La saga des diplômes de paysagiste

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La saga des diplômes de paysagiste

 

Depuis la création à Versailles de la formation de paysagistes en 1945 jusqu’en 2016, le libellé du diplôme français de paysagiste concepteur a changé cinq fois. À chaque fois, l’État a fait preuve d’un pragmatisme certain en accompagnant les revendications des enseignants, les souhaits des professionnels praticiens et en modifiant le cadre juridique des formations des paysagistes concepteurs et ingénieurs.

En 1939, les compétences de paysagistes concepteurs étaient souvent mêlées à celles des entrepreneurs paysagistes, ingénieurs horticoles ou non. Quelques-uns étaient formés « sur le tas ». Dans son numéro n° 188 de mars 1939, le bulletin de l’association des anciens élèves de l’École nationale d’horticulture fait état, parmi ses ingénieurs diplômés, de « 53 architectes paysagistes et de 31 entrepreneurs paysagistes ».

En 1940, une tentative pour organiser le métier et créer un diplôme spécifique de paysagiste n’avait pas abouti. Après la guerre, à la fin de 1945, ce projet fut repris par le gouvernement provisoire du fait des besoins de la reconstruction des villes détruites. Cette réforme fut également induite dès les années 1930 par la préparation en Grande-Bretagne de la création de la Fédération internationale des architectes paysagistes (IFLA). Se réunirent plusieurs fois dans ce but les architectes paysagistes anglais, italien et français : Geoffrey Jellicoe (1900-1996), Pietro Porcinai (1910-1986) et Ferdinand Duprat (1887-1976), entre autres.

 

La naissance : paysagiste diplômé par l’École nationale d’horticulture

Le 5 décembre 1945, le décret n° 45-027 relatif à l’institution d’un diplôme de paysagiste de l’École nationale d’horticulture prévoit en son article 1 : « Il est créé à l’École nationale d’horticulture une section du paysage et de l’art des jardins ». Le décret est signé par le Général de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République, Tanguy-Prigent, ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement et J. Lenfant directeur de l’École. Il précise que : « les élèves de cette Section qui satisfont aux épreuves déterminées par le ministre de l’Agriculture reçoivent le diplôme de paysagiste de l’École nationale d’horticulture. Les ingénieurs agricoles et agronomes qui obtiennent le diplôme peuvent prendre le titre d’ingénieur paysagiste. »

Pendant les trois premières années de formation (de 1946 à 1949), «la durée des études est fixée à un an à l’issue de laquelle un certificat d’études sera délivré. Le titre de paysagiste ne sera attribué qu’après un stage chez un paysagiste ou dans un service technique d’une administration. Un projet complet (composition, travaux, plantation) et une thèse devront être présentés ».

Le législateur utilise le terme de titre et non de diplôme, pour marquer non la sanction des études donnée par le certificat d’études final mais une reconnaissance de l’aptitude pratique à exercer un métier.

Le 30 août 1950, un nouveau décret porte la durée des études à deux ans et institue le concours en loge. « Pour obtenir le titre de paysagiste, les élèves des années 1946-47 à 1950-51 devront être titulaires du certificat d’étude de la Section depuis au moins un an, et satisfaire à un concours en loge (art. 5) ». Cette épreuve mettait les élèves paysagistes dans les mêmes conditions d’évaluation de leurs compétences que les élèves architectes, et les distinguait clairement des élèves ingénieurs horticoles qu’ils côtoyaient chaque jour à l’école. Car la confusion était d’autant plus facile à faire que le diplôme de paysagiste avait été attribué en 1946 à quelques ingénieurs horticoles (voir § suivant).  

Le décret du 11 juin 1954 et l’arrêté du 13 août de la même année ont précisé que :

 « le projet à présenter comportera :

– un concours en loge pour l’établissement d’une ou deux esquisses sur un thème choisi par le candidat parmi deux sujets présentés par le jury (épreuve éliminatoire)

– un travail libre d’après l’esquisse choisie comportant l’établissement d’un rendu, une étude technique de travaux, une étude de plantation et la rédaction d’un rapport très complet (le délai de présentation n’excèdera pas un an, et le nombre de sessions en loge trois pour les candidats) ». 

Dans les années 1950, le nombre de candidats et d’étudiants retenus à chaque sélection fut extrêmement faible et comportait très peu d’ingénieurs horticoles. Il ne dépassera 20 par an qu’à la fin des années 1960. Pour cette raison, le conseil des enseignants demanda « l’élargissement du concours à des non bacheliers ayant satisfait à un examen de culture générale » (arrêté de mai 1961).

Le diplôme de paysagiste de l’ENH sera à nouveau modifié en 1954. Entre temps, pour augmenter rapidement le nombre de diplômés, l’État eut recours à une autre technique que celle de la formation initiale.

 

Une souplesse : paysagiste diplômé par le ministre de l’Agriculture

Dans le décret de 1945, l’article 2 stipule que « pour éviter de graves préjudices à quelques personnalités éminentes, au cours d’une période transitoire, le titre de paysagiste pourra être attribué à des personnes qui n’ont pas suivi la Section mais dont la connaissance et les travaux permettent l’assimilation aux élèves de celle-ci ».

Il existait en effet au lendemain de la guerre quelques professionnels de talent, ingénieurs ou diplômés à l’étranger, qui ne pouvaient faire valoir un diplôme français de paysagiste. La plupart était des ingénieurs horticoles exerçant les métiers de paysagiste avec le titre auto-attribué d’architecte paysagiste, d’ingénieur paysagiste ou d’entrepreneur paysagiste. La professionnalisation de ces métiers était balbutiante. L’organisation internationale des architectes paysagistes (IFLA) ne sera créée qu’en 1948.

C’est pourquoi l’arrêté du 9 janvier 1946 signé par Lefèvre, secrétaire d’État à l’Agriculture, prévoyait d’accorder le diplôme de paysagiste « sur titre, aux professionnels créateurs de plus de quarante ans et exerçant la profession de paysagiste depuis moins de quinze ans, ayant fait œuvre absolument personnelle en qualité et en quantité suffisantes pour prouver leur valeur artistique et leurs compétences ».

C’était dire de façon explicite que le diplôme de paysagiste de l’ENH qui n’avait pas été encore délivré ne pouvait reconnaître que des compétences de concepteur et de créateur d’œuvres ayant un caractère artistique, et non une pratique d’ingénieur.

Pourtant, au cours de l’été suivant, un second arrêté du 27 août 1946 prévoyait : « a/ que le recrutement de l’école concernera des ingénieurs agronomes, agricoles et horticoles, b/des élèves de l’École nationale des Beaux-Arts, de l’École spéciale d’architecture et de l’École centrale des arts et manufactures, c/ des bacheliers et des candidats étrangers avec les mêmes titres ».

La conséquence de cette souplesse d’attribution rétroactive du diplôme de paysagiste valant en pratique titre d’exercice professionnel eut une première conséquence de 1946 à 1955. À plusieurs professionnels réputés, le plus souvent ingénieurs horticoles et qui n’avaient pas suivi la Section, fut ainsi attribué par arrêté ministériel le diplôme-titre de paysagiste diplômé par le ministre de l’Agriculture. Ce fut le cas en 1946 de Ferdinand Duprat, André Riousse, Henri Pasquier, Georges Moser, Jacques Greber, Emile Brice et Albert Audias ; en 1949 de Robert Joffet et Marcel Zaborwski, et de Jean Camand en 1955. Plus tard, dans les années 1980, la même possibilité juridique fut utilisée pour attribuer le diplôme de paysagiste diplômé par le ministre de l’Agriculture (DPLMA) à Michel Corajoud et Bernard Lassus qui n’avaient pas suivi les enseignements de la Section.

 

Une séparation : paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture

Par décret du 11 juin et arrêté du 13 août 1954, le diplôme de paysagiste de l’ENH devient « diplôme de paysagiste du ministère de l’Agriculture » modifiant ainsi le décret de 1945. Cette modification avait été demandée par le Conseil de perfectionnement de la Section dès le 4 juillet 1951 et rappelée dans un procès-verbal du 31 décembre 1953. Dans ce dernier, auquel assistait Ferdinand Duprat, président de la jeune Société française des paysagistes, était demandée également la suppression du titre d’ingénieur paysagiste que prévoyait le décret de 1945.

Ce titre ne fut pas supprimé. Longtemps son utilisation ne fut pas normalisée par les paysagistes qui recherchaient une homologation à la fois nationale et internationale en tant qu’architecte paysagiste.

Ce projet se heurta à l’opposition (toujours actuelle) de l’Ordre des architectes. Celui-ci avait été créé en décembre 1940, sous le régime de Vichy, par Jean Zay ministre de l’Instruction publique dont dépendait alors la direction des Beaux-Arts (qui est devenue le ministère des Affaires Culturelles puis de la Culture). L’Ordre des architectes distinguait clairement les métiers de l’entreprise et de l’architecture. Différence qui, chez les paysagistes, n’était pas toujours très claire avant les années 1960, mais le devint par la suite avec la professionnalisation distincte des entreprises paysagistes (dans l’Union nationale des entrepreneurs paysagistes et reboiseurs forestiers créée en 1962) et des paysagistes concepteurs (la Fédération française du paysage créée en 1982). En outre l’Ordre exprimait la plus grande réticence pour autoriser l’utilisation du terme d’architecte par des métiers dérivés dont il n’avait pas agréé la formation (architecte d’intérieur par exemple). En dépit de toutes les demandes faites, l’Ordre ne modifia pas son refus d’accréditer un diplôme d’architecte paysagiste. Alors que les Universités de la plupart des pays européens accédaient à cette demande en reconnaissant les formations d’architecte paysagiste.

En 1957, une nouvelle étape de l’organisation professionnelle fut franchie avec la création de la Société des paysagistes français qui regroupait surtout les diplômés de la Section. Lui succéda en 1969 la Société française des paysagistes. Avec surtout la Chambre syndicale des paysagistes libéraux créée la même année, ces deux organisations professionnelles jouèrent un rôle important dans l’élaboration du premier projet d’Institut du paysage (voir Chapitre 1).

La situation de la Section changea en fait avec la transformation de l’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire, agricole et horticole. Une première réforme en 1961 modifia le statut de l’ENH qui devint École nationale supérieure d’horticulture (ENSH), recruta sur concours commun avec les Écoles nationales supérieures d’agronomie et délivra le diplôme d’ingénieur horticole.

L’arrêt des enseignements de la Section au cours de l’été 1974 et la création en 1976 de l’École nationale supérieure du paysage à la place de la Section allaient ouvrir la possibilité de délivrer un nouveau diplôme : paysagiste DPLG.

Toutefois, le diplôme de « paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture » continua à être utilisé pour les étudiants tunisiens à partir de 1985 (ou 1984). Chaque année, ils étaient sélectionnés par un concours séparé organisé à Sousse (école d’agriculture de Chott Mariem). Cette situation était différente de celle des étudiants marocains de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat. Au vu de l’attestation de réussite des études à l’ENSP, l’Institut leur délivrait un diplôme d’ingénieur agronome dans la spécialité paysage.

Dans les deux pays, certains de ces diplômés sont devenus enseignants de paysage dans les écoles d’horticulture et de paysage de Chott Mariem et de Rabat-Agadir.

 

Une conquête : le diplôme de paysagiste DPLG (diplômé par le gouvernement), (1961-1979)

Dans le décret du 20 juin 1961, il est précisé dans l’article 15 que L’ENH qui devient ENSH « comporte une section spéciale du paysage et de l’art des jardins, destinée à former des paysagistes DPLG ». Ce diplôme-titre reconnait le même titre -DPLG- que les architectes et les géomètres. Ce qui ouvrait aux paysagistes une meilleure visibilité professionnelle.

Au début des années 1970, les conditions d’attribution de ce diplôme furent cependant modifiées à la suite des revendications des étudiants et des enseignants, ainsi que du projet avorté d’Institut du paysage (1969-1971) de la commission réunie par Paul Harvois (voir chapitre 1). En 1971, le concours en loge fut supprimé et le projet à présenter par les étudiants, modifié, prévoyait :

– après un stage d’un an, la production d’une ou plusieurs esquisses évaluées par un jury,

– un travail à remettre dans un délai de trois ans.

Beaucoup de ces diplômes ne seront pas soutenus en temps et en heure, si bien que, grâce à une dernière session (dite « balai ») en 1985, le diplôme de paysagiste DPLG sera attribué aux candidats retardataires admis par le jury. Il fut attribué rétrospectivement à tous les anciens diplômés de la Section à la suite de la demande d’homologation des diplômes existants « au niveau 1, le même que celui des architectes », adressée par Raymond Chaux, directeur de l’ENSH/ENSP, à Marcel Robin du Service de la formation professionnelle auprès du Premier ministre en 1979.

En 1979, 146 paysagistes avaient déjà été diplômés : 57 comme paysagistes diplômés par le ministre de l’Agriculture (1946-1951), 23 comme paysagistes diplômés de l’ENH (1946-1951), 27 comme paysagistes diplômés par le ministère de l’Agriculture (1952-1960) et 39 comme paysagistes DPLG.

 

L’ENSP : paysagiste diplômé par le gouvernement (1979-2016)

Signé par Raymond Barre, premier ministre, le décret du 24 octobre 1976 prévoit dans son article 15 :

«  Il est institué sous la forme d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche, une École nationale supérieure du paysage qui assure la formation de paysagiste. (…) La formation comporte trois années d’études suivies d’un stage professionnel d’une durée minimale de 9 mois. Le diplôme de paysagiste DPLG sanctionne les études. Des étudiants, diplômés d’agronomie générale, peuvent accéder directement en troisième année, obtenir au bout d’un an leur diplôme d’agronomie approfondie (spécialité paysage) et leur diplôme d’ingénieur agronome, puis poursuivre pendant un an afin d’obtenir le diplôme de paysagiste DPLG ».

La seconde partie du texte est la conséquence d’une des explications de l’échec du projet d’Institut du paysage élaboré par la commission Harvois. Les services du ministère de l’Agriculture ont fait valoir que l’enseignement du paysage pouvait être également une spécialisation du cursus d’ingénieur agronome ou d’architecte.

Le diplôme était attribué au vu des notes obtenues pendant 3 ans, de la réalisation d’un stage chez un professionnel et de la présentation d’un travail personnel de fin d’études sous la forme d’un projet qui prendra rapidement le nom de projet de paysage. À partir de 1988, et en raison de la faible efficacité pédagogique des stages, furent mis en place les ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année (voir chapitre x).

Parallèlement, par le décret n° 76-959, du 15 octobre 1976, paru au Journal Officiel du 24 octobre, l’ENSH devenait école d’application en deux ans et pouvait recruter des diplômés d’agronomie générale des Écoles nationales supérieures d’agronomie, et des maîtrises de biologie, génétique et de biochimie de l’Université. Elle délivrera le diplôme de l’ENSH spécialité Horticulture ou Protection des plantes qui remplacera le diplôme d’ingénieur horticole.

Quelques années plus tard, en 1984, à la suite du départ des enseignants de l’ENSH de l’enseignement de l’ENSP en 1983, l’ENSH créera, au sein de l’option horticulture, une simili spécialisation d’un an de « sciences et techniques appliquées aux aménagements paysagers ». Elle ne formait pas des paysagistes concepteurs par une pédagogie d’ateliers, mais des ingénieurs diplômés de l’ENSH qui trouvaient un emploi de cadre dans les services techniques d’espaces verts des villes, dans les agences d’urbanisme ou dans les bureaux d’études.

Comme l’ENSP pouvait recruter, à l’image de la Section, des élèves étrangers sur un contingent limité et par une sélection séparée du concours principal, un diplôme particulier leur était réservé : paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture. Ce dispositif a fonctionné, comme on l’a dit précédemment, pour former des paysagistes concepteurs marocains et tunisiens. La sélection était organisée, avec un représentant de l’ENSP (Pierre Donadieu, entre autres) à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat et à l’École nationale d’agriculture de Chott-Mariem à Sousse.

Avant 1976, le temps d’obtention du diplôme-titre avait été considérablement allongé par les trois ans de délai et l’oubli de cet examen d’habilitation professionnelle par certains. Étant donnée la faiblesse des effectifs de paysagistes et le besoin de praticiens, la politique du diplôme et titre de paysagiste DPLG obtenu en quatre ans permettant de gagner une année s’est ensuite révélée efficace.

Ce système de formation a permis de mettre sur le marché de l’emploi environ 2 000 paysagistes DPLG de 1979 à 2017 dont une petite partie est affiliée à la Fédération française du paysage créée en 1982. L’on en comptait que 140 en 1979.

 

Une régularisation : paysagiste diplômé d’État (>2015)

Le diplôme de paysagiste DPLG fut attribué par les trois écoles du ministère de l’Agriculture (ENSP Versailles) et du ministère de la Culture (ENSAP de Bordeaux et de Lille) jusqu’en 2018.

En vertu du décret n°2014-1400, et des arrêtés du 9 janvier 2015, le diplôme d’État de paysagiste (DEP), valant grade de master, a remplacé le diplôme de paysagiste DPLG à partir de la rentrée 2015. La formation conduisant au DEP se fait en trois années à l’issue desquelles l’étudiant présente un mémoire de master puis un projet de fin d’étude (PFE). Elle sera complétée à partir de 2018 par un post-master permettant d’assurer une professionnalisation poussée et/ou par une formation doctorale.

Ce diplôme ressemble beaucoup au précédent, le gouvernement (le G de DPLG) étant remplacé par l’État (le E de DEP). En fait il résout plusieurs problèmes récurrents à la fois. Le titre d’architecte DPLG qui avait disparu en 2005 à la suite de la réforme des écoles d’architecture avait été remplacé par de celui d’architecte diplômé d’État, validant le grade de master (Bac + 5 ans). Il fallait trouver une appellation proche pour les paysagistes concepteurs. En outre la dénomination de paysagiste DPLG était peu comprise en dehors de la France. Le titre d’architecte paysagiste étant toujours refusé par l’0rdre des architectes, il était nécessaire de consacrer une appellation officielle – paysagiste concepteur – à la compétence correspondante en France, rôle qu’avait joué le diplôme-titre de paysagiste DPLG pendant 54 ans.

À cet effet, la loi 2016-1087 du 8 août 2016, Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, indique dans son article 174 que « Seules peuvent utiliser le titre de «paysagiste concepteur», dans le cadre de leur exercice professionnel, les personnes titulaires d’un diplôme, délivré par un établissement de formation agréé dans des conditions fixées par voie réglementaire, sanctionnant une formation spécifique de caractère culturel, scientifique et technique à la conception paysagère.
Pour bénéficier de ce titre, les praticiens en exercice à la date de publication de la présente loi doivent satisfaire à des conditions de formation ou d’expérience professionnelle analogues à celles des titulaires du diplôme mentionné au premier alinéa. »

La loi a donc consacré la distinction, en usage dans beaucoup de pays européens, entre les diplômes des écoles ou des universités et le titre autorisant l’exercice d’une profession. Cette distinction oblige une « commission consultative » siégeant au ministère de la Transition écologique, à donner depuis 2017 un avis sur toutes les demandes d’agrément d’un praticien comme « paysagiste concepteur ».

La capacité à concevoir un projet de paysage est appréciée en fonction des critères suivants (entre autres) : capacités à mobiliser des connaissances générales, à faire un diagnostic et dégager des enjeux paysagers, à anticiper des évolutions des paysages, à prendre en charge une maîtrise d’œuvre d’aménagement, à travailler à plusieurs échelles d’espace et de temps, à communiquer un projet…

 

Ainsi les paysagistes sont-ils entrés dans le vaste monde des professions réglementées comme celles des médecins, avocats ou architectes : « Activité ou ensemble d’activités professionnelles dont l’accès, l’exercice ou une des modalités d’exercice est subordonné directement ou indirectement, en vertu de dispositions législatives, réglementaires ou administratives, à la possession de qualifications professionnelles déterminées; l’utilisation d’un titre professionnel limitée par des dispositions législatives, réglementaires ou administratives aux détenteurs d’une qualification professionnelle donnée constitue notamment une modalité d’exercice « directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 ».

En 2017, l’on peut estimer que l’effectif des diplômés des six écoles de concepteurs est situé entre 3 000 et 3 500. Cependant, il est probable que la saga des diplômes de paysagistes ne trouve pas ici son épilogue …

 

Pierre Donadieu

Avril 2018


 

Bibliographie

Barraqué B., Le paysage et l’administration, ARTE/MRU, doc. ronéo, 1985, 215 p.

Donadieu P. et Bouraoui M., La formation des cadres paysagistes en France par le ministère de l’Agriculture (1874-2000), LAREP, ENSP Versailles, 2003, 286 p. et annexes

Donadieu P., Le premier projet d’Institut du paysage à Versailles, (1965-1971) ou La promesse de l’aube…. , 2018, Topia (rubrique Travaux des chercheurs/histoire et mémoire), www.topia.fr

Durnerin A., « Quelques figures d’anciens élèves de l’École nationale d’horticulture de Versailles au temps d’Édouard André », ANDRÉ Florence, COURTOIS Stéphanie de (dir.), Édouard André (1840-1911). Un paysagiste botaniste sur les chemins du monde, Besançon, Éditions de l’Imprimeur, 2001, p. 302-308.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier projet d’Institut du paysage

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Chapitre 1
Le premier projet d’Institut du paysage à Versailles
(1965-1971)

ou

La promesse de l’aube…

Version du 2 juin 2018

Deux formations dans une même école

À la fin de 1961, dans l’atelier qui leur est réservé à l’École nationale supérieure d’horticulture de Versailles, les apprentis paysagistes de la Section du paysage et de l’art des jardins1 se consacrent chaque jour à la conception de leurs nombreux projets. Des professionnels, architectes, urbanistes, ingénieurs horticoles et/ou paysagistes DPLG, comme Théodore Leveau, Jacques Sgard ou Jean-Claude Saint-Maurice les encadrent2. D’autres enseignants vacataires, à la fois ingénieurs horticole et paysagiste DPLG, comme G. Sabourin en utilisation des végétaux, J.-P. Bernard en sols sportifs, Albert Audias3 en histoire de l’architecture et techniques de travaux (depuis 1946), et Roger Puget (architecte) en urbanisme… leur dispensent des cours dans le petit amphithéâtre voisin4. Leurs études durent deux ans après une année de cours préparatoires comme auditeurs et une sélection sur concours. Ils obtiennent après une activité en agence d’au moins un an et un « concours en loge » le diplôme de paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture (converti plus tard en paysagiste diplômé par le gouvernement comme pour les architectes et les géomètres)5.

Dans les bâtiments du Potager du roi, dans les salles de travaux pratiques, les laboratoires, les serres, les jardins et les amphithéâtres travaillent également les élèves ingénieurs de l’École nationale supérieure d’horticulture. Leurs enseignants, titulaires de l’enseignement supérieur agronomique : chefs de travaux, maîtres de conférences ou professeurs, leur dispensent un enseignement technique qui amorce cependant un tournant de plus en plus scientifique. Après des études qui durent trois ans suivant un concours d’entrée et une à deux années dans les classes préparatoires des lycées agricoles ou d’enseignement général, ils obtiennent un diplôme d’ingénieur horticole. Leur emploi du temps est saturé de cours, de travaux pratiques, de visites d’entreprises et d’excursions botaniques, ce qui n’est pas le cas des étudiants paysagistes qui se consacrent surtout à des travaux d’ateliers et à des visites de jardins, de chantiers, de musées ou d’expositions.

D’un côté, environ 120 à 130 étudiant(e)s en horticulture, de l’autre 15 à 25 étudiant(e)s paysagistes. Pour les premiers, le modèle pédagogique repose sur la norme technique, l’expérience scientifique en laboratoire et le calcul économique, et pour les seconds sur la pratique de l’atelier à la façon de l’ École des Beaux-Arts sous la direction d’un maître reconnu. Ni les uns, ni les autres ne passent beaucoup de temps de travail dans le Potager où les blouses blanches des chercheurs commencent à remplacer les tabliers bleus des jardiniers. Leurs relations dans un cadre pédagogique sont marginales (quelques enseignements communs de botanique et d’écologie en tant qu’auditeurs libres). Mais ils se retrouvent tous dans le cadre extrascolaire des nombreuses activités festives du Cercle des élèves.

Dans cette décennie marquée politiquement et socialement par les « évènements » (des grèves et manfestations massives d’étudiants et d’ouvriers) de mai 1968, des bouleversements considérables de l’enseignement horticole et paysagiste français se préparent. Ils vont déterminer les transformations de l’établissement au cours des cinquante années suivantes.

 

Les signes avant-coureurs : une École nationale supérieure du paysage et de l’art des jardins

Dès 1964, le ministère de l’Agriculture, qui dispose de la tutelle de l’École d’Horticulture depuis sa création en 1873, manifeste le désir de réformer l’enseignement supérieur agronomique et vétérinaire. Il s’agissait de créer des écoles d’application comme débouchés d’un diplôme d’agronomie générale obtenu en deux ans après le concours d’entrée (deux ans après le bac) dans les Écoles nationales supérieures d’agronomie.

Concernant l’ENSH, la Direction générale de l’enseignement et des affaires professionnelles et sociales prévoyait également depuis une lettre du 7 décembre 1964 au directeur E. Le Guélinel, de remplacer l’ENSH au statut ambigu6 par une formation d’ingénieurs des travaux en trois ans après un concours, et une formation de niveau supérieur en deux ans.

Le 22 mai 1966, J.-M. Soupault, directeur général de l’Enseignement supérieur valide le projet de « la future école d’application » à Versailles en deux ans : une année pour obtenir un diplôme d’agronomie approfondie, et une année supplémentaire pour se spécialiser en horticulture et «briguer également un doctorat de 3e cycle dans une spécialité horticole ».7

Dans ce contexte de réforme, les enseignants de la Section du paysage et de l’art des jardins créent, en 1965, une commission pour étudier « l’organisation à venir de l’enseignement du paysage et de l’art des jardins ». Ses conclusions en septembre affirment « la nécessité de détacher l’enseignement du Paysage, au plus haut degré, de la formation agronomique. Ceci permettrait d’accentuer le caractère artistique de cet enseignement et de resserrer les liens avec d’autres disciplines telles l’Architecture et l’Urbanisme »8. Ce projet, qui reprend des revendications antérieures, n’exclut cependant pas de reconduire un double diplôme d’ingénieur et de paysagiste, comme c’était le cas depuis le décret fondateur de 19459.

Dans cette contribution est proposée une organisation en trois ans après la sélection d’entrée où est affirmée la nécessité d’une « culture propre au domaine des jardins et autres domaines de l’Art, et la formation artistique à partir du potentiel de sensibilité et de talent d’expression reconnu à l’élève par le concours d’entrée». Quatre domaines devaient compléter cette organisation : « la connaissance de l’homme (le cadre juridique et social des activités de plein air), la connaissance de la nature (l’utilisation des végétaux et la phytogéographie), les techniques de réalisation (de jardinage, de génies civil et rural) et les travaux d’atelier de projet (esquisse, avant-projet, projet technique, rendu, devis estimatif, rapport de présentation)».

Une note anonyme (JS/HL, peut-être de J. Sgard) du 19 10 1965 recommandait de créer un nouveau cadre (une Université des Arts) afin « de mettre en contact les disciplines d’aménagement de l’espace : architecture, urbanisme, paysage … en les associant à l’art de l’ingénieur (Génies civil et rural) ». Une phrase prémonitoire est à retenir : « L’enseignement du paysage doit garder son individualité et ne pas être absorbé. D’où l’avantage de le laisser intégré à l’Agriculture ».

Mais le problème épineux d’une préparation externe à cette formation n’avait pas de réponse, car les effectifs concernés auraient été trop faibles.

Ainsi fut préfiguré par les paysagistes enseignants ou non dans la Section, notamment par Pierre Roulet10, Albert Audias11 et J.-C. Saint-Maurice12, J.-P. Bernard et J.-C. Bernard, avec le secrétariat de P. Lemattre, chef de travaux en Cultures ornementales, une « École nationale du paysage et de l’art des jardins ». Elle devait permettre d’accéder au titre de paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture, puis à celui de paysagiste DPLG. Elle annonçait l’organisation actuelle de l’ENSP de Versailles en départements, mise en place en 1977.

Parallèlement, était demandé l’avis « d’un groupe d’étude régional d’Angers » composé surtout d’ingénieurs horticoles et agronomes. De leur côté, était en fait initié le projet de la mise en place d’une École nationale d’ingénieurs des techniques horticoles (ENITH) à Angers avec le concours de E. Le Guélinel, directeur de l’ENSH de Versailles, chargé de cette réforme13. Car le ministère entendait respecter à cette époque la hiérarchie des ingénieurs de conception de projets (à mettre en place à Versailles) et des ingénieurs d’exécution des projets (à relocaliser à Angers). Cette dernière réforme se conclura vingt ans plus tard avec le déplacement de l’ENSH à Angers, au moment où la distinction entre école d’ingénieurs des travaux et école d’ingénieurs de conception disparaissait…

 

Le groupe d’étude et de recherche paysagère (GERP)

Après les grèves nationales de mai 1968, le projet d’École nationale du paysage et de l’art des jardins semble abandonné par le ministère de l’Agriculture. De nouveaux acteurs apparaissent car la réorganisation de la Section s’impose de plus en plus, étant donné son manque de moyens humains et financiers. Étant donné également, on peut le supposer, le début de la prise de conscience du rôle public des paysagistes au niveau de quelques ministères, de l’Équipement notamment.

Le Groupe d’étude et de recherche du paysage (GERP)14 est créé au début de 1968, « hors du champ de la Section et du ministère de l’Agriculture » (P. Dauvergne), par de jeunes paysagistes (notamment Pierre Dauvergne et Philippe Treyve15, Caroline Baudelot, Paul Clerc, Françoise Bozellec), des fonctionnaires de ministères (Remi Pérelman16 du Ministère de l’équipement et de la DATAR), des urbanistes et des environnementalistes (L. Hervé).

Il est organisé au début de 1969 en trois groupes exploitant des thématiques paysagères non horticoles : environnement et structuration de l’espace (rapporté par P. Clerc) ; écologie, cartographie de la végétation et aménagement de l’espace (rapporté par P. Dauvergne) ; et les pratiques de paysage à l’étranger (sans rapporteur)17.

Le GERP organise des cycles de conférences, diffuse un bulletin d’information des groupes de travail et entretient un contact étroit avec l’enseignement du paysage à Versailles. Il centre ses activités sur l’environnement et toutes réflexions théoriques qui élargit la question des pratiques paysagistes au-delà de celle de l’art des jardins et de l’horticulture ornementale. Il préfigure le mouvement d’idées (le « paysagisme d’aménagement », le « grand paysage ») qui aboutira à la création du Centre national et interministériel d’études et de recherches paysagères (CNERP) à Trappes en 1972.

Il deviendra, grâce à la participation de ses membres, notamment de P. Treyve, un des interlocuteurs du conseiller technique du ministère de l’Agriculture (J.L. Tisserant) au moment de la création de la « commission Harvois » à la fin de 1969.

 

La Chambre nationale des paysagistes conseils de France

En 1969 est créée l’organisation professionnelle qui réunit les paysagistes libéraux sous la présidence de Pierre Roulet déjà impliqué dans les réflexions sur l’enseignement du paysage.

Au début de cette année, P. Roulet a rejoint au côté de Jean-Bernard Perrin, paysagiste DPLG et directeur de l’Agence de l’arbre et des espaces verts (ministère de l’Environnement et du logement), le Comité européen des architectes de jardins et paysagistes (CEGAP18) créé en octobre 1968 à Munich. Avec René Péchère, professeur chargé de la création de l’enseignement du paysage à l’École d’architecture de la Cambre à Bruxelles, Pietro Porcinaï, chargé de cours à l’école des Beaux-Arts de Florence, Métro Vroom, directeur du département de paysage à la faculté d’agronomie de Wageningen, et le professeur Herman Matern, titulaire de la chaire de paysage et directeur de l’Institut du paysage à la Technische Hochschule de l’Université de Berlin, P. Roulet s’intéresse à la formation paysagiste dans la perspective de l’Europe du Marché Commun19.

La note de P. Roulet à ses collègues du CEGAP du 20 mars 1969 (à l’issue d’une réunion à Venise) insiste sur les points importants pour eux : « la recherche fondamentale en matière d’ambiances urbaines et de paysage ; la transformation agraire posée nettement (plan Mansholt) ». Il indique que le ministère de l’Agriculture français va nommer une personnalité pour mettre en œuvre un projet d’école autonome à Versailles. Le Conseil insiste sur cinq principes de formation : un tronc commun de formation de l’échelle du jardin à celle du paysage ; la pluridisciplinarité et des spécialisations individuelles possibles ; une initiation professionnelle d’au moins un an ; un enseignement par des professionnels connus ; des échanges européens entre écoles20.

Jusqu’ à la nomination effective de P. Harvois en octobre 1969 et pendant le travail de la commission, P. Roulet va exercer une influence importante au niveau politique et ministériel.

 

La nomination de Paul Harvois

À la fin de l’année scolaire 1968-69, le mécontentement s’amplifie à la Section. Le financement des vacataires et du fonctionnement est insuffisant et les modes pédagogiques ne conviennent plus au nouveau contexte national (enseigner les réponses aux problèmes d’environnement, d’urbanisme, d’espaces verts et de paysage, et non d’art des jardins ou d’horticulture ornementale). Les effectifs ont augmenté (de 10 à 25 élèves par an). Le décalage avec l’Allemagne est préoccupant (6 écoles de paysage avec des formations en 5 à 6 ans). Le GERP, les étudiants, les professionnels et les étudiants attendent donc un chargé de mission qui va être nommé pour « poursuivre la création d’un véritable enseignement du paysage ». Par lettre du 24 juin, ils demandent au ministère de l’Agriculture la création d’une « École nationale supérieure du paysage et des espaces verts, délivrant un diplôme de troisième cycle, et pouvant s’ouvrir aux élèves d’agronomie, d’architecture et d’administration ». Ils réclament l’autonomie de l’école, des relations avec les autres ministères, des crédits immédiats et des dispositions transitoires pour les étudiants21.

Le 30 juin 1969, à l’issue de la réunion d’un collectif avec le représentant du ministère, il est demandé « aux spécialistes de l’enseignement du paysage » : à Paul Harvois, chargé d’inspection générale d’éducation culturelle, secrétaire général du Groupe de recherche et d’éducation permanente (GREP), professeur titulaire d’éducation des adultes à l’École nationale des sciences agronomiques appliquées de Dijon, à J.-P. Bernard (enseignant à la Section), B. Lassus (plasticien, professeur titulaire à l’école des Beaux-Arts à Paris) avec J. Sgard et P. Clerc, P. Roulet et J.-C. Saint-Maurice (enseignants à la Section), et des élèves de constituer un nouveau dossier.

P. Harvois, qui n’est pas encore nommé, s’enquiert auprès du ministère de la Culture en juillet du lieu où pourrait être créée cette école car il n’est pas (encore) prévu de déplacer l’ENSH : le domaine de Marly, le Bois de Vincennes, le camp américain du SHAPE à Saint-Germain-en-Laye, le camp militaire des Mortemets à côté de l’École d’horticulture ? Le 29 juillet, P. Roulet fait état à P. Harvois de sa rencontre avec le sénateur René Monoury pour obtenir un contact avec le ministre des Affaires Culturelles Jacques Duhamel, ainsi qu’avec le député Michel Poniatowsky.

Le 6 août, au titre du GERP, B. Lassus et P. Treyve obtiennent avec un élève un rendez-vous avec J.-L. Tisserant le conseiller technique du secrétaire d’État à l’Agriculture, le docteur Bernard Pons. Ils plaident la singularité de l’enseignement nouveau du paysage (transversal et interministériel, avec une recherche associée à l’enseignement dans le cadre d’un Institut). La fermeture de la section est envisagée ou toute autre solution positive qui sera décidée à la rentrée, notamment celle d’une tutelle interministérielle (Agriculture, Affaires Culturelles, Aménagement du territoire et Équipement, Finances).

En septembre, P. Roulet transmet à R. Baudouin, directeur de cabinet du ministre de l’agriculture, une note sur le rôle des architectes paysagistes conseils (une vingtaine de libéraux) et des paysagistes fonctionnaires ou contractuels (une trentaine) dans des institutions parapubliques (comme l’IAURP ou les Organismes régionaux d’étude et d’aménagement des aires métropolitaines : OREAM). Il précise que l’Union des syndicats d’entreprises paysagistes appuie la réforme « étant donnés les gros déboires constatés par les membres de cet organisme ». Et que le nombre de paysagistes est trop faible pour faire face aux besoins sans compter « notre retard avec l’étranger »22.

Le 13 octobre, P. Roulet alerte R. Baudouin en lui indiquant que la rentrée n’a pas été faite à la Section (« Le directeur l’a différée ») ce qui n’est pas sans relation avec la non parution du décret de nomination de P. Harvois comme chargé de mission dans un cadre interministériel. Le 14 octobre, il informe le député Poniatowksy que « le conseil des professeurs de la Section a été amené à bloquer la rentrée scolaire et à la rendre tributaire de la sortie du décret de nomination »23.

Ces pressions aidant, le décret « portant nomination de Paul Harvois pour étudier la création d’une École nationale du paysage » parait le 17 octobre 1969. Dès le 23 octobre, le nouveau chargé de mission rencontre Etienne Le Guélinel, directeur de l’ENSH et de la Section. Le contexte de l’établissement est sans doute tendu ou confus avec les élèves car P. Harvois, dans une lettre à J.-M. Soupault, écrite le soir même, juge préférable d’attendre la circulaire d’application définissant ses responsabilités exactes.

 

Mise en place de la commission « Harvois »

La « Décision » précisant les attributions exactes de P. Harvois ne paraitra que le 13 novembre.

Dans la première quinzaine de novembre, P. Roulet interpelle le conseiller technique Stern auprès du ministre de l’Équipement pour lui demander de s’associer au projet d’école avec le ministre de l’Agriculture, en tant que commanditaire potentiel d’études paysagères. J.-C. Saint-Maurice fait de même le 7 novembre avec le secrétaire d’état à l’Agriculture, à la suite d’une entrevue de ce dernier avec le GERP et des représentants de l’enseignement à la Section. Essentiellement pour acter des promesses de nombreuses décisions positives à leurs yeux (notamment la recherche d’un directeur des études de la Section), mais pour regretter la faiblesse des moyens financiers supplémentaires (plus 30 000 francs pour le fonctionnement, somme à augmenter de la rémunération des enseignants, alors que 200 000 francs minimum étaient demandés).

La « Décision » indique que la commission qui assistera P. Harvois est composée de trois professeurs de la Section, un représentant du directeur de l’ENSH, de J.-M. Clément directeur adjoint de l’INA de Paris et d’un élève élu. Contrairement à l’arrêté, elle ne parle plus d’école à créer, mais « d’évolution des structures de l’actuelle Section du paysage de l’ENSH de Versailles avec d’autres partenaires ».

Le 24 novembre, E. Le Guélinel indique à P. Harvois le nom de son représentant (M. Ravisy, maître de conférences à l’ENSH), la disponibilité de Michel Viollet24, paysagiste, pour les contacts avec la Section, et de Jean Pasquier directeur des études à l’ENSH. Il lui recommande de tenir ses réunions au GREP à Paris …

Quelques jours auparavant (18/11), P. Harvois avait contacté G. Samel, enseignant à la Section, pour savoir qui pourrait représenter les enseignants ; ainsi que Georges Demouchy, étudiant « massier » de deuxième année de la Section.

Le 9 décembre, E. Le Guélinel fait connaître les trois noms d’enseignants paysagistes (dont deux ingénieurs horticoles) retenus pour la commission : Albert Audias, Jean-Claude Saint-Maurice et Jacques Sgard. S’ y ajoute un peu plus tard celui de G. Demouchy en tant qu’élève élu. La commission semble restreinte au périmètre paysagiste de la Section. La suite démentira ce premier choix sous la pression d’autres acteurs déjà impliqués.

En janvier 1970, sous l’influence de toutes les parties prenantes du projet, la composition de la commission « pour la création de l’Institut National du paysage25 » change considérablement. Elle passe de six membres à vingt et un membres. S’ajoutent les ministères des Affaires Culturelles (7 personnes dont B. Lassus et le directeur de l’école d’architecture voisine, UP (unité pédagogique)26 n°3), de l’Éducation nationale (1), de l’Équipement et de la DATAR (R. Pérelman), de la Jeunesse et des Sports (1), de l’Agriculture (2), des Anciens élèves de la Section (P. Clerc), de la Chambre des paysagistes conseils (P. Roulet), de l’Union syndicale des entrepreneurs paysagistes (P. Desmidt) et une personnalité impliquée dans la commission paritaire de l’ENSH avec P. Roulet et J.-C. Saint-Maurice (G. Samel).

Les projets d’écoles aux dénomination diverses sont abandonnés au profit d’un hypothétique « Institut national du paysage » réunissant plusieurs pôles d’intérêt très différents : les techniques et les sciences horticoles et paysagistes (les entrepreneurs, les pépiniéristes), les concepteurs paysagistes enseignants dans la Section, le GERP (futur promoteur du paysagisme d’aménagement au CNERP), les Affaires Culturelles (les Écoles d’architecture et la protection des sites) et les paysagistes conseils libéraux (la Chambre des paysagistes conseils).

De leur côté l’ENSH et son association des anciens élèves semblent très méfiantes, et la Section empêtrée dans des problèmes de fonctionnement, de critique et d’évolution de ses propres enseignements27.

 

L’Institut national du paysage (1970-71)

Le 13 janvier 1970, se tient au GREP à Paris la première réunion de la commission d’étude présidée par P. Harvois. 15 personnes y participent. Le président récapitule les problèmes importants : 1/Choisir entre un institut supérieur et de 3e cycle regroupant formations horticoles, d’architectes et d’ingénieurs, et une école nationale supérieure avec 6 années d’études et plusieurs sections (du technicien à l’ingénieur et au docteur). 2/Trouver un statut administratif pour cette institution et son implantation géographique. 3/ Mettre au point des dispositions transitoires urgentes28.

Dès le 20 janvier, les tensions apparaissent dans un courrier d’A. Audias à P. Harvois. D’un côté, un accord des trois paysagistes de la Section «pour estimer que c’est la formation du paysagiste maître d’œuvre qui doit être la mission première de l’enseignement envisagé », de l’autre l’affirmation du rôle du « paysagiste régional » selon les besoins du ministère de l’Équipement et l’interprétation globalisante et réformiste de R. Pérelman et du GERP. Néanmoins, le 21 janvier, dans une note de synthèse à P. Harvois, ils se mettent provisoirement d’accord avec P. Roulet pour écrire que « le rôle du paysagiste s’appuie sur sa compétence et sa responsabilité en tant que maître d’œuvre. Il devra participer à l’élaboration des plans-masse et des schémas directeurs ».

Mais au ministère des Affaires Culturelles, à la suite du compte rendu de Hervé Fischer, Bernard Kohn, un architecte franco-américain conseiller pédagogique du bureau de l’Enseignement, juge que « la création de l’École nationale supérieure du paysagisme (à Versailles) serait une grave erreur. Cette idée est contraire aux politiques de décentralisation de l’enseignement de l’architecture et aux besoins régionaux des aménageurs … Il faudrait prévoir au moins cinq ou six centres »29. Il fait référence aux États-Unis et à l’exemple du département de Paysage de l’université de Pennsylvanie dirigé par l’architecte paysagiste et planificateur renommé Ian McHarg.

Considérant son expertise en matière de paysage, M. Ramon (Direction de l’architecture) désigne B. Lassus comme « porte-parole du ministère des Affaires Culturelles ».

Le 24 février, une nouvelle réunion de la commission « pour la création de l’Institut national du paysage et de l’environnement » (voir figure) conduit à retenir une formation en trois cycles et des antennes régionales. La distinction entre enseignement et recherche, développée par B. Lassus, commence, de manière elliptique, à apparaître, comme celle entre environnement et paysage ou paysagisme, initiée par R. Pérelman et le GERP.

10 mars, nouvelle réunion. Apparait le besoin d’une étude prospective des besoins en paysagistes qui sollicitera chaque ministère concerné, mais n’obtiendra pas de réponses très satisfaisantes.

7 avril. L’Institut national, avec ses centres régionaux d’application (qui ont remplacé les antennes) doit affirmer la notion de recherche dans le troisième cycle. Le premier cycle pose toujours problème en fonction du mode de sélection adopté. Former 10 à 15 paysagistes à accueillir dans le corps des enseignants des Affaires Culturelles et autant par l’Office national des forêts est envisagé. Les estimations restent à cette époque très modestes.

Il apparait cependant à la commission – au fur et à mesure que le nombre de ses participants aux réunions diminue – que les compétences de formation paysagiste (comme celles de Clerc, Viollet, Lassus, Pérelman) ont déjà été repérées par les centres de formation existants. Par exemple par le département Milieu naturel de l’ENGREF qui a recours à leurs interventions.30

À la fin de juin, le rapport final est remis à Bernard Pons secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture. Il est accompagné d’un projet de décret de « Création à Versailles d’un Institut national du paysage », rédigé sur le modèle du décret d’organisation de l’École nationale des ingénieurs des travaux des eaux et des forêts de 1966. Un projet ambitieux qui comprend quatre divisions : l’enseignement en quatre, cinq ou six ans regroupant des départements de formation, la recherche au niveau du troisième cycle, la formation permanente, la promotion supérieure et les applications régionales (Fig. 1).

Fig. 1 Organigramme de l’Institut national du paysage et de l’environnement, 1970.

L’Institut, qui dépendra du ministère de l’Agriculture, délivrera notamment des diplômes de paysagiste (de conception), d’ingénieur des techniques du paysage, et de doctorats d’enseignement ou d’université. Il disposera d’un service de relations publiques et d’information, de documentation et d’édition.

Quelques mois plus tard, le 19 octobre, Bernard Pons fait savoir à P. Harvois que « la formule préconisée, après un premier examen, semble devoir être retenue, et qu’il lui confie la mission d’étudier d’abord les conditions pratiques pour accorder l’autonomie à la Section »31. Le financement de la création de l’Institut n’est pas envisagé avant 1972.

 

L’échec du projet

À la fin de l’année 1970, la plupart des courriers échangés par P. Harvois témoignent de vues concordantes pour accompagner le projet. Les ministères des Affaires Culturelles et de l’Équipement revendiquent la cotutelle de l’Institut avec celui de l’Agriculture. Des affectations de personnel et la mise en disposition d’un site sont envisagées par la direction de l’Architecture. Un chargé de mission M. Boucher pourrait assurer la transition à Versailles entre la Section et l’Institut. Une commission interministérielle serait chargée d’étudier les conditions de la réalisation matérielle du projet (budget, programmes, postes, locaux) et une rentrée en septembre 1971. Mais, écrit-il au ministre, « il faut agir très vite. Le ministère doit annoncer officiellement la décision dans une conférence de presse au printemps prochain ».32

Toutefois, l’agitation persiste à Versailles. Les élèves de la Section refusent de passer les examens de fin d’année « dans les conditions qui leur sont imposées », écrit le conseiller technique J.-L. Tisserand début décembre.

Trois mois après, P. Roulet fait part de ses premiers doutes sur la faisabilité du projet au ministre. Il soupçonne le Ministère de l’Agriculture d’envisager de compléter une formation longue (architecte ou ingénieur) par une formation courte de paysagiste. Il craint que la création du cursus d’ingénieur d’espaces verts de l’ENITAH d’Angers (repoussé à la rentrée 1971) fasse double emploi avec le cursus d’ingénieur des techniques de l’Institut. Il redoute également que les questions de formation à l’environnement ne soient « accaparées » par les corps d’ingénieurs du ministère de l’Agriculture33.

Parallèlement, P. Harvois parvient difficilement à résoudre, avec J. Ricorday et P. Clerc, le problème du jury (17 membres !) et des modalités de la session d’examen pour la délivrance du diplôme de paysagiste en 1971 et 1972.

C’est en avril que le coup de grâce est donné par Etienne le Guélinel dans une longue lettre argumentée d’ « observations ». Sans remettre en cause la création de l’Institut, il y dénonce successivement : « l’argumentation du rapport Harvois pour utiliser les moyens de l’ENSH pour créer l’Institut », « l’abandon volontaire de l’enseignement de l’art des jardins », la non compatibilité de la formation d’ingénieurs de travaux paysagers {subordonnés} à des paysagiste concepteurs, la faiblesse des débouchés d’ingénieurs « étroitement paysagistes », et la réticence de Philippe Olmer, directeur en 1970 de l’INA de Paris et chargé de la fusion de l’INA de Paris et de l’École nationale supérieure d’agronomie de Grignon à côté de Versailles. Il plaide pour une ENITAH associant une filière horticole et paysagiste, et la localisation des deux premières années de l’Institut à Angers. Il doute d’une Grande École qui ne formerait que 16 paysagistes de conception par an et propose plusieurs scénarii de transition vers un Institut, dont l’arrêt de la Section en 197234.

Paul Harvois fait part début mai de sa déception à Pierre Desmidt. Lequel a écrit à Etienne Le Guélinel pour dénoncer son manque de soutien des milieux professionnels qui portaient ce projet. Le 17 mai, après la réunion interministérielle du 13 mai, dans une lettre à B. Pons, P. Harvois acte « la remise en cause fondamentale d’une formation même de paysagistes alors que les échanges antérieurs avaient été plus que positifs » et le rejet de son rapport « en l’absence de tout représentant concerné ou informé ».

De son côté, le 26 mai, la Chambre syndicale des paysagistes conseils (G. Samel et P. Roulet) diffuse une « Lettre aux candidats à la profession de paysagiste » pour dénoncer « un objectif délibéré et convergent : la disparition de la profession à laquelle vous vous destinez ». Ils alertent le député Poniatowksy déjà plusieurs fois contacté, en mettant en cause « une maffia de l’Agronomie … concluant à l’inutilité de l’Institut ».

Début juin, P. Roulet informe P. Desmidt, P. Harvois et G. Samel que le projet d’Institut est officiellement abandonné (sous un prétexte financier). Mais que « L’Environnement35 se propose de faire créer un enseignement d’application, qui, en 6 mois, serait susceptible de mettre sur le marché des « paysagistes » issus de l’enseignement supérieur agronomique ou architectural »36 . C’était l’annonce du projet de Centre national d’études et de recherches du paysage (CNERP) à Trappes près de Versailles qui prendra à la rentrée 1972 le relais partiel de l’Institut national du paysage abandonné.

Cet épilogue inattendu montre surtout que les positions des services administratifs des ministères -très liés avec les corps d’ingénieurs37 avaient été largement occultées par les échanges officiels. Le ministre de l’Équipement Albin Chalandon affirmait son accord avec le projet en mars, alors que le directeur du personnel de son ministère faisait savoir en mai que « les conclusions du rapport Harvois étaient trop ambitieuses et que la plupart des administrations estimaient qu’il fallait d’abord mettre sur pied un enseignement complémentaire de spécialisation (des ingénieurs et architectes notamment) »38.

 

Conclusion

Ce premier épisode des réformes de la formation des paysagistes prépare en fait tous ceux qui suivront. Il était en fait difficile – mais c’était le pari optimiste de P. Harvois et de ses partenaires– de faire passer d’un seul coup cette réforme radicale de l’enseignement. En revanche, tous les éléments idéologiques et politiques du débat étaient présents et tous les acteurs également39.

Après cette décision, l’ENITAH, installée à Angers à la rentrée de 1972, pouvait former « des ingénieurs paysagistes de travaux ». Ensuite l’ENSH, promue école d’application de troisième cycle des Écoles nationales supérieures d’agronomie, pourra former à partir de 1976 des ingénieurs de conception spécialisés en Horticulture, Protection des végétaux et à partir de 1984 en « Sciences et techniques appliquées aux aménagements paysagers ».

Le CNERP se mettra en même temps en place pour satisfaire les paysagistes du GERP et du ministère de l’Équipement de 1972 à 1979. Puis l’ENSP en 1976, et trois autres écoles de paysage (Bordeaux, Blois et Lille) s’ajouteront respectivement en 1991, 1993 et 2005. Alors que la Section s’arrêtera de fonctionner en juin 1975.

Peut-être peut-on considérer que l’Institut national du paysage s’est fait mais pas sous la forme prévue ? Une partie s’est concrétisée à Angers (l’ENITH (P) avec sa filière paysage dans le cadre d’Agrocampus ouest), et l’autre à Versailles avec les deuxième et troisième cycles de l’ENSP voisins jusqu’en 1995 de l’ENSH.

Cette transition –riche de multiples compromis– vers un régime national de formation paysagiste stabilisé a demandé une trentaine d’années (de 1965 à 1995). L’aube ne faisait que se lever …

 

Les épisodes suivants (à aborder dans les recherches ultérieures)

Le CNERP (1972-79), la saga des diplômes, les débuts de l’ENSP, le premier projet de recherche, l’Institut français du paysage (1983-85), le paysagisme d’aménagement (le rapport de B. Fischesser), la délocalisation à Blois, le départ de l’École d’horticulture à Angers (1993-1997 -la fusion ENITHP/ENSH en un Institut national d’horticulture et de paysage), les ateliers pédagogiques régionaux (>1987) et les départements de l’ENSP, la formation continue, la formation doctorale (>1997), le LAREP (>1993), la politique éditoriale (>1985), le recrutement des enseignants…

P. Donadieu

Voir les chapitres suivants.

Les chapitres ne suivent pas un ordre chronologique.

Chapitre 1 : Le premier projet d’Institut du paysage à Versailles (1965-1971) (en ligne).

Chapitre 2 : La saga des diplômes (1945-2016) (en ligne)

Chapitre 3 : Les débuts de l’enseignement à l’ENSP (1975-1980). A publier.

Chapitre 4 : Retour à l’école (1977-1980) ). A publier.

Chapitre 5 : Les débuts de la recherche à l’ENSP (1979-82) ). A publier.

Chapitre 6 : Les débuts de la Section (1946-1956) ). A publier.

Chapitre 7 : Les débuts de la Section (1956-1966) ). A publier.

 

 Bibliographie

Barraqué B., Le paysage et l’administration, ARTE/MRU, doc. ronéo, 1985, 215 p.

Donadieu P. et Bouraoui M., La formation des cadres paysagistes en France par le ministère de l’Agriculture (1874-2000), LAREP, ENSP Versailles, 2003, 286 p. et annexes

Racine M. (édit.), Créateurs de jardins et de paysages en France du XIXe au XXIe siècle, Arles, Actes Sud, Versailles, École nationale supérieure du paysage, 2002.

 


Notes

1 La Section du paysage et de l’art des jardins a été créée à l’ENSH de Versailles par un décret du Général de Gaulle en décembre 1945. Sa création a été obtenue par Raoul Rautry, ministre de la Reconstruction.

T. Leveau (1896-1974), architecte et urbaniste, est un élève de l’architecte-paysagiste J.-C.-N. Forestier. J. Sgard (né en 1929) est paysagiste DPLG et urbaniste diplômé de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris. J.-C. Saint-Maurice (1928-2001) est ingénieur horticole et paysagiste DPLG.

3 A. Audias (1904- ?), ingénieur horticole et paysagiste DPLG, est enseignant dans la Section depuis 1946.

4 D’après les projets d’emploi du temps de la Section en 1960-61, conservés dans les archives pédagogiques de l’ENSP de Versailles.

Voir le chapitre 2 (La saga des diplômes)

Les indices de rémunération des professeurs de l’ENSH étaient, par exemple, inférieurs à ceux des professeurs des ENITA existantes. Alors que les ingénieurs horticoles, bien formés en sciences biologiques, étaient admis dans les troisièmes cycles universitaires, contrairement aux ingénieurs des techniques agricoles.

Lettre du 6 juin 1967 de Soupault à Le Guélinel, directeur de l’ENSH.

8 Paysage, doc. Ronéo, 1965, n.p. Texte inséré dans Rapport sur l’étude de la réforme de l’enseignement supérieur en horticulture, ENSH Versailles, 1965, 3 tomes.

Ce fut le cas, entre autres, de Albert Audias (promotion ENSH 1921), de J.-C. Saint-Maurice (promotion ENSH 1948), de Allain Provost (1958), de Gilles Clément (1965) et de Yves-Marie Allain (1966). Le diplôme d’ingénieur horticole ne fut plus délivré après 1974 en raison de la réforme de l’ENSH.

10 Fondateur avec J. Sgard et J.-C. Saint-Maurice de de l’ «Atelier du paysage » en 1960, il deviendra le premier président de la Chambre syndicale des paysagistes conseils, créée en 1969.

11 A. Audias a défini à cette même époque les « missions du paysagiste » pour une école en 3 ans. Pour lui, c’est « un conseil des maîtres d’œuvre et des techniciens », un « maître d’œuvre qui réalise sous sa responsabilité » et un « planificateur et organisateur d’aménagements extérieurs à l’échelle d’un paysage » . Définition de la mission du Paysagiste, doc. ronéo., 1966 ou 67, 3 p.

12 J.-C. Saint-Maurice maintenait une formation en deux ans en réorganisant les unités d’enseignement sur 3 ans (stages) en fonction de la progression et de l’évaluation des élèves, jusqu’au diplôme. Feuille ronéo, sans titre, 1969.

13 En mai 1965, la procédure d’acquisition des terrains pour la création de l’ENITH à Angers était déjà entamée et son ouverture envisagée en 1968 ou 1969. Rapport de 1965, tome 3, op. cit.

14 Auquel a succédé l’ « Association paysage » (P. Dauvergne, communication du 10/02/18).

15 P. Treyve, ingénieur agronome de l’Institut national agronomique de Paris (futur AgroParisTech), est paysagiste DPLG, employé à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne (IAURP). Pierre Dauvergne (né en 1943), paysagiste DPLG, participa ensuite aux travaux du CNERP, puis à l’enseignement de l’ENSP parallèlement à ses activités professionnelles (ministère de l’Équipement, puis Direction des services départementaux du Val-de-Marne).

16 Rémi Pérelman, ingénieur agronome INA de Paris, travaillait au ministère de l’Équipement et du Logement (STCAU).

17 GERP, bulletin n° 4, janvier 1969, 87 p.

18 Le G correspond au G de Garten, la perspective étant hybride germano française. Le groupe sera renommé au cours de la réunion de Venise du 20 mars 1969: « Conseil européen des professeurs de l’enseignement supérieur pour l’architecture des jardins et l’aménagement du paysage »

19 Lettre du 6 mars 1969 de P. Roulet à P. Harvois

20 Procès-verbal de la réunion de Venise du 20 mars 1969 à laquelle assistait Valerio Giacomini, président de l’association italienne des architectes de jardin et de paysage.

21 Lettre du comité tripartite pour la création de l’École nationale supérieure des espaces verts et du paysage, au ministère de l’Agriculture, 24 juin 1969.

22 Note de P. Roulet au cabinet du ministre de l’Agriculture, septembre 1969, 10 p.

23 Lettre au député du Val d’Oise du 14 octobre 1969 avec copie à P. Harvois

24 M. Viollet, né en 1939, paysagiste DPLG, travaille depuis 1967 à l’École comme assistant de J. Sgard et de B. Lassus.

25 L’expression « Institut national du paysage » apparait pour la première fois dans les archives de P. Harvois.

26 Après 1968, les Écoles des Beaux-Arts sont devenues des « Unités pédagogiques ».

27 Compte-rendu de la commission paritaire du 17 décembre 1969.

28 D’après des notes manuscrites qui semblent être celles de P. Harvois.

29 Lettre de Maurice Ramond du bureau de l’enseignement de l’architecture à Paul Harvois.

30 Lettre de J. Servat à P. Harvois du 10 avril 1970.

31 Lettre de B. Pons à P. Harvois du 19 Octobre 1970.

32 Lettre de P. Harvois à B. Pons, 30 novembre 1970

33 Lettre de P. Roulet à B. Pons du 9 mars 1970

34 Ce document de 8 pages, dont une copie dactylographiée est conservée, n’est pas datée. Le destinataire était le ministère de l’Agriculture.

35 Le ministère de l’Environnement (avec Pierre Poujade comme ministre, Jacques Chaban-Delmas étant premier ministre)) vient d’être créé en janvier 1971. Il est probable que cette création a fragilisé le soutien du projet d’Institut en le privant des soutiens du GERP et de R. Pérelman.

36 Copie de la lettre de P. Roulet à Harvois, Samel, Spake, Guelpa, Desmidt, non daté

37 Notamment les ingénieurs des Ponts-et-Chaussées et du Génie rural et des eaux et forêts. Le rôle de l’association des anciens élèves de l’ENSH et de la SNHF, qui n’apparaissent pas dans la correspondance de P. Harvois, reste à éclairer.

38 Lettre de Pierre Delaporte, directeur du personnel du ministère de l’Équipement et du Logement à Monsieur Lacaze Ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, chef de la mission d’étude à la Ville nouvelle du Vaudreuil, 5 mai 1971, copie à P. Harvois.

39 En 1983-85, une partie des protagonistes de la commission Harvois (notamment B. Lassus et P. Dauvergne) tentera, avec les autres enseignants et les élèves, à nouveau, de soutenir un nouveau projet d’« Institut français du paysage ». Il se soldera, avec la même ambition, par le même échec qu’en 1971, en provoquant une grève étudiante longue en 1985. Mais il déclenchera l’ouverture du premier poste d’enseignant titulaire d’atelier attribué à M. Corajoud.

Chroniques d’archivistes

Chroniques d’archivistes

 

Dans cette chronique sont indiqués les travaux réalisés dans les archives de l’ENSP de Versailles-Marseille par les membres du groupe Histoire et Mémoire de l’école.

Créé en mars 2018, ce groupe réunit (par ordre alphabétique) B. Blanchon, P. Donadieu, V. Fernandes, A. Jacobsohn, V. Piveteau et C. Santini.

Publiée sur Topia, la chronique est actualisée tous les deux à quatre mois (P. Donadieu).

Les travaux concernent :

– la localisation des archives dans et hors de l’ENSP,

-le récolement (inventaire) des documents entreposés dans les différents lieux de conservation de l’école,

– l’élimination régulière (tous les cinq à 90 ans) des archives « périmées »,

– l’équipement des salles d’archives (étagères),

– la relocalisation des archives à l’intérieur de l’école,

– la valorisation des archives par les documentalistes et les chercheurs,

  • Consultation par le public et les chercheurs (salle dédiée ?)
  • Expositions (salle dédiée ?)
  • Publications d’articles historiques sur le site Topia ou ailleurs
  • Restauration d’ouvrages ou de tableaux.

 

Travaux récents

2009 : Récolement (inventaire) des archives administratives et financières (Figuerie) et pilonnage (destruction) par l’archiviste Hélène Bonamy selon le plan de gestion des archives de l’école établi avec A. Rigault (archives des Yvelines)

2011 : Récolement des archives pédagogiques (Bâtiment Le Normand), sans pilonnage ni versement aux archives départementales, par l’archiviste Justine Luong

2000-2017: Stockage à l’ENSP (sous-sol du Le Normand et autres salles), sans récolement :

 – des archives des enseignants (D. Bouillon, M. Rumelhart, P. Donadieu, M. Corajoud, A. Fleury, P. Dauvergne …) : Le Normand, Le Nôtre, Figuerie, Saint-Louis, Suisses 

– des services de l’ENSP (direction des études, départements d’enseignement, LAREP, formation continue, documentation, concours …)

2018 : mars : Création du groupe Histoire et Mémoire (de l’ENSP) et de la rubrique homonyme sur Topia.


 

Début de la chronique

2018

Mars-avril

– Essai d’échantillonnage des archives du concours (40 ans), très encombrantes et poussiéreuses (P. Donadieu et V. Piveteau). On a peut-être trouvé une règle d’élimination des dossiers de candidature (une année sur 10 ?).

-Mise en place d’une rubrique « Histoire et Mémoire » dans « Travaux des chercheurs » du site Topia (R. Vidal). 

– Tri et mise au pilon des archives périmées (2009-2017) dans les deux salles des combles de la Figuerie (V. Fernandes), un travail de bénédictin(e)… dans la poussière et la solitude …

– Publication des localisations des archives à l’ENSP et aux Archives départementales (P. Donadieu, V. PIveteau et A. Rigault). On sait enfin où est une partie des archives de la Section du paysage, hélas mélangées avec celles de l’ENSH. Il faudra chercher encore … On a retrouvé les comptes rendus des conseils d’enseignants de 1947 à 1967 (liasse 1433 du récolement de 2011 à l’ENSP).

– Publication sur Topia de deux articles sur le premier projet d’Institut du paysage (1970-72) de la commission Harvois et sur les diplômes de paysagiste depuis 1945 (P. Donadieu et R. Vidal). Un troisième est en préparation sur les débuts du fonctionnement de la Section (1946-1956).

22 mai 2018

Comment trouver, dans les archives des Yvelines, un document relatif à l’histoire de l’ENSP et de la Section ? En principe c’est simple. Vous identifiez sa cote et vous demandez au personnel des archives de vous l’apporter. Ainsi en est-il des dépôts, sous la rubrique École d’horticulture, avec les cotes 106J, 141J, 144J, 145J … concernant les archives des paysagistes versaillais (E.et R.-E André, J. Camand, J. Challet …). En pratique c’est moins évident. Je cherche les procès-verbaux des conseils des enseignants de l’ENH pour savoir quelle place y tenaient les décisions concernant l’enseignement de la chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme, et celui de la section du paysage et de l’art des jardins. Sur le fichier qui inventorie les archives de l’ENH versées en 2009, je repère les boites 238 (VI-1) et 386-387 (VI-36) indiquant “Conseil des professeurs, PV 1929-1957”.  Après presque une demi heure de recherche, la “présidente” de la salle de lecture parvient à repérer la cote réelle des boites (1W-dépôt 238) qui réunit les PV des conseils d’administrations de l’ENH de 1936 à 1961, mais pas ceux des conseils des professeurs.

Nouvelle recherche du préposé dans les réserves. Il remonte une boite anonyme trouvée sur les étagères à côté des précédentes. Miracle ! Dans cette boite verte, je trouve les deux cahiers manuscrits des conseils d’enseignants de l’ENH de 1929 à 1957. On m’explique que le reclassement du fond versé en 2009 n’est pas terminé, ce qui explique cette boite anonyme. Désormais elle a retrouvé une cote : 1W dépôt 117-VI-36 (si j’ai bien compris). Je pourrai ainsi continuer ma lecture et comparer les activités pédagogiques de l’ENH et celles  de la Section entre 1940 et 1957. Car j’ai retrouvé les PV du conseil des professeurs de la Section de 1947 à 1964 dans la salle des archives pédagogiques de l’ENSP à la cote de récolement 1433 …

13 juin 2018

Depuis le 1er juin jusqu’en juillet prochain,  un stagiaire  Sovannara Mey ( d’origine Khmer) aide Véronique Fernandès. Il termine son cursus de Master 1 (Gestion de l’archivage) à l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines.

V.  Fernandès raconte les dernières opérations : “Nous avons procédé à un premier bordereau d’élimination  (BX VISA N° 1) et avons soumis la demande d’élimination d’archives (récolement 2011 + 2018) ainsi que le tableau EXCEL des éléments, à Vincent Piveteau aujourd’hui même. Celui-ci concerne uniquement les archives des salles 71 et 72 et représente 82 mètres linéaires. Dès que le bordereau sera signé, nous adresserons par courrier, les documents pour le visa des Archives départementales des Yvelines.

En effet, lors de sa dernière visite, Antony Rigault nous a demandé de fractionner les bordereaux, eu égard à la quantité de documents à vérifier avant pilonnage. Dans ces salles, il nous reste encore quelques cartons et boîtes à analyser.

Les plans et calques, qui feront l’objet d’un versement (BV) aux AD 78, sont pratiquement tous récolés (nous arrivons à un peu plus de 80 plans).”

Travaux envisagés :

– Mise au pilon (dans le couloir) des archives périmées de la salle des archives pédagogiques (SAP), selon le fichier de gestion de 2011 (manque fichier des boites 2500 à 3100)

– Récolement des archives « Documentation » (SAP) : V. Fernandes + stagiaire

– Terminer le récolement des archives du concours (échantillonnage)

– Préciser (réunion du groupe Histoire et Mémoire) les règles de tri des archives des enseignants (récolement partiel ou total)

– Étiqueter de manière visible les dix portes du sous-sol du bâtiment Le Normand

– Mise à la benne des archives à pilonner de la Figuerie et du Le Normand

– Rédaction d’un article sur les enseignants de la Section du paysage et de l’art des jardins (1946-1974)

– Contact avec Y. Périllon (legs possible d’une exposition ancienne sur l’art des jardins…)

A suivre …

Les agricultures périurbaines – Annexes

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Actes du colloque de 2007
Les agricultures périurbaines : un enjeu pour la ville
ENSP – Université de Nanterre

Annexes

Bilan scientifiqueInstitutions participantesListe des intervenants


 

Bilan scientifique

Un colloque international et multidisciplinaire

Aborder la question des agricultures périurbaines sous l’angle de leurs relations à la ville, envisager comment ces relations peuvent déboucher sur des projets de territoire, ne pouvait se faire sans rassembler pour un débat commun des chercheurs, des enseignants et des praticiens issus de domaines habituellement éloignés les uns des autres.

De ce point de vue, le colloque de Nanterre a largement atteint ses objectifs puisqu’une centaine d’organismes de toute nature (écoles, laboratoires de recherche, agences publiques ou privées, associations, etc.) ont répondu à l’appel (voir annexes). Les disciplines dont étaient issus les participants étaient, elles aussi, très diversifiées (agronomie, architecture, écologie, économie, génie rural, géographie, paysage, sociologie, urbanisme), ainsi que les origines géographiques, puisque 22 pays étaient représentés.

Réparties en trois sessions, les séances plénières ont permis d’une part de comparer les approches et les expériences analysées dans les pays du Nord et du Sud, et d’autre part d’observer comment, à partir des différentes formes de relations entre l’agriculture et la ville, peuvent naître et se développer des projets de territoire. Ces derniers ont été illustrés par des exemples européens (italiens, espagnols, suisses et français), qui ont mis en évidence des différences significatives qui semblent relever autant des spécificités liées aux cadres institutionnels et aux modes de gouvernance qu’à des spécificités géographiques ou agronomiques.

La comparaison Nord-Sud, qui a régulièrement été mise en question lors des débats, a révélé des différences bien plus complexes qu’elles n’y paraissaient au premier abord. S’il se confirme que les priorités alimentaires dominent dans les pays du Sud alors que les considérations d’ordre paysager ou environnemental l’emportent dans les pays du Nord, on observe également un souci croissant pour le cadre de vie dans les premiers et un intérêt de plus en plus prononcé pour une alimentation de proximité dans les seconds. Bien que modulée par des variantes contextuelles qui restent fortes, l’agriculture urbaine apparaît donc de plus en plus comme une discipline originale et spécifique qui peut contribuer à améliorer la gouvernance des territoires, notamment dans les grandes régions urbaines comme celle de l’Ile-de-France.

Un colloque scientifique ouvert aux débats interprofessionnels

Si les 28 communications en séance plénière ont été principalement présentées par des intervenants issus du monde de la recherche et de l’enseignement, les débats et les ateliers ont été largement animés par des acteurs du monde professionnel. Ces rencontres ont permis une confrontation fructueuse entre les aspects théoriques développés par les chercheurs et la réalité concrète de projets en cours, comme ceux de Marne-et-Gondoire ou du Triangle Vert dont les animateurs ont présenté les premiers résultats. Les expériences franciliennes, thème retenu pour l’un des ateliers, ont été particulièrement approfondies, tant du point de vue des fonctions alimentaires de proximité que des nouveaux liens sociaux qui se construisent entre la ville et le monde agricole, ou des projets agriurbains pour lesquels la Région est un terrain pionnier d’expérimentations. Les trois autres ateliers ont porté sur les relations entre l’agriculture et la planification urbaine, le développement local, et les questions de paysage et de patrimoine.

La participation des professionnels du projet d’aménagement, paysagistes, architectes ou urbanistes, a constitué un autre point fort de ce colloque et ajouté à son haut niveau scientifique un caractère inter-professionnel rare dans ce type de manifestation.
Ces diverses communications ont montré que l’agriculture urbaine, pour peu qu’elle poursuive l’effort de dépassement des clivages qui isolent encore trop souvent les disciplines et les professions concernées, promet d’être une thématique d’un intérêt majeur pour le développement durable auquel aspirent aujourd’hui la plupart des régions urbaines, et notamment l’Ile-de-France dans sa volonté d’être la première Eco-région d’Europe. L’avenir de cette thématique nous a semblé d’ailleurs bien assuré, puisqu’en plus des nombreux étudiants présents, 19 doctorants ou post-doctorants ont contribué aux communications, en séance plénière, en atelier ou par le biais de poster.

Les acquis du colloque et les perspectives

Ébauche d’un réseau
Une esquisse de réseau a été constituée à cette occasion. Il comporte actuellement quelque 200 adresses électroniques et permet un échange d’informations régulier entre toutes les personnes intéressées par le sujet. Il constituera un outil important pour l’organisation de nouvelles manifestations scientifiques.

Élargissement des collaborations scientifiques
En Ile-de-France, ce colloque a aussi été le point de départ de nouvelles collaborations ; un « collectif d’enseignement et de recherche en agriurbanisme et projet de territoire » (CERAPT) a été constitué avec l’Ecole d’architecture de Versailles et AgroParisTech. Son objectif est d’amener sur le marché du travail une nouvelle figure professionnelle, l’agriurbaniste, capable de concevoir et de conduire des projets agriurbains de territoire. Ces nouveaux professionnels seront les concepteurs et les animateurs, qui répondront à la demande croissante de la Région de co-construction de projets de territoire répondant à la fois aux attentes citadines en matière d’aménités (paysage, approvisionnement, etc.) et à celles des agriculteurs, soucieux de la viabilité durable de leurs systèmes agricoles par les stratégies d’entreprise qu’ils choisissent. Ce collectif délivrera les compléments de formation nécessaires aux étudiants issus des formations initiales d’agronomes, de paysagistes et d’architectes. Il commencera ce travail d’innovation pédagogique dès 2008-2009 en mutualisant des enseignements ad hoc délivrés par ces institutions.

L’objectif de ce collectif est également de contribuer à l’approfondissement des recherches sur le concept de territoire agriurbain. Les partenaires scientifiques seront recherchés en Ile-de-France, au-delà des deux équipes que le présent colloque a réunies. Puisque nous avons constaté que nombre de chercheurs travaillent sur ces thèmes sans réelle coordination, il serait utile qu’émerge un programme régional de recherche en agriculture urbaine et projet agriurbain de territoire. Des coordinations sont également à renforcer à l’international, notamment avec l’Italie, le Canada, la Tunisie et le Mexique, pays avec lesquels des liens existent de longue date.

D’autres collaborations franciliennes se mettent également en place autour de la nouvelle spécialité que proposera, à partir de la rentrée 2009, l’Université de Nanterre dans le cadre de son master « Aménagement et urbanisme ». Un parcours « Développement durable et pratique de l’aménagement dans les espaces urbains et périurbains » sera ainsi mis en place avec la collaboration de l’Ecole d’architecture de Paris Val-de-Seine, d’Agrosparitech et de l’Université de Cergy-Pontoise. L’Ecole du paysage de Versailles et l’IUT de Compiègne sont également sollicités, ainsi que des partenaires du monde professionnel avec l’EPASA, la Ville de Nanterre, l’IAURIF, l’Agence des espaces verts et les PNR franciliens.

Avril 2008

Monique Poulot, André Fleury, Roland Vidal

Télécharger le bilan scientifique


 

Les institutions participantes  ^

45 établissements d’enseignement

AgroParisTech    France
Colegio de Postgraduados en Ciencias Agrícolas (México)    Mexique
Ecole d’Ingénieurs de Purpan    France
Ecole nationale de la nature et du paysage (Blois)    France
Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles (EAV)    France
Ecole nationale supérieure du paysage (Versailles)    France
Ecole Polytechnique de Tours    France
Ecole supérieure d’agronomie (Angers)    France
ENESAD (Dijon)    France
ENFA Toulouse Auzeville    France
Facoltà di Agraria di Perugia     Italie
Faculté d’Architecture de Palerme    Italie
Institut supérieur d’agronomie de Chott-Mariem (Sousse)    Tunisie
ISARA Lyon    France
Katholieke Universiteit Leuven    Belgique
Politechnico Bari    Italie
Politecnica delle Marche    Italie
TECOMAH Chambre de commerce et d’industrie de Paris    France
Universidad Nacional del Sur    Argentine
Universita’ IUAV di Venezia    Italie
Universitat de Girona    Espagne
Université Catholique de Louvain-La-Neuve    Belgique
Université d’Angers    France
Université de Bologne    Italie
Université de Caen Basse-Normandie    France
Université de Cologne    Allemagne
Université de Florence    Italie
Université de Genève    Suisse
Université de Lausanne    Suisse
Université de Liège    Belgique
Université de Milan    Italie
Université de Ngaoundéré    Cameroun
Université de Provence    France
Université de Tours    France
Université Hassan II    Maroc
Université Libre de Bruxelles    Belgique
Université Lille I    France
Université Lumière Lyon II    France
Université McGill (Montréal)    Canada
Université Paris IV Sorbonne    France
Université Paris X Nanterre    France
Université Rennes II    France
Université Ryerson (Toronto)    Canada
Université Technique Nationale d’Athènes (NTUA)    Grèce
Université Toulouse-Le Mirail    France

28 organismes d’étude et de recherche

Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD)    France
Centre de Recherche sur la Culture Japonaise de Rennes    France
Centre de recherche sur les espaces et les sociétés (CRESO, Caen)    France
Centre International des Hautes Etudes Agronomiques de Montpellier (CIHEAM)    France
Centre national de la recherche scientifique (CNRS)    France
Centre national du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et des forêts (CEMAGREF)    France
Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (IAMM)    France
Institut d’estudis territorials (Barcelone)    Espagne
Institut de Recherche Agricole pour le Développement (Yaoundé)    Cameroun
Institut für Ethnologie und Afrika-Studien (IFEAS, Mainz)    Allemagne
Institut National de Cartographie de Yaoundé    Cameroun
Institut national de la recherche agronomique (INRA)    France
Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA, Dakar)    Sénégal
Instituut voor Sociale en Economische Geografie (Leuven)    Belgique
Laboratoire de Géographie comparée (GECKO, Nanterre)    France
Laboratoire « Territoire, ville, environnement et société » (TVES, Lille)    France
Laboratoire de recherches et d’études en sciences sociales (LARESS Angers)    France
UMR 5185 ADES (Bordeaux)    France
UMR 6173 CITERES (Tours)    France
UMR 6570 Telemme (Aix-Marseille)    France
UMR 6590 ESO-CESTAN (Nantes)    France
UMR 7145 LOUEST (Paris)    France
UMR 7533 LADYSS (Paris)    France
UMR Agir (INRA, Toulouse)    France
UMR Dynamiques rurales (Toulouse)    France
UMR Innovation (Montpellier)    France
UMR Métafort (Clermont-Ferrand)    France
UMR SAD-APT (INRA, Paris)    France

27 autres institutions, organismes ou associations

Agence d’Urbanisme du Pays d’Aix (AUPA)    France
Agences des Espaces Verts d’Île-de-France    France
AMAP “Rêve de Terre”    France
ARASEA Ile-de-France    France
Assemblée générale des Chambres d’agriculture    France
Association Alternatives Durables pour le Développement (Mbalmayo)    Cameroun
Association des études foncières (ADEF)    France
Bergerie nationale (Rambouillet)    France
CAUE 78    France
Centre National d’Appui au Développement (CNAD, Kinshasa)    Congo (RDC)
Centre national des Arts et Métiers (CNAM, Paris)    France
Chambre d’agriculture de Seine et Marne    France
Chambre Régionale d’Agriculture PACA    France
Chemin Faisant (agence d’urbanisme et paysage, Paris)    France
Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire    France
Communauté urbaine de Lyon    France
Diputació de Barcelona    Espagne
Division Forest, Nature and Landscape (DFNL, Leuven)    Belgique
DRIAF Ile-de-France    France
ETC Urban Agriculture / RUAF    Pays-Bas
Fédération nationale des Safer    France
Institut d’aménagement et d’urbanisme de la Région Ile-de-France (IAURIF)    France
Pays du Chalonnais    France
SICA Versailles Ile-de-France    France
Triangle Vert des villes maraîchères du Hurepois    France
Terres en Villes    France
UNESCO-ALECSO    Tunisie

22 pays représentés

Par les intervenants : Allemagne, Argentine, Belgique, Cameroun, Canada, Congo RDC, Espagne, France, Grèce, Italie, Maroc, Mexique, Pays-Bas, Sénégal, Suisse, Tunisie.

Par les autres participants : Algérie, Chine, Liban, Portugal, République Tchèque, Syrie.

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Liste des intervenants  ^

 

AMEMIYA

Hiroko

Centre de Recherche sur la Culture Japonaise de Rennes

ANDRIEU

Dominique

UMR6173 CITERES

ANTHOPOULOU

Théodosia

Université Technique Nationale d’Athènes

ARNAL

Clément

Université Lumière Lyon2

AUBRY

Christine

UMR SADAPT

BA

Awa

Doctorante AgroParisTech

BACCONNIER

Sandrine

Université Toulouse-Le Mirail

BAKAYOKO

Issa

Institut für Ethnologie und Afrika-Studien

BANZO

Mayté

UMR 5185 ADES

BEN ATTIA

Ons

ISA-ENSP-ENGREF

BERNARD

Cécile

ENESAD Dijon

BERNETTI

Iacopo

Université de Florence

BHATT

Vikram

Université McGill Montréal

BOISCUILLE

C. de

ENSNP

BONNEFOY

Serge

Terres en Villes

BOPDA

A.

Institut National de Cartographie de Yaoundé

BOSSUET

Luc

INRA SADAPT

BOURAOUI

Moez

ISA Chott-Mariem (Tunisie)

BOURDIN

David

Université de Lausanne

BRANDUINI

Paola

Université de Milan

CALLAU

Sonia

Diputació de Barcelona

CHOUIKI

Mustapha

Université Hassan II

CISSE

Cheikh  Tidiane

Université de Genève

COLANTONIO

Rita

 

COLLIOT

Christèle

Chambre Régionale d’Agriculture PACA

CONSALES

Jean-Noël

Université de Provence

DARLY

Ségolène

INRA SAD-APT

DEL BONIFRO

Roberta

Politecnica delle Marche

DELFOSSE

Claire

Université Lyon2 LER

DUBBELING

Marielle

ETC Urban Agriculture / RUAF

DUFOUR

Annie

ISARA Lyon

DUVERNOY

Isabelle

INRA – UMR Agir

FANFANI

David

Dupt – Université de Florence

FARAH

Leila

Université McGill (Montréal)

FERRARIO

Viviana

Universita’ IUAV di Venezia

FOFIRI NZOSSIE

Eric Joël

Université de Ngaoundéré (Cameroun)

FORTIER

Rémi

Chambre d’Agriculture de Seine et Marne

FRAZDI

Emmanuelle

Marne et Gondoire

FROMAGEOT

Audrey

UMR Metafort

GABILLEAU

Typhaine

LARESS ESA Angers

GALLI

Andrea

 

GUEDJE

Nicole Marie

Institut de Recherche Agricole pour le Développement Yaoundé

GUERRINGER

Alain

UMR Métafort

HAMMAMI

Saïda

ISA Chott-Mariem / INA-PG

HAMPARTZOUMIAN

Hélène

Bergerie nationale

HANICOTTE

Violaine

ESA Angers

HIROKO

Amemiya

Centre de Recherche sur la Culture Japonaise de Rennes

HOUMAN

Boubaker

UNESCO (Tunisie)

JARRIGE

Françoise

UMR Supagro – Inra – Cirad

JOIRIS

Véronique

Université Libre de Bruxelles

JOLY

Nathalie

ENESAD Dijon

JOUVE

Anne-Marie

IAMM/CIHEAM

KÉBIR

Leila

UMR SADAPT

LARDON

Sylvie

UMR Métafort Clermont-Ferrand

LAURENS

Lucette

UMR Innovation Montpellier

LE GUEN

Roger

LARESS ESA Angers

LEJOLY

Jean

Université Libre de Bruxelles

LERETRIF

Jeanne

LARESS ESA Angers

LO PICCOLO

Francesco

Faculté d’Architecture de Palerme

LORDA

María-Amalia

Universidad Nacional del Sur (Argentine)

LOUDIYI

Salma

UMR Métafort Clermont-Ferrand

MACCAGLIA

Fabrizio

UMR LOUEST

MARCHEGGIANI

Ernesto

Politecnica delle Marche

MARGETIC

Christine

UMR 6590 ESO – CESTAN

MAROTTA

Paola

Faculté d’Architecture de Palerme

MARRACCINI

Elisa

UMR Métafort

MININI

Maria-Valeria

Dep. ICAR   Politecnico Bari

MELOT

Romain

INRA SAD-APT

MONACCI

F.

Dupt – Université de Florence

MONBUREAU

Barbara

Paysagiste D.P.L.G.

MONDY

B.

UMR Dynamiques rurales (UTM ENSAT ENFA)

MONLLOR RICO

Neus

Universitat de Girona (Espagne)

NAVARRO-GARZA

Hermilio

Colegio de Postgraduados en Ciencias Agrícolas (México)

NDAME

Joseph Pierre

Université de Ngaoundéré (Cameroun)

NGUEGANG ASAA

Prosper

Université Libre de Bruxelles

NIKOLAÏDOU

Sofia

Université Technique Nationale d’Athènes (NTUA)

NOUGAREDES

Brigitte

UMR Supagro – Inra – Cirad

OLIVARES-RODRIGUEZ

Felipe

Colegio de Postgraduados en Ciencias Agrícolas (México)

OLIVIER

Valérie

UMR Dynamiques rurales (UTM ENSAT ENFA)

PARADIS

Sylvie

Ecole d’Ingénieurs de Purpan

PARROT

Laurent

CIRAD département Amis/département Flhor

PASQUIER

C.

UMR SADAPT

PAÜL CARRIL

Valerià

Institut d’estudis territorials (Barcelone)

PELTIER

Christian

LADYSS Paris 1

PEREZ-OLVERA

Ma. Antonia

Colegio de Postgraduados en Ciencias Agrícolas (México)

PERRIN

Coline

UMR Telemme 6570 Aix-Marseille

PILLEBOUE

Jean

Dynamiques rurales  U.T.M.

PLANCHAT-HERY

Claire

UMR Métafort Clermont-Ferrand

POLI

Daniela

Dupt – Université de Florence

QUIBLIER

Gérard

Chambre Régionale d’Agriculture PACA

RAYMOND

Richard

UMR Métafort Clermont-Ferrand

RENARD

Jean

UMR 6590 ESO – CESTAN

RIBAS PALOM

Anna

Universitat de Girona (Espagne)

ROCA TORRENT

Anna

Universitat de Girona (Espagne)

ROUGET

Nicolas

GECKO Nanterre

RUBINO

Adalgisa

Dupt – Université de Florence

RUEGG

Jean

IPTEH-Université de Lausanne

SABATIER

Bruno

UMR Innovation Montpellier

SALAMAÑA SERRA

Isabel

Universitat de Girona (Espagne)

SALOMON CAVIN

Joëlle

Université de Lausanne

SANGIORGI

Franco

Université de milan

SANVITO

Daphne

 

SCAZZOSI

Lionella

Université de Milan

SCHILLECI

Filippo

Faculté d’Architecture de Palerme

SCHWEIGER

Jean-Baptiste

Marne et Gondoire

SEINGIER

Anne

Agricultrice

SEINGIER

Pascal

Agriculteur

SERRANO

José

Ecole Polytechnique de Tours

SERVAIN-COURANT

Sylvie

Université de Tours – UMR6173 CITERES

SOULARD

Christophe

UMR Supagro – Inra – Cirad

STREITH

Michel

CNRS / Laboratoire LADYSS

TASSINARI

Patrizia

Université de Bologne

THAREAU

Bertille

LARESS ESA Angers

TORRE

André

INRA SAD-APT

TROGNON

Laurent

UMR Métafort Clermont-Ferrand

TRUCHET

Stéphanie

UMR Métafort Clermont-Ferrand

VERDELLI

Laura

UMR6173 CITERES

VIANEY

Gisèle

INRA – IAMM

VINCQ

J-L

UMR Dynamiques rurales (UTM ENSAT ENFA)

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Les agricultures périurbaines – Appel

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Les agricultures périurbaines : un enjeu pour la ville

Vers des projets de territoire

Appel à contribution

Le laboratoire GECKO de l’Université de Paris X-Nanterre et l’École Nationale Supérieure du Paysage (partenaire de l’UMR SADAPT – INRA-INAPG) organisent un colloque sur les agricultures périurbaines. Il se tiendra à l’Université de Nanterre du 10 au 12 Octobre 2007 (deux journées de colloque et une journée de terrain). La publication des actes de ce colloque est prévue.

Comité scientifique : Moez Bouraoui (Institut National d’Agronomie, Sousse), Christopher Bryant (U. de Montréal), Pierre Donadieu (ENSP), Jean-Paul Charvet (U. Nanterre), Claudine Durbiano (U. Aix en Provence), André Fleury (ENSP), Yves Hanin (U. de Louvain-la-Neuve), Joe Nasr (U. Ryerson, Toronto), Monique Poulot (U. Nanterre), Dietrich Soyez (U. de Cologne), Christian Thibault (IAURIF), Roland Vidal (ENSP)

Comité d’organisation : Monique Poulot (U. Nanterre), André Fleury (ENSP), Roland Vidal (ENSP).


Les nouveaux modes d’habiter et l’automobilité grandissante des sociétés ont profondément transformé la forme de la ville, de la ville dense à la ville éclatée. Cet étalement urbain (urban sprawl) a donné naissance à un espace original, hybride, qui présente des aspects de marge ou d’entre-deux, avec des caractères simultanément urbains et ruraux : cet espace dit périurbain se caractérise par la prédominance d’espaces ouverts, notamment agricoles qui, de simples réserves pour l’urbanisation dans les années d’après-guerre, sont devenus des éléments essentiels du cadre de vie des habitants de la ville élargie. La forte attirance pour les aménités rurales (les produits, mais aussi le besoin de “ nature ”, d’espace, de liberté…) se traduit par une reconnaissance de la pertinence de l’agriculture au sein du système urbain dont elle contribue à améliorer la qualité de vie ; dorénavant perçue comme une activité aux fonctions multiples, ne répondant plus aux seuls impératifs de production de denrées agricoles, l’agriculture se voit restaurée dans sa relation avec la ville. Dans cette nouvelle configuration, les espaces agricoles du périurbain sont de plus en plus considérés comme des partenaires des nouvelles formes urbaines et des territoires organisés par la ville –surtout quand la notion de “ ville durable ” veut désormais fonder la plupart des pratiques de ceux qui construisent la ville. Dans cette reconfiguration, l’agriculture, qui a su au cours de son histoire intégrer à son fonctionnement de nombreuses innovations technologiques – comme le chemin de fer ou la réfrigération – aussi bien que les recompositions spatiales qu’elles ont induites, est amenée aujourd’hui à s’adapter à de nouvelles mutations.

Ce colloque propose de rassembler les expériences conduites aussi bien sur le plan théorique par des chercheurs de différents horizons que sur le plan pratique par les acteurs de projets impliquant l’agriculture dans ses relations à la ville. Les nouvelles imbrications en construction entre villes et campagnes requièrent des formules originales intégrant des logiques longtemps considérées comme contradictoires : urbaine et agricole, environnementale et économique. Loin des seules pratiques de zonages décrétées avec un strict partage spatial des activités, elles s’apparentent à des démarches souples associant les différents acteurs autour d’un projet de territoire qui inclut le maintien et la promotion d’une agriculture devenue “ bien public commun ” dans son processus de développement urbain. Il s’agira de voir comment ces procédures d’aménagements à l’œuvre autour des grandes agglomérations évoluent aujourd’hui vers l’invention de nouveaux territoires – à l’image des projets de territoires agri-urbains institutionnalisés en France depuis 2001 – qui intègrent leur agriculture périurbaine dans leur projet de développement urbain et associent pour leur gouvernance acteurs urbains et ruraux.

Les communications attendues s’inscriront dans l’un des thèmes correspondant aux trois sessions du colloque qui, durant les trois premières demi-journées, mettront respectivement l’accent sur la position des agriculteurs dans leurs nouvelles relations à la ville, le rôle de l’agriculture dans les projets urbains, et les différences et convergences entre les Nords et les Suds. Les contributions centrées sur des études de cas feront l’objet de discussions en ateliers dans la dernière demi-journée.


 
Session 1 : Agriculteurs et agricultures dans leur relation à la ville

Les évolutions contradictoires et nécessaires des métiers de l’agriculture ont débouché sur la notion d’agriculture multifonctionnelle. En effet, si l’agriculteur est un producteur de biens agroalimentaires, il participe aussi à la création de biens immatériels comme la qualité d’un paysage rural ou le goût du “ terroir ”. Cette tension s’applique tout particulièrement aux agricultures périurbaines insérées dans des systèmes agricoles régionaux et comprises par les nouveaux habitants comme les infrastructures vertes de leur nouveau cadre de vie.

Cet atelier souhaite recenser les stratégies et les nouvelles dynamiques à l’œuvre dans un monde agricole s’ouvrant aux souhaits et aux besoins de la société urbaine dominante.

Quelles stratégies les agriculteurs mettent-ils en œuvre pour s’adapter à la proximité urbaine, aussi bien pour mieux résister aux contraintes qui en découlent que pour tirer parti des nouvelles ressources qu’elle peut engendrer ?

Comment passent-ils de la simple diversification de leur production destinée à satisfaire de nouveaux marchés (circuits courts, agriculture bio, etc.) à une pluri-activité leur permettant de répondre à des attentes autres qu’alimentaires (fermes pédagogiques, gîtes ruraux, agri-tourisme, etc.) ?

Comment répondent-ils, directement ou indirectement, aux attentes citadines de cadre de vie, construisant ainsi une forme d’économie agricole à dimension multifonctionnelle ?
Comment la modernité de l’agriculture trouve-t-elle sa place face à une demande citadine souvent nourrie d’images traditionnelles et de valeurs patrimoniales ?

Il s’agira tout particulièrement de voir comment le concept d’agriculture est amené à évoluer du fait du renouvellement de ses relations à la ville, et quels sont les éléments de différenciation en fonction des caractéristiques agricoles (systèmes de production, pratiques et trajectoires agricoles, formes de faire-valoir, insertion territoriale…) mais aussi des rapports à la ville et des rapport des urbains à la campagne. En quoi cette agriculture est-elle innovante et comment cette innovation progresse-t-elle?


 
Session 2 : Agriculture et projet de territoire urbain

Cet atelier veut interroger la place et le rôle de l’agriculture et des agriculteurs dans les projets de territoire en émergence dans l’espace périurbain. Ce n’est plus simplement le maintien d’une ceinture verte autour des villes qui est en jeu mais la recherche de nouvelles imbrications entre espaces agricoles et sociétés urbaines. Il s’agira tout particulièrement d’identifier comment les agriculteurs deviennent des acteurs territoriaux et quels sont les outils facilitant leurs actions.

Quels types de territoires urbains se structurent en lien avec le monde agricole ?  Comment le territoire agricole, fruit des relations entre la population agricole et son espace cultivé, peut-il s’articuler avec le territoire urbain, fruit des relations de la population citadine avec sa campagne ?

Quelles sont les agricultures concernées ? Quelles fonctions ou valeurs de l’agriculture y sont privilégiées ? Comment y apparaît le débat nature/agriculture ? Quel doit être le rôle de l’agriculture dans le maintien des espaces ouverts et la construction de “ paysages-infrastructures ” propices au développement économique ? Dans ces projets, l’agriculture est-elle un outil de cohésion ou de fracture sociale et spatiale ?

Quelles sont les échelles des projets agriurbains ? Peut-on les penser comme des modèles utiles à une planification d’échelle régionale ? La mise en réseau des expériences est-elle la clé qui permettra de passer de l’initiative locale au projet de territoire à l’échelle de la région urbaine ? Quelles organisations spatiales sont-elles mobilisées ?

Quels sont les acteurs qui portent l’agriculture dans ces différents projets ? Comment les agriculteurs interviennent-ils ? Comment s’articulent les acteurs ? Quelle forme de gouvernance voit-on se mettre en place ? Comment l’agriculture, en tant qu’activité économique dotée de sa propre logique spatiale, peut-elle s’intégrer dans ces nouveaux territoires et ces nouveaux modes de gouvernance territoriale ?

À travers quels outils la place de l’agriculture est-elle intégrée ou mobilisée (pays, PNR, PLU, SCOT…) ? Qu’en est-il du foncier ? Quelles représentations pour ces territoires et quelles actions sont mises en œuvre ?

 


Session 3 : Différences et convergences entre les Nords et les Suds

Les communications relatives à cette session ne seront pas nécessairement des approches comparatives entre nord et sud. Elles pourront relater des expériences singulières, mais on s’efforcera de synthétiser ce qui, dans ces expériences, est susceptible d’être transposable ou, au contraire, ce qui apparaît spécifique aux Nords ou aux Suds.

Entre la fonction première d’une agriculture productrice de denrées alimentaires et son nouveau rôle de gestionnaire de cadre de vie, comment se différencie la hiérarchie des attentes sociales entre les pays du nord et ceux du sud ?

Pour expliquer les nouvelles fonctions de l’agriculture urbaine, la notion de paysage est-elle pertinente dans les pays du sud, ou reste-t-elle un concept importé et mal assimilé par la majorité des habitants ?

À l’inverse, la fonction alimentaire, qui connaît un renouveau dans les pays du nord, représente-t-elle une réelle préoccupation en termes de sécurité alimentaire, ou reste-t-elle anecdotique et d’une importance économique nécessairement limitée ?

Les questions relatives à l’environnement ont-elles, quant à elles, une valeur plus universelle permettant de considérer, de ce point de vue, le rôle de l’agriculture de façon similaire au nord et au sud ?

Le rôle des femmes et des réseaux familiaux est-il un facteur différenciant nettement les pays du sud de ceux du nord ?

 


 

Ateliers

Atelier 1 : Agricultures périurbaines et expériences franciliennes
Thèmes envisagés : Programmes agri-urbains ; projets de Zone d’agriculture protégée ; mise en réseau des expériences ; parcs naturels régionaux ; produits de terroirs, labels et marques…

Atelier 2 : Agricultures périurbaines et gestion des risques environnementaux
Thèmes envisagés : gestion de l’eau ; gestion des incendies ; utilisations des déchets urbains ; pollutions réciproques…

Atelier 3 : Agricultures périurbaines et développement local
Thèmes envisagés : vente directe et circuits courts ; AMAP ; insertion sociale…

Atelier 4 : Agricultures périurbaines, paysage et patrimoine
Thèmes envisagés : paysages identitaires (arbres, vergers, vignes, céréaliculture et grand bocage…) ; sites remarquables ; reconversions du bâti rural…

Les propositions de communication doivent être soumises sous forme d’un résumé d’une page environ, accompagné de quelques mots-clefs. Elles doivent parvenir avant le 15 avril 2007 et être adressées par mail aux trois adresses indiquées sur la fiche d’inscription jointe.

Les réponses seront communiquées aux auteurs à l’issue de la réunion du comité scientifique, au cours du mois de mai 2006.

Note : cet appel a été diffusé le 31 janvier 2007. Plus de 70 réponses nous étaient parvenues à la date limite. Elles ont été soumises pour sélection au comité scientifique qui en a retenu 48. Le programme a ensuite été légèrement modifié pour s’adapter aux propositions retenues.

 

Les agricultures périurbaines – Vol 3

 
Actes du colloque de 2007
«Les agricultures périurbaines : un enjeu pour la ville»
ENSP – Université de Nanterre
 
Volume 3

La diversité des agricultures urbaines dans le monde

Sous la direction de Roland Vidal

École nationale supérieure du paysage de Versailles

 

Contrairement à ce que laisserait penser une analyse succincte de la question, il n’est pas possible de classer en deux types clairement différenciés une agriculture urbaine «du Nord» et une autre qui serait spécifique aux pays dits «du Sud». Une constante émerge cependant quant à la priorité relative qu’occupent respectivement les considérations d’ordre alimentaire et celles qui sont plutôt d’ordre paysager ou environnemental. C’est ce que nous rappelle la description faite par Leila FARAH et Vikram BHATT des territoires «squattés» à des fins strictement alimentaires dans les bidonvilles des pays les plus pauvres de la planète. À un mode d’habitat minimaliste et précaire correspond une agriculture dont la principale finalité est de permettre la survie de ces habitants qui seraient tout de même de l’ordre d’un milliard selon les dernières données de l’ONU.

L’agriculture a donc un rôle important à jouer dans le lutte contre la pauvreté urbaine, mais outre que cette dernière n’est pas réservée au Sud, elle a aussi d’autres fonctions à remplir, et notamment en termes de planification urbaine, comme le montre l’exemple argentin décrit par Isabelle DUVERNOY et Maria-Amalia LORDA. On voit bien, dans ce dernier cas, que la distinction entre Nord et Sud n’est pas toujours pertinente. Ce qui constitue un critère plus important, c’est sans doute la capacité des pouvoirs publics et de leurs diverses composantes à mettre en place une gouvernance interinstitutionnelle efficace, comme l’illustrent bon nombre des exemples présentés ici. Au Mexique, par exemple, les questions environnementales liées à la gestion de l’eau révèlent un enjeu qui dépasse largement l’alimentation des populations puisque c’est l’avenir même du système lacustre sur lequel est implantée la ville de Mexico qui est mis en péril par l’absence d’un plan de gestion pertinent. C’est ce que montrent Hermilio NAVARRO et ses collègues en nous rappelant que les enjeux sont à la fois économiques, environnementaux, paysagers et patrimoniaux.

Mais ces enjeux ne sont pas toujours compris de la même manière par tous les acteurs. Au Sénégal, par exemple, Awa BA a mis en évidence le décalage qui s’exprime entre les différents points de vue. Si chacun pense que les Niayes (dépressions dunaires propices au maraîchage) de Dakar représentent à la fois un site de production agricole et un « poumon vert » pour la ville, les priorités données aux deux fonctions ne sont pas les mêmes pour tous. Pour les agriculteurs, les commerçants et les consommateurs, la fonction alimentaire domine largement, alors que les élus et décideurs s’accordent à donner plus d’importance aux fonctions paysagères et environnementales. Dans une autre grande métropole, Casablanca, Mustapha CHOUIKI met en doute la sincérité d’un désir de nature parfois affiché, mais qui pèse bien peu en regard d’intérêts individuels qui se limitent à la recherche d’opportunités foncières : terrains moins chers pour les classes modestes, parcelles plus grandes et mieux isolées pour les classes aisées. Le résultat, économiquement rentable pour les acteurs qui en tirent profit, est une extension urbaine démesurée, gaspillant des espaces perdus à la fois pour la ville et pour l’agriculture, et engendrant de fortes concentrations démographiques dans des territoires sous-équipés à tout point de vue.

Dans tous ces cas de figure, les tentatives de planification opérées par les pouvoirs publics se heurtent à la difficulté de mettre en place un droit de l’urbanisme capable de contrer concrètement des pratiques spontanées plus ou moins guidées par des réminiscences de droits coutumiers. Ici aussi, la distinction entre pays du Nord et pays du Sud n’est pas toujours pertinente, comme l’illustre l’exemple sicilien présenté par Fabrizio MACCAGLIA. Les «Jardins de la Conque d’Or», qu’il décrit ici, semblent en effet condamnés à une disparition certaine du fait du non-respect des réglementations en vigueur. Face à cet état de fait, les autorités réagissent en durcissant les sanctions prévues par les textes, ce qui ne résout rien puisque celles-ci restent, la plupart du temps, non appliquées : «c’est la certitude de la sanction et non sa dureté qui est dissuasive», nous dit l’auteur.

Ces différents constats confirment bien l’idée que des processus de planification urbaine peuvent avoir fait leurs preuves dans certains pays et ne pas être applicables à d’autres. Des différences majeures dans les contextes historiques, économiques et socioculturels conduisent en effet à des situations singulières qui rendent difficiles les comparaisons entre les pays. Autour de Ngaoundéré, dans le Nord-Cameroun, Éric FOFIRI et Joseph NDAMÉ nous montrent ainsi une situation où l’agriculture subit des mutations profondes, tant territoriales qu’économiques, tout en étant assez bien régulée par un assouplissement spontané des pratiques sociales traditionnelles et alors que les interventions de l’État se limitent à un simple accompagnement. Plus à l’est, dans le nord de la Côte-d’Ivoire, Audrey FORMAGEOT nous explique comment les besoins alimentaires urbains induisent une renaissance de l’agriculture, loin de la ville tout en étant le fait d’acteurs de culture urbaine qui reconstruisent une activité agricole en milieu rural. L’agriculture est urbaine de par son mode de conduite et de commercialisation, rurale de par sa position géographique. Les enjeux en termes d’aménagement du territoire en sont forcément très différents.

Ce qui importe, dans tous ces exemples, c’est que les évolutions contemporaines des relations entre les mondes urbains et leurs agricultures ne pourront pas se faire harmonieusement si les pouvoirs publics se contentent d’imposer des modes de planification qui ne prennent pas en compte les spécificités de chacun des pays et de chacune des populations qui les composent. C’est un peu ce qu’expérimentent Moez BOURAOUI et Houman BOUBAKER dans le projet qu’ils mettent en œuvre dans le Grand Tunis depuis trois ans. Si les arguments de ce projet sont fondés sur des principes universels de lutte contre la pauvreté urbaine, et s’ils s’inscrivent dans le cadre de la prévention du stress hydrique auquel la Tunisie, comme bien d’autres pays, risque d’être confrontée, la mise en place progressive du projet se fait en étroite collaboration avec les agriculteurs eux-mêmes. La réussite de l’expérience, et le modèle qu’elle pourra alors constituer, dépendra étroitement de son acceptation par l’ensemble des acteurs concernés.

 

Articles

VIDAL Roland : «La diversité des agricultures urbaines dans le monde» (introduction). Télécharger le pdf.

FARAH Leila Marie et BHATT Vikram : «Cultiver des territoires squattés». Télécharger le pdf.

DUVERNOY Isabelle et LORDA María-Amalia : «Diversité des fonctions attribuées à l’agriculture urbaine et périurbaine dans la région pampéenne argentine». Article publié dans Environnement urbain, vol 6, 2012. Télécharger le résumé.

NAVARRO-GARZA Hermilio et al. : «Périurbanisation, innovation et risque dans les systèmes horticoles de la vallée de Mexico». Télécharger le pdf.

BA Awa : «L’agriculture périurbaine à Dakar : quelle multifonctionnalité et quelles perspectives ?». Télécharger le pdf.

CHOUIKI Mustapha : «Quelle cohabitation entre le rural et l’urbain dans les espaces périurbains d’une métropole du sud ? : Casablanca». Télécharger le pdf.

MACCAGLIA Fabrizio : «La disparition des derniers jardins de la Conque d’Or». Télécharger le pdf.

FOFIRI NZOSSIÉ Eric Joël et NDAMÉ Joseph Pierre : «Le maraîchage périurbain, un facteur de recomposition socio territoriale au Nord-Cameroun : le cas de Ngaoundéré». Télécharger le pdf.

FROMAGEOT Audrey : «Le maraîchage marchand dans le nord de la Côte d’Ivoire: une agriculture périurbaine loin de la ville ?». Télécharger le pdf.

BOURAOUI Moez et HOUMAN Boubaker : «Valorisation des eaux pluviales et grises en agriculture urbaine pour l’amélioration des conditions socio-économiques des populations défavorisées : Le cas de la ville de Soukra dans le Grand Tunis». Télécharger le pdf.

Les agricultures périurbaines – Vol 2

 

Actes du colloque de 2007
«Les agricultures périurbaines : un enjeu pour la ville»
ENSP – Université de Nanterre

Volume 2

Vers des projets de territoire

Sous la direction d’André Fleury

École nationale supérieure du paysage de Versailles

 

Après les années 60, les espaces ouverts sont devenus une valeur centrale de la conception du projet urbain ; dorénavant, tout document d’urbanisme donne une large place au Vert, décliné sur de multiples registres de planification (ceintures et coupures vertes, etc.) ouvrant ainsi le débat sur l’identité de ce Vert : quelles sont les formes végétales souhaitables, avec quel degré d’artificialité ?  Si, dans les pays du Sud, ce vert périurbain est sans ambiguïté agricole (plus exactement jardinier), du fait de l’urgence de la question alimentaire, il est beaucoup plus divers dans les pays du Nord. Il y est partagé en effet entre des préoccupations récréatives, paysagères, culturelles et environnementales, avec des implications dans le champ urbain qui rendent urbaine l’agriculture périurbaine1 ; cette diversité fonctionnelle traverse la plupart des présentations de cette session. Si l’on y ajoute la revendication d’autonomie du périurbain2 et la fragmentation du tissu urbain sous l’effet de la rurbanisation, on comprend pourquoi les collectivités locales ont cessé de voir dans l’espace ouvert périurbain des réserves foncières et décidé de l’intégrer à leurs choix d’urbanisme. Elles ont  fait ainsi apparaître un nouveau paradigme, le territoire agriurbain, né de la mixité des espaces, celle des populations citadines et rurales et celle de l’espace, bâti et ouvert.

Deux exposés décrivent ce processus de mutation de l’espace initié par l’implantation de citadins dans des paysages ruraux :

Sylvie Paradis révèle au nord ouest de l’Ariège les prémisses de la mutation foncière de Toulouse. L’agriculture de plaine, bien insérée dans des filières extrarégionales, maintient son identité grâce à son dynamisme et sa modernité ; par contre, l’agriculture des coteaux, en déclin, accueille mieux la perspective de périurbanisation (valorisation foncière et espérance des marchés spécifiques de cette nouvelle proximité pour des produits dits de terroir). Quant aux politiques locales, elles se révèlent souvent mal armées pour anticiper et s’adapter à ces mutations territoriales.

Salma Loudiyi, Claire Planchat-Héry et Sylvie Lardon ont examiné l’élaboration du schéma de cohérence territoriale (SCoT) dans le Pays du Grand Clermont-Ferrand, de plus en plus soumis à l’attraction de Lyon. Ce projet de planification montre que les élus ont admis la nécessité de mieux organiser ce territoire émergent. Mais, dans cette étape initiale, les élus communautaires négligent l’agriculture ; ils ignorent la grande culture de Limagne, laissée aux élus locaux, et ne retiennent de l’élevage traditionnel sur prairie que des rôles de coupure d’urbanisation et de composante paysagère du cadre de vie.

On peut y rapprocher le cas suisse où David Bourdin, Jean Ruegg et Joëlle Salomon-Cavin décrivent un changement radical de planification, corollaire d’une transformation du rapport social à l’espace agricole et des stratégies agricoles. L’État était jusqu’alors le garant de l’intégrité de l’espace rural au titre de la sécurité alimentaire du pays et de la ruralité, valeur cardinale de cette Nation. Maintenant, il accepte que la sécurité alimentaire soit assurée dans le contexte Européen et les villes affirment avec leurs citoyens leur responsabilité sur les espaces cultivés du périurbain.

C’est déjà reconnaître une différenciation quasi conceptuelle au sein de l’agriculture périurbaine :

L’agriculture dite de territoire, qui revendique volontiers le monopole sémantique d’agriculture urbaine et invoque la proximité comme valeur cardinale, diversement déclinée par les métiers de l’aménagement (paysagistes, urbanistes, architectes) qui s’invitent dans sa définition et sa mise en œuvre.

L’agriculture de filière agroalimentaire extrarégionale, dont l’aménagement néglige aisément l’organisation territoriale, alors que cette même agriculture participe de la gestion des déchets urbains et structure les paysages périurbains ; c’est ce qu’observent Dominique Andrieu, Sylvie Servain-Courant et Laura Verdelli en Touraine.

Notons que cette diversification n’est pas une différenciation entre exploitations, car beaucoup d’agriculteurs diversifient leur exploitation sur ces deux registres fonctionnels et spatiaux.

D’autres articles analysent les leçons que donnent des territoires où la pression urbaine, intense et ancienne, a fait naître une volonté d’organiser une cohabitation durable avec leur agriculture ; ces villes engagent alors des planifications originales défendant le territoire agricole. On assiste alors à l’émergence de deux catégories de politiques, selon la part laissée aux agriculteurs dans la nouvelle gouvernance territoriale. Neus Monllor Rico, Anna Ribas Palom, Anna Roca Torrent et Isabel Salamaña Serra exposent  le projet de ceinture verte de Gijon (Catalogne, Espagne). La spécificité de ce projet est de reconnaître leur valeur aux filières longues ; en effet, il vise autant la mise en défens de la fonctionnalité agricole des espaces extérieurs dédiés aux filières longues du marché européen que par la mise à disposition durable d’espaces ouverts d’agriculture de proximité ou de desserrement urbain.

A l’opposé, Mayté Banzo et Laurent Couderchet montrent que la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) s’intéresse moins à l’agriculture sensu lato de son territoire, malgré son extrême diversité, qu’à sa valeur patrimoniale et de localité. C’est pourquoi le maraîchage encore présent (la désertion agricole a été intense) dans le parc des Jalles prend une valeur de modèle pour les élus. Dans cet espace marqué par l’eau (c’est un marais, c’est-à-dire une zone humide aménagée jadis par et pour l’agriculture), et largement repris par la nature après son abandon, ils sont plus sensibles à l’actualité et à la diversité des filières courtes (marchés forains, AMAPs, livraison de paniers à des entreprises, etc.), qui résument pour eux l’agriculture urbaine à sa contribution, même si elle est faible, à nourrir la ville. L’agriculture des périphéries urbaines a beau approvisionner les grandes surfaces locales, porter des signes de qualité aussi prestigieux que les AOC bordelaises, avoir obtenu de l’UNESCO le classement au titre de site culturel, elle est mal reconnue comme urbaine.

Les enjeux du parc agricole de Baix Llobregat (près de Barcelone) ont été dès sa naissance de mettre en défens un espace agricole né de l’aménagement très ancien d’un marais, de permettre aux producteurs de continuer leur métier en l’axant sur le marché local et de mettre en valeur son patrimoine rural. Mais en le présentant, Sònia Callau i Berenguer et Valerià Paül i Carril insistent aussi sur la multifonctionnalité de son agriculture (récréation, éducation, paysage, etc.) et surtout sur l’exemplarité de sa gouvernance où les agriculteurs, initiateurs du projet, restent vraiment parties prenantes. Ce parc, qui a bénéficié de l’appui du programme européen LIFE, a désormais acquis en Europe une valeur de référence et de modèle d’agriculture urbaine.

Enfin, D. Fanfani, F Monacci., Daniela Poli et Adalgisa Rubino tracent un projet d’écorégion urbaine, véritable reconstruction d’un territoire où étaient très dégradés la trame urbaine et son système de relations avec ses espaces ouverts. Pour revenir à l’équilibre, ces auteurs postulent la nécessité d’une approche intégrée, véritable démarche territoriale. Cette réhabilitation porte donc sur :
– le système urbain afin de défendre le polycentrisme et de contrer la régression des petites villes au profit de la ville centre de Florence,
– le lien des systèmes touristiques avec les paysages identitaires aux productions réputées (huiles et vins) et en s’appuyant sur leurs fondements écologiques et leur histoire agraire,
– la promotion de filières courtes et l’agriculture de service. Leur conviction est aussi de considérer qu’agir de façon sectorisée risque d’effacer la compréhension d’un système.

Avec une réflexion sur le paysage, Barbara Monbureau porte un regard critique sur l’aménagement de la plaine d’Aubagne (périphérie marseillaise). La zone maraîchère y a été profondément réorganisée vers 1995 en territoire agraire, si bien que la sécurité foncière durable, la fonctionnalité agricole de l’espace et la commercialisation ont permis la renaissance agricole et la reconquête des friches. Cependant  l’auteure regrette l’insuffisance de la pensée paysagère dont l’effet synergique pourrait être aussi que les habitants vivent mieux la proximité comme une campagne ; il n’y a pas de lieux de rencontre hormis les ventes à la ferme. Pour elle, la limite séparative rigoureuse est un obstacle à une vraie co-construction territoriale, à la conception de la gouvernance partagée.  

En contrepoint, Ségolène Darly et Romain Melot analysent comment le monde agricole d’Ile-de-France réagit à la planification à l’échelle communale ; ils notent que les agriculteurs sont sensibles au maintien de la fonctionnalité agricole, mais que les propriétaires, fussent-ils aussi agriculteurs, restent attentifs à l’anticipation de plus-value foncière. Par contre, ces auteurs n’ont pas vu de volonté forte de ces organisations d’être partenaires de la gouvernance.

Dans le dernier article, Paola Branduini compare les prises en compte du paysage par les politiques publiques conduites à différents niveaux territoriaux du périurbain milanais. Au niveau local de la Province de Milan, le paysage de champs ouverts résulte des dynamiques historiques très anciennes et reste en phase avec les stratégies agricoles contemporaines ; notamment, l’arbre y tient peu de place. Par contre, le niveau territorial supérieur ne s’intéresse qu’à certains éléments (bâti rural, arbres) et perd de vue les logiques systémiques d’organisation de l’espace agraire. Cet appauvrissement conceptuel devient très visible au niveau européen et aboutit à une véritable normalisation du paysage rural aux dépens de l’histoire agraire : pratiquement, l’arbre fait le paysage rural à lui seul. C’est le risque de l’entrecroisement de différents niveaux territoriaux qui obscurcit la vision. Elle retrouve partiellement la posture de Fanfani et al (voir ci-dessus).

Ainsi trois axes structurent ce volume :

– La construction des projets de territoire est partout à l’ordre du jour avec des hésitations sur la gouvernance.
– Corollairement, l’agriculture n’est plus seulement de filière mais aussi de territoire.
– Les modèles européens tendent à jouer un rôle croissant, parfois en opposition avec les réalités locales.

 

Articles

FLEURY André : «Vers des projets de territoires» (introduction). Télécharger le pdf.

PARADIS Sylvie : «Sous l’influence d’une métropole ? Retour sur les modes de gouvernance dans le contexte de périurbanisation récente du Nord de l’Ariège». Télécharger le pdf.

LOUDIYI Salma, PLANCHAT-HÉRY Claire, LARDON Sylvie : «Place de l’agriculture dans l’élaboration d’un projet urbain ; Premières réflexions autour du projet du Grand Clermont». Article repris dans Vertigo, vol 11, n° 2, 2011 et dans la revue Norois 209 | 2008, 37-56, sous le titre «Le SCoT, instrument de gouvernance territoriale ? La conduite locale de la concertation dans le Pays du Grand Clermont». Télécharger le résumé. Accéder à l’article sur Vertigo, sur la revue Norois.

BOURDIN David, RUEGG Jean, SALOMON-CAVIN Joëlle : «De l’agriculture périurbaine au projet ville-campagne: quels enjeux pour la Suisse ?». Télécharger le pdf.

ANDRIEU Dominique, SERVAIN-COURANT Sylvie, VERDELLI Laura : «Le corridor fluvial ligérien en Indre-et-Loire, entre développement de l’urbanisation et conservation des activités agricoles : un enjeu pour l’évolution des paysages». Télécharger le pdf.

MONLLOR RICO N., RIBAS PALOM A., ROCA TORRENT A., SALAMAÑA SERRA I. : «La ceinture verte de Girona, un projet pour la préservation des espaces agraires périurbains de Girona (Catalogne, Espagne)». Télécharger le pdf.

BANZO Mayté, COUDERCHET Laurent : «Agriculture et gestion de l’espace urbain : entre inertie et innovation, filière et territoire. Le cas du parc des Jalles, dans la périphérie Bordelaise». Télécharger le pdf.

CALLAU I BERENGUER Sònia, PAÜL I CARRIL Valerià : «Le parc agricole du Baix Llobregat : un moyen de préserver, développer et gérer un espace agricole périurbain». Télécharger le pdf.

BERNETTI I., FANFANI D., MONACCI F., POLI DANIELA., RUBINO A. : «Le parc agricole comme instrument de l’aménagement stratégique multifonctionnel des espaces périurbains de la Toscane centrale». Télécharger le pdf.

MONBUREAU Barbara : «Vers une agriculture urbaine ; L’exemple de la plaine de Beaudinard à Aubagne». Télécharger le pdf.

DARLY Ségolène, MELOT Romain : «Les formes de contrôle public du zonage agricole : le cas des zones péri-urbaines en Ile-de-France». Télécharger le pdf.

BRANDUINI Paola : «La prise en compte du paysage dans les stratégies des agriculteurs du périurbain milanais». Télécharger le pdf.


Accéder au volume 3

Les agricultures périurbaines (2007)

Colloque international

Les agricultures périurbaines : un enjeu pour la ville

Vers des projets de territoire

Nanterre, 10 au 12 octobre 2007

Organisé par l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et le laboratoire GECKO de l’Université Paris X-Nanterre

avec le soutien de la Région Île-de-France



Les nouveaux modes d’habiter et l’automobilité grandissante des sociétés ont profondément transformé la forme de la ville, de la ville dense à la ville éclatée. Cet étalement urbain (urban sprawl) a donné naissance à un espace original, hybride, qui présente des aspects de marge ou d’entre-deux, avec des caractères simultanément urbains et ruraux : cet espace dit périurbain se caractérise par la prédominance d’espaces ouverts, notamment agricoles qui, de simples réserves pour l’urbanisation dans les années d’après-guerre, sont devenus des éléments essentiels du cadre de vie des habitants de la ville élargie. La forte attirance pour les aménités rurales (les produits, mais aussi le besoin de «nature», d’espace, de liberté…) se traduit par une reconnaissance de la pertinence de l’agriculture au sein du système urbain dont elle contribue à améliorer la qualité de vie ; dorénavant perçue comme une activité aux fonctions multiples, ne répondant plus aux seuls impératifs de production de denrées agricoles, l’agriculture se voit restaurée dans sa relation avec la ville.

Dans cette nouvelle configuration, les espaces agricoles du périurbain sont de plus en plus considérés comme des partenaires des nouvelles formes urbaines et des territoires organisés par la ville –surtout quand la notion de «ville durable» veut désormais fonder la plupart des pratiques de ceux qui construisent la ville. Dans cette reconfiguration, l’agriculture, qui a su au cours de son histoire intégrer à son fonctionnement de nombreuses innovations technologiques – comme le chemin de fer ou la réfrigération – aussi bien que les recompositions spatiales qu’elles ont induites, est amenée aujourd’hui à s’adapter à de nouvelles mutations.

Ce colloque propose de rassembler les expériences conduites aussi bien sur le plan théorique par des chercheurs de différents horizons que sur le plan pratique par les acteurs de projets impliquant l’agriculture dans ses relations à la ville. Les nouvelles imbrications en construction entre villes et campagnes requièrent des formules originales intégrant des logiques longtemps considérées comme contradictoires : urbaine et agricole, environnementale et économique. Loin des seules pratiques de zonages décrétées avec un strict partage spatial des activités, elles s’apparentent à des démarches souples associant les différents acteurs autour d’un projet de territoire qui inclut le maintien et la promotion d’une agriculture devenue «bien public commun» dans son processus de développement urbain. Il s’agira de voir comment ces procédures d’aménagements à l’œuvre autour des grandes agglomérations évoluent aujourd’hui vers l’invention de nouveaux territoires – à l’image des projets de territoires agri-urbains institutionnalisés en France depuis 2001 – qui intègrent leur agriculture périurbaine dans leur projet de développement urbain et associent pour leur gouvernance acteurs urbains et ruraux.

Monique Poulot, André Fleury et Roland Vidal

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Les paysagistes concepteurs

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Les paysagistes concepteurs

Dans cette rubrique sont publiés les textes de chercheurs relatifs aux paysagistes ayant travaillé en France, issus des formations versaillaises ou non. Les publications de référence dans ce domaine seront mentionnées sous forme de bibliographies, associées ou non aux articles.

– “René André (1867-1942), du jardin à l’urbanisme : La redécouverte des projets d’un architecte paysagiste”. Article de Stéphanie de Courtois, in Colonnes n° 27, mai 2011. Télécharger l’article.

– “Pratiques paysagistes, quelles archives?”. Article de Bernadette Blanchon, in Colonnes n° 27, mai 2011. Télécharger l’article.