité des enseignants, partagés entre leurs cultures horticoles et celles d’architectes de jardin ou d’urbanistes ne s’en était pas assez préoccupée, plus soucieux de transmettre ce qu’ils savaient ou savaient faire que d’inventer les pratiques paysagistes nouvelles du lendemain. Vingt ans après, leurs successeurs sauront s’en souvenir …

P. Donadieu

A suivre

 

Bibliographie

Sur Topia

Donadieu, P., in Histoire et mémoire, Chapitre 3 Le premier projet d’Institut du paysage à Versailles, Topia, 2018.

Donadieu P., in Histoire et mémoire, Chapitre * La saga des diplômes, Topia, 2018

Autres

Barraqué, B., « Le paysage et l’administration » (1985), rapport de recherche, Paris, ministère de l’Écologie et du Développement durable, direction de la Nature et des Paysages, 2005, 134 p.

Blanchon, B., « Pratiques et compétences paysagères, 1945 à 1975 », Strates, n° 13, 2007, p. 149-167.

Blanchon, B., « Les paysagistes français de 1945 à 1975, l’ouverture des espaces urbains, Les Annales de la recherche urbaine, n° 85, 2000, p. 21-29.

Blanchon B., « Pratiques paysagères en France de 1945 à 1975 dans les grands ensembles d’habitations, rapport de recherches, PUCA, 1998, 105 p., http://topia.fr/wp-content/uploads/2016/03/Blanchon_Pratiques_Paysageres_1.pdf

Blanchon, B., « Les paysagistes et la question du projet urbain », P + A, n° 31, 1995, p. 8-13.

Blanchon, B., « Les paysagistes et la question du projet urbain : de l’horticulture au projet urbain »,  P + A, n° 32, 1995, p. 20-29.

Dubost, F., « Les nouveaux professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme », Sociologie du travail, n° 2-85, XXVIIIe année, 1985, p. 154-164. 

Dubost, F., « Les paysagistes en quête d’identité », P + A, n° 1, octobre 1984, p. 14-16.

Dubost, F., « Les paysagistes et l’invention du paysage », Sociologie du travail, n° 4-83, XXVe année, 1983, p. 432-445.

Estienne I., « L’aménagement comme stratégie professionnelle, L’exemple de cinq paysagistes formés à la section du paysage et de l’art des jardins de Versailles en 1946-1948 », Projets de paysage, 2011.

Racine M., (édit.), Créateurs de jardins et de paysages, Actes Sud, 2002.

Royer C., Zarmati S., Les espaces libres et la profession paysagère en France entre 1900 et 1946, rapport de recherches, Etude 104, ENSP Versailles, 207 p.

 

Notes

1 Jean Lenfant était ingénieur horticole (promotion 1916), et « professeur spécial d’horticulture » en 1938 selon l’annuaire de l’association amicale des ingénieurs horticoles (IH) de 1948. Il succéda à Fernand Fauh (IH 1912) à la fin de la deuxième guerre mondiale.
De l’origine de la création de la Section, on sait, selon les archives de l’ENH, que la société française des architectes de jardins, créée en 1930 et présidée par F. Duprat a demandé en 1941 « la création d’une section spéciale pour l’enseignement supérieur d’architecture des jardins (à destination des ingénieurs horticoles)» (Blanchon, 1998, p. 25). Projet dont fait état l’association des anciens élèves de l’ENSH en 1943 et que confirment les travaux de B. Barraqué (1985) et de S. Zarmati et C. Royer (1987). Voir chapitre * (la saga des diplômes)

2 Les comptes rendus de ces conseils ont été retrouvés récemment dans les archives pédagogiques de l’ENSP. Cette liasse a été repérée en avril 2018 dans les fichiers de récolement de 2011 sous le n° 1433.

3 De l’enseignement de son titulaire l’architecte paysagiste Ferdinand Duprat (1887-1976) de 1934 à 1951 (ou 61) nous ne connaitrons les contenus qu’après avoir analysé les archives de l’ENSH aux archives départementales des Yvelines. F. Duprat était un paysagiste de réputation européenne avec une clientèle privée prestigieuse.

4 PV du conseil des professeurs de la SPAJ de l’ENH le 11 janvier 1947.

5 Les bâtiments Le Nôtre et Le Normand actuels n’existaient pas en 1946, la place pour un nouvel enseignement était donc réduite. L’atelier se trouvait dans la salle du Potager du roi, où était placé le monument aux morts des guerres de 1870 et 1914-18. (J. Sgard, cp, 2018).

6 PV du 11 janvier 1947, p. 2.

7 Lettre de J. Lenfant du 23 janvier 1947 à la direction de l’enseignement du ministère de l’Agriculture. Ce poste de professeur titulaire ne sera obtenu qu’en 1985 dans le cadre de l’ENSP. M. Corajoud en sera le premier bénéficiaire.

8 Le titre de paysagiste de l’ENH était attribué avant 1945 via le concours en loge organisé régulièrement par le comité de l’art des jardins de la Société nationale d’horticulture de France, créé en 1870. Il était ouvert aux professionnels déjà expérimentés.

9 Lettre du 25 juillet de J. Lenfant à la direction de l’enseignement du ministère de l’Agriculture. Elle suggère une prise de contact avec Robert Joffet, paysagiste et ingénieur général des services des parcs et jardins de la Préfecture de la Seine.

10 PV de la séance du conseil du 1er juillet 1947, p. 3.

11 Cette première demande, récurrente ensuite, ne sera jamais acceptée, y compris avec les diplômés de l’ENSP.

12 J. Challet sera l’année suivante exempté de stage en raison de l’appel sous les drapeaux de son frère qui l’oblige à aider son père dans l’exploitation horticole.

13 PV de la réunion du conseil du 12 juillet 1947, p. 1

14 Il s’agissait de J. Sgard qui a l’année d’après suivi l’enseignement de l’ENSH « comme cuscute » J. Sgard, cp., 2018. Cette décision ne pourra faire précédent (PV du 12 juillet 1948). Tout candidat sans formation agricole ou horticole devra faire une période préparatoire à l’Ecole.

15 Le Maitre d’œuvre de la reconstruction, du 7 février 1947, p. 5

16 Le jury réunissait Cuny conservateur des jardins du conseil de la République, Talbot directeur de l’école du Breuil, Darpoux chercheur à l’INRA de Versailles, Orok professeur de dessin au lycée Hoche, Hissard professeur de dessin au Muséum, Enard professeur de dessin à la Section du paysage, et Mosser paysagiste.

17 PV du 12 juillet 1948., p. 1

18 PV du 14 janvier 1950.

19 Quatre d’entre eux obtiendront le titre de paysagiste DPLG ; trois sur six parmi ceux entrés en 1953 (M. Bourne, G. Samel, M. Vilette) ; tous (L. Tailhade, J.-F. Treyve, E. Marguet) parmi les recrutés de 1952 ; aucun de ceux recrutés en 1951 (annuaire des ingénieurs de l’horticulture et du paysage, aihp, 2011).

20 Lettre du directeur à la sous-direction de l’enseignement agricole pour annonce au JO.

21 PV du 12 juillet 1951, p. 2

22 Le dossier de concours en loge de Jean-François Treyve (SPAJ, 1952) en est un bon exemple. Consacré à l’aménagement de la propriété d’un industriel dans la Drome, après une esquisse faite les 30 et 31 mai 1958, le projet déposé comporte : une esquisse de composition, 9 plans (nivellement, plantations, sols, canalisations …), 20 profils en long et en travers, un rapport explicatif, un devis descriptif et un devis quantifié. Archives ENSP, réserve 1, non récolé.

Il pouvait s’écouler plus de 4 ans entre la fin des études de la Section et le concours en loge, et beaucoup, plus tard, oublieront cette « formalité », oubli réparé en 1985 par le concours « balais » organisé par l’ENSP.

23 En 1938 selon l’annuaire de l’association des anciens élèves de l’ENH, 54 architectes paysagistes (ou seulement « paysagistes » en 1939) étaient en activité.

24 Annette Vigny, in M. Racine (édit.), Créateurs de jardins et de paysages, Actes Sud, 2002, pp. 266-68.

25 Bernadette Blanchon-Caillot, « Pratiques et compétences paysagistes dans les grands ensembles d’habitation, 1945-1975 », Strates [En ligne], 13 | 2007, mis en ligne le 05 novembre 2008, consulté le 14 mai 2018. URL : http://journals.openedition.org/strates/5723.

M. Audouy et B. Blanchon, in M. Racine (édit.),Créateurs de jardins et de paysages, Actes Sud, 2002,pp. 210-211.

26 B. Blanchon, In M. Racine (édit.), Créateurs de jardins et de paysage, Actes Sud, 2002, pp. 197-198.

27 Documents manuscrits d’une réunion de A. Riousse, R. Enard et M. Leboul du 8 novembre 1947.

Histoire ENSP – Introduction

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Histoire et mémoire

de la Section du paysage et de l’art des jardins de l’École nationale supérieure d’horticulture, et de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles

 Pierre Donadieu

Version du 10 juillet 2018

  

Les chapitres de ce document sont provisoires et susceptibles de modifications avec la poursuite des recherches sur l’histoire de la Section du paysage et de l’ENSP de Versailles-Marseille.

 

Les personnages de l’histoire (>1945)

Dans le texte ci-dessous, les intitulés des enseignements datent de 1947 pour les matières enseignées et de 1980 pour les départements d’enseignement.

Entre parenthèses, la période d’enseignement ou d’administration dans la Section et/ou à l’ENSP. Ces chiffres peuvent être inexacts.

La liste  provisoire n’est pas limitée aux noms cités. Elle sera complétée. 

Les responsables de département sont soulignés.

 

Direction

Jean Lenfant (1945-1959), ingénieur horticole, directeur de l’ENH

Etienne Le Guélinel (1959-1973), ingénieur agronome, directeur de l’ENSH

Raymond Chaux (1974-1990), ingénieur agronome, directeur de l’ENSH et de l’ENSP.

Alain Riquois, ingénieur du Génie rural et des Eaux et forêts, chef de la mission du paysage (1979-1990), puis directeur de l’ENSH/ENSP (1990-2000 ?)

 

Sous-Direction / direction adjointe / direction des études/secrétariat général

Miège (1945-1959)

Jean Pasquier (1959-1973), ingénieur horticole, directeur adjoint de l’ENSH

Roger Bellec (1977-1985), animateur socioculturel, secrétaire général de l’ENSP

Pierre Donadieu (1985-1987), directeur adjoint de l’ENSP

Guy de la Personne, paysagiste DPLG, (1987- ?)

 

Secrétariat

Lydie Hureaux (Mazas)

Paule Ristori, attaché d’administration et d’intendance (>1984)

 

Ateliers (cours et applications)

Architecture et construction

Durand, architecte des arts décoratifs, professeur diplômé d’architecture de la ville de Paris (1946-54) 

Warnery, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux (1954-56)

Théodore Leveau (1896-1974), architecte et urbaniste, paysagiste DPLG, est un élève de l’architecte-paysagiste J.-C.-N. Forestier

 

Théorie de l’art des jardins et composition

André Riousse (1895-1952) puis, après sa mort, Théodore Leveau. Il est dplg, paysagiste diplômé, diplômé de l’institut d’urbanisme. Il fut enseignant à l’école du Breuil à Paris.

 

Étude des sites et paysages, espaces verts

Albert Audias (1904- 200 ?), ingénieur horticole (IH 1921) et paysagiste DPLG, est enseignant dans la Section depuis 1946.

 

Urbanisme et aménagement du territoire

Roger Puget, architecte DPLG, urbaniste diplômé de la ville de Paris, technicien sanitaire breveté I.T.S., urbaniste en chef du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. (depuis 1945)

Jean-Pierre Bernard, paysagiste DPLG, enseigne en urbanisme opérationnel à partir du début des années 1960

Elie Mauret, IH 43, paysagiste DPLG, enseigne en aménagement du territoire.

Après 1960

Jacques Sgard, paysagiste DPLG (SP 1947) et urbaniste, diplômé de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris en 1958.   Il fut enseignant d’atelier de projet à la Section à partir du début des années 1960, puis au Centre national d’étude de recherches sur le paysage de Trappes de 1972 à 1978, et enfin à l’ENSP où il intervient toujours en 2018.

Bernard Lassus, plasticien, paysagiste DPLMA, professeur d’école d’architecture, directeur de la formation doctorale « Jardins, paysages, territoires » à l’EHESS de Paris de 1989 à 1998, (1964-1987)

Pascal Aubry, paysagiste DPLG (1975-1987), puis (200 ? -2012 ?)

Michel Corajoud, paysagiste DPLMA, professeur ENSP, (1972- 2005),

Jacques Coulon, paysagiste DPLG, (1980- ?)

Isabelle Auricoste, paysagiste (198 ?-1986)

Jean-Claude Saint-Maurice, paysagiste DPLG (1963-1974)

Gilbert Samel, paysagiste DPLG (> 1965-1974)

Pierre Roulet, paysagiste DPLG

Michel Viollet , paysagiste DPLG, (> 1969)

 

Sciences humaines

Art ( en général) et histoire de l’art (des jardins)

Marguerite Charageat, historienne des jardins, diplômée de l’école du Louvre et assistante des musées nationaux (1946-56).

Jeanne Hugueney, (1921-2008), Historienne. à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris (en 1966). – Maître de conférences à l’université Paris-IV-Sorbonne

Après 1956

Simone Hoog, historienne, conservatrice au château de Versailles ( ?-1985).

Monique Mosser, historienne, ingénieur de recherche CNRS

Jeanine Christiany , architecte, historienne, maitre assistante ENSA de Versailles

 

Droit et législation/droit foncier

Prudhomme, licencié en droit, avocat au barreau de Versailles (1946-1951)

Cumenge, chef de service au ministère de la Reconstruction et du Logement, (1951-1961)

Rossillion, de l’agence foncière et technique de Paris (> 1961)

 

ENSP

Pierre Dauvergne, paysagiste DPLG, enseignant au CNERP (1972-1977) puis à l’ENSP (direction du département de sciences humaines de 1978 à 1985).

Alain Mazas, paysagiste DPLG, responsable du département de SH (1985-1988),

Philippe Mainié, économiste, INRA/ENSH (1975-1984)

Jean Carrel, juriste et économiste, ENSH (1975-1983)

Didier Bouillon, ethnologue, professeur 1989-2011 ?, responsable du département de sciences humaines (1993-1996)

Pierre Donadieu, professeur (>1994), responsable du département de SH (1988-1993 puis 1996-2007)

Monique Toublanc, sociologue, maitre de conférences

Yves Luginbühl, géographe, CNRS Paris

Jacques Cloarec, Sociologue, EHESS Paris

 

Techniques

Travaux publics et matériel de chantiers

 Jeanneteau, ingénieur en chef des travaux publics de la ville de Paris (1946-1957)

Le Gall, ingénieur divisionnaire des services techniques de la ville de Paris depuis 1957.

 

Théorie et construction des sols (sportifs)

Gustave Lysensoonne, de 1947 à 1961, ingénieur en chef du ministère de l’Éducation nationale.

Thomas lui succède en 1961.

 

Techniques des travaux (de jardins)

Robert Brice, paysagiste conseil diplômé, jusqu’en juillet 1956

Jean-Paul Bernard, ingénieur horticole (1949), paysagiste DPLG, ingénieur divisionnaire des services paysagers de la ville de Paris.

 

Utilisation des végétaux et projets de plantation

Henri Thébaud, ingénieur horticole (1916), (1946-1960)

Lucien Sabourin, ingénieur divisionnaire de la ville de Paris et enseignant à l’école du Breuil (1960-1974)

Gilles Clément (IH 1965, SP 1967), paysagiste DPLG (1977-1981)

Gabriel Chauvel (SP 1970), paysagiste DPLG (1983-2011)

Allain Provost, Ingénieur horticole (IH 1958), paysagiste DPLG, responsable du département des techniques (1978-1986)

Guy de la Personne, paysagiste DPLG (SP 1968), responsable de département (1986- ?)

Bernard Cavalié, IH 66, paysagiste DPLG,

Jean-Marie Lemoyne de Forges, ingénieur du génie rural et des eaux et des forêts, professeur de génie horticole à l’ENSH, (ENSP 1968-1983)

 

Arts plastiques et techniques de représentation

Dessin perspectif et ornemental

René Enard, professeur de dessin au lycée Condorcet à Paris (1946-1960)

Jacques Cordeau professeur au lycée Claude-Bernard à Paris (1960-1970)

Françoise Blin, professeur de dessin (1967-1985)

Daniel Mohen, professeur de dessin (> 1976)

François Manach, professeur de dessin (> 1976)

Jean Sire, professeur d’arts plastiques (> 1980)

Jean Grelier, paysagiste DPLG 1975 (>1984)

Le Boul professeur de dessin à l’ENH (préparation) (< 1960)

 

Département de (connaissance du) milieu (> 1966)

Jacques Montégut, professeur ENSH de botanique et d’écologie végétale (1967-1974)

Alfred Anstett, professeur ENSH de sciences du sol et de fertlisation (1967-1983)

Patrick Pasquier, maitre-assistant en sciences du sol (1977-1983)

J.-M. Lemoyne De Forges, professeur ENSH d’hydraulique et d’hydrologie (ENSP 1968-1983)

Pierre Bordes, maitre-assistant ENSH en topographie (1970-1983)

Maryvonne Gallien-Decharme, chef de travaux en « parasitologie générale »

Valette, ingénieur du génie rural et des eaux et forêts (1967-1974)

Tristan Pauly, idem (>1976)

Pierre Lemattre, professeur ENSH de cultures ornementales (1970-1983)

Preneux, assistante ENSH en cultures ornementales (1978-1983)

Marc Rumelhart, professeur ENSP de botanique et d’écologie végétale (1976-2014)

Pierre Donadieu, professeur ENSP (bioclimatologie, botanique, phytogéographie, écologie végétale et urbaine, puis recherches au LAREP) (>1976).

 

Ateliers pédagogiques régionaux et quatrième année

Pierre Dauvergne (1983-1985)

Pierre Donadieu (1987-1996)

Bertrand Follea (1988-1996)

M. Viollet (1996 – 20 ? ?)

P. Aubry

 

Autres

Paul Harvois, professeur à l’École nationale des sciences agronomiques appliquées de Dijon, (co)auteur de deux projets d’Institut du paysage au Potager du Roi de Versailles (1969-72, 1981-1984).

Fischesser, ingénieur des eaux et des forêts, directeur d’unité au CEMAGREF de Grenoble, auteur du rapport homonyme en 1985.

 

 

 

Sommaire

Chapitre 1 : La Section du paysage et de l’art des jardins (1946-56)

Chapitre 2 : La Section du paysage et de l’art des jardins (1956-66)

Chapitre 3 : Le premier projet d’Institut du paysage (1965-1972)

Chapitre 4 : Fin de la Section du paysage et de l’art des jardins (1972-1974)

Chapitre 5 : Retour à l’ENSP (1977-1980)

Chapitre 6 : Le début de l’ENSP (1975-1980)

Chapitre 7 : La recherche (1980-1982)

Chapitre 8 : L’enseignement de 1979 à 1982

Chapitre 9 : Le projet d’Institut français du paysage (1982-1985)

Chapitre * : La saga des diplômes

 

La guerre des métaux rares

 

Guillaume Pitron : La guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique. Préface d’Hubert Védrine. Édition Les liens qui libèrent, 2018.

Note de lecture de Roland Vidal

Praséodyme, lanthane, indium, beryllium, néodyme, niobium…
Le premier mérite de l’ouvrage de Guillaume Pitron est de nous familiariser avec ces noms, pour la plupart inconnus, dont on risque pourtant de parler de plus en plus dans les années qui viennent. On en parlera parce qu’ils seront de plus en plus l’enjeu de conflits commerciaux et industriels, parce qu’ils seront l’objet de cette nouvelle « guerre des métaux » qu’évoque l’auteur.

Mais on peut aussi se demander de quels paysages ces « métaux rares » sont les acteurs. Et, là, la réponse dépend de quel coté de la chaîne de production l’on se trouve. Car derrière ces conflits qui s’esquissent aujourd’hui se dessine une fracture paysagère et environnementale qui commence tout juste à sortir du cadre néo-colonial dans lequel elle s’était installée.

D’un côté de la chaîne de production, donc, on trouve ces fameux paysages de la transition énergétique, avec panneaux photovoltaïques sur les toits des habitations, éoliennes à l’horizon et véhicules électriques dans les rues. Des paysages dont on débat, dans nos démocraties de plus en plus participatives, mais pour des raisons d’ordre esthétique bien plus qu’environnemental.

De l’autre côté, c’est-à-dire à l’autre bout du monde, ce sont les paysages de la « face cachée » de cette même transition énergétique. Cachée à nos yeux… pas aux yeux de ceux qui y habitent encore et tentent d’y survivre.

À Ganzhou, par exemple, la ville natale de Gao Xingjian (Nobel de littérature 2000), où des « montagnes de déchets toxiques » se dispersent au point d’obstruer les affluents du fleuve bleu, « des hommes et des femmes, nez et bouche recouverts de simples masques, travaillent dans une atmosphère saturée de particules noircies et d’émanations acides » (page 42).

À Baotou, principale ville de Mongolie-Intérieure et première région productrice de terres rares au monde, les rejets toxiques et la radio-activité1 ont fait fuir la plupart des habitants de leurs lieux de vie qu’ils appellent maintenant les « villages du cancer ».

Et aussi dans d’autres parties du monde, comme l’Indonésie, l’Amérique latine ou l’Afrique.

Là, tout comme en Chine, les nappes phréatiques sont infestées par toute sorte de rejets toxiques. L’eau potable manque2, les terres empoisonnées aux métaux lourds deviennent incultes et même les pluies deviennent acides. 

Selon l’endroit d’où on l’observe, la transition énergétique ne produit donc pas les mêmes environnements ni les mêmes paysages. Elle est « une transition pour les classes les plus aisées : elle dépollue les centres villes, plus huppés, pour mieux lester de ses impacts réels les zones plus miséreuses et éloignées des regards » (page 81). C’est en ce sens qu’elle s’inscrit dans la continuité d’un néo-colonialisme qui a toujours exporté les externalités négatives des pays dominants vers les pays dominés.

Car les métaux rares ne le sont pas plus en Amérique ou en Europe qu’en Chine. Ils sont présents un peu partout sur la planète. Ce sont les conditions de leur extraction, très dommageables pour l’environnement, qui font que les régions du monde qui en ont les moyens ont renoncé à les exploiter sur leur territoire. Les États-Unis, qui en avaient encore le leadership mondial il y a une trentaine d’années, ont fini par fermer leurs mines sous la pression des associations écologistes et de l’agence de protection de l’environnement. C’est à ce moment que la Chine, alors moins soucieuse de son environnement, a pris la place qui est la sienne aujourd’hui sur ce marché laissé libre par les Américains.

Mais les choses sont en train de changer. Outre la prise de conscience, tardive mais réelle, des autorités chinoises envers les questions environnementales, les Chinois ne veulent désormais plus exporter leurs terres rares vers des pays qui accaparent l’essentiel de la plus-value réalisée en laissant la pollution sur place.

La Chine, comme d’ailleurs les autres pays exportateurs comme l’Indonésie, continuera ses exploitations minières, mais au service de sa propre transition énergétique plutôt que de la nôtre.

Et la nôtre dépendra de notre capacité à ouvrir des mines de terres rares sur notre propre territoire, ce à quoi s’opposent les mouvements écologistes, désormais conscients des enjeux environnementaux qu’elle recouvre. Sur ce point, Guillaume Pitron pense que nous n’aurons guère le choix :

« La réouverture des mines françaises serait la meilleure décision écologique qui soit. Car la délocalisation de nos industries polluantes a eu un double effet pervers : elle a contribué à maintenir les consommateurs occidentaux dans l’ignorance des véritables coûts écologiques de nos modes de vie, et elle a laissé à des États dépourvus de tout scrupule écologique le champs libre pour extraire les minerais dans des conditions bien pires que si la production avait été maintenue en Occident. » (page 236)

La question des paysages de la transition énergétique est donc amenée à changer de forme. Il ne s’agira plus tellement de réfléchir à l’intégration des éoliennes ou des panneaux solaires dans nos paysages patrimoniaux, mais de s’interroger sur l’impact de ces nouvelles exploitations minières que nous ne pourrons plus ignorer puisque nous les aurons sous les yeux.

Et il sera toujours temps de se pencher sur cette évidence : la moins polluante des énergies sera celle que nous ne consommerons pas.

 


Présentation de l’auteur par l’éditeur :
“Journaliste pour Le Monde Diplomatique, Géo ou National Geographic (il est notamment lauréat de l’édition 2017 du Prix Erik Izraelewicz de l’enquête économique, créé par Le Monde), Guillaume Pitron signe ici son premier ouvrage. La géopolitique des matières premières est un axe majeur de son travail. Il intervient régulièrement auprès du parlement français et de la Commission européenne sur le sujet des métaux rares.”
Voir la 4e de couverture


Guillaume Pitron est également co-auteur, avec Serge Turquier, du documentaire “La sale guerre des terres rares”, diffusé sur France 5 l’année dernière, présenté ici, et visible sur Youtube.

Il a été l’invité de France Culture lors de plusieurs émissions podcastables ici.


1  Les métaux rares ne sont pas radioactifs mais leur extraction nécessite leur séparation d’avec des minerais qui, eux le sont. Dans les lacs toxiques de Baotou, la radioactivité est deux fois plus élevée qu’à Tchernobyl (page 81)

 Du fait de l’exploitation des terres rares qui en consomme des quantités considérables : 200 litres par kilogramme extrait (page 44)

La saga des diplômes de paysagiste

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La saga des diplômes de paysagiste

 Version du 22 juin 2018

Depuis la création à Versailles de la formation de paysagistes en 1945 jusqu’en 2016, le libellé du diplôme français de paysagiste concepteur a changé cinq fois. À chaque fois, l’État a fait preuve d’un pragmatisme certain en accompagnant les revendications des enseignants, les souhaits des professionnels praticiens et en modifiant le cadre juridique des formations des paysagistes concepteurs et ingénieurs.

En 1939, les compétences de paysagistes concepteurs étaient souvent mêlées à celles des entrepreneurs paysagistes, ingénieurs horticoles ou non. Quelques-uns étaient formés « sur le tas ». Dans son numéro n° 188 de mars 1939, le bulletin de l’association des anciens élèves de l’École nationale d’horticulture fait état, parmi ses ingénieurs diplômés, de « 53 architectes paysagistes et de 31 entrepreneurs paysagistes ».

En 1940, une tentative pour organiser le métier et créer un diplôme spécifique de paysagiste n’avait pas abouti. Après la guerre, à la fin de 1945, ce projet fut repris par le gouvernement provisoire du fait des besoins de la reconstruction des villes détruites. Cette réforme fut également induite dès les années 1930 par la préparation en Grande-Bretagne de la création de la Fédération internationale des architectes paysagistes (IFLA). Se réunirent plusieurs fois dans ce but les architectes paysagistes anglais, italien et français : Geoffrey Jellicoe (1900-1996), Pietro Porcinai (1910-1986) et Ferdinand Duprat (1887-1976), entre autres.

 

La naissance : paysagiste diplômé par l’École nationale d’horticulture

Le 5 décembre 1945, le décret n° 45-027 relatif à l’institution d’un diplôme de paysagiste de l’École nationale d’horticulture prévoit en son article 1 : « Il est créé à l’École nationale d’horticulture une section du paysage et de l’art des jardins ». Le décret est signé par le Général de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République, Tanguy-Prigent, ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement et J. Lenfant directeur de l’École. Il précise que : « les élèves de cette Section qui satisfont aux épreuves déterminées par le ministre de l’Agriculture reçoivent le diplôme de paysagiste de l’École nationale d’horticulture. Les ingénieurs agricoles et agronomes qui obtiennent le diplôme peuvent prendre le titre d’ingénieur paysagiste. »

Pendant les trois premières années de formation (de 1946 à 1949), «la durée des études est fixée à un an à l’issue de laquelle un certificat d’études sera délivré. Le titre de paysagiste ne sera attribué qu’après un stage chez un paysagiste ou dans un service technique d’une administration. Un projet complet (composition, travaux, plantation) et une thèse devront être présentés ».

Le législateur utilise le terme de titre et non de diplôme, pour marquer, non la sanction des études donnée par le certificat d’études final, mais une reconnaissance de l’aptitude pratique à exercer un métier.

Le 30 août 1950, un nouveau décret porte la durée des études à deux ans et institue le recours au concours en loge. « Pour obtenir le titre de paysagiste, les élèves des années 1946-47 à 1950-51 devront être titulaires du certificat d’étude de la Section depuis au moins un an, et satisfaire à un concours en loge (art. 5) ». Cette épreuve mettait les élèves paysagistes dans les mêmes conditions d’évaluation de leurs compétences que les élèves architectes, et les distinguait clairement des élèves ingénieurs horticoles qu’ils côtoyaient chaque jour à l’école. Car la confusion était d’autant plus facile à faire que le diplôme de paysagiste avait été attribué en 1946 à quelques ingénieurs horticoles (voir § suivant).  

Le décret du 11 juin 1954 et l’arrêté du 13 août de la même année ont précisé que :

 « le projet à présenter comportera :

– un concours en loge pour l’établissement d’une ou deux esquisses sur un thème choisi par le candidat parmi deux sujets présentés par le jury (épreuve éliminatoire)

– un travail libre d’après l’esquisse choisie comportant l’établissement d’un rendu, une étude technique de travaux, une étude de plantation et la rédaction d’un rapport très complet (le délai de présentation n’excèdera pas un an, et le nombre de sessions en loge trois pour les candidats) ». 

Dans les années 1950, le nombre de candidats et d’étudiants retenus à chaque sélection fut extrêmement faible et comportait essentiellement des ingénieurs horticoles. Il ne dépassera 20 par an qu’à la fin des années 1960. Pour cette raison, le conseil des enseignants demanda « l’élargissement du concours à des non bacheliers ayant satisfait à un examen de culture générale » (arrêté de mai 1961).

Le diplôme de paysagiste de l’ENH sera à nouveau modifié en 1954. Entre temps, pour augmenter rapidement le nombre de diplômés, l’État eut recours à une autre technique que celle de la formation initiale.

 

Une souplesse : paysagiste diplômé par le ministre de l’Agriculture

Dans le décret de 1945, l’article 2 stipule que « pour éviter de graves préjudices à quelques personnalités éminentes, au cours d’une période transitoire, le titre de paysagiste pourra être attribué à des personnes qui n’ont pas suivi la Section mais dont la connaissance et les travaux permettent l’assimilation aux élèves de celle-ci ».

Il existait en effet au lendemain de la guerre quelques professionnels de talent, ingénieurs ou diplômés à l’étranger, qui ne pouvaient faire valoir un diplôme français de paysagiste. La plupart était des ingénieurs horticoles exerçant les métiers de paysagiste avec le titre auto-attribué d’architecte paysagiste, d’ingénieur paysagiste ou d’entrepreneur paysagiste. La professionnalisation de ces métiers était balbutiante. L’organisation internationale des architectes paysagistes (IFLA) ne sera créée qu’en 1948.

C’est pourquoi l’arrêté du 9 janvier 1946 signé par Lefèvre, secrétaire d’État à l’Agriculture, prévoyait d’accorder le diplôme de paysagiste « sur titre, aux professionnels créateurs de plus de quarante ans et exerçant la profession de paysagiste depuis moins de quinze ans, ayant fait œuvre absolument personnelle en qualité et en quantité suffisantes pour prouver leur valeur artistique et leurs compétences ».

C’était dire de façon explicite que le diplôme de paysagiste de l’ENH qui n’avait pas été encore délivré ne pouvait reconnaître que des compétences de concepteur et de créateur d’œuvres ayant un caractère artistique, et non une pratique d’ingénieur.

Pourtant, au cours de l’été suivant, un second arrêté du 27 août 1946 prévoyait : « a/ que le recrutement de l’école concernera des ingénieurs agronomes, agricoles et horticoles, b/des élèves de l’École nationale des Beaux-Arts, de l’École spéciale d’architecture et de l’École centrale des arts et manufactures, c/ des bacheliers et des candidats étrangers avec les mêmes titres ».

La conséquence de cette souplesse d’attribution rétroactive du diplôme de paysagiste valant en pratique titre d’exercice professionnel eut une première conséquence de 1946 à 1955. À plusieurs paysagistes professionnels réputés, le plus souvent ingénieurs horticoles et qui n’avaient pas suivi la Section, fut ainsi attribué par arrêté ministériel le diplôme-titre de paysagiste diplômé par le ministre de l’Agriculture. Ce fut le cas en 1946 de Ferdinand Duprat, André Riousse, Henri Pasquier, Georges Moser, Jacques Greber, Emile Brice et Albert Audias ; en 1949 de Robert Joffet et Marcel Zaborwski, et de Jean Camand en 1955. Plus tard, dans les années 1980, la même possibilité juridique fut utilisée pour attribuer le diplôme de paysagiste diplômé par le ministre de l’Agriculture (DPLMA) à Michel Corajoud et Bernard Lassus qui n’avaient pas suivi les enseignements de la Section.

 

Une séparation : paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture

Par décret du 11 juin et arrêté du 13 août 1954, le diplôme de paysagiste de l’ENH devient « diplôme de paysagiste du ministère de l’Agriculture » modifiant ainsi le décret de 1945. Cette modification avait été demandée par le Conseil de perfectionnement de la Section dès le 4 juillet 1951 et rappelée dans un procès-verbal du 31 décembre 1953. Dans ce dernier, auquel assistait Ferdinand Duprat, président de la jeune Société française des paysagistes, était demandée également la suppression du titre d’ingénieur paysagiste que prévoyait le décret de 1945.

Ce titre ne fut pas supprimé. Longtemps son utilisation ne fut pas normalisée par les paysagistes qui recherchaient une homologation à la fois nationale et internationale en tant qu’architecte paysagiste.

Ce projet se heurta à l’opposition (toujours actuelle) de l’Ordre des architectes. Celui-ci avait été créé en décembre 1940, sous le régime de Vichy, par Jean Zay ministre de l’Instruction publique dont dépendait alors la direction des Beaux-Arts (qui est devenue le ministère des Affaires Culturelles puis de la Culture). L’Ordre des architectes distinguait clairement les métiers de l’entreprise et de l’architecture. Différence qui, chez les paysagistes, n’était pas toujours très claire avant les années 1960, mais le devint par la suite avec la professionnalisation distincte des entreprises paysagistes (dans l’Union nationale des entrepreneurs paysagistes et reboiseurs forestiers créée en 1962) et des paysagistes concepteurs (la Fédération française du paysage créée en 1982). En outre l’Ordre exprimait la plus grande réticence pour autoriser l’utilisation du terme d’architecte par des métiers dérivés dont il n’avait pas agréé la formation (architecte d’intérieur par exemple). En dépit de toutes les demandes faites, l’Ordre ne modifia pas son refus d’accréditer un diplôme d’architecte paysagiste. Alors que les Universités de la plupart des pays européens accédaient à cette demande en reconnaissant les formations d’architecte paysagiste.

En 1957, une nouvelle étape de l’organisation professionnelle fut franchie avec la création de la Société des paysagistes français qui regroupait surtout les diplômés de la Section. Lui succéda en 1969 la Société française des paysagistes. Avec surtout la Chambre syndicale des paysagistes libéraux créée la même année, ces deux organisations professionnelles jouèrent un rôle important dans l’élaboration du premier projet d’Institut du paysage (voir Chapitre 1).

La situation de la Section changea en fait avec la transformation de l’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire, agricole et horticole. Une première réforme en 1961 modifia le statut de l’ENH qui devint École nationale supérieure d’horticulture (ENSH), recruta sur concours commun avec les Écoles nationales supérieures d’agronomie et délivra le diplôme d’ingénieur horticole.

L’arrêt des enseignements de la Section au cours de l’été 1974 et la création en 1976 de l’École nationale supérieure du paysage à la place de la Section allaient ouvrir la possibilité de continuer à délivrer le diplôme de paysagiste DPLG prévu dès 1961.

Toutefois, le diplôme de « paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture » continua à être utilisé pour les étudiants tunisiens à partir de 1985. Chaque année, ils étaient sélectionnés par un concours séparé organisé à Sousse (école d’Agriculture de Chott Mariem). Cette situation était différente de celle des étudiants marocains de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat. Au vu de l’attestation de réussite des études à l’ENSP, l’Institut leur délivrait un diplôme d’ingénieur agronome dans la spécialité paysage.

Dans les deux pays, certains de ces diplômés sont devenus enseignants de paysage dans les Écoles d’horticulture et de paysage de Chott Mariem et de Rabat-Agadir.

 

Une conquête : le diplôme de paysagiste DPLG (diplômé par le gouvernement), (1961-1979)

Dans le décret du 20 juin 1961, il est précisé dans l’article 15 que L’ENH qui devient ENSH « comporte une section spéciale du paysage et de l’art des jardins, destinée à former des paysagistes DPLG ». Ce diplôme-titre reconnait le même titre -DPLG- que les architectes et les géomètres. Ce qui ouvrait aux paysagistes une meilleure visibilité professionnelle.

Au début des années 1970, les conditions d’attribution de ce diplôme furent cependant modifiées à la suite des revendications des étudiants et des enseignants, ainsi que du projet avorté d’Institut du paysage (1969-1971) de la commission réunie par Paul Harvois (voir chapitre 1). En 1971, le concours en loge fut supprimé et le projet à présenter par les étudiants, modifié, prévoyait :

– après un stage d’un an, la production d’une ou plusieurs esquisses évaluées par un jury,

– un travail à remettre dans un délai de trois ans.

Beaucoup de ces diplômes ne seront pas soutenus en temps et en heure, si bien que, grâce à une dernière session (dite « balai ») en 1985, le diplôme de paysagiste DPLG sera attribué aux candidats retardataires admis par le jury. Il fut attribué rétrospectivement à tous les anciens diplômés de la Section à la suite de la demande d’homologation des diplômes existants « au niveau 1, le même que celui des architectes », adressée par Raymond Chaux, directeur de l’ENSH/ENSP, à Marcel Robin du Service de la formation professionnelle auprès du Premier ministre en 1979.

En 1979, 146 paysagistes avaient déjà été diplômés : 57 comme paysagistes diplômés par le ministre de l’Agriculture (1946-1951), 23 comme paysagistes diplômés de l’ENH (1946-1951), 27 comme paysagistes diplômés par le ministère de l’Agriculture (1952-1960) et 39 comme paysagistes DPLG.

 

L’ENSP : paysagiste diplômé par le gouvernement (1979-2016)

Signé par Raymond Barre, premier ministre, le décret du 24 octobre 1976 prévoit dans son article 15 :

«  Il est institué sous la forme d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche, une École nationale supérieure du paysage qui assure la formation de paysagiste. (…) La formation comporte trois années d’études suivies d’un stage professionnel d’une durée minimale de 9 mois. Le diplôme de paysagiste DPLG sanctionne les études. Des étudiants, diplômés d’agronomie générale, peuvent accéder directement en troisième année, obtenir au bout d’un an leur diplôme d’agronomie approfondie (spécialité paysage) et leur diplôme d’ingénieur agronome, puis poursuivre pendant un an afin d’obtenir le diplôme de paysagiste DPLG ».

La seconde partie du texte est la conséquence d’une des explications de l’échec du projet d’Institut du paysage élaboré par la commission Harvois. Les services du ministère de l’Agriculture ont fait valoir que l’enseignement du paysage pouvait être également une spécialisation du cursus d’ingénieur agronome ou d’architecte.

Le diplôme était attribué au vu des notes obtenues pendant 3 ans, de la réalisation d’un stage chez un professionnel et de la présentation d’un travail personnel de fin d’études sous la forme d’un projet qui prendra rapidement le nom de projet de paysage. À partir de 1988, et en raison de la faible efficacité pédagogique des stages, furent mis en place les ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année (voir chapitre x).

Parallèlement, par le décret n° 76-959, du 15 octobre 1976, paru au Journal Officiel du 24 octobre, l’ENSH devenait école d’application en deux ans et pouvait recruter des diplômés d’agronomie générale des Écoles nationales supérieures d’agronomie, et des maîtrises de biologie, génétique et de biochimie de l’Université. Elle délivrera le diplôme de l’ENSH spécialité Horticulture ou Protection des plantes qui remplacera le diplôme d’ingénieur horticole.

Quelques années plus tard, en 1984, à la suite du départ des enseignants de l’ENSH de l’enseignement de l’ENSP en 1983, l’ENSH créera, au sein de l’option horticulture, une  spécialisation d’un an de « sciences et techniques appliquées aux aménagements paysagers ». Elle ne formait pas des paysagistes concepteurs par une pédagogie d’ateliers, mais des ingénieurs diplômés de l’ENSH qui trouvaient un emploi de cadre dans les services techniques d’espaces verts des villes, dans les agences d’urbanisme ou dans les bureaux d’études.

Comme l’ENSP pouvait recruter, à l’image de la Section, des élèves étrangers sur un contingent limité et par une sélection séparée du concours principal, un diplôme particulier leur était réservé : paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture. Ce dispositif a fonctionné, comme on l’a dit précédemment, pour former des paysagistes concepteurs marocains et tunisiens. La sélection était organisée, avec un représentant de l’ENSP (Pierre Donadieu, entre autres) à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat et à l’École nationale d’agriculture de Chott-Mariem à Sousse.

Avant 1976, le temps d’obtention du diplôme-titre avait été considérablement allongé par les trois ans de délai et l’oubli de cet examen d’habilitation professionnelle par certains. Étant donnée la faiblesse des effectifs de paysagistes et le besoin de praticiens, la politique du diplôme et titre de paysagiste DPLG obtenu en quatre ans permettant de gagner une année s’est ensuite révélée efficace.

Ce système de formation a permis de mettre sur le marché de l’emploi environ 2 000 paysagistes DPLG de 1979 à 2017 dont une petite partie est affiliée à la Fédération française du paysage créée en 1982. L’on en comptait que 140 en 1979.

 

Une régularisation : paysagiste diplômé d’État (>2015)

Le diplôme de paysagiste DPLG fut attribué par les trois écoles du ministère de l’Agriculture (ENSP Versailles) et du ministère de la Culture (ENSAP de Bordeaux et de Lille) jusqu’en 2018.

En vertu du décret n°2014-1400, et des arrêtés du 9 janvier 2015, le diplôme d’État de paysagiste (DEP), valant grade de master, a remplacé le diplôme de paysagiste DPLG à partir de la rentrée 2015. La formation conduisant au DEP se fait en trois années à l’issue desquelles l’étudiant présente un mémoire de master puis un projet de fin d’étude (PFE). Elle sera complétée à partir de 2018 par un post-master permettant d’assurer une professionnalisation poussée et/ou par une formation doctorale.

Ce diplôme ressemble beaucoup au précédent, le gouvernement (le G de DPLG) étant remplacé par l’État (le E de DEP). En fait il résout plusieurs problèmes récurrents à la fois. Le titre d’architecte DPLG qui avait disparu en 2005 à la suite de la réforme des écoles d’architecture avait été remplacé par de celui d’architecte diplômé d’État, validant le grade de master (Bac + 5 ans). Il fallait trouver une appellation proche pour les paysagistes DPLG. En outre la dénomination de paysagiste DPLG était peu comprise en dehors de la France. Et comme le titre d’architecte paysagiste était toujours refusé par l’0rdre des architectes, il était nécessaire de consacrer une appellation officielle – paysagiste concepteur – à la compétence correspondante en France, rôle qu’avait joué le diplôme-titre de paysagiste DPLG pendant 54 ans.

À cet effet, la loi 2016-1087 du 8 août 2016, Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, indique dans son article 174 que « Seules peuvent utiliser le titre de «paysagiste concepteur», dans le cadre de leur exercice professionnel, les personnes titulaires d’un diplôme, délivré par un établissement de formation agréé dans des conditions fixées par voie réglementaire, sanctionnant une formation spécifique de caractère culturel, scientifique et technique à la conception paysagère.
Pour bénéficier de ce titre, les praticiens en exercice à la date de publication de la présente loi doivent satisfaire à des conditions de formation ou d’expérience professionnelle analogues à celles des titulaires du diplôme mentionné au premier alinéa. »

La loi a donc consacré la distinction, en usage dans beaucoup de pays européens ou non, entre les diplômes des écoles ou des universités et le titre autorisant l’exercice d’une profession. Cette distinction oblige une « commission consultative » siégeant au ministère de la Transition écologique, à donner depuis 2017 un avis sur toutes les demandes d’agrément d’un praticien comme « paysagiste concepteur ».

La capacité à concevoir un projet de paysage est appréciée en fonction des critères suivants (entre autres) : capacités à mobiliser des connaissances générales, à faire un diagnostic et dégager des enjeux paysagers, à anticiper des évolutions des paysages, à prendre en charge une maîtrise d’œuvre d’aménagement, à travailler à plusieurs échelles d’espace et de temps, à communiquer un projet…

 

Ainsi les paysagistes sont-ils entrés dans le vaste monde des professions réglementées comme celles des médecins, avocats ou architectes : « Activité ou ensemble d’activités professionnelles dont l’accès, l’exercice ou une des modalités d’exercice est subordonné directement ou indirectement, en vertu de dispositions législatives, réglementaires ou administratives, à la possession de qualifications professionnelles déterminées; l’utilisation d’un titre professionnel limitée par des dispositions législatives, réglementaires ou administratives aux détenteurs d’une qualification professionnelle donnée constitue notamment une modalité d’exercice « directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 ».

En 2017, l’on peut estimer que l’effectif des diplômés des six écoles de concepteurs est situé entre 3 000 et 3 500. Cependant, il est probable que la saga des diplômes de paysagistes ne trouve pas ici son épilogue …

 

Pierre Donadieu

version du 22 juin 2018


 

Bibliographie

Barraqué B., Le paysage et l’administration, ARTE/MRU, doc. ronéo, 1985, 215 p.

Donadieu P. et Bouraoui M., La formation des cadres paysagistes en France par le ministère de l’Agriculture (1874-2000), LAREP, ENSP Versailles, 2003, 286 p. et annexes

Donadieu P., Le premier projet d’Institut du paysage à Versailles, (1965-1971) ou La promesse de l’aube…. , 2018, Topia (rubrique Travaux des chercheurs/histoire et mémoire), www.topia.fr

Durnerin A., « Quelques figures d’anciens élèves de l’École nationale d’horticulture de Versailles au temps d’Édouard André », ANDRÉ Florence, COURTOIS Stéphanie de (dir.), Édouard André (1840-1911). Un paysagiste botaniste sur les chemins du monde, Besançon, Éditions de l’Imprimeur, 2001, p. 302-308.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier projet d’Institut du paysage

Chapitre 2Retour

Chapitre 3
Le premier projet d’Institut du paysage à Versailles
(1965-1971)

ou

La promesse de l’aube…

Version du 2 juin 2018

 

Deux formations dans une même école

À la fin de 1961, dans l’atelier qui leur est réservé à l’École nationale supérieure d’horticulture de Versailles, les apprentis paysagistes de la Section du paysage et de l’art des jardins1 se consacrent chaque jour à la conception de leurs nombreux projets. Des professionnels, architectes, urbanistes, ingénieurs horticoles et/ou paysagistes DPLG, comme Théodore Leveau, Jacques Sgard ou Jean-Claude Saint-Maurice les encadrent2. D’autres enseignants vacataires, à la fois ingénieurs horticole et paysagiste DPLG, comme G. Sabourin en utilisation des végétaux, J.-P. Bernard en sols sportifs, Albert Audias3 en histoire de l’architecture et techniques de travaux (depuis 1946), et Roger Puget (architecte) en urbanisme… leur dispensent des cours dans le petit amphithéâtre voisin4. Leurs études durent deux ans après une année de cours préparatoires comme auditeurs et une sélection sur concours. Ils obtiennent après une activité en agence d’au moins un an et un « concours en loge » le diplôme de paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture (converti plus tard en paysagiste diplômé par le gouvernement comme pour les architectes et les géomètres)5.

Dans les bâtiments du Potager du roi, dans les salles de travaux pratiques, les laboratoires, les serres, les jardins et les amphithéâtres travaillent également les élèves ingénieurs de l’École nationale supérieure d’horticulture. Leurs enseignants, titulaires de l’enseignement supérieur agronomique : chefs de travaux, maîtres de conférences ou professeurs, leur dispensent un enseignement technique qui amorce cependant un tournant de plus en plus scientifique. Après des études qui durent trois ans suivant un concours d’entrée et une à deux années dans les classes préparatoires des lycées agricoles ou d’enseignement général, ils obtiennent un diplôme d’ingénieur horticole. Leur emploi du temps est saturé de cours, de travaux pratiques, de visites d’entreprises et d’excursions botaniques, ce qui n’est pas le cas des étudiants paysagistes qui se consacrent surtout à des travaux d’ateliers et à des visites de jardins, de chantiers, de musées ou d’expositions.

D’un côté, environ 120 à 130 étudiant(e)s en horticulture, de l’autre 15 à 25 étudiant(e)s paysagistes. Pour les premiers, le modèle pédagogique repose sur la norme technique, l’expérience scientifique en laboratoire et le calcul économique, et pour les seconds sur la pratique de l’atelier à la façon de l’ École des Beaux-Arts sous la direction d’un maître reconnu. Ni les uns, ni les autres ne passent beaucoup de temps de travail dans le Potager où les blouses blanches des chercheurs commencent à remplacer les tabliers bleus des jardiniers. Leurs relations dans un cadre pédagogique sont marginales (quelques enseignements communs de botanique et d’écologie en tant qu’auditeurs libres). Mais ils se retrouvent tous dans le cadre extrascolaire des nombreuses activités festives du Cercle des élèves.

Dans cette décennie marquée politiquement et socialement par les « évènements » (des grèves et manfestations massives d’étudiants et d’ouvriers) de mai 1968, des bouleversements considérables de l’enseignement horticole et paysagiste français se préparent. Ils vont déterminer les transformations de l’établissement au cours des cinquante années suivantes.

 

Les signes avant-coureurs : une École nationale supérieure du paysage et de l’art des jardins

Dès 1964, le ministère de l’Agriculture, qui dispose de la tutelle de l’École d’Horticulture depuis sa création en 1873, manifeste le désir de réformer l’enseignement supérieur agronomique et vétérinaire. Il s’agissait de créer des écoles d’application comme débouchés d’un diplôme d’agronomie générale obtenu en deux ans après le concours d’entrée (deux ans après le bac) dans les Écoles nationales supérieures d’agronomie.

Concernant l’ENSH, la Direction générale de l’enseignement et des affaires professionnelles et sociales prévoyait également depuis une lettre du 7 décembre 1964 au directeur E. Le Guélinel, de remplacer l’ENSH au statut ambigu6 par une formation d’ingénieurs des travaux en trois ans après un concours, et une formation de niveau supérieur en deux ans.

Le 22 mai 1966, J.-M. Soupault, directeur général de l’Enseignement supérieur valide le projet de « la future école d’application » à Versailles en deux ans : une année pour obtenir un diplôme d’agronomie approfondie, et une année supplémentaire pour se spécialiser en horticulture et «briguer également un doctorat de 3e cycle dans une spécialité horticole ».7

Dans ce contexte de réforme, les enseignants de la Section du paysage et de l’art des jardins créent, en 1965, une commission pour étudier « l’organisation à venir de l’enseignement du paysage et de l’art des jardins ». Ses conclusions en septembre affirment « la nécessité de détacher l’enseignement du Paysage, au plus haut degré, de la formation agronomique. Ceci permettrait d’accentuer le caractère artistique de cet enseignement et de resserrer les liens avec d’autres disciplines telles l’Architecture et l’Urbanisme »8. Ce projet, qui reprend des revendications antérieures, n’exclut cependant pas de reconduire un double diplôme d’ingénieur et de paysagiste, comme c’était le cas depuis le décret fondateur de 19459.

Dans cette contribution est proposée une organisation en trois ans après la sélection d’entrée où est affirmée la nécessité d’une « culture propre au domaine des jardins et autres domaines de l’Art, et la formation artistique à partir du potentiel de sensibilité et de talent d’expression reconnu à l’élève par le concours d’entrée». Quatre domaines devaient compléter cette organisation : « la connaissance de l’homme (le cadre juridique et social des activités de plein air), la connaissance de la nature (l’utilisation des végétaux et la phytogéographie), les techniques de réalisation (de jardinage, de génies civil et rural) et les travaux d’atelier de projet (esquisse, avant-projet, projet technique, rendu, devis estimatif, rapport de présentation)».

Une note anonyme (JS/HL, peut-être de J. Sgard) du 19 10 1965 recommandait de créer un nouveau cadre (une Université des Arts) afin « de mettre en contact les disciplines d’aménagement de l’espace : architecture, urbanisme, paysage … en les associant à l’art de l’ingénieur (Génies civil et rural) ». Une phrase prémonitoire est à retenir : « L’enseignement du paysage doit garder son individualité et ne pas être absorbé. D’où l’avantage de le laisser intégré à l’Agriculture ».

Mais le problème épineux d’une préparation externe à cette formation n’avait pas de réponse, car les effectifs concernés auraient été trop faibles.

Ainsi fut préfiguré par les paysagistes enseignants ou non dans la Section, notamment par Pierre Roulet10, Albert Audias11 et J.-C. Saint-Maurice12, J.-P. Bernard et J.-C. Bernard, avec le secrétariat de P. Lemattre, chef de travaux en Cultures ornementales, une « École nationale du paysage et de l’art des jardins ». Elle devait permettre d’accéder au titre de paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture, puis à celui de paysagiste DPLG. Elle annonçait l’organisation actuelle de l’ENSP de Versailles en départements, mise en place en 1977.

Parallèlement, était demandé l’avis « d’un groupe d’étude régional d’Angers » composé surtout d’ingénieurs horticoles et agronomes. De leur côté, était en fait initié le projet de la mise en place d’une École nationale d’ingénieurs des techniques horticoles (ENITH) à Angers avec le concours de E. Le Guélinel, directeur de l’ENSH de Versailles, chargé de cette réforme13. Car le ministère entendait respecter à cette époque la hiérarchie des ingénieurs de conception de projets (à mettre en place à Versailles) et des ingénieurs d’exécution des projets (à relocaliser à Angers). Cette dernière réforme se conclura vingt ans plus tard avec le déplacement de l’ENSH à Angers, au moment où la distinction entre école d’ingénieurs des travaux et école d’ingénieurs de conception disparaissait…

 

Le groupe d’étude et de recherche paysagère (GERP)

Après les grèves nationales de mai 1968, le projet d’École nationale du paysage et de l’art des jardins semble abandonné par le ministère de l’Agriculture. De nouveaux acteurs apparaissent car la réorganisation de la Section s’impose de plus en plus, étant donné son manque de moyens humains et financiers. Étant donné également, on peut le supposer, le début de la prise de conscience du rôle public des paysagistes au niveau de quelques ministères, de l’Équipement notamment.

Le Groupe d’étude et de recherche du paysage (GERP)14 est créé au début de 1968, « hors du champ de la Section et du ministère de l’Agriculture » (P. Dauvergne), par de jeunes paysagistes (notamment Pierre Dauvergne et Philippe Treyve15, Caroline Baudelot, Paul Clerc, Françoise Bozellec), des fonctionnaires de ministères (Remi Pérelman16 du Ministère de l’équipement et de la DATAR), des urbanistes et des environnementalistes (L. Hervé).

Il est organisé au début de 1969 en trois groupes exploitant des thématiques paysagères non horticoles : environnement et structuration de l’espace (rapporté par P. Clerc) ; écologie, cartographie de la végétation et aménagement de l’espace (rapporté par P. Dauvergne) ; et les pratiques de paysage à l’étranger (sans rapporteur)17.

Le GERP organise des cycles de conférences, diffuse un bulletin d’information des groupes de travail et entretient un contact étroit avec l’enseignement du paysage à Versailles. Il centre ses activités sur l’environnement et toutes réflexions théoriques qui élargit la question des pratiques paysagistes au-delà de celle de l’art des jardins et de l’horticulture ornementale. Il préfigure le mouvement d’idées (le « paysagisme d’aménagement », le « grand paysage ») qui aboutira à la création du Centre national et interministériel d’études et de recherches paysagères (CNERP) à Trappes en 1972.

Il deviendra, grâce à la participation de ses membres, notamment de P. Treyve, un des interlocuteurs du conseiller technique du ministère de l’Agriculture (J.L. Tisserant) au moment de la création de la « commission Harvois » à la fin de 1969.

 

La Chambre nationale des paysagistes conseils de France

En 1969 est créée l’organisation professionnelle qui réunit les paysagistes libéraux sous la présidence de Pierre Roulet déjà impliqué dans les réflexions sur l’enseignement du paysage.

Au début de cette année, P. Roulet a rejoint au côté de Jean-Bernard Perrin, paysagiste DPLG et directeur de l’Agence de l’arbre et des espaces verts (ministère de l’Environnement et du logement), le Comité européen des architectes de jardins et paysagistes (CEGAP18) créé en octobre 1968 à Munich. Avec René Péchère, professeur chargé de la création de l’enseignement du paysage à l’École d’architecture de la Cambre à Bruxelles, Pietro Porcinaï, chargé de cours à l’école des Beaux-Arts de Florence, Métro Vroom, directeur du département de paysage à la faculté d’agronomie de Wageningen, et le professeur Herman Matern, titulaire de la chaire de paysage et directeur de l’Institut du paysage à la Technische Hochschule de l’Université de Berlin, P. Roulet s’intéresse à la formation paysagiste dans la perspective de l’Europe du Marché Commun19.

La note de P. Roulet à ses collègues du CEGAP du 20 mars 1969 (à l’issue d’une réunion à Venise) insiste sur les points importants pour eux : « la recherche fondamentale en matière d’ambiances urbaines et de paysage ; la transformation agraire posée nettement (plan Mansholt) ». Il indique que le ministère de l’Agriculture français va nommer une personnalité pour mettre en œuvre un projet d’école autonome à Versailles. Le Conseil insiste sur cinq principes de formation : un tronc commun de formation de l’échelle du jardin à celle du paysage ; la pluridisciplinarité et des spécialisations individuelles possibles ; une initiation professionnelle d’au moins un an ; un enseignement par des professionnels connus ; des échanges européens entre écoles20.

Jusqu’ à la nomination effective de P. Harvois en octobre 1969 et pendant le travail de la commission, P. Roulet va exercer une influence importante au niveau politique et ministériel.

 

La nomination de Paul Harvois

À la fin de l’année scolaire 1968-69, le mécontentement s’amplifie à la Section. Le financement des vacataires et du fonctionnement est insuffisant et les modes pédagogiques ne conviennent plus au nouveau contexte national (enseigner les réponses aux problèmes d’environnement, d’urbanisme, d’espaces verts et de paysage, et non d’art des jardins ou d’horticulture ornementale). Les effectifs ont augmenté (de 10 à 25 élèves par an). Le décalage avec l’Allemagne est préoccupant (6 écoles de paysage avec des formations en 5 à 6 ans). Le GERP, les étudiants, les professionnels et les étudiants attendent donc un chargé de mission qui va être nommé pour « poursuivre la création d’un véritable enseignement du paysage ». Par lettre du 24 juin, ils demandent au ministère de l’Agriculture la création d’une « École nationale supérieure du paysage et des espaces verts, délivrant un diplôme de troisième cycle, et pouvant s’ouvrir aux élèves d’agronomie, d’architecture et d’administration ». Ils réclament l’autonomie de l’école, des relations avec les autres ministères, des crédits immédiats et des dispositions transitoires pour les étudiants21.

Le 30 juin 1969, à l’issue de la réunion d’un collectif avec le représentant du ministère, il est demandé « aux spécialistes de l’enseignement du paysage » : à Paul Harvois, chargé d’inspection générale d’éducation culturelle, secrétaire général du Groupe de recherche et d’éducation permanente (GREP), professeur titulaire d’éducation des adultes à l’École nationale des sciences agronomiques appliquées de Dijon, à J.-P. Bernard (enseignant à la Section), B. Lassus (plasticien, professeur titulaire à l’école des Beaux-Arts à Paris) avec J. Sgard et P. Clerc, P. Roulet et J.-C. Saint-Maurice (enseignants à la Section), et des élèves de constituer un nouveau dossier.

P. Harvois, qui n’est pas encore nommé, s’enquiert auprès du ministère de la Culture en juillet du lieu où pourrait être créée cette école car il n’est pas (encore) prévu de déplacer l’ENSH : le domaine de Marly, le Bois de Vincennes, le camp américain du SHAPE à Saint-Germain-en-Laye, le camp militaire des Mortemets à côté de l’École d’horticulture ? Le 29 juillet, P. Roulet fait état à P. Harvois de sa rencontre avec le sénateur René Monoury pour obtenir un contact avec le ministre des Affaires Culturelles Jacques Duhamel, ainsi qu’avec le député Michel Poniatowsky.

Le 6 août, au titre du GERP, B. Lassus et P. Treyve obtiennent avec un élève un rendez-vous avec J.-L. Tisserant le conseiller technique du secrétaire d’État à l’Agriculture, le docteur Bernard Pons. Ils plaident la singularité de l’enseignement nouveau du paysage (transversal et interministériel, avec une recherche associée à l’enseignement dans le cadre d’un Institut). La fermeture de la section est envisagée ou toute autre solution positive qui sera décidée à la rentrée, notamment celle d’une tutelle interministérielle (Agriculture, Affaires Culturelles, Aménagement du territoire et Équipement, Finances).

En septembre, P. Roulet transmet à R. Baudouin, directeur de cabinet du ministre de l’agriculture, une note sur le rôle des architectes paysagistes conseils (une vingtaine de libéraux) et des paysagistes fonctionnaires ou contractuels (une trentaine) dans des institutions parapubliques (comme l’IAURP ou les Organismes régionaux d’étude et d’aménagement des aires métropolitaines : OREAM). Il précise que l’Union des syndicats d’entreprises paysagistes appuie la réforme « étant donnés les gros déboires constatés par les membres de cet organisme ». Et que le nombre de paysagistes est trop faible pour faire face aux besoins sans compter « notre retard avec l’étranger »22.

Le 13 octobre, P. Roulet alerte R. Baudouin en lui indiquant que la rentrée n’a pas été faite à la Section (« Le directeur l’a différée ») ce qui n’est pas sans relation avec la non parution du décret de nomination de P. Harvois comme chargé de mission dans un cadre interministériel. Le 14 octobre, il informe le député Poniatowksy que « le conseil des professeurs de la Section a été amené à bloquer la rentrée scolaire et à la rendre tributaire de la sortie du décret de nomination »23.

Ces pressions aidant, le décret « portant nomination de Paul Harvois pour étudier la création d’une École nationale du paysage » parait le 17 octobre 1969. Dès le 23 octobre, le nouveau chargé de mission rencontre Etienne Le Guélinel, directeur de l’ENSH et de la Section. Le contexte de l’établissement est sans doute tendu ou confus avec les élèves car P. Harvois, dans une lettre à J.-M. Soupault, écrite le soir même, juge préférable d’attendre la circulaire d’application définissant ses responsabilités exactes.

 

Mise en place de la commission « Harvois »

La « Décision » précisant les attributions exactes de P. Harvois ne paraitra que le 13 novembre.

Dans la première quinzaine de novembre, P. Roulet interpelle le conseiller technique Stern auprès du ministre de l’Équipement pour lui demander de s’associer au projet d’école avec le ministre de l’Agriculture, en tant que commanditaire potentiel d’études paysagères. J.-C. Saint-Maurice fait de même le 7 novembre avec le secrétaire d’état à l’Agriculture, à la suite d’une entrevue de ce dernier avec le GERP et des représentants de l’enseignement à la Section. Essentiellement pour acter des promesses de nombreuses décisions positives à leurs yeux (notamment la recherche d’un directeur des études de la Section), mais pour regretter la faiblesse des moyens financiers supplémentaires (plus 30 000 francs pour le fonctionnement, somme à augmenter de la rémunération des enseignants, alors que 200 000 francs minimum étaient demandés).

La « Décision » indique que la commission qui assistera P. Harvois est composée de trois professeurs de la Section, un représentant du directeur de l’ENSH, de J.-M. Clément directeur adjoint de l’INA de Paris et d’un élève élu. Contrairement à l’arrêté, elle ne parle plus d’école à créer, mais « d’évolution des structures de l’actuelle Section du paysage de l’ENSH de Versailles avec d’autres partenaires ».

Le 24 novembre, E. Le Guélinel indique à P. Harvois le nom de son représentant (M. Ravisy, maître de conférences à l’ENSH), la disponibilité de Michel Viollet24, paysagiste, pour les contacts avec la Section, et de Jean Pasquier directeur des études à l’ENSH. Il lui recommande de tenir ses réunions au GREP à Paris …

Quelques jours auparavant (18/11), P. Harvois avait contacté G. Samel, enseignant à la Section, pour savoir qui pourrait représenter les enseignants ; ainsi que Georges Demouchy, étudiant « massier » de deuxième année de la Section.

Le 9 décembre, E. Le Guélinel fait connaître les trois noms d’enseignants paysagistes (dont deux ingénieurs horticoles) retenus pour la commission : Albert Audias, Jean-Claude Saint-Maurice et Jacques Sgard. S’ y ajoute un peu plus tard celui de G. Demouchy en tant qu’élève élu. La commission semble restreinte au périmètre paysagiste de la Section. La suite démentira ce premier choix sous la pression d’autres acteurs déjà impliqués.

En janvier 1970, sous l’influence de toutes les parties prenantes du projet, la composition de la commission « pour la création de l’Institut National du paysage25 » change considérablement. Elle passe de six membres à vingt et un membres. S’ajoutent les ministères des Affaires Culturelles (7 personnes dont B. Lassus et le directeur de l’école d’architecture voisine, UP (unité pédagogique)26 n°3), de l’Éducation nationale (1), de l’Équipement et de la DATAR (R. Pérelman), de la Jeunesse et des Sports (1), de l’Agriculture (2), des Anciens élèves de la Section (P. Clerc), de la Chambre des paysagistes conseils (P. Roulet), de l’Union syndicale des entrepreneurs paysagistes (P. Desmidt) et une personnalité impliquée dans la commission paritaire de l’ENSH avec P. Roulet et J.-C. Saint-Maurice (G. Samel).

Les projets d’écoles aux dénomination diverses sont abandonnés au profit d’un hypothétique « Institut national du paysage » réunissant plusieurs pôles d’intérêt très différents : les techniques et les sciences horticoles et paysagistes (les entrepreneurs, les pépiniéristes), les concepteurs paysagistes enseignants dans la Section, le GERP (futur promoteur du paysagisme d’aménagement au CNERP), les Affaires Culturelles (les Écoles d’architecture et la protection des sites) et les paysagistes conseils libéraux (la Chambre des paysagistes conseils).

De leur côté l’ENSH et son association des anciens élèves semblent très méfiantes, et la Section empêtrée dans des problèmes de fonctionnement, de critique et d’évolution de ses propres enseignements27.

 

L’Institut national du paysage (1970-71)

Le 13 janvier 1970, se tient au GREP à Paris la première réunion de la commission d’étude présidée par P. Harvois. 15 personnes y participent. Le président récapitule les problèmes importants : 1/Choisir entre un institut supérieur et de 3e cycle regroupant formations horticoles, d’architectes et d’ingénieurs, et une école nationale supérieure avec 6 années d’études et plusieurs sections (du technicien à l’ingénieur et au docteur). 2/Trouver un statut administratif pour cette institution et son implantation géographique. 3/ Mettre au point des dispositions transitoires urgentes28.

Dès le 20 janvier, les tensions apparaissent dans un courrier d’A. Audias à P. Harvois. D’un côté, un accord des trois paysagistes de la Section «pour estimer que c’est la formation du paysagiste maître d’œuvre qui doit être la mission première de l’enseignement envisagé », de l’autre l’affirmation du rôle du « paysagiste régional » selon les besoins du ministère de l’Équipement et l’interprétation globalisante et réformiste de R. Pérelman et du GERP. Néanmoins, le 21 janvier, dans une note de synthèse à P. Harvois, ils se mettent provisoirement d’accord avec P. Roulet pour écrire que « le rôle du paysagiste s’appuie sur sa compétence et sa responsabilité en tant que maître d’œuvre. Il devra participer à l’élaboration des plans-masse et des schémas directeurs ».

Mais au ministère des Affaires Culturelles, à la suite du compte rendu de Hervé Fischer, Bernard Kohn, un architecte franco-américain conseiller pédagogique du bureau de l’Enseignement, juge que « la création de l’École nationale supérieure du paysagisme (à Versailles) serait une grave erreur. Cette idée est contraire aux politiques de décentralisation de l’enseignement de l’architecture et aux besoins régionaux des aménageurs … Il faudrait prévoir au moins cinq ou six centres »29. Il fait référence aux États-Unis et à l’exemple du département de Paysage de l’université de Pennsylvanie dirigé par l’architecte paysagiste et planificateur renommé Ian McHarg.

Considérant son expertise en matière de paysage, M. Ramon (Direction de l’architecture) désigne B. Lassus comme « porte-parole du ministère des Affaires Culturelles ».

Le 24 février, une nouvelle réunion de la commission « pour la création de l’Institut national du paysage et de l’environnement » (voir figure) conduit à retenir une formation en trois cycles et des antennes régionales. La distinction entre enseignement et recherche, développée par B. Lassus, commence, de manière elliptique, à apparaître, comme celle entre environnement et paysage ou paysagisme, initiée par R. Pérelman et le GERP.

10 mars, nouvelle réunion. Apparait le besoin d’une étude prospective des besoins en paysagistes qui sollicitera chaque ministère concerné, mais n’obtiendra pas de réponses très satisfaisantes.

7 avril. L’Institut national, avec ses centres régionaux d’application (qui ont remplacé les antennes) doit affirmer la notion de recherche dans le troisième cycle. Le premier cycle pose toujours problème en fonction du mode de sélection adopté. Former 10 à 15 paysagistes à accueillir dans le corps des enseignants des Affaires Culturelles et autant par l’Office national des forêts est envisagé. Les estimations restent à cette époque très modestes.

Il apparait cependant à la commission – au fur et à mesure que le nombre de ses participants aux réunions diminue – que les compétences de formation paysagiste (comme celles de Clerc, Viollet, Lassus, Pérelman) ont déjà été repérées par les centres de formation existants. Par exemple par le département Milieu naturel de l’ENGREF qui a recours à leurs interventions.30

À la fin de juin, le rapport final est remis à Bernard Pons secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture. Il est accompagné d’un projet de décret de « Création à Versailles d’un Institut national du paysage », rédigé sur le modèle du décret d’organisation de l’École nationale des ingénieurs des travaux des eaux et des forêts de 1966. Un projet ambitieux qui comprend quatre divisions : l’enseignement en quatre, cinq ou six ans regroupant des départements de formation, la recherche au niveau du troisième cycle, la formation permanente, la promotion supérieure et les applications régionales (Fig. 1).

Fig. 1 Organigramme de l’Institut national du paysage et de l’environnement, 1970.

L’Institut, qui dépendra du ministère de l’Agriculture, délivrera notamment des diplômes de paysagiste (de conception), d’ingénieur des techniques du paysage, et de doctorats d’enseignement ou d’université. Il disposera d’un service de relations publiques et d’information, de documentation et d’édition.

Quelques mois plus tard, le 19 octobre, Bernard Pons fait savoir à P. Harvois que « la formule préconisée, après un premier examen, semble devoir être retenue, et qu’il lui confie la mission d’étudier d’abord les conditions pratiques pour accorder l’autonomie à la Section »31. Le financement de la création de l’Institut n’est pas envisagé avant 1972.

 

L’échec du projet

À la fin de l’année 1970, la plupart des courriers échangés par P. Harvois témoignent de vues concordantes pour accompagner le projet. Les ministères des Affaires Culturelles et de l’Équipement revendiquent la cotutelle de l’Institut avec celui de l’Agriculture. Des affectations de personnel et la mise en disposition d’un site sont envisagées par la direction de l’Architecture. Un chargé de mission M. Boucher pourrait assurer la transition à Versailles entre la Section et l’Institut. Une commission interministérielle serait chargée d’étudier les conditions de la réalisation matérielle du projet (budget, programmes, postes, locaux) et une rentrée en septembre 1971. Mais, écrit-il au ministre, « il faut agir très vite. Le ministère doit annoncer officiellement la décision dans une conférence de presse au printemps prochain ».32

Toutefois, l’agitation persiste à Versailles. Les élèves de la Section refusent de passer les examens de fin d’année « dans les conditions qui leur sont imposées », écrit le conseiller technique J.-L. Tisserand début décembre.

Trois mois après, P. Roulet fait part de ses premiers doutes sur la faisabilité du projet au ministre. Il soupçonne le Ministère de l’Agriculture d’envisager de compléter une formation longue (architecte ou ingénieur) par une formation courte de paysagiste. Il craint que la création du cursus d’ingénieur d’espaces verts de l’ENITAH d’Angers (repoussé à la rentrée 1971) fasse double emploi avec le cursus d’ingénieur des techniques de l’Institut. Il redoute également que les questions de formation à l’environnement ne soient « accaparées » par les corps d’ingénieurs du ministère de l’Agriculture33.

Parallèlement, P. Harvois parvient difficilement à résoudre, avec J. Ricorday et P. Clerc, le problème du jury (17 membres !) et des modalités de la session d’examen pour la délivrance du diplôme de paysagiste en 1971 et 1972.

C’est en avril que le coup de grâce est donné par Etienne le Guélinel dans une longue lettre argumentée d’ « observations ». Sans remettre en cause la création de l’Institut, il y dénonce successivement : « l’argumentation du rapport Harvois pour utiliser les moyens de l’ENSH pour créer l’Institut », « l’abandon volontaire de l’enseignement de l’art des jardins », la non compatibilité de la formation d’ingénieurs de travaux paysagers {subordonnés} à des paysagiste concepteurs, la faiblesse des débouchés d’ingénieurs « étroitement paysagistes », et la réticence de Philippe Olmer, directeur en 1970 de l’INA de Paris et chargé de la fusion de l’INA de Paris et de l’École nationale supérieure d’agronomie de Grignon à côté de Versailles. Il plaide pour une ENITAH associant une filière horticole et paysagiste, et la localisation des deux premières années de l’Institut à Angers. Il doute d’une Grande École qui ne formerait que 16 paysagistes de conception par an et propose plusieurs scénarii de transition vers un Institut, dont l’arrêt de la Section en 197234.

Paul Harvois fait part début mai de sa déception à Pierre Desmidt. Lequel a écrit à Etienne Le Guélinel pour dénoncer son manque de soutien des milieux professionnels qui portaient ce projet. Le 17 mai, après la réunion interministérielle du 13 mai, dans une lettre à B. Pons, P. Harvois acte « la remise en cause fondamentale d’une formation même de paysagistes alors que les échanges antérieurs avaient été plus que positifs » et le rejet de son rapport « en l’absence de tout représentant concerné ou informé ».

De son côté, le 26 mai, la Chambre syndicale des paysagistes conseils (G. Samel et P. Roulet) diffuse une « Lettre aux candidats à la profession de paysagiste » pour dénoncer « un objectif délibéré et convergent : la disparition de la profession à laquelle vous vous destinez ». Ils alertent le député Poniatowksy déjà plusieurs fois contacté, en mettant en cause « une maffia de l’Agronomie … concluant à l’inutilité de l’Institut ».

Début juin, P. Roulet informe P. Desmidt, P. Harvois et G. Samel que le projet d’Institut est officiellement abandonné (sous un prétexte financier). Mais que « L’Environnement35 se propose de faire créer un enseignement d’application, qui, en 6 mois, serait susceptible de mettre sur le marché des « paysagistes » issus de l’enseignement supérieur agronomique ou architectural »36 . C’était l’annonce du projet de Centre national d’études et de recherches du paysage (CNERP) à Trappes près de Versailles qui prendra à la rentrée 1972 le relais partiel de l’Institut national du paysage abandonné.

Cet épilogue inattendu montre surtout que les positions des services administratifs des ministères -très liés avec les corps d’ingénieurs37 avaient été largement occultées par les échanges officiels. Le ministre de l’Équipement Albin Chalandon affirmait son accord avec le projet en mars, alors que le directeur du personnel de son ministère faisait savoir en mai que « les conclusions du rapport Harvois étaient trop ambitieuses et que la plupart des administrations estimaient qu’il fallait d’abord mettre sur pied un enseignement complémentaire de spécialisation (des ingénieurs et architectes notamment) »38.

 

Conclusion

Ce premier épisode des réformes de la formation des paysagistes prépare en fait tous ceux qui suivront. Il était en fait difficile – mais c’était le pari optimiste de P. Harvois et de ses partenaires– de faire passer d’un seul coup cette réforme radicale de l’enseignement. En revanche, tous les éléments idéologiques et politiques du débat étaient présents et tous les acteurs également39.

Après cette décision, l’ENITAH, installée à Angers à la rentrée de 1972, pouvait former « des ingénieurs paysagistes de travaux ». Ensuite l’ENSH, promue école d’application de troisième cycle des Écoles nationales supérieures d’agronomie, pourra former à partir de 1976 des ingénieurs de conception spécialisés en Horticulture, Protection des végétaux et à partir de 1984 en « Sciences et techniques appliquées aux aménagements paysagers ».

Le CNERP se mettra en même temps en place pour satisfaire les paysagistes du GERP et du ministère de l’Équipement de 1972 à 1979. Puis l’ENSP en 1976, et trois autres écoles de paysage (Bordeaux, Blois et Lille) s’ajouteront respectivement en 1991, 1993 et 2005. Alors que la Section s’arrêtera de fonctionner en juin 1975.

Peut-être peut-on considérer que l’Institut national du paysage s’est fait mais pas sous la forme prévue ? Une partie s’est concrétisée à Angers (l’ENITH (P) avec sa filière paysage dans le cadre d’Agrocampus ouest), et l’autre à Versailles avec les deuxième et troisième cycles de l’ENSP voisins jusqu’en 1995 de l’ENSH.

Cette transition –riche de multiples compromis– vers un régime national de formation paysagiste stabilisé a demandé une trentaine d’années (de 1965 à 1995). L’aube ne faisait que se lever …

 

Les épisodes suivants (à aborder dans les recherches ultérieures)

Le CNERP (1972-79), la saga des diplômes, les débuts de l’ENSP, le premier projet de recherche, l’Institut français du paysage (1983-85), le paysagisme d’aménagement (le rapport de B. Fischesser), la délocalisation à Blois, le départ de l’École d’horticulture à Angers (1993-1997 -la fusion ENITHP/ENSH en un Institut national d’horticulture et de paysage), les ateliers pédagogiques régionaux (>1987) et les départements de l’ENSP, la formation continue, la formation doctorale (>1997), le LAREP (>1993), la politique éditoriale (>1985), le recrutement des enseignants…

P. Donadieu

 

 

 Bibliographie

Barraqué B., Le paysage et l’administration, ARTE/MRU, doc. ronéo, 1985, 215 p.

Donadieu P. et Bouraoui M., La formation des cadres paysagistes en France par le ministère de l’Agriculture (1874-2000), LAREP, ENSP Versailles, 2003, 286 p. et annexes

Racine M. (édit.), Créateurs de jardins et de paysages en France du XIXe au XXIe siècle, Arles, Actes Sud, Versailles, École nationale supérieure du paysage, 2002.

 


Notes

1 La Section du paysage et de l’art des jardins a été créée à l’ENSH de Versailles par un décret du Général de Gaulle en décembre 1945. Sa création a été obtenue par Raoul Rautry, ministre de la Reconstruction.

T. Leveau (1896-1974), architecte et urbaniste, est un élève de l’architecte-paysagiste J.-C.-N. Forestier. J. Sgard (né en 1929) est paysagiste DPLG et urbaniste diplômé de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris. J.-C. Saint-Maurice (1928-2001) est ingénieur horticole et paysagiste DPLG.

3 A. Audias (1904- ?), ingénieur horticole et paysagiste DPLG, est enseignant dans la Section depuis 1946.

4 D’après les projets d’emploi du temps de la Section en 1960-61, conservés dans les archives pédagogiques de l’ENSP de Versailles.

Voir le chapitre 2 (La saga des diplômes)

Les indices de rémunération des professeurs de l’ENSH étaient, par exemple, inférieurs à ceux des professeurs des ENITA existantes. Alors que les ingénieurs horticoles, bien formés en sciences biologiques, étaient admis dans les troisièmes cycles universitaires, contrairement aux ingénieurs des techniques agricoles.

Lettre du 6 juin 1967 de Soupault à Le Guélinel, directeur de l’ENSH.

8 Paysage, doc. Ronéo, 1965, n.p. Texte inséré dans Rapport sur l’étude de la réforme de l’enseignement supérieur en horticulture, ENSH Versailles, 1965, 3 tomes.

Ce fut le cas, entre autres, de Albert Audias (promotion ENSH 1921), de J.-C. Saint-Maurice (promotion ENSH 1948), de Allain Provost (1958), de Gilles Clément (1965) et de Yves-Marie Allain (1966). Le diplôme d’ingénieur horticole ne fut plus délivré après 1974 en raison de la réforme de l’ENSH.

10 Fondateur avec J. Sgard et J.-C. Saint-Maurice de de l’ «Atelier du paysage » en 1960, il deviendra le premier président de la Chambre syndicale des paysagistes conseils, créée en 1969.

11 A. Audias a défini à cette même époque les « missions du paysagiste » pour une école en 3 ans. Pour lui, c’est « un conseil des maîtres d’œuvre et des techniciens », un « maître d’œuvre qui réalise sous sa responsabilité » et un « planificateur et organisateur d’aménagements extérieurs à l’échelle d’un paysage » . Définition de la mission du Paysagiste, doc. ronéo., 1966 ou 67, 3 p.

12 J.-C. Saint-Maurice maintenait une formation en deux ans en réorganisant les unités d’enseignement sur 3 ans (stages) en fonction de la progression et de l’évaluation des élèves, jusqu’au diplôme. Feuille ronéo, sans titre, 1969.

13 En mai 1965, la procédure d’acquisition des terrains pour la création de l’ENITH à Angers était déjà entamée et son ouverture envisagée en 1968 ou 1969. Rapport de 1965, tome 3, op. cit.

14 Auquel a succédé l’ « Association paysage » (P. Dauvergne, communication du 10/02/18).

15 P. Treyve, ingénieur agronome de l’Institut national agronomique de Paris (futur AgroParisTech), est paysagiste DPLG, employé à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne (IAURP). Pierre Dauvergne (né en 1943), paysagiste DPLG, participa ensuite aux travaux du CNERP, puis à l’enseignement de l’ENSP parallèlement à ses activités professionnelles (ministère de l’Équipement, puis Direction des services départementaux du Val-de-Marne).

16 Rémi Pérelman, ingénieur agronome INA de Paris, travaillait au ministère de l’Équipement et du Logement (STCAU).

17 GERP, bulletin n° 4, janvier 1969, 87 p.

18 Le G correspond au G de Garten, la perspective étant hybride germano française. Le groupe sera renommé au cours de la réunion de Venise du 20 mars 1969: « Conseil européen des professeurs de l’enseignement supérieur pour l’architecture des jardins et l’aménagement du paysage »

19 Lettre du 6 mars 1969 de P. Roulet à P. Harvois

20 Procès-verbal de la réunion de Venise du 20 mars 1969 à laquelle assistait Valerio Giacomini, président de l’association italienne des architectes de jardin et de paysage.

21 Lettre du comité tripartite pour la création de l’École nationale supérieure des espaces verts et du paysage, au ministère de l’Agriculture, 24 juin 1969.

22 Note de P. Roulet au cabinet du ministre de l’Agriculture, septembre 1969, 10 p.

23 Lettre au député du Val d’Oise du 14 octobre 1969 avec copie à P. Harvois

24 M. Viollet, né en 1939, paysagiste DPLG, travaille depuis 1967 à l’École comme assistant de J. Sgard et de B. Lassus.

25 L’expression « Institut national du paysage » apparait pour la première fois dans les archives de P. Harvois.

26 Après 1968, les Écoles des Beaux-Arts sont devenues des « Unités pédagogiques ».

27 Compte-rendu de la commission paritaire du 17 décembre 1969.

28 D’après des notes manuscrites qui semblent être celles de P. Harvois.

29 Lettre de Maurice Ramond du bureau de l’enseignement de l’architecture à Paul Harvois.

30 Lettre de J. Servat à P. Harvois du 10 avril 1970.

31 Lettre de B. Pons à P. Harvois du 19 Octobre 1970.

32 Lettre de P. Harvois à B. Pons, 30 novembre 1970

33 Lettre de P. Roulet à B. Pons du 9 mars 1970

34 Ce document de 8 pages, dont une copie dactylographiée est conservée, n’est pas datée. Le destinataire était le ministère de l’Agriculture.

35 Le ministère de l’Environnement (avec Pierre Poujade comme ministre, Jacques Chaban-Delmas étant premier ministre)) vient d’être créé en janvier 1971. Il est probable que cette création a fragilisé le soutien du projet d’Institut en le privant des soutiens du GERP et de R. Pérelman.

36 Copie de la lettre de P. Roulet à Harvois, Samel, Spake, Guelpa, Desmidt, non daté

37 Notamment les ingénieurs des Ponts-et-Chaussées et du Génie rural et des eaux et forêts. Le rôle de l’association des anciens élèves de l’ENSH et de la SNHF, qui n’apparaissent pas dans la correspondance de P. Harvois, reste à éclairer.

38 Lettre de Pierre Delaporte, directeur du personnel du ministère de l’Équipement et du Logement à Monsieur Lacaze Ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, chef de la mission d’étude à la Ville nouvelle du Vaudreuil, 5 mai 1971, copie à P. Harvois.

39 En 1983-85, une partie des protagonistes de la commission Harvois (notamment B. Lassus et P. Dauvergne) tentera, avec les autres enseignants et les élèves, à nouveau, de soutenir un nouveau projet d’« Institut français du paysage ». Il se soldera, avec la même ambition, par le même échec qu’en 1971, en provoquant une grève étudiante longue en 1985. Mais il déclenchera l’ouverture du premier poste d’enseignant titulaire d’atelier attribué à M. Corajoud.

Chroniques d’archivistes

Chroniques d’archivistes

 

Dans cette chronique sont indiqués les travaux réalisés dans les archives de l’ENSP de Versailles-Marseille par les membres du groupe Histoire et Mémoire de l’école.

Créé en mars 2018, ce groupe réunit (par ordre alphabétique) B. Blanchon, P. Donadieu, V. Fernandes, A. Jacobsohn, V. Piveteau et C. Santini.

Publiée sur Topia, la chronique est actualisée tous les deux à quatre mois (P. Donadieu).

Les travaux concernent :

– la localisation des archives dans et hors de l’ENSP,

-le récolement (inventaire) des documents entreposés dans les différents lieux de conservation de l’école,

– l’élimination régulière (tous les cinq à 90 ans) des archives « périmées »,

– l’équipement des salles d’archives (étagères),

– la relocalisation des archives à l’intérieur de l’école,

– la valorisation des archives par les documentalistes et les chercheurs,

  • Consultation par le public et les chercheurs (salle dédiée ?)
  • Expositions (salle dédiée ?)
  • Publications d’articles historiques sur le site Topia ou ailleurs
  • Restauration d’ouvrages ou de tableaux.

 

Travaux récents

2009 : Récolement (inventaire) des archives administratives et financières (Figuerie) et pilonnage (destruction) par l’archiviste Hélène Bonamy selon le plan de gestion des archives de l’école établi avec A. Rigault (archives des Yvelines)

2011 : Récolement des archives pédagogiques (Bâtiment Le Normand), sans pilonnage ni versement aux archives départementales, par l’archiviste Justine Luong

2000-2017: Stockage à l’ENSP (sous-sol du Le Normand et autres salles), sans récolement :

 – des archives des enseignants (D. Bouillon, M. Rumelhart, P. Donadieu, M. Corajoud, A. Fleury, P. Dauvergne …) : Le Normand, Le Nôtre, Figuerie, Saint-Louis, Suisses 

– des services de l’ENSP (direction des études, départements d’enseignement, LAREP, formation continue, documentation, concours …)

2018 : mars : Création du groupe Histoire et Mémoire (de l’ENSP) et de la rubrique homonyme sur Topia.


 

Début de la chronique

2018

Mars-avril

– Essai d’échantillonnage des archives du concours (40 ans), très encombrantes et poussiéreuses (P. Donadieu et V. Piveteau). On a peut-être trouvé une règle d’élimination des dossiers de candidature (une année sur 10 ?).

-Mise en place d’une rubrique « Histoire et Mémoire » dans « Travaux des chercheurs » du site Topia (R. Vidal). 

– Tri et mise au pilon des archives périmées (2009-2017) dans les deux salles des combles de la Figuerie (V. Fernandes), un travail de bénédictin(e)… dans la poussière et la solitude …

– Publication des localisations des archives à l’ENSP et aux Archives départementales (P. Donadieu, V. PIveteau et A. Rigault). On sait enfin où est une partie des archives de la Section du paysage, hélas mélangées avec celles de l’ENSH. Il faudra chercher encore … On a retrouvé les comptes rendus des conseils d’enseignants de 1947 à 1967 (liasse 1433 du récolement de 2011 à l’ENSP).

– Publication sur Topia de deux articles sur le premier projet d’Institut du paysage (1970-72) de la commission Harvois et sur les diplômes de paysagiste depuis 1945 (P. Donadieu et R. Vidal). Un troisième est en préparation sur les débuts du fonctionnement de la Section (1946-1956).

22 mai 2018

Comment trouver, dans les archives des Yvelines, un document relatif à l’histoire de l’ENSP et de la Section ? En principe c’est simple. Vous identifiez sa cote et vous demandez au personnel des archives de vous l’apporter. Ainsi en est-il des dépôts, sous la rubrique École d’horticulture, avec les cotes 106J, 141J, 144J, 145J … concernant les archives des paysagistes versaillais (E.et R.-E André, J. Camand, J. Challet …). En pratique c’est moins évident. Je cherche les procès-verbaux des conseils des enseignants de l’ENH pour savoir quelle place y tenaient les décisions concernant l’enseignement de la chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme, et celui de la section du paysage et de l’art des jardins. Sur le fichier qui inventorie les archives de l’ENH versées en 2009, je repère les boites 238 (VI-1) et 386-387 (VI-36) indiquant “Conseil des professeurs, PV 1929-1957”.  Après presque une demi heure de recherche, la “présidente” de la salle de lecture parvient à repérer la cote réelle des boites (1W-dépôt 238) qui réunit les PV des conseils d’administrations de l’ENH de 1936 à 1961, mais pas ceux des conseils des professeurs.

Nouvelle recherche du préposé dans les réserves. Il remonte une boite anonyme trouvée sur les étagères à côté des précédentes. Miracle ! Dans cette boite verte, je trouve les deux cahiers manuscrits des conseils d’enseignants de l’ENH de 1929 à 1957. On m’explique que le reclassement du fond versé en 2009 n’est pas terminé, ce qui explique cette boite anonyme. Désormais elle a retrouvé une cote : 1W dépôt 117-VI-36 (si j’ai bien compris). Je pourrai ainsi continuer ma lecture et comparer les activités pédagogiques de l’ENH et celles  de la Section entre 1940 et 1957. Car j’ai retrouvé les PV du conseil des professeurs de la Section de 1947 à 1964 dans la salle des archives pédagogiques de l’ENSP à la cote de récolement 1433 …

13 juin 2018

Depuis le 1er juin jusqu’en juillet prochain,  un stagiaire  Sovannara Mey ( d’origine Khmer) aide Véronique Fernandès. Il termine son cursus de Master 1 (Gestion de l’archivage) à l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines.

V.  Fernandès raconte les dernières opérations : “Nous avons procédé à un premier bordereau d’élimination  (BX VISA N° 1) et avons soumis la demande d’élimination d’archives (récolement 2011 + 2018) ainsi que le tableau EXCEL des éléments, à Vincent Piveteau aujourd’hui même. Celui-ci concerne uniquement les archives des salles 71 et 72 et représente 82 mètres linéaires. Dès que le bordereau sera signé, nous adresserons par courrier, les documents pour le visa des Archives départementales des Yvelines.

En effet, lors de sa dernière visite, Antony Rigault nous a demandé de fractionner les bordereaux, eu égard à la quantité de documents à vérifier avant pilonnage. Dans ces salles, il nous reste encore quelques cartons et boîtes à analyser.

Les plans et calques, qui feront l’objet d’un versement (BV) aux AD 78, sont pratiquement tous récolés (nous arrivons à un peu plus de 80 plans).”

11 juillet 2018

Véronique  Fernandez fait le point sur les travaux accomplis avec Sovannara Mey.

Salles 71 et 72

Les documents et les plans des salles 71 et 72 sont pratiquement tous inventoriés. L’analyse des boîtes non recollées des salles 71 et 72 est terminée. Un premier bordereau d’élimination a été soumis à l’approbation du Directeur de l’ENSP et adressé au ADY78.  Des réserves, concernant certains documents, ont été émises par les ADY78. Les documents concernés, (principalement les feuilles de paie ENSP et MAP) ont été extraits de la montagne du pilon (environ 50 boîtes).

Le pilon s’agrandit (entre 110 et 120 mètres linéaires) mais, de fait, eu égard aux analyses et au tableau de gestion qui indique un sort final de conservation : il commence à diminuer.
Les plans et calques, qui feront l’objet d’un versement aux AD 78, sont recollés et conditionnés.  Le bordereau de versement aux ADY78 est prêt et il sera soumis à l’approbation du directeur de l’ENSP.  Un deuxième bordereau d’élimination est prêt pour une seconde opération Pilon. Un troisième viendra prochainement.

Les dossiers de personnels rémunérés, par famille : fonctionnaires retraités, vacataires, ARE, AUD, étudiants, stagiaires, personnels occasionnels, sont classées autant que possible par ordre alphabétique. Il y a eu un très gros travail de reclassement et de conditionnement sur ce point.  En effet, nous avons trouvé un grand nombre de dossiers en vrac, peu identifiés ou de manière disparate. Certains dossiers sont organisés par services ou par date, d’autres sans classement précis. Il y a des dossiers d’une même personne qui se trouvent dans différentes boîtes en fonction de l’emploi occupé, sans forcement être des doublons… Enfin, nous retrouvons régulièrement des pièces administratives en vrac qui peuvent être importantes pour la carrière des personnels et que nous devons ou devrions intégrer dans leurs dossiers (IRCANTEC, ASSEDIC, notifications administratives, documents d’arrêt de travail…). En conséquence, il faudrait plus tard, lors de l’aménagement des nouvelles salles destinées aux archives administratives, faire un gros travail de fusion desdits dossiers.

Les archives de la FFP (archives privées de fait, mais certaines probablement très liées à l’école) sont conséquentes en salle 71 et au bâtiment Le Normand.
Elles pourraient être conditionnées en cartons de déménagement,
pour tout ce qui est en relation avec l’école et la pédagogie. Nous éliminerons les pièces comptables, totalement obsolètes et les documents irrécupérables. Ce sera probablement fait à la rentrée prochaine.

Les archives de l’ IFLA ont été toutes conditionnées et recollées (25 boîtes)

 Salle 20 – bâtiment Le Normand.

Les étagères sont pratiquement toutes purgées des dossiers à retirer avant mise au pilon. Les boites à éliminer sont temporairement placées dans le couloir desservant les réserves du sous-sol (20 mètres linéaires). Il reste un très gros travail d’analyse à réaliser dans cette salle, encore très encombrée.

Le meuble à plans cédé par les ADY78 est désormais placé, comme prévu, au sous-sol du bâtiment Le Normand, dans la réserve n° 2.. Un rendez-vous est fixé en juillet avec Véronique Laulier pour faire le point sur les archives de la Formation Continue, celles notamment qui sont très dégradées et posées sur le sol en salle 20.

Travaux envisagés en 2018:

– Mise au pilon (dans le couloir) des archives périmées de la salle des archives pédagogiques (SAP), selon le fichier de gestion de 2011 (manque fichier des boites 2500 à 3100)

– Récolement des archives « Documentation » (SAP) : V. Fernandes + stagiaire

– Terminer le récolement des archives du concours (échantillonnage)

– Préciser (réunion du groupe Histoire et Mémoire) les règles de tri des archives des enseignants (récolement partiel ou total)

– Étiqueter de manière visible les dix portes du sous-sol du bâtiment Le Normand

– Mise à la benne des archives à pilonner de la Figuerie et du Le Normand

– Rédaction d’articles sur les enseignements de la Section du paysage et de l’art des jardins (1946-1974)

– Contact avec Y. Périllon (legs possible d’une exposition ancienne sur l’art des jardins…)

A suivre …

Histoire du paysagisme

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Cours et documents (accès réservé)

 

L’enseignement “Histoire, théorisations et critique du projet de paysage” est commun au parcours DEP et TDPP.
 
Dès le départ, il semble que donner une définition satisfaisante du métier de paysagiste (landscape architect) conduisit à un échec. Dans une lettre adressée à Calvert Vaux depuis la Californie en 1865, Frederick Law Olmsted ne put qu’énoncer son tracas sur cette “classification misérable”. Cent cinquante ans plus tard, peut-on se risquer à donner une définition plus stable du paysagiste ? Celle-ci doit s’éclairer, il nous semble, de la diversité des trajectoires et des expériences professionnelles. Qu’est ce que l’histoire du paysagisme ? Une autre “classification misérable” ! Ni de l’histoire des jardins, ni de l’histoire de l’urbanisme, mais quelque chose qui s’approche d’un chemin sinueux, d’un vagabondage, ou plutôt d’un jeu de piste patient. On se risquera notamment à suivre les ramifications des réseaux humains, les jeux d’influence et d’échange,  les rôles des institutions (écoles, organisations professionnelles, revues…), les alliances entre disciplines. Sans rechercher une vue synoptique définitive, on abordera plusieurs terrains (États-Unis, Nord et Sud de l’Europe) ou des prismes permettant d’explorer des facettes méconnues du métier (marge et centre, genre, photographie, écriture…). Racontée à plusieurs voix, cette histoire demeure un exercice ouvert, un chantier de recherche pour les années à venir, qui attend d’autres enquêteurs, d’autres passeurs. (Alexis Pernet)
 
Équipe pédagogique : Bernadette Blanchon, Denis Delbaere, Sonia Keravel, Alexis Pernet. 
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Mémoires

 
Le métier de paysagiste est sous-tendu par un niveau d’expertise qui implique une aptitude permanente à construire des savoirs, à les mettre à jour, à les articuler entre eux et à les transmettre. L’acquisition de ces compétences est centrale au cours de la dernière année d’étude (Master 2), qui vise à développer l’autonomie dans la conception, et à affirmer l’originalité d’un positionnement professionnel.

Les enseignants-chercheurs de l’ENSP accompagnent cette année au travers d’unités d’enseignement centrées sur des dimensions théoriques, mais aussi prospectives, et mobilisent pour ce faire plus particulièrement leurs postures et leurs travaux de recherche. Au cours de cette année, la production d’un mémoire constitue l’exercice par lequel les étudiants se positionnent à l’intérieur des multiples dimensions de la pratique du projet de paysage et apportent un savoir original sur une problématique du métier de paysagiste.

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Parcours grand paysage

 
Le parcours pédagogique Grand paysage s’effectue sur les années de Licence 3 et de Master 1 du cycle d’étude du diplôme d’État de paysagiste. Il a pour objectif de transmettre des outils de lecture, d’analyse et de projection du paysage à l’échelle microrégionale. Les unités d’enseignement concernées sont :
– En DEP1, la lecture de paysage (responsable pédagogique : Alexis Pernet)
– En DEP2, les modules Atlas (responsable pédagogique : Monique Toublanc) et Enjeux, acteurs et politiques paysagères (responsable pédagogique : Patrick Moquay).
Le terrain commun à ces trois enseignements est déterminé par les étudiants, en groupe, à partir d’un carreau choisi parmi les cartes topographiques au 1/25000 de l’IGN. Leur formation est complétée en fin de licence 3 (en début de de Master 1 à compter de la rentrée 2019) par un voyage d’étude pluridisciplinaire à travers le Massif central.
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