L’enseignement d’Yves Luginbühl

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Chronique de mes enseignements du paysage

Yves Luginbühl

Directeur de recherche émérite au CNRS

A priori, je n’avais pas de prédilection pour l’enseignement. C’est un peu forcé par ma situation au retour de mon séjour en Espagne, en 1982, à la Casa de Velázquez que j’ai dû m’y engager, car je suis resté quelques mois au chômage. J’ai finalement trouvé du travail dans un bureau d’étude, la SEGESA, Société d’Etudes Géographiques, Economiques et Sociologiques Appliquées. Ce bureau d’études m’a confié quelques études et recherches, dont une recherche sur les représentations sociales des paysages dans le Boischaut, région de l’Indre, où George Sand a vécu, à Nohant-Vic. J’y ai réalisé 68 entretiens semi-directifs auprès des habitants et surtout des agriculteurs pour saisir leur vision du paysage. C’est dans ce bureau d’études que j’ai rencontré Nicole Mathieu, directrice de recherche au CNRS, qui m’a demandé si je souhaitais enseigner dans un institut privé, l’Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agricole. Comme je n’avais pas de salaire élevé, j’ai accepté et j’ai préparé mes cours sur l’espace rural et sa géographie.

Le premier cours fut une épreuve, parce que je ne savais pas vraiment m’exprimer en public, mais finalement, tout s’est bien passé et j’ai institué, sur le conseil de Nicole Mathieu, un exercice consistant à étudier un canton français pour en faire l’analyse géographique et en montrer les évolutions. Les étudiants y consacraient 6 mois environ, par binôme, et devaient me restituer un mémoire d’une centaine de pages que j’ai dû corriger.

Dans la même période, je fus contacté par un organisme de formation professionnelle, le CREPAUC, qui souhaitait m’embaucher pour former à l’aménagement du territoire des géomètres. Il s’agissait de séquences de formation de 2 à 3 jours avec un exercice d’aménagement sur un territoire réel, mais qui n’était qu’expérimental. Ce fut une expérience enrichissante, même si je n’étais pas toujours à l’aise avec ces géomètres qui avaient déjà une trajectoire professionnelle. Je me débrouillais comme je pouvais, et je n’étais pas seul pendant les séances de formation ; il y avait aussi un urbaniste et l’animatrice qui m’avait recruté.

Après 2 années de travail dans le bureau d’études SEGESA et un autre (GEM), ainsi que ces deux activités d’enseignement, en 1984, je suis recruté au CNRS en tant que chargé de recherche seconde classe, au laboratoire STRATES dirigé par Nicole Mathieu ; c’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai été recruté au CNRS, et grâce à d’autres chercheurs, comme Gilles Sauter et Jean Malaurie qui siégeaient au jury. D’une certaine manière, ce fut une chance pour moi, car je ne connaissais que très mal le milieu de la recherche.

C’est à partir de ce moment que je me suis investi davantage dans l’enseignement et notamment à l’Université de Paris1 Panthéon Sorbonne, dans un DEA, “Organisation et Dynamiques des Espaces” où intervenaient des chercheurs du laboratoire STRATES, dont Nicole Mathieu. Ce DEA n’était pas spécialisé sur le paysage, mais j’ai fait plusieurs interventions devant les étudiants et les chercheurs sur diverses recherches que j’avais réalisées et en particulier sur les méthodes d’enquête. Je me souviens avoir fait un exposé sur l’usage des photographies dans les entretiens : l’une de mes recherches dans le Boischaut, dans le département de l’Indre, m’avait permis d’expérimenter cet usage des photos. Il s’agissait de clichés que j’avais pris moi-même sur place, des photos de paysage montrant l’évolution du bocage depuis un bocage dense à un bocage déstructuré par les remembrements. Or, lors des 7 premiers entretiens, les personnes interrogées, habitants et surtout agriculteurs me répondaient que ce paysage n’était pas le leur. Lors du huitième entretien, la personne me demanda si j’avais d’autres photographies à proposer ; j’en avait en effet d’autres et je lui montrai : quelle ne fut pas ma surprise lorsque cette personne désigna une photo d’un paysage qui n’était pas du tout un bocage, mais une apparente forêt : j’avais pris cette photo depuis une colline et l’on ne voyait que les cimes des arbres et pas du tout les parcelles, d’où cette apparence de forêt ; depuis ce jour, je remplaçais une photo par celle-ci et toutes les personnes suivantes choisissaient ce cliché pour me dire que c’était bien chez eux, leur paysage ; alors, pourquoi cette photo ? En fait, celle-ci correspondait à l’idée qu’ils se faisaient du paysage de leur région, qui, pour elles, n’était pas un bocage ; le bocage, c’est en Normandie, en Vendée, mais pas dans le Boischaut ; ici, ce sont des arbres et des bouchures, terme utilisé pour désigner les haies. En outre, ce paysage correspondait à une description du paysage local par George Sand au 19ème siècle ; et les habitants s’y étaient retrouvés ; l’un d’entre eux me raconta que le général Montgomery, arrivant dans la région, s’arrêta sur une éminence d’où il pouvait voir le paysage qu’il décrivit comme une forêt.

Lors des séances du DEA, je fus parfois pris à parti par des collègues qui ne comprenaient pas toujours ma spécialisation sur le paysage : pour eux, le paysage était une notion bourgeoise, conservatrice, sans vision globale et dépassée. Un exposé que je fis sur les Atlas de paysages déchaîna un torrent de critiques, parce qu’à leurs yeux, je pensais avoir trouvé une méthode d’identification des paysage infaillible ; ce qui me conduisit à réfléchir et à modifier la méthode et à l’améliorer. Je pense que ce qui troublait les chercheurs de mon laboratoire, c’est que le paysage était donc une notion un peu ringarde, alors que pour moi-même, le paysage était le cadre de la vie quotidienne. En tout cas, mes interventions furent organisées selon 12 séances de 3 heures, de 1992 à 2003.

Dans la même période, je fus contacté par une collègue de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles pour y donner un cours que le paysage rural. Ce cours porta sur l’histoire du paysage européen et de ses représentations sociales (30 heures par an pendant presque 20 ans) ; j’y ai introduit un module sur l’analyse de l’évolution du paysage d’un canton français à l’aide des données écologiques et socio-économiques, comme à l’IHEDREA. Cet exercice a recueilli de nombreuses critiques de la part des professeurs du projet de paysage, car il n’était pas dans la ligne sacrée du projet de paysage. Mais j’ai tenu bon et le module a continué pendant 20 ans, malgré les observations défavorables des professeurs de projet. Un peu plus tard, j’ai reçu le soutien d’une sociologue de l’ENSP, Monique Toublanc qui venait d’être recrutée, en provenance de l’INHP, Institut National d’Horticulture et du Paysage d’Angers. Je lui suis très reconnaissant de m’avoir aidé à prolonger cet exercice dans le temps et d’ailleurs, c’est elle qui a repris ce module lorsque j’ai abandonné mon enseignement à l’ENSP alors que je venais de prendre ma retraite.

Titre d’un cours réalisé à l’ENSP

Dans les années 1980, j’ai également assuré un enseignement à l’Ecole d’Architecture de Versailles. Il s’agissait d’un Certificat d’Etudes Approfondies “Paysage” avec 6 heures de cours. Dans la même période, je fus sollicité par l’Ecole Nationale de Formation Agricole de Toulouse avec 2 cycles de formation au paysage des enseignants de géographie.

Cours réalisé à l’ENSP et l’Ecole d’Architecture de Versailles

En 1979 j’ai aussi assuré un cours sur le paysage à l’Ecole d’Architecture de Nanterre dans le cadre de l’obtention du diplôme d’architecte.

Toujours dans la même période, j’ai été sollicité par l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Techniques Horticoles et du Paysage (ENITHP) pour un cours sur l’histoire du paysage et de ses représentations sociales qui a duré quelques mois. Puis par le Conservatoire des jardins, de la nature et des paysages de Chaumont-sur-Loire et l’Université de Tours, au sein du DESS aménagement et paysage, pour un cours magistral de 12 H de 1993 à 2002. En 2002, j’ai assuré deux conférences sur le paysage à l’Ecole d’Arts plastiques Camondo, à Paris.

De 1997 à 2005, ce fut un cours important à l’Université d’Angers : dans le cadre d’un Diplôme universitaire de géographie du paysage, j’ai enseigné un module consistant en des cours théoriques et un exercice thématique comportant l’analyse d’un territoire le plus souvent rural réalisé par de jeunes professeurs de lycées agricoles en formation, en termes d’évolution d’un paysage ; il s’agissait de 12 heures annuelles. J’ai dû évaluer les mémoires des étudiants qui faisaient environ 100 pages et leur rendre un corrigé annoté et une note finale. Ce fut une bonne expérience, car ces futurs professeurs de lycées agricoles étaient sérieux, posaient toujours de bonnes questions pendant les cours.

De 2005 à 2013, j’enseignais à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et du Paysage de Bordeaux, dans un séminaire de troisième année qui durait 6 heures ; dans cette école, dont je fus le président du Conseil Scientifique, j’ai donné des cours sur les représentations sociales des paysages et sur l’évolution de ces représentations. Je dois dire que les étudiants étaient plutôt assidus, posaient des questions pertinentes ; ce n’était pas comme à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles où les étudiants arrivaient tardivement au cours, les premiers vers 9h30 alors que le cours commençait à 9h, les derniers vers 10h30, se plaçaient au fond de la salle, et travaillaient sur leur ordinateur ou regardaient leur téléphone mobile. C’était exaspérant, seuls ou plutôt seules 4 ou 5 étudiantes suivaient le cours et posaient parfois posaient quelques questions. Je pense que les étudiants étaient encouragés par certains professeurs du projet de paysage qui estimaient que les connaissances ne servaient à rien et que tout sortait du génial cerveau des concepteurs ; c’était une manière de pouvoir contrôler les étudiants en leur laissant croire qu’ils étaient des génies. Je n’en crois rien, il n’y a qu’à voir comment Picasso a réalisé sa carrière de grand peintre en travaillant ardemment sur les peintres qui l’avaient précédé, comme Velázquez notamment. Il était un bourreau de travail, avalait toutes les connaissances sur la peinture et n’a pas inventé le cubisme avec d’autres peintres uniquement grâce à son cerveau surdimensionné.

Deux cours que j’ai enseignés à l’ENSP de Versailles

De 1996 à 2000, j’ai enseigné dans un DEA cohabilité entre les Universités de Paris 1 Panthéon Sorbonne et de Paris 10 Nanterre : “Sciences sociales, sociétés rurales” ; il s’agissait d’un séminaire sur les problèmes d’environnement qui consista en 8 séances de 3 heures. Ce DEA était associé au laboratoire LADYSS dont j’étais alors membre puis directeur.

Entre 1992 et 1997, je fus contacté par Bernard Lassus, plasticien, que j’avais connu au CNERP et qui avait créé le DEA “Jardins, paysages, territoires”, cohabilité entre l’Ecole d’Architecture de Paris-La Villette et l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), où enseignaient alors Augustin Berque, Alain Roger, Pierre Donadieu, Bernard Kalaora et Lucien Chabason, notamment. Ce DEA avait été créé à la suite d’un colloque au Centre Georges Pompidou, à Beaubourg, qui avait donné lieu à un numéro spécial de la revue « Le Débat », intitulé « Au-delà du paysage moderne. » J’avais d’ailleurs assisté à ce colloque. En fait, la création de ce DEA était la conséquence du départ de Bernard Lassus de l’ENSP de Versailles où il était professeur et était entré en conflit avec Michel Corajoud également professeur. Bernard Lassus souhaitait développer la recherche sur le paysage et c’est pourquoi il pensait qu’il fallait former des étudiants à cette recherche. J’y ai enseigné pour quelques séances au début surtout sur le paysage rural, puis Bernard Lassus m’appela un jour de 1998 pour me rencontrer.

Lors de notre entretien, il m’annonça qu’il devait prendre sa retraite et avait besoin d’un successeur. Il me demanda si je souhaitais prendre sa suite. Je dois dire que j’étais très ennuyé, pour plusieurs raisons : je dirigeais alors le laboratoire LADYSS, Unité Mixte de Recherche (UMR) cohabilitée par le CNRS et les Universités de Paris 10, 8 et 1 qui me donnait un travail extrêmement prenant. Le laboratoire comportait environ 50 chercheurs et enseignants chercheurs et de nombreux doctorants. En outre, je venais d’être nommé au Comité National de la Recherche Scientifique, à la section géographie et architecture, organe qui évalue les chercheurs et les laboratoires équivalents, ce qui représentait une énorme tache. J’exposais ces problèmes à Bernard Lassus qui insista et je me suis donc retrouvé directeur du DEA « Jardins, Paysages, Territoires », de mars 1999 à 2003. Les professeurs étaient presque les mêmes qu’au début, c’est-à-dire Alain Roger, philosophe de l’esthétique, Augustin Berque, Augustin BERQUE, géographe, professeur de géographie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Pierre Donadieu, agronome et géographe, Pascal Aubry, Paysagiste DPLG, chargé de cours à l’Ecole d’Architecture de Paris La Villette et Arnaud Laffage, Plasticien paysagiste, maître assistant à l’Ecole d’Architecture de Paris La Villette, Jean-Pierre Le Dantec, historien et ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris, Professeur des Ecoles d’Architecture.

Des Séminaires optionnels comprenaient : Philippe Güttinger, juriste et Maître de Conférences à l’Université de Paris X, chargé de cours à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, Frédéric Pousin, Architecte, Directeur de recherche au CNRS, Philippe Descola, Anthropologue, Directeur d’étude à l’EHESS, Jean-Marc Besse, Philosophe, Chargé de recherche au CNRS, Jacques Leenhardt, Sociologue, Directeur d’étude à l’EHESS.

Deux exemples de cours que j’ai réalisés au DEA « Jardins, Paysages, Territoires »

Ce fut un énorme travail, car il fallait organiser les emplois du temps des professeurs, examiner les candidatures des étudiants (entre 30 et 35 selon les promotions) qui venaient de plusieurs pays, comme la Chine, le Japon, l’Italie notamment, puis auditionner ceux qui avaient été choisis lors de l’examen de leur dossier ; il était nécessaire d’évaluer la connaissance de la langue française pour les étudiants étrangers. Il fallait également organiser deux journées de séminaire commun avec les professeurs, suivre la rédaction de la lettre du DEA et les mémoires des étudiants et bien évidemment faire cours. Il s’agissait de 8 séances de 3 heures pendant une année. Au début, j’exposais aux étudiants les résultats de mes propres recherches sur le paysage, mais je m’aperçus rapidement qu’ils manquaient cruellement de méthode ; j’ai alors mis en place un enseignement davantage centré sur la méthodologie de recherche, la définition de la problématique, des hypothèses, du programme de travail et des méthodes d’enquêtes, de leur exploitation. Dans cet objectif, je mis à contribution mes propres recherches comme des exemples de mise en œuvre. Je pense que ces cours de méthodologie ont porté leurs fruits, peut-être pas pour tous les étudiants, mais en tout cas pour certains d’entre eux.

Je pus m’en apercevoir lors du séminaire annuel pendant lequel les étudiants exposaient leur mémoire de DEA ; ce séminaire avait pour but de faire exposer leur travail aux étudiants et d’évaluer leurs capacités de s’exprimer en public, de maîtriser la langue française et leurs méthodes de recherche. C’est à la suite du séminaire que nous décidions des étudiants qui pourraient réaliser une thèse. J’ai d’ailleurs pu inscrire quelques-uns d’entre eux sous ma direction à l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, en géographie.

J’enseignais également à l’Institut National d’Horticulture d’Angers (Agrocampus Ouest depuis 2008), lors d’un séminaire de seconde année (3 heures) depuis 2005. Et dans la même période à l’Ecole Spéciale d’Art des Jardins de Paris, où je donnais 3 conférences en 2008.

Avec la réforme de l’enseignement supérieur, dite de « Bologne » (à l’échelle européenne), je participais à trois masters, depuis 2003 :

Le Master « Géographie de l’environnement », Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, cours magistraux sur le paysage (20 heures au début, 4 heures en 2008). Ce master faisait suite au DEA « Jardins, Paysages, Territoires » (JPT) que j’avais réussi à faire cohabiliter par l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne ; en effet, à l’origine cohabilité par l’EHESS, j’avais eu un entretien avec la Directrice des Etudes de cette institution qui m’avait convoqué dans son bureau en présence du président. Elle m’avait dit que Bernard Lassus avait l’intention d’instaurer une discipline du paysage ; pour elle, il n’en était pas question, les disciplines existantes, la géographie, la sociologie, l’anthropologie, etc., se suffisaient à elles-mêmes et en conséquence, avec l’accord du président de l’EHESS, elle mit fin à la l’accord passé avec l’Ecole d’Architecture de Paris La Villette ; c’est pourquoi je dus chercher une autre institution universitaire et c’est donc Paris 1 qui a accepté le DEA JPT.

Le Master recherche et professionnel : « Géographie de l’environnement », Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, avec des séminaires de 3 heures sur le paysage.

Enfin, le Master recherche et professionnel : « Théorie et démarche du Projet de Paysage », à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, où je donnais 21 heures de cours lors des séminaires sur le paysage. En fait, ce dernier master était la continuité du précédent.

Tous ces enseignements m’ont accaparé longtemps et je donnais dans la période de 1998 à 2008 environ 120 heures de cours par an, ce qui équivalait au service d’un professeur d’université alors que j’étais directeur de recherche au CNRS.

En outre, j’ai dirigé des thèses à l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne au nombre de 13 soutenues, et participé à 36 jurys de thèses. J’ai aussi encadré des mémoires, ceux du DEA JPT, des diplômes de fin d’études de l’Institut des Hautes Etudes de Droit Rural et d’Economie Agraire, des diplômes DPLG de paysagiste à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et des maîtrises à l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne  (8 maîtrises soutenues), ainsi que des mémoires de DEA à l’Université de Paris 1 (30 mémoires soutenus), et des mémoires de masters (Université de Paris 1 et Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles).

Je dois dire que cette expérience d’enseignement a contribué à structurer ma pensée de la recherche, à aider des étudiants, souvent étrangers en difficulté dans leur pays d’origine, dont une étudiante brésilienne et une vénézuélienne qui parlaient mal le français et que j’ai accompagnées lors de la réalisation de leur thèse dont j’ai dû corriger les fautes d’expression. L’étudiante brésilienne m’en a été reconnaissante puisqu’elle m’a invité deux fois au Brésil, dans l’Etat du Minas Gerais et dans l’Etat d’Espiritu Santo pour des conférences et des colloques. Mais je retiens surtout de ces divers enseignements une qualité essentielle : celle d’être parfaitement à l’aise lors de conférences et de pouvoir m’exprimer facilement devant n’importe quel public. Ainsi en a-t-il été lors des ateliers de la Convention Européenne du Paysage où j’ai souvent prononcé des conférences devant les représentants de 43 pays d’Europe. En même temps, ces enseignements m’ont permis de valoriser mes recherches et de les faire connaître à un public d’étudiants de nombreux pays, ce qui sans doute leur apportait des connaissances et des méthodes de recherche, un apprentissage de la réflexion théorique et pratique. Je souhaite ardemment que mon apport leur a été profitable.

L’enseignement de Pierre Dauvergne

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Pierre Dauvergne, formateur au paysage d’aménagement

 Dauvergne, mars 2019

 

Des formations initiales : à l’ENSH – SPAJ, à l’ENSP, dans les universités, les grandes écoles, des formations professionnelles, le CNERP, des formations continues, de l’information et de la sensibilisation :

De 1967 à 1974, à la Section du Paysage et de l’Art des Jardins (SPAJ) de l’École Nationale Supérieure d’Horticulture (ENSH).

Puis, de 1976 à 1984 à l’École Nationale Supérieure du Paysage (ENSP).


De 1967 à 1974 à l’ENSH-SPAJ

1967 – 1968 : Je suis assistant de Bernard LASSUS – cours d’études visuelles. En 1968, après la démission de l’équipe pédagogique, la grève des élèves, la création et les interventions du Groupe d’Étude et de Recherche du Paysage (GERP), l’immobilisme de la Tutelle, une nouvelle équipe pédagogique se constitue, afin de prendre en charge les promotions présentes à l’école…

De 1969 à 1974, cette équipe rassemble en fait des « militants » pour défendre la SPAJ et les étudiants recrutés. Elle fonctionne sans véritable mandat de l’administration, mais elle est plus ou moins soutenue, car la Direction souhaitait éviter de nouveaux soubresauts des étudiants.

L’équipe constituée par cooptation rassemble Michel VIOLLET, secrétaire général de la SPAJ (jusqu’en 1971), Jacques SIMON, moi-même, et à partir de 1972, Michel CORAJOUD. Par ailleurs, des enseignants de l’ENSH poursuivent leur cours. Interviennent également des conférenciers. Cette équipe travaille quasiment en autonomie, construit et expérimente une nouvelle pédagogie avec les étudiants. Dans ce cadre, je reprends alors, avec l’accord de Bernard LASSUS, son cours d'”études visuelles”, et certains de ses exercices plastiques, tout en conduisant des exercices pédagogiques métissés avec les éléments sous jacents aux apparences, que sont les facteurs écologiques, géographiques, économiques, et sociaux. Au cours de cette période, j’exploite mes activités principales déployées successivement au sein du STCAU (1967 – 1969), du GERP (1967 – 1970), et de l’OREALM (de 1969 à 1974).

En 1969, l’OREALM me détache à la SPAJ, à raison d’une demie journée par semaine.

Parmi les exercices menés, je citerai en premier, celui de 1972 avec les deux promotions réunies. L’objectif était d’élaborer un plan de paysage pour l’avenir de la clairière de la Commune de LOURY, dans le Loiret, afin de déterminer les grandes orientations du futur Plan d’Occupation des Sols (POS).

Ce travail a donné lieu à une présentation en Mairie sous la forme d’une exposition publique des travaux durant 15 jours, et une présentation par les étudiants devant un jury constitué du Conseil Municipal au complet, du curé, de l’architecte-urbaniste du Service Régional de l’Equipement. ! Ce projet était prétexte à la connaissance de la nouvelle planification territoriale : les SDAU, PAR et POS. Voir le compte rendu de l’exposé du 3 juillet 1972 à l’UER Sciences d’Orléans – La Source, de Pierre CHABRIER de la SAULNIERE, Maire de Loury « Recherches sur l’aménagement des communes rurales” dans le cadre du congrès commémorant le centenaire de la Fondation de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences (AFAS). Voir aussi en page 20 de « Le Courrier du CNRS » – N° 24 – 1977, l’article de, Pierre CHABRIER – “Réflexions – Pour un aménagement rationnel et humain du territoire rural”.

A Loury : en haut à droite, le Conseil Municipal, en bas à gauche, le curé.
Clichés d’Alain Marguerit, l’un des étudiants.

Autre exercice, la simulation théorique des apparences successives d’un versant forestier, selon la nature du foncier, l’âge et la nature des peuplements, … exercice permettant d’aborder la connaissance de la forêt, de l’économie et des organisations forestières, avec des interventions ponctuelles d’experts, dont Tristan PAULY, Igref, responsable du centre de gestion de l’ONF à Versailles. Cet exercice sera repris plus tard, en 1977, lors d’une session de formation continue de l’ENGREF à Charleville-Mézières dans les Ardennes (voir dans les actions de formation continue.

Autre exercice en 1972 : le réaménagement d’une sablière en fin d’exploitation en forêt domaniale de Saint-Germain-en-Laye. Le projet devait être justifié par l’évaluation de la demande en loisirs du territoire au sens large. Le centre de gestion de l’ONF à Versailles est encore intervenu. Les extraits ci-après de l’un des projets rendu correspondent à l’interprétation de la méthode de Kevin LYNCH (« L’image de la cité » – Edit. Dunod – Coll. Aspects de l’urbanisme – 1969).

 

Extraits d’un travail d’étudiant : carte des zones de perception et légende des symboles graphiques.

Enfin, en 1974 des projets sur des espaces habités se sont déroulés en Ville Nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines sur les communes de Guyancourt, et d’Elancourt. Dans les deux cas, il s’agissait d’inventorier les usages des espaces aménagés, notamment à partir des traces au sol, puis de faire des propositions d’amélioration. A une autre échelle, c’est le développement urbain de la ville de Chevreuse et ses incidences sur la vallée, qui ont été réfléchis.

Le quartier d’Elancourt-Maurepas – Ville Nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines.


De 1976 à 1984, enseignant à l’ENSP. (Création de l’ENSP en 1975) :

Durant le CNERP, j’ai participé aux enseignements de la SPAJ, puis de l’ENSP. Après la fermeture du CNERP, en 1979, je suis mis à disposition de l’ENSP à mi-temps, de 1979 à 1981, puis à temps plein jusqu’à fin 1984 par le Ministère de l’Equipement et du logement (j’étais au Service Central de l’Urbanisme – STU), pour développer un enseignement du paysage envers l’aménagement et l’urbanisme. C’était une contribution du Ministère au fonctionnement de l’école. Evidemment, je participe à de nombreuses réunions pour la coordination des enseignements, en particulier entre les ateliers et les départements, et la définition du projet pédagogique de l’école. J’ai été membre du Conseil d’Administration, Vice-Président, avec un intérim long de la Présidence, puis Président du CA jusqu’à la Présidence d’Éric ORSENA. A partir, du début de 1985, je poursuis ma carrière dans une grande collectivité territoriale, le Conseil Général du Val de Marne.

1978 – Fondation du département des Sciences humaines :

Mon implication dans l’enseignement diffère très sensiblement de celui de la SPAJ. En effet, l’ENSP est structurée autour de trois ateliers de projet (Michel CORAJOUD, Bernard LASSUS, et Allain PROVOST), ramenés à deux par la suite (Atelier Charles-Henry DUFRESNY avec Bernard LASSUS, et l’Atelier LE NÔTRE, avec Michel CORAJOUD,) et cinq Départements, dont celui des Sciences Humaines. Les ateliers disposent de près de la moitié des heures. Ainsi, les Départements, pour assurer l’acquisition des connaissances avaient un temps pédagogique partagé et morcelé. L’articulation des départements avec les Ateliers autour de projets s’est avérée très difficile.

– Création et développement des « Ateliers Régionaux de Paysage ».

Il s’agissait, en particulier de la reproduction d’une pédagogie du CNERP confrontant les étudiants à des territoires concrets. Comme pour le CNERP, c’était également la possibilité de trouver des compléments de financements.,

– Responsable du département des sciences humaines, mais aussi, suivi de diplômes, et pédagogie du projet de paysage (participation à des ateliers avec Michel CORAJOUD)

En 1979, dans la plaquette du cercle des élèves de l’ENSSH -ENSP, je publie un long article « plaidoyer » pour la prise en compte du Paysage dans l’aménagement et l’urbanisme, et les conséquences pour la conduite d’un enseignement, en s’appuyant sur les expériences pédagogiques menées depuis les années 70. (C’est un article, qui conserve toute son actualité, voir à la fin du « chapitre IV. Quel enseignement ? ») :

« L’analyse d’un espace est prétexte à l’acquisition de connaissances théoriques, et dans cette mesure, aide à l’articulation des cours et des travaux d’atelier. L’analyse de l’espace n’est jamais neutre, elle est toujours orientée en fonction d’un contexte. Le choix de terrains réels est essentiel à ce niveau-là.
Le paysagiste, dans sa pratique professionnelle, ne travaille pas seul. Il a des interlocuteurs, qu’il doit connaître, convaincre. Les terrains réels permettent la confrontation avec ces interlocuteurs.
L’étudiant doit alors mener son travail avec méthode pour atteindre ces objectifs et se faire comprendre à la fin de son travail. Il doit pour cela sélectionner les informations et les données pour les interpréter. Les travaux nécessitent alors, et naturellement, l’intervention d’enseignants couvrant des matières théoriques et techniques. Certaines phases du travail peuvent être menées par plusieurs enseignants.
Les terrains réels permettent alors un travail en équipe d’enseignants. De ces projets, s’ils débouchent au prochain cursus pédagogique, des travaux en équipe d’enseignants sur un même terrain seront assurés. Dans cette mesure, on peut penser, que les étudiants seront mieux préparés à affronter les problèmes d’aménagement. L’enseignement doit être attentif à la demande sociale et ne doit pas se contenter de la suivre, mais aussi dans toute la mesure du possible la précéder. »

Dans les années 1980, animation d’un cycle de conférences – débats mobilisant les enseignants principaux de l’école, dont. Michel CORAJOUD, qui invite Henri GAUDIN, architecte : « Orées, ou la topologie des marges », Moi-même, Jean François REVERT, architecte urbaniste : « Paysage et structures décentralisées », et Allain PROVOST John WHALLEY, paysagiste – architecte britannique : « Jardins anglais du XXème siècle ». Pour des raisons matérielles, ce cycle n’a pas été poursuivi.

Membre de la direction de l’école de 1981 à 1984.

1981 – ATELIER “PERCEPTION ET ANALYSE DU PAYSAGE” :

Cet atelier a permis de conduire plusieurs exercices d’études sensorielles de cheminements, ou d’espaces dans le quartier environnant l’école, autant de prétextes à l’acquisition de connaissances sur les mécanismes de la perception. Le cours « Etudes visuelles » de Bernard LASSUS est encore exploité. Voir en particulier deux documents réalisés par des conférenciers : Pierre MARIETAN et Jean-Marie RAPIN, « environnement sonore et aménagement de l’espace », et Madeleine LOUYS, auteur de décors et costumes de théâtre, « Scénographie et espace ».

ATELIER VALLEE DE LA MAULDRE :

Toujours en 1981, cet exercice portait sur une vallée confrontée à une urbanisation diffuse, et à des signes de déprise agricole. Ce terrain a permis de présenter les outils de la planification territoriale en France, le recours à la prospective et à la technique des scénarios, en partant de l’exemple de la Loire Moyenne (OREALM). Voir le document « Prospective et paysage – atelier vallée de la Mauldre ». Il a aussi, fait important, induit la participation d’autres enseignants aux travaux des étudiants (Michel CORAJOUD, pour l’Atelier Le Nôtre, Philippe MAYNIE du département des sciences humaines, et Marc RUMELHART, du département du milieu). Cet exercice a été difficile à conduire dans un temps pédagogique trop court. Cependant, il fut, je crois, le premier travail transversal entre enseignants de l’ENSP … une première !

Cette question a agité nombre de réunions des enseignants, d’abord sur la question de la répartition des heures d’enseignement entre les Ateliers et les Départements, sachant que chacun estimait, que la répartition lui était défaroble, et que pour d’autres, les heures des Départements constituaient un réservoir où piocher ! notamment au moment des rendus des projets d’atelier, les fameuses « charrettes ». Il en était de même pour les Ateliers. Dans ce contexte de frustration, la construction d’équipes pédagogiques pluri disciplinaires était vaine. Plus étonnant, a été l’impossibilité d’articuler et d’organiser les pédagogies des ateliers. L’administration, faible …, a demandé alors aux étudiants de se positionner pour tel ou tel atelier. Un comble ! Il arriva ce qui devait arriver, l’un des ateliers, en l’occurrence l’Atelier Le Nôtre ramassa largement la mise, ce qui n’a rien arrangé dans le climat délétère de cette période. Des étudiants ont refusé de participer à ce marchandage, et ont suivi les deux Ateliers simultanément.

Moi-même, participant aux réunions dites pédagogiques, connaissant trop bien Bernard LASSUS et Michel CORAJOUD, les estimant chacun autant, j’agissais, avec Roger BELLEC, pour que les points de vue se rapprochent, que les deux pédagogies, toute les deux respectables, puissent se valoriser, plutôt que s’opposer.

En prolongement de l’atelier “Vallée de la Mauldre”, une recherche a été menée en 1982 par un groupe de 9 enseignants appartenant à l’un des Ateliers de projet et à plusieurs Départements sur le thème de “la démarche de projet”. C’était une réponse à un programme de recherches lancé par la Direction de l’Urbanisme et du Paysage (DUP). Voir l’article « la démarche de projet – ENSP » parue dans le N° 18-19 spécial « Des paysages » des Annales de la recherche urbaine Edit Dunod. 1983. Ce travail, animé par Philippe MAYNIE, inhabituel au sein des enseignants fut laborieux. Il ouvrait des perspectives possibles.

 

En 1982 – 1983 – Le Département du milieu humain est créée et se met en place.

J’en assure la coordination. La plupart des enseignants et conférenciers poursuivront leur enseignement durant les années suivantes. – voir Doc. « 1982-1983 – Département du milieu humain », dénommé en 1984, Département des Sciences Sociales et de l’l’homme. Il présente les enseignants intervenants sur les quatre années du département, principalement en 3ème année. 292 heures sont réparties entre 13 enseignants et conférenciers, dont deux de l’ENSH, Jean CARREL, juriste, et Philippe MAYNIE, ingénieur agronome, chercheur à l’INRA. Autres intervenants : Robert BALLION, sociologue, chercheur au laboratoire d’économétrie de l’Ecole Polytechnique, Yves BURGEL, géographe, professeur à l’Université Paris X, responsable du laboratoire de géographie urbaine, Marie-Elisabeth CHASSAGNE, chercheuse au CESTA et au laboratoire d’économétrie de l’Ecole Polytechnique, Jacques CLOAREC, sociologue au laboratoire de sociologie rurale de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Simone HOOG, Conservatrice au Château de Versailles, Maurice IMBERT, sociologue au Centre d’Ethnologie Sociale et de Psychosociologie, Jacques JOLY, géographe, professeur à l’ Université de Grenoble et à l’Institut des Sciences Politiques de Paris, Alain SALLEZ, économiste urbain, professeur à l’ENPC et à l’ESSEC, Christiane VAILLANT, géographe-urbaniste, à l’Atelier d’Etudes sur l’Environnement (ATEN), enfin, Yannick YOTTE, sociologue, professeur à l’Université Paris I.

En préambule du document les objectifs pédagogiques du Département sont énoncés comme suit :

« Les objectifs de l’ENSP sont de former des paysagistes capables de répondre à des attentes variées, concernant principalement la maîtrise d’œuvre et les missions de conseil.
Les objectifs du département du milieu humain s’attachent plus particulièrement à préparer le paysagiste à comprendre et à analyser le monde environnant, à lui permettre de se situer par rapport aux phénomènes socio-économiques contemporains, afin qu’ils soient en mesure de traiter les demandes multiples auxquelles il aura à faire face dans sa pratique professionnelle.
En effet, les pratiques s’inscrivent toujours sur un espace concret. Celui-ci à une histoire et est en mouvement. Cette dynamique est à considérer dans l’élaboration de projets.
Par ailleurs, l’un des objectifs sera d’attirer l’attention du paysagiste sur le fait, qu’il n’est pas seul à porter un regard et un jugement sur l’espace.
Les enseignements permettront au paysagiste de l’aider à formuler et à fonder ses hypothèses de travail, de repérer les divers acteurs impliqués et concernés par l’intervention paysagère envisagée, de négocier et d’élaborer avec eux les propositions et le projet. Enfin, réussir une intervention paysagère, c’est aussi prendre en considération les conditions de sa production et de sa gestion, c’est-à-dire les mécanismes et forces qui sous-tendent les apparences des espaces et les logiques des acteurs qui les développent. ….
Par ailleurs, il est envisagé que la formation se développe par articulation avec les ateliers à propos d’exercices décentralisés expérimentaux. ».

Sur ce dernier aspect, un atelier a été notamment mené en ville nouvelle du Vaudreuil, en 2ème année de l’Atelier Le Nôtre, grâce à un « prêt d’heures ».

En 1983, au titre de l’ENSP, et de la FFP, je suis nommé expert à la Commission de Concertation pour le TGV Atlantique, dite “Commission FOUGERE » (du nom de son Président, Conseiller d’Etat). Cette Commission relevait du Premier Ministre, et des Ministères de l’Environnement, et des Transports. Elle était composée de Louis FOUGERE, Conseiller d’Etat, de MM BEAUPETIT, Sénateur, BELORGEY, Député, BOITEL, Préfet hors cadre, Vincent LABEYRIE, Professeur à l’université de Pau, et des Pays de l’Adour, MENET, Président de la commission environnement de la FNSEA. Les travaux de cette commission ont servi de support pédagogique pour aborder la loi sur la protection de la nature et les « dossiers d’impact » appliqués ici aux infrastructures linéaires de transport. Un document a été remis aux étudiants : « 1983 – DAUVERGNE (Pierre) – “Paysage et infrastructures linéaires – Cas du TGV – Note de réflexion”. Cette note reprend les réflexions menées au sein du CNERP à propos des lignes électriques à très haute tension, et pour l’aménagement hydraulique du site du Vaudreuil.

Les étudiants ont pu consulter l’ensemble des rapports de la commission dont, DAUVERGNE (Pierre) « paysage et infrastructures linéaires – cas du TGV – note de réflexion » – ENSP – 1983, DAUVERGNE (Pierre) « Bilan des impacts sur l’environnement du TGV Sud-est – Paysage » – Constitue l’annexe 2 du rapport de la commission Fougère. – ENSP – 1983, « Le TGV Atlantique – notes et rapports de la commission de concertation » – ENSP 1984

1983 – 1985 – En 2ème et 3ème année, deux exercices, sont conduits sur les heures de l’Atelier Le Nôtre en ville nouvelle du Vaudreuil (EPAVNV). Ce terrain pédagogique était riche pour évoquer la politique des Villes nouvelles, et celle-ci tout particulièrement puisque choisie au plan national pour mettre en œuvre une politique environnementale, avec notamment en son sein, un Conseil Scientifique Environnement, moi-même en étant membre pour les questions relevant du paysage.

En 2ème année, le thème choisie était l’espace dit de l’« Ile du Roi », en partie aménagé en jardins familiaux. Alain MIGNARD, paysagiste de la ville nouvelle a présenté sur un plan général la conception de la ville et son inscription dans son site Sont ensuite intervenus des conférenciers pour présenter la politique des jardins familiaux : Françoise DUBOST, sociologue, auteur de l’ouvrage « Coté jardins » (Edit. du Scarabée – 1984), et d’un film pour France 2 sur le thème de la liaison entre politique culturale et politique culturelle, Mr BRION, Délégué général de la Fédération nationale des jardins familiaux, Mr BOUE, Président de l’Association des jardins familiaux du Vaudreuil

C’était aussi pratique pour mobiliser facilement des intervenants cadres de l’EPAVNV, dont Mrs HURE, et LEGAGNEUR, membres de la Direction, LEBEAU, architecte, et Alain MIGNARD paysagiste, des membres du Conseil scientifique environnement : CLEMENT-GRANDCOURT, IMBERT et SALLEZ, ces deux derniers étant par ailleurs enseignants au Département du Milieu Humain. L’encadrement pédagogique était assuré par Isabelle AURICOSTE et moi-même.

Les étudiants ont pu mesurer les grandes différences d’occupation et de cultures des parcelles. Ainsi, les marocains réalisaient des cuvettes pour retenir l’eau, afin de favoriser le développement de la menthe, les turcs avaient des cultures mêlées, dans le plus grand désordre apparent, avec épinards, oignons en dominance, salades et navets, les polonais, comme les français, ont des cultures tracées au cordeau. Les étudiants ont pu également constater comment les hommes et les femmes, selon les divers groupes, se partageaient les tâches. Les étudiants se sont également interrogés sur la présence forte de clôtures compartimentant inutilement l’espace. Il leur a été répondu, que cela était indispensable compte tenu des vols fréquents de légumes ou d’outils. De même, ils ont estimé une présence excessive des abris de jardin plaidant à leur regroupement.

Les étudiants, en deux groupes, ont mené leurs projets sur « le jardin du noyer », un parc urbain, et sur « les jardins familiaux. » les travaux sont restés exposés durant 15 jours.

La direction de la Ville Nouvelle et l’association des jardins familiaux du Vaudreuil ont particulièrement apprécié les propositions, en particulier pour la meilleure insertion des jardins dans la ville, améliorer les jeux pour enfants, désenclaver le jardin du noyer, revoir le tracé d’une route envisagée le long de l’Eure. Au final, ils se sont déclarés favorables pour poursuivre cet échange avec l’ENSP en 1984-85.

Mais, un évènement non attendu a été mon embauche fin 1984 au Conseil Général du Val de Marne … et ma démission concomitante, à la fois de l’ENSP, et du Conseil Scientifique Environnement de la Ville Nouvelle du Vaudreuil.


Autres formations initiales

Nombreuses Unités de Valeur, séminaires, conférences, une activité constante d’« ambassadeur et de militant du paysage d’aménagement ».

Dans les universités

En 1971 et 1972 – Institut d’Écologie Appliquée (IEA – Professeur AGUESSE) – Université Orléans-La-Source – Ce cycle a donné naissance aux « ingénieurs écologues », structurés professionnellement en Association Française des Ingénieurs Écologues ou « AFIE ».

J’y ai développé durant deux années un cycle « Paysage » de 30 heure (3ème cycle). En 1976 et 1977, responsable d’un séminaire ” paysage et aménagement” (3ème cycle) à l’Institut d’urbanisme de Créteil – université Paris-Val de Marne.

En 1978 et 1979, à l’Institut d’urbanisme de Vincennes – Université de Vincennes-Saint-Denis, Paris V111, je suis responsable d’une UV ” paysage et aménagement” (2ème cycle). Elle est très représentative de mes interventions dans les Universités durant la période du CNERP :

U.V. K5 890 : AMENAGEMENT ET PAYSAGE.

Responsable : P. DAUVERGNE + équipe CNERP

1er semestre

Le mot paysage est, sommairement, comparable à l’expression « milieu de vie ». En ce sens le paysage n’est pas seulement le reflet de la vie d’une société, mais aussi le milieu dans lequel se déroulent les activités humaines, qui se modèlent sans cesse. Le paysage n’est donc pas uniquement un tableau, un panorama, qu’un touriste contemple, ou un décor pour certaines activités (loisirs, tourisme, résidence parfois), mais aussi, – et à la fois – le cadre et le produit des activités quotidiennes plus ou moins conflictuelles d’individus, de groupes sociaux et de la société toute entière.

Prétendre alors protéger, aménager ou organiser les paysages, c’est s’intéresser aux agents, qui les modifient, ou les maintiennent, c’est prendre en compte la manière dont ils sont perçus par les divers groupes ou individus concernés et enfin, c’est rechercher leur participation effective pour assurer leur conduite et leur gestion dans le temps, en fonction d’objectifs préalablement définis par toutes les parties.

Étudier et agir sur le paysage amène donc à porter son attention sur les facteurs écologiques, économiques, culturels, visuels et psycho-sociologiques. Il est évident, que selon les contextes, certains facteurs prédomineront, d’autres seront parfois négligeables.

Après une introduction sur le « paysagisme » contemporain (pratiques, besoins, réponses) et les « idéologies paysagères » véhiculées par les divers partenaires de l’aménagement et de l’urbanisme, plusieurs séances seront consacrées, d’une part à l’histoire du paysagisme en Europe, d’autre part à la pratique du paysagisme.

L’objectif majeur de l’U.V. est de donner (et de rechercher) une information concrète et critique sur les pratiques contemporaines. Les interventions de praticiens seront conçues dans ce sens, de même que le travail, qui sera demandé aux étudiants (individuellement ou par groupes de 3 au maximum), pourra, le cas échéant, se concevoir dans le cadre conjoint d’un groupe d’atelier, pour assurer la liaison entre information, enquête de terrain, recherche et pratique.

Par ailleurs, de 1981 à 1982, à l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Constantine, dans le cadre d’une coopération avec l’Institut d’Urbanisme de Créteil je suis responsable d’un séminaire “paysage” sur deux ans (3ème cycle).

Enfin, en 1982 et 1983, en 1980 et 1981, coopération pédagogique entre l’Ecole Supérieure d’Horticulture de Chott Mariem (près de Sousse en Tunisie) et l’ENSP, responsable d’un séminaire sur le paysage et les espaces verts, au cycle de formation interdisciplinaire à l’aménagement et à l’urbanisme (FIAU) du Centre de recherche sur l’urbanisme (CRU) (3ème cycle) :

Des formations professionnelles

Pour mémoire, de 1972 à 1976 cycle professionnel au Paysage d’Aménagement de l’Association “Paysage”, puis au CNERP., enseignant au sein des cycles longs interdisciplinaires de formation professionnelle au paysage (post 3ème cycle), avec Bernard LASSUS, Jacques SGARD, Jean CHALLET, Jacques MONTEGUT, Charles ROSSETTI, Michel MACARY, architecte, et moi-même. En 1983 et 1984, membre de l’équipe pédagogique, dirigée par Bertrand WARNIER, de l’Université d’Été de Cergy-Pontoise (fin 3ème cycle),

Des formations continues

Nombreuses sessions de formation continue, comme concepteur, animateur principal, ou simple intervenant. :

En, 1972, de 1975 à 1977 des formations au Département de la Formation continue de l’ENGREF (Dion. MALLAVAl et Jean Pierre CAZEAUX, responsable du département environnement). Nombreuses sessions, dont la création originale de cycles de formation approfondie comprenant trois sessions successives pour les IGREF et ITF (phase 1 : sensibilisation, phase 2 : information, phase 3 : pratique).

La 3ème session correspondant à un exercice pratique in situ, comme en 1977, à Charleville-Mézières. Le groupe de stagiaires est au sommet d’une colline boisée avec vue plongeante sur Charleville-Mézières, et sur le versant boisé occupé par la forêt domaniale de Sedan. On y voit des coupes rases récentes, et des « zébrures » d’enrésinements. Avec Jean Pierre CAZEAUX, et le responsable de l’ONF local, le groupe de stagiaires, fort des connaissances acquises lors des deux précédentes sessions, est alors invité à décrire la situation paysagère, après connaissance des objectifs sylvicoles, mais aussi à proposer des salutations alternatives. L’un des stagiaires fait une maquette. Nous sommes alors dans une période de critiques au plan national de la gestion des arbres : coupes à blanc, monoculture résineuse, paysages forestiers transformés en timbre-poste, ou en zèbre, arbres d’alignement transformés en « totems » sur les routes nationales … C’est la campagne « Halte au massacre et à la dénaturation des paysages ». Dans le même temps il est parlé du « mitage du paysage « par l’habitat individuel ». C’est la période où le CEMAGREF de Grenoble (Bernard FISCHESSER), et surtout de Nogent-sur -Vernisson (Peter BREMAN) œuvrent pour sensibiliser et améliorer les pratiques au sein des forestiers et sylviculteurs. D’autres cycles de ce type se sont déroulés en Val de Loire et en Sologne.

Vue sur Charleville-Mézières et la forêt domaniale de Sedan

Projet d’enrésinements par plages exposé par l’ONF

Maquette d’un « contre-projet » de stagiaire

D’autres sessions se sont déroulées en 1973 et 1975, au Centres interprofessionnelles de formation permanente (CIFP), de 1973 à 1979 – au CNERP, nombreuses sessions de formation continue sous la responsabilité d’Anne KRIEGEL, responsable de la formation continue. En 1975,et de 1977 à 1981 – Nombreuses interventions au Centre de Recherche de l’Urbanisme (CRU), en 1978 – Centre de Perfectionnement pour la Recherche Industrielle et sa Gestion (CEPRIG), de 1979 à 1983 – ENPC – Département de la formation continue dont en 1982 “La prise en compte du paysage dans l’aménagement” – Intervention ” Les méthodes d’approche dans les pratiques paysagères, De 1980 à 1981 : A la DDE de Nancy, de Clermont Ferrand, à la DRAE de Corse et au CETE (Rouen, Aix en Provence), De 1982 à 1985 au Département de la formation continue del ’ENSH-ENSP, et en 1983 ….

 

DES ACTIONS D’INFORMATION ET DE SENSIBILISATION :

 

De 1973 à 1974, au sein du CNERP, je suis responsable de l’appui technique en matière de paysage auprès des nouveaux chefs des ateliers régionaux des sites et des paysages (ARSP), et des délégations régionales de l’environnement (DRE), en 1973 au Centre d’Etudes Supérieures d’aménagement (CESA), à Polytech de Tours, une journée sur les paysages de la Loire Moyenne, En 1979 et 1980 à Tunis, formation au paysage des cadres de la Direction de l’aménagement du territoire, dans le cadre d’une Coopération UNESCO / TUNISIE : 4 missions. Participation au titre du STU – Ministère de l’Environnement et du Cadre de vie pour la conception du futur Parc National Archéologique de Carthage-Sidi Bou Saïd, en 1981, au Centre de Géologie de l’ingénieur à l’Ecole Nationale Supérieure des MinesExposé et travaux pratiques au titre de l’ENSP et de la Cellule Environnement de L’Etablissement Public d’Aménagement de la Ville Nouvelle du Vaudreuil sur les dossiers d’impact, en 2006 – à l’Ecole d’Architecture et de Paysage de Lille : “Les OREAM, laboratoires pour une approche de la grande échelle” en hommage à Jean CHALLET – Cycle de conférences avec Jacques SGARD, Michel VIOLLET, De COURSON, CHARPENET et SENTENAC.

Très nombreux articles dans diverses revues professionnelles dont : Paysage et Aménagement (P+A), Archivert, Pages paysage, Espaces verts, Urbanisme, Architecture d’Aujourd’hui, Métropolis, Technique et Architecture, Casabella, …

Des conseils pour la conception de deux expositions grand public, « Paysages » au CCI du Centre Georges Pompidou en 1981. Voir le catalogue de l’exposition, dont mon article « On a le paysage que l’on mérite !», « La ville en ses jardins » également au CCI du Centre Georges Pompidou en 1982.

Réalisation d’un Film de 16 mm « Paysages des hommes … Hommes du Paysage » conçu par SAMEL (Gilbert), et DAUVERGNE (Pierre) – Société des Paysagistes Français. 1982.

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DISTINCTIONS :

Vers 1985 – Membre d’honneur FFP

1993 – Trophée du Paysage pour la première tranche du parc départemental de la Plage Bleue à Valenton : Maîtrise d’ouvrage CG 94-DEVP associée à l’Agence paysagiste ILEX,

1994 – Chevalier dans l’ordre du Mérite agricole

1998 – nominé pour le Prix National du Paysage (Gilles CLEMENT), et en 2000, nominé pour le Grand prix du Paysage. (Isabelle AURICOSTE). Bien que sollicité par le Ministère, successivement pour ces deux prix, la préférence du jury s’est portée, comme précédemment, sur des paysagistes de maîtrise d’œuvre. Une occasion ratée pour valoriser la maîtrise d’ouvrage paysagiste, toujours mal reconnue et pourtant très nécessaire pour développer la maîtrise d’œuvre.

2001 – Membre du Conseil national du paysage.

2007 – Grand prix national du Paysage pour le parc départemental des Cormailles à Ivry-sur-Seine : Maîtrise d’ouvrage CG 94-DEVP associée à SADEV 94 – Agence paysagiste TER.

2008 – Prix national de l’arbre

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La revue Paysage et Aménagement (1984-1996)

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Chapitre 10

Paysage et Aménagement (1984-1996)

Une revue pionnière de paysage

Version du 20 mars 2019

Pierre Donadieu montre le rôle clé qu’a joué cette revue comme outil de diffusion des actions publiques de paysage et des compétences des paysagistes.

En octobre 1984, paraissait le premier numéro de la revue Paysage & Aménagement à l’occasion des «Assises du paysage» d’Aix-les-Bains, organisée par la toute jeune Fédération française du paysage, créée en 1982. Dix ans après, la revue célébrait ses dix ans d’existence dans un numéro qui faisait le point sur les politiques publiques des plans et chartes de paysage1. Mais son comité de rédaction ne se doutait pas que la revue allait cesser de paraitre deux ans après. Elle devait céder la place aux Carnets du paysage. Comment cette revue était née ? Qui en organisait la production ? Quel était son lectorat ? Pourquoi a-t-elle disparu au bout de 12 ans ?

P+A n° 29 en 1994.

Une initiative opportune

Paysage & Aménagement (P+A) est né en 1983 à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles d’une initiative de Raymond Chaux, directeur de l’établissement, à un moment d’intenses turbulences de l’établissement (voir chapitre 8). Un projet d’Institut français du paysage était à l’étude en même temps que les enseignants de l’ENSH quittaient la formation des paysagistes. Les ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année se mettaient en place, alors qu’était créée la Fédération française du paysage.

Elle était publiée quatre fois par an et comportait sous sa forme autonome2 environ 60 à 70 pages. L’objectif des fondateurs de la revue était de « promouvoir une politique de qualité d’aménagement de l’espace ». Elle s’adressait aux maîtres d’ouvrages et notamment aux élus des collectivités territoriales, aux « professionnels de l’aménagement et spécialistes de toutes disciplines concernées par les problèmes du paysage » et « d’une manière générale à tous ceux qui contribuent dans le cadre d’organismes privés ou de services publics à faire aujourd’hui le paysage de demain »3. Il fallait créer entre pouvoirs publics et praticiens un marché du paysage qui émergeait à peine.

Il s’agissait de s’inscrire dans la politique gouvernementale de paysage que développait depuis 1979 la Mission du paysage du ministère de l’Environnement en faisant appel autant aux chercheurs qu’aux praticiens. Et ainsi favoriser entre eux une communication qui n’existait pas.

Pour constituer un comité de rédaction, R. Chaux fit appel à des enseignants permanents de l’école, non paysagistes (P. Donadieu, M. Rumelhart) ou paysagiste (P. Dauvergne), à des paysagistes libéraux (D. Laroche, S. Eyzat, A. Freytet, T. Louf) ou fonctionnaires (Y-M. Allain, P.-M. Tricaud) et à des personnels de l’école (N. Delalande, C. Royer, B. Perez, N. Dupuy) ou issu du CNERP (S. Zarmati). Alain Fraval, rédacteur en chef du Courrier de l’environnement de l’INRA, rejoignit le comité au début des années 1990.

Des partenaires variables

La revue P+A était la propriété de l’association Promotion du paysage4, dont Raymond Chaux fut le premier président, Nicole Delalande la secrétaire, et Yves-Marie-Allain, chef du service des cultures du Muséum national d’histoire naturelle à Paris, le second responsable de 1994 à 1996.

Elle fut, dans un premier temps, éditée et diffusée par les éditions Lavoisier de 1984 à 1987. Tous les problèmes techniques de gestion (maquette, impression, diffusion, recherche d’abonnés, financement) étaient du ressort de l’éditeur Lavoisier. Les 12 personnes bénévoles du comité de rédaction devaient fournir les articles dactylographiés et les illustrations. R. Chaux assisté par N. Delalande coordonnait l’ensemble avec le soutien logistique des deux écoles. Quatre fois par an, R. Chaux et son assistante allaient à Paris livrer les textes5.

Puis le Groupe J (Paysage Actualités) a pris la succession sous la forme d’un cahier inséré dans la revue Paysage Actualités (entre mars 1988 et novembre 1990), et à nouveau de manière indépendante de février 1991 à 1996. La direction de la publication était prise en charge conjointement par le président de l’association et François Langendorff président du Groupe J à Poigny-la-Forêt et directeur de Paysage Actualités6.

Raymond Chaux dirigea le comité de rédaction jusqu’en 1994 puis fut remplacé par Pierre Donadieu et Sarah Jenny-Zarmati avec Alain Fraval chargé de la réalisation avec Sébastien Rolland et Chantal Durand.

Une revue pluraliste

La structure de la revue évolua peu en 12 ans, à l’exception d’une période de numéros à thème au début des années 1990. Dans le premier numéro la volonté de transversalité et de pluridisciplinarité fut clairement affichée. Il fallait s’adresser à la fois aux décideurs, aux praticiens, concepteurs et gestionnaires, aux enseignants et aux chercheurs.

À l’éditorial de R. Chaux (« Pour une politique de paysage »), succédait une tribune consacrée à une question pratique d’aménagement (les relations agriculture-forêt avec P. Dauvergne, A. Mazas et le Directeur départemental de la Nièvre). Puis des chercheurs (les sociologues F. Dubost et J. Cloarec, le géoagronome de l’INRA J.-P. Deffontaines) étaient réunis par P. Donadieu dans « Réflexions et recherche ». À cet article succédaient des témoignages de praticiens maîtres d’œuvre et conseillers de la maîtrise d’ouvrage (A. Marguerit et J. Ricorday) rassemblés par D. Laroche dans la rubrique « Réalisations ». Puis des sujets pratiques dans « Gestion et techniques » étaient abordés par des écologues (la haie bocagère et le remembrement) sous la houlette de Y.-M. Allain. Suivait la rubrique « Histoire » avec l’œuvre de l’architecte paysagiste F. Duprat par J.-P. Bériac, des « Nouvelles » par C. Royer et un « dossier « de 15 pages réalisé par P. Dauvergne sur les institutions et l’aménagement du territoire dont un entretien avec Yves Dauge, directeur de l’urbanisme et des paysages, président du SIVOM de la rive gauche de la Vienne, et des textes sur les paysages du Chinonais.

Étaient en jeu à cette époque les effets de la décentralisation sur les territoires et la modification des pratiques de remembrement et d’enrésinement : « Une nouvelle ère s’ouvrait-elle pour le paysage ? » comme l’écrivait P. Dauvergne. D’autre part ne fallait-il pas rappeler les compétences des paysagistes pour réhabiliter l’habitat social par un projet de paysage, au-delà de démarches fonctionnalistes limitées ? Et signaler la mise en place par la DATAR d’une mission photographique des paysages français, la relance de la gestion des plantations d’alignement le long des routes (entre autres actions paysagères du CIQV) ou les formations continues sur le projet de paysage à l’ENSP de Versailles ?

Douze ans plus tard, lors de l’avant-dernière livraison de l’hiver 1995/96, l’éditorial de S. Zarmati rappelait que le paysage appartenait à tous et que « aucun spécialiste ne peut se l’approprier ». La rubrique « Réalisations et études » développait « une esthétique autoroutière indissociable du pays » (A. Mazas), , Y-M. Allain faisait le bilan des conventions internationales de protection de la nature et R. Jancel des règles d’installation des jeux d’enfants dans l’espace public. Dans un « Dossier », P. Donadieu et A. Fraval indiquaient les résultats d’une enquête sur les réactions des habitants et des agronomes à des images de paysages agricoles, alors que R. Chaux s’entretenait, dans la rubrique « Histoire » de la nature des jardins sénégalais, avec A. Dieye, président des architectes paysagistes du Sénégal et ancien élève de l’ENSP7.

Le projet initial, très œcuménique, avait été maintenu en dépit des difficultés de financement de l’édition. Il reposait entièrement sur le bénévolat, mais il ne faisait toutefois pas l’unanimité chez les jeunes paysagistes DPLG qui n’y publiaient pas ou peu. D’autant plus que d’autres revues paysagistes émergeaient à cette époque avec une sensibilité beaucoup plus professionnelle ou théoricienne. Le n° 5 de Pages Paysages publiait en 1994 des articles de G. Clément, P. Cribier, Yves Brunier, M. Corajoud, G. Vexlard … ; la revue Topos (n° 7) des textes de M. Desvigne et C. Dalnoky et une nouvelle revue Paysage des villes et des campagnes tentait sa chance (sans succès) avec un article de J. Osty (le parc Saint-Pierre à Amiens) et un interview d’Isabelle Auricoste. Sans compter le premier numéro du Visiteur avec un article remarqué du philosophe Sébastien Marot : « L’alternative du paysage ».

Un panel vaste de sujets

Entre octobre 1984 et novembre 1994, 56 numéros sont parus dont 27 comme dossiers dans Paysage et Actualités. 423 articles de 277 auteurs ont été présentés dans les huit rubriques prévues à cet effet8.

172 articles dans trente dossiers, 62 dans « Réflexions et recherches », 49 dans « Réalisations et études ». Cette dernière rubrique est effectivement restée modeste avec seulement un quart des articles dont beaucoup d’études.

Parmi les 20 thématiques retenues, le thème des jardins et espaces de loisirs (119) devance largement celui des approches conceptuelles du paysage (99), puis le droit et la politique (75), les sujets situés à l’étranger-20 pays (72), les milieux ruraux (74), les projets réalisés (74), l’histoire du paysage (60). L’intérêt pour l’informatique (9) et les arts (9) est resté faible, alors que celui pour le végétal comme matériau vivant était dans la moyenne.

Les faiblesses de P+A

Au moment où en septembre 1994 S. Zarmati et P. Donadieu prennent la codirection du comité de rédaction, le bilan financier de l’association Promotion du paysage est positif d’environ 11 800 F. Situation qui est due à des subventions de la Région Centre (colloque de Blois pour les n° 21 et 23), du ministère des Transports (l’autoroute A75 du n° 22), de l’Environnement pour le n° 24 consacré à Droit et Paysages , ou du ministère de la Culture pour celui sur les jardins historiques (n° 26).9

Mais la mise en œuvre de la rédaction est plus complexe qu’au départ de l’aventure. 19 personnes font partie du comité de rédaction, les articles sont à livrer sur disquettes, les numéros spéciaux financés se sont multipliés, les déplacements se font à Poigny-la-Forêt à côté de Rambouillet, et l’association est réunie au groupe J dans une SARL de presse10.

Si bien que R. Chaux est à la fois président de l’association propriétaire du titre, président du comité de rédaction, et cogérant de la SARL P+A. À 69 ans, il souhaite une relève à trouver dès l’automne.

En septembre de nouvelles perspectives sont annoncées, car le nombre d’abonnés est toujours inférieur à 1 000 (environ 800)11. Malgré la comptabilité encourageante de l’association, la revue manque d’argent, faute d’abonnés, d’annonceurs pérennes, de sponsors publics et de mécènes. Sa maquette n’est pas assez attractive, parfois approximative, et les illustrations sont souvent de qualité médiocre12. Les numéros à thèmes, financés13, ont un peu marginalisé le comité de rédaction (revenir à une structure par responsable de rubriques devient prioritaire). Enfin la proximité des matériels et matériaux horticoles dans la publicité ne plait pas vraiment aux paysagistes concepteurs qui ne s’y reconnaissent pas.

Un dossier ambitieux est mis en chantier pour deux numéros : « Qui fait le paysage ? » par Serge Eyzat. Le numéro anniversaire de 10 ans de P&A n°29 approchant, il est prévu de faire paraitre l’index des articles parus dans le numéro grâce au travail de Sarah Zarmati14. L’héritage idéologique du CNERP semble en fait plus prégnant dans le groupe que le débat public auquel participent, dans d’autres enceintes, paysagistes concepteurs et maîtres d’œuvre, jeunes et anciens.

La revue n’est pas confidentielle, car quelques propositions d’articles arrivent spontanément jusqu’au comité de rédaction (un agent de la DIREN du Puy-de-Dôme sur les paysages et les agriculteurs, une enseignante de l’ENITHP d’Angers sur l’analyse du paysage comme outil pour la conception du projet et pour la planification15, un texte d’une conférence à Padoue de M. Rumelhart sur les relations entre écologie et projet de paysage … Cela ne suffit pas, on parle moins dans le monde des concepteurs de questions théoriques et rurales que de la réception des grands projets urbains à Guyancourt (M. Desvigne), ou concernant le prolongement de l’axe historique à la Défense. Bien que, à Villarceaux, un séminaire « Paysages à acteurs multiples » ait réuni le landscape planner d’Harvard Carl Steinitz, Jacques Sgard et les paysagistes et urbanistes de l’IAURIF.

Le divorce

20 janvier 1995. Le comité de rédaction se réunit à Paris, à l’INRA, dans les locaux de la cellule Environnement. C’est surtout l’équipe opérationnelle qui est présente : 8 personnes Y.M. Allain, R. Chaux, N. Delalande, N. Dupuy, A. Fraval, S. Zarmati et P. Donadieu. À l’ENSP, Jean-Baptiste Cuisinier a remplacé Alain Riquois comme administrateur provisoire.

Le tirage est passé de 2000 à 3000 exemplaires16 diffusés pour 672 abonnés payants. En fait il n’y a que 372 abonnés au 1er janvier 1995, les autres abonnements étant payés par un organisme professionnel. Seuls 59 paysagistes concepteurs (sur 350 estimés) sont abonnés, alors que l’enseignement et la recherche en représentent une centaine. 17

Une relance des abonnés potentiels s’impose et la recherche de subventions est d’autant plus nécessaire que la trésorerie de l’association est devenue préoccupante et qu’il faut payer la maquettiste Chantal Durand 4000 F par numéro.

5 mai 1995. J.-B. Cuisinier, administrateur provisoire de l’ENSP après l’annonce du départ de l’ENSH à Angers, propose que l’ENSP devienne éditrice de la revue en remplacement du groupe J, l’association Promotion du paysage restant propriétaire du titre. P. Donadieu est chargé de rédiger une convention entre les deux partis. Quelques jours après, Y.-M. Allain et R. Chaux n’évoquent pourtant pas cette perspective avec F. Langendorff.

28 juin 1995, une assemblée générale extraordinaire de l’association au service des cultures du Muséum est prévue mais est annulée18. Le 4 juillet le comité de rédaction décide de son côté de continuer la collaboration avec le groupe J sur des bases nouvelles (des collaborateurs du groupe J mieux motivés pour rechercher un mécénat19). Un nouveau projet de convention avec les écoles de paysage (Bordeaux et Versailles) avec un apport annuel de chaque établissement de 15 000 F sera soumis aux directeurs par P. Donadieu et S. Briffaud.20

Ce dernier propose que P+A devienne « la revue française de recherche sur le paysage »21, étant donné qu’il n’existe pas de périodique sur ce sujet et que des programmes de recherches sont en cours sur le paysage. Cette orientation nécessitera de créer un comité de lecture, mais pourrait s’accompagner d’une subvention du CNRS. De nombreuses réticences apparaissent, ne serait-ce que parce qu’il faudra changer d’éditeur et de ligne éditoriale. Un consensus provisoire se dessine en faisant du comité de rédaction un comité de lecture.

Le 7 décembre 1995 F. Langendorff fait savoir à Y.-M. Allain que « le partenariat entre le groupe J et P&A semble compromis » et renonce à publier en 1996 quatre numéros. Deux raisons sont invoquées : « les univers des annonceurs et des auteurs de P+A ne s’intéressent pas l’un à l’autre », et le déficit en 1995 du compte d’exploitation22.

Le conseil d’administration de l’ENSP du 23 janvier 1996 a acté la décision du Groupe J, en souhaitant publier le n° 33 de l’année 1996 grâce à une publicité de l’ENSP pour 7 500 F. Qu’en sera-t-il des numéros suivants ? La réponse dépend du conseil d’administration de l’ENSP qui doit valider une convention entre l’école et l’association. Le 4 juin 1996 le conseil d’administration de l’école confirme que «le directeur est mandaté pour finaliser la négociation avec reprise de la SARL de diffusion pour éviter la reparution du titre initial »23.

Une succession délicate

La direction de l’école a retenu des discussions en cours que P&A prenait une nouvelle direction éditoriale « en privilégiant une plus grande valorisation de la recherche paysagère et d’un regard critique et théorique »24. Un projet, associant éventuellement l’école de Bordeaux, sera soumis en juin au conseil d’administration. La rubrique « Gestion et technique » serait alors supprimée.

Cette orientation nouvelle n’est pas du goût de tous. La plupart sont réticents à imaginer une restriction du champ de publication autour d’articles scientifiques. Pourtant directeur de recherches à l’INRA, P. Mainié démissionne le 3 mai25, défection qui s’ajoute à celles, déjà enregistrées en 1995, des paysagistes S. Eyzat, P.-M. Tricaud et D. Laroche. Le bateau commence à prendre l’eau …

Le 19 juin 1996, F. Langendorff restant en attente d’un accord avec les deux écoles pour mettre fin à un éventuel contentieux financier (rembourser les abonnés !) et publier les n° 34 et 35, Pierre Donadieu tente une ultime médiation avec J.-B. Cuisinier. Celui-ci souhaite en contrepartie d’une aide financière pour les numéros menacés que l’association cède le titre à l’école avec la liste des abonnés26. Il souhaite également savoir si le comité actuel de rédaction a l’intention de poursuivre dans une revue nouvelle qui ne s’appellera pas P&A. Comme le souhaite l’architecte paysagiste et enseignant Christophe Girot en charge provisoire de la création d’une nouvelle revue pour l’École. Et comme le confirmera Pierre-François Mourier27, recruté par J.-B. Cuisinier en septembre 1996 comme directeur des publications de l’École.

Le 28 juin l’association réunie en assemblée générale accepte de mettre à disposition de l’École le titre de la revue P&A selon les modalités d’une convention à signer28. Elle n’a guère le choix. La mise en œuvre est urgente car les abonnés n’ont reçu aucun numéro en 1996 et le comité de rédaction s’inquiète29.

La direction par la voix de P.-F. Mourier confirme en octobre à François Langendorff que l’école prendra à sa charge le n° 34, en modifiant l’éditorial qui annoncera une nouvelle revue « Les Cahiers du paysage »30. Car le directeur des publications recommande à J.-B. Cuisinier de ne pas envisager de travailler avec la SARL de presse (passif possible à reprendre), de revoir le projet de convention avec l’association et de penser à créer une revue ex nihilo. L’espoir pour l’école de trouver une compensation à la somme promise est rapidement déçue en novembre par le codirecteur de la SARL : « La vente au numéro est quasi nulle ; plus de 500 exemplaires ne seront pas écoulés ».

Le 2 décembre 1996, F. Langendorff prend acte par une lettre de P.-F. Mourier de l’accord de l’ENSP pour financer à hauteur de 30 174 F le n° 34, avec une publicité de l’ENSP en quatrième de couverture.

Le dernier numéro de P&A parait daté de l’ « Hiver 1996-97 ». C’est la fin d’une aventure éditoriale de 12 ans. Il n’y aura pas de n° 35.

La suite est autant une rupture (le comité de rédaction, l’association Promotion du paysage et la SARL de presse disparaitront) qu’une continuité des finalités éditoriales entre les deux revues. La première réunion du comité de rédaction de la nouvelle revue dirigée par P.-F. Mourier a lieu le 18 décembre 1996 à Paris. Avant de retenir définitivement le nom de Les Carnets du paysage (revue coéditée avec Actes Sud), d’autres titres furent suggérés : Paysages, Les Cahiers du paysage, Méthodos … Seuls trois membres du comité de rédaction de P&A, liés à l’école, s’engageront dans cette nouvelle aventure éditoriale : P. Donadieu, M. Rumelhart et N. Dupuy.

À gauche la lettre de Y.-M. Allain à J.-B. Cuisinier le 4 juillet 1996 (archives ENSP, Les Carnets du paysage) confirmant l’accord de l’assemblée générale pour une convention entre l’association Promotion du paysage et l’ENSP

À droite la note manuscrite de P.-F. Mourier à J.-B. Cuisinier du 1er novembre 1996 indiquant qu’il n’y a pas d’autre choix que de payer l’édition du dernier numéro de la revue (avec la contrepartie de la cession du titre P+A à l’école, d’une publicité pour l’ENSP en quatrième de couverture, d’un éditorial et de la liste des abonnés). Archives ENSP, Les Carnets du paysage.

Une revue pionnière ?

Avant 1984, l’édition de revues consacrées au paysage et aux paysagistes en France n’était pas un désert. Mais les articles qui traitaient ces questions étaient éparpillés entre plusieurs revues. Les unes relevaient d’une sensibilité technique (surtout horticole et jardinière), du design paysagiste (« Espaces verts » de J. Simon, « Archivert » de J. Magerand et E. Mortemais entre autres), les autres de diverses disciplines artistiques (dont l’art des jardins et le land art), professionnelles (urbanisme, architecture, agriculture), littéraires ou scientifiques, notamment en géographie, en écologie et en sciences de l’environnement.

La documentation du CNERP (1972-79) en avait montré la diversité dont témoignent aujourd’hui les documentations et archives des écoles de paysage, notamment celle de Versailles depuis la fin du XIXe siècle.

L’intention éditoriale de P&A était très ambitieuse : vouloir informer et faire communiquer entre eux des catégories sociales qui s’ignoraient souvent : les paysagistes concepteurs, maitres d’œuvre et gestionnaires, les décideurs et les maîtres d’ouvrages publics de projet d’aménagement de l’espace, les enseignants et les chercheurs. Et pour cela réunir dans différentes rubriques les informations qui permettaient à chacun de mieux jouer son rôle en connaissant celui des autres. La revue y est-elle parvenue au cours de ces douze années ?

En tant que support de communication réunissant des informations éclairantes sur des sujets en évolution permanente ? Sans aucun doute. C’était le seul périodique français capable d’une telle diversité de sujets dans ce domaine qui intéressait les politiques publiques gouvernementales des années 1980 et début 1990. Mais atteignait-il toutes ses cibles avec les messages appropriés ?

La ligne éditoriale touchait plus les enseignants et les chercheurs que les praticiens (concepteurs et entrepreneurs) qui avaient leurs propres médias comme « Paysage et Actualités » pour les gestionnaires publics et les entrepreneurs privés, ou que les élus (qui disposaient de l’assistance de Mairie-Conseil). Pas plus de 400 abonnés ont été fidélisés chaque année alors que les questions abordées concernaient des questions transversales politiques autant que techniques (parcs naturels régionaux, politiques d’urbanisme, restauration du patrimoine naturel et de jardins, paysages agricoles, intégration paysagère de l’architecture, …). En fait ces messages dilués dans de multiples rubriques n’étaient pas assez perceptibles pour que le lecteur se sente concerné par l’ensemble très riche de l’information. Trop d’informations tue l’information !

Alors que, en même temps, d’autres revues francophone, tout aussi ambitieuses, concentraient leur politique éditoriale autour de questions vives et ciblées concernant le champ du projet et de l’espace public (le Visiteur, Pages Paysage), l’histoire et la pratique des jardins (Jardins de France, l’Art des jardins et du paysage), la géographie des paysages (Hérodote, l’Espace géographique, Espaces et sociétés …), la conservation de la nature (Aménagement et Nature …) …

Faut-il en conclure que le concept de P&A n’était pas adapté au lectorat potentiel qui attendait une information plus concentrée et spécialisée sur des sujets cadrés et approfondis ? À moins que le lectorat concerné par une approche transversale du paysage et des jardins fut encore à cette époque trop restreint et confidentiel ? Je préfère cette deuxième explication.

Si on ajoute à cette critique, une maquette peu créative et souvent discutable, et une communication trop timide, on peut comprendre que P&A n’ait pas eu le succès escompté. Le choix du noir et blanc n’est pas en cause, comme le montre aux Etats-Unis la revue Landscape (avec un lectorat anglophone potentiel plus important, certes …).

En se recentrant sur le projet de paysage, l’espace public et des apports scientifiques pointus, en choisissant surtout une maquette renouvelée en permanence avec une place importante faite à la création artistique, Les Carnets du paysage ont adopté une ligne éditoriale originale, hybride entre créations paysagistes et artistiques, littérature et sciences humaines et sociales. La revue a choisi de promouvoir, non la qualité des paysages en France (comme P+A), mais la profession de paysagiste concepteur. Elle a bénéficié de l’expérience de P+A, mais aussi de Pages Paysages, conçu par des jeunes paysagistes DPLG.

Du fait de ce positionnement original, elle a engendré en 2008 la revue électronique inter-écoles de paysage Projets de Paysage faite pour les chercheurs31… En ce sens, elle a été pionnière, puisqu’elle a ouvert le chemin aux titres prestigieux qui l’ont suivie32.

Le premier numéro des Carnets du paysage, 1998.

Quelques membres du comité de rédaction :

       

De g. à d. : R. Chaux, S. Zarmati, Y.M. Allain, A. Fraval , P. Donadieu


Notes

1 « P+A a dix ans, de la continuité à l’innovation », R. Chaux, éditorial, P+A n° 29, novembre 1994. Archives ENSP/P. Donadieu, n°29.

2 Elle fut publiée de 1988 à 1990 comme un dossier de la revue Paysages et Actualités

3 «Paysage et aménagement, Projet pour une revue », mars 1984, anonyme.

4 Les statuts de l’association Promotion du paysage ont été enregistrés le 14 février 1986. Archives ENSP.

5 Note aux membres de l’association Promotion du paysage du 7 février 1994, 2 p.

6 Une SARL « P+A » au capital social de 3000 francs a été constituée le 30 novembre 1990 entre la société « Editions J » et l’association « Promotion du paysage ». Elle était présidée par R. Chaux, ce dernier avec F. Langendorff étant associés comme cogérants. Archives ENSP.

7 P&A, n° 33, hiver 95-96.

8 Petite analyse quantitative et qualitative de P+A 1984-1994, S. Zarmati, 2 p., nov. 1994.

9 S. Zarmati, ibid.

10 Note aux membres de l’association Promotion du paysage du 7 février 1994, 2 p

11 396 au 23/9/1994 + 400 abonnements payés par Provert pour des destinataires choisis par lui

12 CR du comité de rédaction du 25 septembre 1984.

13 La convention avec le ministère de la Culture pour le financement du n° spécial jardins historiques (colloque de Blois de 1992) a été réduit de 60 000 F à 30 000 F. Rapport moral de l’AG Promotion du paysage du 23 septembre 1994.

14 Lettre de Y.-M. Allain au comité de rédaction du 4 octobre 1994.

15 Lettre de Frédérique Tanguy du 29 aout 1994.

16 L’édition de 300 exemplaires d’un n° est facturé 30 500 F (HT) par l’imprimerie Laboureur à Issoudun.

17 Compte-rendu du comité de rédaction du 20 janvier 1995, 4 p.

18 Pas de compte-rendu.

19 Deux mécènes se sont manifestés par des dons financiers en 1995 (la société d’élagage Moquet et fils et Moizard Environnement)

20 Compte-rendu du comité de rédaction du 4 juillet 1995, 6 p.

21 Compte-rendu du comité de rédaction du 10 novembre 1995, 4 p.

22 Lettre de F. Langendorff à Y.-M. Allain, 7 décembre 1995.

23 CR du conseil d’administration de l’ENSP du 4 juin 1996. Archives ENSP.

24 CR du comité de rédaction du 14 mars 1996, p. 1.

25 Plus sans doute pour un désaccord sur un article qu’il avait présenté et qui avait été refusé, que pour une opposition à la nouvelle orientation de P&A.

26 Lettres de P. Donadieu à Y-M. Allain, S. Zarmati et A. Fraval du 9 et 19 juin 1996. Archives ENSP.

27 Elève de l’École normale supérieure, Pierre-François Mourier fut enseignant à l’ENSP de 1986 à 2000. Il dirigea les publications de l’école et le département de Sciences Humaines.

28 Lettre de YM Allain à J.-B. Cuisinier du 4 juillet. Cette convention prévoit également de refondre le comité de rédaction et de modifier les responsabilités de directeur de la publication et de directeur de rédaction. A-t-elle été signée ? Aucun exemplaire paraphé n’a été retrouvé dans les archives connues.

29 Lettre de S. Zarmati à Jean-Baptiste Cuisinier du 19 septembre 1996. Archives P.-F. Mourier

30 Lettre de P.-F. Mourier à F. Langendorff du 17 octobre 1996. Archives P.-F. Mourier.

31 Elle a été créée par Pierre Donadieu et Catherine Chomarat-Ruiz, enseignants et chercheurs à l’ENSP.

32 Outre l’ENSP, deux autres écoles ont créé leur propre revue : l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois, et l’École nationale supérieure de paysage de Lille.

Le second projet d’Institut du paysage

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Chapitre 9

Le second projet d’Institut du paysage (1982-1985)

ou la réussite d’une désillusion

Version du 10 mars 2019

1982. Dix ans ont passé depuis l’échec du premier et ambitieux projet d’institut du paysage proposé par Paul Harvois au début de 1972 (Chapitre 1). Échec relatif car, au cours de cette période, si la Section du paysage et de l’art des jardins (1946-1974), ainsi que le Centre national d’étude et de recherche du paysage de Trappes, le CNERP (1972-1979) ont fermé, l’École nationale supérieure du paysage de Versailles a été mise en place en 1976. L’enseignement y dure trois ans plus une année de stage au lieu de deux ans dans la Section. Et, en 1982, les premières recherches des enseignants de l’École sont publiées dans les Annales de la recherche urbaine (Chapitre 6). Le progrès est léger, mais perceptible.

En 1982, l’école forme environ 25 paysagistes DPLG chaque année, autant que dans les dernières années de la Section. Son développement souffre pourtant de multiples handicaps : de sa dépendance financière et administrative de l’ENSH (avec un seul conseil d’administration pour les deux écoles), de locaux exigus, de l’absence de postes d’enseignants permanents, de ressources documentaires restreintes, de recherches balbutiantes… Autant de raisons qui vont amener R. Chaux, avec les ministères de l’Urbanisme et du Logement, de l’Agriculture et de la Forêt, et de l’Environnement, à vouloir créer des conditions plus favorables.

Lancement d’une politique du paysage

En décembre 1981, le comité interministériel à la qualité de la vie (CIQV) et la Mission du paysage1 de la direction de l’urbanisme définissent les grandes lignes d’une politique nationale du paysage. Présentée par le ministre lors de sa visite à l’exposition « Paysages » au centre Beaubourg à Paris, elle prévoit, notamment, de « former de réels spécialistes “du paysage d’aménagement“ en passant d’une vision souvent statique et picturale du paysage qu’il n’y aurait qu’à protéger, à une conception plus dynamique où on accompagne, on guide, on oriente l’évolution » 2. Il ne s’agit plus seulement pour les paysagistes de réaliser des parcs et des jardins urbains, mais de s’intéresser à l’ensemble des territoires. Les enseignants du CNERP, comme J. Sgard, P. Dauvergne et B. Lassus avaient été pionniers dans ce domaine. Puis l’ENSP avait en principe pris le relais. Mais cette transmission n’était pas vraiment perceptible dans les travaux d’ateliers de projets de l’école.

Financée en partie par le Fond interministériel à la qualité de la vie (FIQV), la politique des paysage prévoit notamment : des interventions sur les grands sites nationaux, dans les aménagement fonciers, hydrauliques et forestiers et sur les réseaux de transport électrique, la diffusion de l’exposition « Paysages » du centre Beaubourg dans six centres commerciaux et le montage d’une exposition nouvelle « Paysages des routes et des canaux » avec la Caisse nationale des Monuments historiques et le SETRA (ministère des Transports). Dans le domaine de la formation, il est demandé au prochain CIQV de 1982 de faire des propositions dans quatre directions : un troisième cycle à l’ENSP de Versailles ouvert aux architectes, un renforcement de son flux de formation, une formation continue et « une sensibilisation au paysage d’aménagement » auprès des élèves des grandes écoles d’ingénieurs maîtres d’œuvre d’aménagement3.

La même année, et dans le même esprit, est créé la cellule Paysage et aménagement rural dans le bureau Cadre de vie, Environnement, Paysage de la Direction de l’Aménagement (DIAME)4 du ministère de l’Agriculture.

C’est en février 1982 que le CIQV réanime le projet d’Institut du paysage abandonné 10 ans plus tôt. Il est à nouveau confié à P. Harvois la mission de constituer un groupe interministériel entre les ministères de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Culture. Il se réunira de juin à novembre 1982.

Parallèlement, dès décembre 1981, R. Chaux avait alerté les conseillers techniques du cabinet du ministre de l’Agriculture (M. Sturm) et du ministre de l’Urbanisme et du Logement (M. Simon) sur les problèmes des formations à Versailles. Le 5 janvier 1982, avec les deux responsables d’ateliers de l’école M. Corajoud et B. Lassus, il avait rencontré M. Simon afin qu’un groupe de travail puisse être constitué rapidement.

Le second projet Harvois

En décembre 1982, P. Harvois, professeur d’enseignement supérieur à Dijon, remet son rapport au ministre de l’Agriculture. Dans une note du 27 décembre, le chargé de mission « pour les problèmes du paysage » auprès de la DGER insiste d’abord sur les « trente ans de retard » des formations françaises au paysage par rapport aux pays voisins : « 8 écoles en Allemagne, 10 écoles en Angleterre », et sur l’inadaptation de l’École de Versailles. Se souvenant de ses déboires passés, il s’en remet à « une prise en compte par le premier ministre et la Présidence ». D’autant plus qu’un remaniement ministériel modifie le paysage politique en cette fin d’année.

Il propose la création au Potager du roi d’un « Institut français du paysage (IFP) », ayant l’autonomie administrative et financière, à la place de l’ENSP. L’IFP serait un centre d’enseignement supérieur (en six ans après le bac), un centre de recherches (avec un centre de documentation et six laboratoires) et un centre de promotion. « Tous les départements ministériels intéressés participeraient à son financement ». Projet directement inspiré de celui de 1972, mais dont on connaissait les limites avec l’arrêt du CNERP en 1979.

Il prévoit que « le président de la République pourrait annoncer officiellement, en avril ou mai 1983, cette mise en place à l’occasion d’une cérémonie internationale à Versailles célébrant le centenaire du magnifique Potager du Roi »5.

Le projet de décret en 18 articles est rédigé et le financement semble assuré en partie par la DIAME (20 millions de Francs).

Le transfert de l’ENSH à Angers auprès de l’ENITAH qui lui serait rattachée est envisagé. Car il semble rationnel pour le ministère de tutelle de constituer à Angers un centre national d’horticulture regroupant des formations scientifiques (ENSH) et techniques (ENITAH). Mais les « problèmes humains et pédagogiques » de ce déménagement semblent difficilement surmontables si des moyens financiers n’accompagnent pas ce projet6.

La coexistence et le développement des deux écoles semblent donc difficiles et un problème sans solution autre qu’un projet d’IFP hors du Potager du roi.

Deux ateliers en conflit

Non seulement, depuis la création de la Section en 1945, les enseignants des deux écoles s’ignoraient, mais au sein de l’ENSP un conflit s’aggravait entre les responsables d’atelier de projet Michel Corajoud et Bernard Lassus. Ils avaient tous les deux enseigné dans la Section, le premier à partir de 1972 et le second depuis 1963.

Dès la création de l’ENSP, ils avaient retrouvé leurs ateliers où ils enseignaient avec quelques anciens élèves : P. Aubry avec B. Lassus et J. Coulon avec M. Corajoud. Puis leurs travaux de concepteurs paysagistes, à partir de 1978, pour le parc du Sausset au nord de Paris et pour celui de la Corderie royale à Rochefort, avaient montré des démarches très différentes.

Deux écoles nouvelles de pensée paysagiste (dite plus tard « école française de paysage » par la Fédération française du paysage) commençaient à se juxtaposer avant de s’affronter. Elles indiquaient leurs postulats, celui d’une matérialité à gérer par la maitrise formelle, dessinée, globale et de détail, du projet dans le cas de M. Corajoud, qui s’inscrivait dans les pas du jardinier géomètre André le Nôtre ; celui d’un imaginaire du paysage à susciter par « apport sur un support » en s’appuyant, notamment sur les théories du jardin pittoresque de W. Chambers et de l’abbé Delisle (1776). Cet atelier avait pris le nom de Charles-Rivière Dufresny (1624-1724). Louis XIV avait nommé ce musicien et écrivain, dessinateur des jardins royaux où il avait introduit la mode des jardins anglais.

Les modèles de pensée des projets étaient aussi différents que les pratiques pédagogiques. Celle de l’atelier Le Nôtre reposait sur la formalisation graphique (le dessin, la maquette) du site à aménager, celle de l’atelier Dufresny sur une imprégnation sensible acquise par la marche dans le site. Il était demandé aux étudiants de « faire l’éponge » afin d’inventer un concept de projet et son mode de communication (démarche dite d’analyse inventive).

Ces deux types d’atelier étaient successifs en deuxième année et à option en troisième année7. Ils ont permis de former les paysagistes à deux manières différentes de concevoir des projets. L’une partait de la morphologie et de l’histoire du site physique pour dessiner le projet, l’autre des imaginaires possibles des lieux et de leurs ambiances pour penser une intervention parfois minimaliste ; d’un côté un art de la mise en forme contextualisée, de l’autre un art conceptuel et poétique de la reconnaissance des lieux.

Les relations entre les deux hommes ont commencé à se dégrader à partir du moment où les deux pédagogies ont commencé à être incompatibles en devenant des idéologies, voire des doctrines exclusives qui ne se toléraient plus. Tension vive qui a obligé R. Bellec, le secrétaire général et de la pédagogie, à demander un choix d’atelier aux étudiants au cours de la troisième année d’études. Le groupe d’enseignants, déjà hétérogène, commença à se fissurer de 1983 (année du départ des enseignants de l’ENSH) jusqu’au sortir de la grève étudiante de juillet 1985.

L’année précédente (?), M. Corajoud avait démissionné de ses fonctions de chef d’atelier et avait été remplacé par Isabelle Auricoste. Alors que G. Clément avait quitté l’école dès l’automne 1981.

L’Institut français du paysage

Pendant toute l’année 1983, les enseignants de l’école vont travailler la faisabilité du projet d’IFP. Ils sont répartis en groupes de travail : sur les locaux, la formation, le centre de documentation, la promotion du paysage et la recherche8. Le rapport de P. Harvois, un peu expéditif et superficiel, leur est peu connu.

Dès la fin du mois de mai, les premières conclusions sont résumées9. Faut-il adopter le modèle de l’université ou des grandes écoles d’ingénieurs ? La transdisciplinarité des ateliers de conception apparait comme une nécessité avec une logique de pensée transversale (le projet) et verticale (les disciplines de connaissance). C’est donc le modèle des écoles d’architecture, avec une formation en 5 ans qui prévaudra. Il prévoit un premier cycle de « préparation intégrée et d’orientation » en deux ans après le bac avec un maximum de 180 étudiants. Cette formation définit ses objectifs autour de quatre mots clés partagés par les différentes disciplines (analyse du paysage, interrelation entre ses éléments, travail de mise en forme et démarches spécifiques). Cinq champs thématiques sont prévus : approche plastique, perception et communication de l’espace, écologie et sciences du milieu, espaces humains et sociétés, techniques et pratiques, avec des enseignements obligatoires et à options.

Le cycle de diplôme (deux années de deuxième cycle et une année de 3ème cycle) concernerait 45 étudiants par promotion et serait couronné par le DPLG. Il serait organisé autour des exercices courts et longs de projets d’ateliers à partir des champs thématiques approfondis du premier cycle. S’y ajouteraient des enseignements post-diplômes spécialisés en deux ans dans le cadre des laboratoires de recherches (jardins historiques par exemple), des formations universitaires à la recherche et des « certificats d’études supérieures de paysage en… » ouverts aux ingénieurs et aux architectes, entre autres10. Sans compter la formation permanente en trois ans, les écoles d’amateurs, la formation continue et la sensibilisation au paysage.

Le programme est ambitieux et préfigure une grande partie de l’organisation future de l’ENSP, à l’exception du premier cycle.

Pourtant quelques nuages commencent à obscurcir l’horizon du projet.

La formation initiale dans le projet d’institut français du paysage, 31 mai 1983

Réticences et concessions

Dès juillet 1983, Jean-Pierre Duport, directeur de l’Architecture au ministère de l’Urbanisme et du Logement avertit : « En ce qui concerne la mission d’enseignement de l’Institut, je souhaiterais qu’elle ne soit pas conçue comme un monopole absolu… », mais que des sessions de formation (de type certificat) soient ouvertes aux diplômés d’architecture, ainsi que des passerelles permettant à des titulaires du 1er cycle d’entrer dans le second cycle de l’institut. Il précise « en outre le doctorat d’enseignant chercheur me parait d’une destination insuffisamment large car il sanctionne la seule formation d’enseignants »11.

Trois mois plus tard, en septembre, une note de P. Harvois au directeur de cabinet du ministre de l’agriculture est plus préoccupante. Il lui indique que « le silence de l’Agriculture au regard de ses engagements pour la création de l’Institut du paysage risque de décourager les autres partenaires qui avaient manifesté leur intention de s’associer concrètement au projet »12.

Un des points de blocage concerne la nécessité d’un premier cycle spécifique, couteux en espace et en personnel. R. Chaux le justifie avec des arguments pédagogiques et, ressentant une réticence de fond du conseiller, n’en fait pas une condition de la création de l’IFP13. Le système de l’ENSP, écrit-il, malgré ses inconvénients, donne une formation reconnue comme satisfaisante ». Le diplôme de paysagiste DPLG n’a-t-il pas été classé au même niveau que celui d’architecte DPLG? Il propose que, si cette création « était remise à plus tard », l’annonce de la création de l’IFP sur la commune de Guyancourt et des mesures transitoires (notamment la création de postes d’enseignants) soit faite dans le cadre du tricentenaire du Potager du roi en décembre.

Il semble cependant se faire peu d’illusions : « si aucun département ministériel n’a les moyens d’assumer les missions de l’IFP, (il prévoit) des conséquences graves, un gâchis d’énergie et de moyens, et la mise en place d’expédients de mauvaise qualité dans les UP d’architecture »14.

De leur côté les praticiens paysagistes insistent : Il faut en finir, disent-ils, avec un aménagement paysager « réduit à une opération (surcoût) de maquillage après coup » et porter l’effectif de praticiens de 300 à « 1200 à 1500 paysagistes »15.

L’annonce ministérielle

Le 16 décembre, trois cents ans après la fin des travaux de création du Potager du roi, R. Chaux, en tant que « 17éme successeur du fondateur Jean-Baptiste de la Quintinye », retrace l’histoire mouvementée des lieux où cohabitent, (encore pour 10 ans, ce qu’il ne sait pas) l’ENSH et l’ENSP16. Que vont devenir ces lieux en fonction du projet incertain d’IFP ? Que va annoncer Michel Rocard, ministre de l’Agriculture et de la Forêt ? Sachant que la DGER s’estime démunie des moyens nécessaires à son montage et à son fonctionnement17.

Le Potager doit son histoire prestigieuse à la persévérance de l’État et, suggère le ministre, il en sera de même demain. Aussi commence-t-il par rassurer l’ENSH « J’ai donné mon feu vert et décidé d’appuyer le projet d’une installation complémentaire, non loin de Versailles, sur un espace de 5 à 10 hectares mitoyen du centre INRA de Guyancourt, le domaine de la Minière, qui permettra à l’ENSH de disposer de moyens d’expérimentation et de recherche qui lui font actuellement défaut ». Puis il fait l’éloge du renouvellement des compétences paysagistes et confirme que : « le ministère de l’Agriculture en accord avec le ministre de l’Urbanisme et du Logement et le secrétariat d’État auprès du premier Ministre chargé de l’Environnement et de la qualité de la vie, a décidé de créer, à partir de l’ENSP un Institut français du paysage, établissement public doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière. Il sera implanté sur la commune de Guyancourt et le site du Potager du roi, avec dans le cadre de la décentralisation, des antennes pédagogiques diversifiées. »18.

Il insiste sur la participation des autres ministères et annonce à l’automne 1984 les premières assises nationales du paysage à Aix-les-Bains.

Rassérénés, les enseignants, les étudiants et les paysagistes praticiens attendent désormais la signature du décret fondateur et l’application des mesures transitoires, en particulier la création de quatre postes d’enseignants permanents.

Vers la signature des décrets

Pendant toute l’année 1984, deux groupes de travail de la DGER et de l’ENSP vont travailler à approfondir le projet. L’un est chargé de la mise au point du décret de création de l’IFP et l’autre de l’implantation à Guyancourt. Dès mars, écrit R. Chaux, il apparait que la DGER ne prendra pas l’initiative de faire des propositions, si elle n’y est pas invitée expressément par le cabinet19. La DGER (MM. Soyeux et Carcassonne) n’affirme en effet toujours pas de position claire sur son engagement.

De leur côté les enseignants de l’ENSH, la maison mère de l’ENSP, font valoir leurs propres projets. Car leurs effectifs d’étudiants depuis la réforme de 1976 ont doublé. Besoins en locaux d’enseignement pour les filières « Techniques et économie de l’horticulture » et «Sciences et techniques appliquées aux aménagements paysagers », besoins en personnels de recherches pour les laboratoires, extension de la documentation, enseignement des langues… Demandes qui pourraient être satisfaites en partie sur les terrains de la Minière à Guyancourt. Mais à condition de ne pas céder définitivement de l’espace à l’ENSP au Potager du roi. Car le pôle paysagiste de l’IFP au Potager du roi devait-il n’être qu’un « expédient temporaire » en attendant sa relocalisation totale à Guyancourt, comme l’indiquait le groupe de travail « Gestion de la mise en place de l’IFP » 20 ?

En outre le groupe de travail « Potager du roi » et la commission permanente du conseil général demandent à ce que la gestion du Potager du roi ne reste pas à la seule charge de l’ENSH.

Au cours de ce même mois de mai, les services techniques du ministère de l’agriculture chiffrent l’installation de l’IFP à Guyancourt en deux tranches (au moins 5500F/m2 pour 4500 m2 de planchers, soit environ 26 millions de francs avec l’aménagement des abords immédiats)21. Mais J. Renard, directeur de l’aménagement à la DIAME, sollicité pour le financement, manifeste sa plus grande perplexité sur l’argumentation du projet d’IFP22. Doute sur le nombre de paysagistes envisagé, faiblesse de la dimension du paysagisme d’aménagement et de la recherche, flou de la pédagogie… Il ne dispose pas des crédits demandés en 1984, peut-être en 1985.

En juillet, les services de l’inspection du ministère rendent un rapport très critique sur la situation de l’enseignement à l’ENSH/ENSP de Versailles : fonctionnement complexe et peu satisfaisant, gestion confuse sans enseignant titulaire à l’ENSP23.

À la rentrée de 1984, d’autres voix se font entendre. B. Lassus diffuse le projet d’un certificat d’études approfondies (CEA) Jardins et paysages à l’UP d’architecture n° 6 de Paris. Il implique deux pôles d’enseignement, un à Paris avec d’autres enseignants d’UP (M. Conan et J. Christiany de l’UP4) et de l’université (A. Cauquelin, J. Duvignaud) et l’autre à Versailles (l’ENSP). D’autres (J. Dreyfus, proche de B. Lassus, notamment) insistent sur les questions sociales que posent les pratiques de jardin et de paysage24.

Comme dans le premier projet d’Institut du paysage de 1972, la décision réelle du projet reste sous la tension de points de vue contradictoires. D’un côté, l’hésitation motivée de la DGER entrainant celle de ses partenaires ministériels et du gouvernement, de l’autre des initiatives multiples et l’engagement de R. Chaux et de quelques enseignants montrant l’enjeu politique local et national de ce projet.

Aux assises du Paysage d’Aix-les-Bains (600 participants), le 13 octobre 1984, M. Rocard confirme les objectifs interministériels de l’IFP de Versailles-Guyancourt et la signature prochaine du décret fondateur. « La rentrée 1985 devra se faire à Versailles dans le cadre de l’IFP qui aura reçu sa première dotation en personnel, et en 1987 à Guyancourt ».

En novembre les projets de décrets, précisant sa structure, ses missions, son personnel et ses enseignements sont rédigés25. Et les ministères concernés autres que l’Agriculture semblent prêts à participer au financement, à condition que le ministère de l’Agriculture « donne des preuves de sa bonne volonté »26.

Du compte-rendu du conseil général de l’ENSH/ENSP27, il faut retenir que pour R. Chaux « les décrets, en Conseil d’État, sont à la signature pour parution au cours du premier semestre 1985 ». De son côté l’association des anciens élèves de l’ENSH et de l’ENSP s’inquiète du rapport Mothes visant à intégrer l’horticulture dans des « centres de productions végétales ». Elle pense que la réflexion sur le programme pédagogique de l’IFP est « à peine commencée », et demande des précisions claires sur les articulations entre la filière Sciences et techniques appliquées aux aménagements paysagers et l’IFP.

La désillusion

Une longue attente commence, surtout après le départ de Michel Rocard du ministère de l’Agriculture le 4 avril 1985 et son remplacement par Henri Nallet.

Le 22 (ou le 19) mars les étudiants lassés d’autant d’atermoiements, se mettent en grève. Ils viennent d’apprendre que l’ENSP n’est pas sur la liste des établissements accédant à l’autonomie financière et administrative en 1985. Puis les enseignants font de même le 25 mars. Dès le 26 mars, R. Chaux demande à Bernard Vial, nouveau directeur de cabinet, à rencontrer le ministre. Les engagements pris seront-ils respectés ?

Une semaine après, il propose à la DGER l’ouverture en juin d’un concours de maitre de conférences en « Théorie et pratique du projet de paysage », un moyen parmi d’autres de calmer la colère et la déception des étudiants et des enseignants28. Et surtout de pouvoir faire la rentrée avec un enseignant titulaire responsable des ateliers de projet. Car, dès le 4 mars, il a reçu l’assurance, par M. Carcassonne, de l’attribution d’un poste de maître de conférence à l’ENSH pour l’ENSP et d’un poste d’attaché d’administration et d’intendance en 198529.

Au même moment l’assemblée générale des étudiants de l’ENSP demande à rencontrer le ministre et son conseiller technique M. Carcassonne. Ils souhaitent s’informer sur la mise en œuvre du projet d’IFP et des mesures transitoires (autonomie, dotation en personnel enseignant : 2 postes en 1985, 3 en 1986, décret de création). Les enseignants font de même et sont reçus le 24 avril. On leur répond, dans la version étudiante « que les promesses ne seraient pas tenues, mais renvoyées à plus tard »30 ; dans la version enseignante que « les raisons sont administratives, sans explication de fond »31.

Le 6 mai, la DGER ne répond toujours pas à l’incertitude générale, le nouveau ministre -apprendra-t-on plus tard- n’ayant toujours pas pris connaissance du dossier. R. Chaux demande à nouveau un rendez-vous à son conseiller. Simultanément le nouveau DGER, Michel Gervais avec son sous-directeur M. Soyeux reçoit un groupe d’étudiants32.

De leur côté, comme en 1972, les paysagistes enseignants et les élèves tentent de contacter des personnalités politiques ou professionnelles pour éviter un échec probable. Jack Lang, en visite gastronomique à Versailles, est invité au Potager du roi. Des paysagistes d’écoles de paysage anglaise et yougoslave, le président de l’IFLA Zvi Miller, les députés de Versailles (Etienne Pinte), d’Hazebroucke, des Côtes-du-Nord et de l’Allier, ainsi que des parents d’élèves écrivent au ministre.

Le 21 mai, après une entrevue avec MM. Jactel et Soyeux, R. Chaux fait connaitre à la commission permanente du Conseil général la position de la DGER. La décision de création de l’IFP n’est pas remise en cause ; les solutions financières devront être trouvées et un conseil d’administration propre à l’ENSP avec de nouveaux moyens sera créé à la rentrée 1985. Il ne rappelle pas, car cela est connu de tous, que le 26 juin 1985 devrait avoir lieu le premier concours de recrutement d’un maître de conférences dans la discipline Théories et pratiques du projet de paysage.

Comme la grève dure toujours, accompagnée de manifestations étudiantes spectaculaires à Paris (des projections sur les murs du Louvre), MM. Raffi, Gervais, Soyeux et Carcassonne rencontrent, le 5 juillet, les représentants des étudiants (M. Claramunt, C. Dard et P. Jacotot) et des enseignants (M. Rumelhart et A. Provost). La tension a en effet monté, y compris avec des altercations sur le perron du ministère. M. Raffi demande l’arrêt des désordres et précise la position du ministère : 1/Le ministère ne sera ni leader, ni seul acteur du projet d’IFP. 2/Un premier chargé de mission, B. Fischesser, ingénieur en chef du génie rural et des eaux et forêts au CEMAGREF de Grenoble sera nommé pour répondre à la question : « Un institut du paysage, pourquoi, comment et avec qui ? ». 3/ si un IFP est créé, cela se fera d’abord dans les faits et ensuite dans les textes. Aussi un second chargé de mission sera chargé, dans ce cas, en tant que futur directeur probable, de mettre en place une « structure IFP préparatoire ».

Le rapport de B. Fischesser

Le 20 aout 1985, B. Fischesser reçoit sa lettre de mission. Il remettra son rapport en novembre de la même année. La rentrée de l’année scolaire 1985-1986 s’est faite normalement après le recrutement de M. Corajoud comme maître de conférences.

Le chargé de mission suit en fait les orientations données par M. Raffi. Il fait de l’IFP un but à moyen et long terme et énumère les objectifs de développement de l’ENSP actuelle au côté, puis avec l’ENSH au sein du Potager du roi. L’autonomie administrative et financière apparait comme « une obligation sans alternative » avec une nouvelle direction sensible aux questions singulières de paysage. Il en est de même pour la dotation d’«une masse critique d’enseignants permanents», de la construction d’un nouveau projet pédagogique avec une redistribution des volumes horaires entre départements, de l’accueil d’élèves d’autres formations (agronomes, architectes notamment), de l’association de l’enseignement et de la recherche à développer, du développement d’une documentation adaptée et modernisée, et de l’ajout d’ un premier cycle.

Reconnaissant toute la valeur originale de la formation existante, il se prononce néanmoins pour un rééquilibrage entre les formations d’arts plastiques et celles insuffisantes de techniques de représentation et de communication, pour une ouverture scientifique et technique plus grande et pour le développement des projets de « grand paysage » comme ceux explorés par les premiers ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année depuis 1983.

Ce rapport confirme des pistes déjà connues pour construire d’abord l’IFP dans les esprits et les faits, avant d’imaginer un cadre juridique nouveau et de nouvelles implantations hors du Potager du roi.

Car dans les faits et les esprits, l’IFP a été construite dans les trente années qui ont suivi. Des services documentaires propres, un laboratoire de recherches actif, une formation doctorale reconnue, un nouveau projet pédagogique, une quatrième année formatrice, une formation continue, des écoles d’amateurs, une revue de qualité et un corps d’enseignants-chercheurs titulaires de 14 personnes permanentes et de nombreux vacataires et contractuels ont vu le jour. Mais l’autonomie financière et administrative n’a pu être obtenue qu’avec le départ (douloureux et programmé) de l’ENSH à Angers dix ans plus tard.

Aujourd’hui, personne ne songe à réclamer un IFP, puisque l’ENSP de Versailles-Marseille en a été la concrétisation.

Conclusion

Cet épisode de la vie de l’ENSP de Versailles est sans doute significatif d’une opposition qui structure la vie politique ordinaire. Entre ceux, surtout des responsables politiques nationaux, qui avancent des projets ambitieux, et les administrateurs des ministères qui en financent la réalisation et la gestion. Dans beaucoup de situations, les législateurs préfèrent entériner par la loi une situation évolutive qui fonctionne bien, mais au cadrage légal discutable, plutôt que de prendre des risques avec une création ambitieuse mais aux résultats incertains. C’est probablement ce qui explique l’échec du premier institut du paysage en 1972, autant que les oppositions des corps d’ingénieurs du ministère.

Il montre aussi que l’engagement de la direction de l’ENSP, et la grève des étudiants et des enseignants ont été la condition de ce développement pragmatique obtenu dans un contexte conflictuel.

En 1972, c’est surtout l’opposition d’Etienne Le Guélinel, le directeur de l’ENSH, qui a fait échouer le projet d’Institut du paysage, sans doute avec l‘appui de la DGER, et a provoqué la création du CNERP. En 1985, c’est le ministère de l’Agriculture lui-même qui a réorienté le processus de projet de l’IFP vers une co-construction longue, mais au final fructueuse. L’ambition politique du paysagisme d’aménagement a fini par s’hybrider avec l’héritage historique de l’art des jardins dans une pensée capable de maîtriser les échelles de temps et d’espace, et les paysagistes concepteurs de devenir des acteurs polyvalents appréciés par les politiques de l’aménagement du territoire.

Le projet utopique de P. Harvois est devenu réalité, mais sous une forme et selon un processus qu’il ne prévoyait pas.

P. Donadieu


Bibliographie

B. Fischesser, L’avenir de l’école nationale supérieure du paysage de Versailles, rapport au ministre de l’Agriculture, octobre 1985.


Notes

1 La Mission du paysage est dirigée depuis 1979 par Alain Riquois, ingénieur du Génie rural et des Eaux et Forêts. Il deviendra directeur de l’ENSP en 1990.

2 Une nouvelle politique du paysage, CIQV, doc. Ronéo., 1981.

3 Op. cit., p. 3

4 Cette cellule qui regroupait huit membres permanents s’est réunie tous les deux mois de 1981 à 1983 pour réfléchir aux questions posées par l’évolution du paysage rural. B. Fischesser, L’avenir de l’école nationale supérieure du paysage de Versailles, rapport au ministre de l’Agriculture, octobre 1985, p. 35.

5 P. Harvois, Note sur la création d’un Institut français du paysage, 27 décembre 1982.

6 La décision du transfert sera prise en 1993 et sera mise en œuvre de 1995 à 1997.

7 Jusqu’en 1983 ou 84. Des paysagistes comme H. Bava ou M. Desvignes ont connu ce système pédagogique d’ateliers sans option.

8 Courrier du 2 mars 1983 de R. Bellec aux enseignants.

Note sur l’organisation de la formation au paysage dans le cadre du futur institut français du paysage, Document de travail, RB/CC, n° 441, 31 mai 1983.

10 Note…, ibidem.

11 Lettre de J.-P. Duport à R. Chaux du 1er Juillet 1983.

12 B. Fischesser, op. cit., p. 36.

13 Lettre de R. Chaux à M. Pingaud, Cabinet du ministre de l’Agriculture, 10 octobre 1983.

14 Ibidem.

15 Pour une politique d’aménagement d’un espace de qualité : l’Institut français du paysage, non daté. Ce texte qui date sans doute de 1983, émane peut-être de la FFP.

16 R. Chaux, 300 ans d’histoire au Potager du roi, Discours prononcé à l’occasion du tricentenaire du Potager du roi, 16 décembre 1983, 5 p.

17 B. Fischesser, op. cit., p. 36.

18 M. Rocard, intervention au tricentenaire du Potager du Roi, 16 décembre 1983, doc. ronéo, 7 p.

19 Lettre de R. Chaux à M. Pingaud conseiller technique au cabinet du ministre du 9 mars 1984

20Lettres de R. Chaux à M. Soyeux, sous-directeur de l’enseignement supérieur, DGER, du 9 mai 1984

21 Lettre de J. Lourdin, bureau d’études et de contrôle des constructions administratives, DGAF à M. Pingaud, Cabinet du ministre, 22 mai 1984.

22 Lettre de J. Renard à M. Pingaud, le 11 mai 194

23 B. Fischesser, op. cit., p. 36

24 Lettre de J. Dreyfus, ingénieur général des Ponts et Chaussées, et J.-C. Saint-Maurice à R. Chaux, septembre 1984.

25 Institut français du paysage de Versailles-Guyancourt, Projet, YS/SL, ministère de l’Agriculture, novembre 1984.

26 B. Fichesser, op. cit. p. 37.

27 Compte-rendu de la réunion du conseil général de l’ENSH et de l’ENSP, 13 décembre 1984.

28 Lettres à la DGER (Madame Robinet), du 26 mars 1985.

29 Lettre de M. Carcassonne à R. Chaux du 4 mars 1985. Le poste est prélevé sur la dotation prévue à l’ENFA de Rennes. La décision a été prise par C. Jactel, chef du service de l’enseignement, dès janvier 1985.

30 Tract distribué au ministère de l’Agriculture, sans date.

31 Lettre du 29 avril à H. Nallet des 16 enseignants paysagistes vacataires de l’ENSP.

32 Il s’agissait de C. Alliod, Charles Dard, Jerôme Boutterin, Michel Collin et Marc Claramunt.

Biographies de paysagistes H. Martinet

Henri Martinet (1867-1936)

Diplômé de l’ENH de Versailles, H. Martinet a exercé le métier d’architecte paysagiste en France et à l’étranger. Il a été directeur de deux revues Le Jardin (depuis 1894), puis Le Petit Jardin Illustré et en 1921 rédacteur adjoint de la Revue horticole.

Il est dessinateur chez l’architecte paysagiste E. André en 1888, et son secrétaire de 1889 à 1890. De 1897 à 1920, il est professeur à l’ENH en horticulture industrielle et commerciale.

Il est membre au titre de la SNHF de l’organisation de l’exposition universelle de 1900. De 1910 et 1911, il est vice président de la SNHF. En France, il a conçu et réalisé le parc public de la Rhônelle à Valenciennes, le parc Beaumont à Pau et des jardins privés et publics à Biarritz, Aix-les-Bains, Hendaye, Le Touquet, Chatellerault, Montreuil, Loudun, Pontoise … Il fonde en 1906 une société immobilière pour l’aménagement de la plage d’Hendaye et créé avec l’architecte E. Durandeau un lotissement balnéaire.

À l’étranger, il a dessiné les plans des jardins de Shinjuku Gyoen à Tokyo, et réalisé des parcs à Monte-Carlo, Euxinograd, Montevidéo, Albazzia en Autriche, Luxembourg, Ostende en Belgique …

P. Donadieu 15 mars 2019

(D’après le site du comité des parcs et jardins de France, 2019, et Alain Durnerin, in Créateurs de jardins et de paysages, ENSP/Acte Sud, 2002)

 

Répertoire Notes

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Les sigles principaux utilisés :

CJP Créateurs de jardins et de paysage, en France du XIXe au XXIe siècle, M. Racine, édit., Actes Sud/ ENSP Versailles, 2002,

CNERP, Centre national d’étude et de recherche du paysage de Trappes (78) (1972-1979). Centre interministériel de formation au paysage d’aménagement créé à l’initiative de Robert Poujade premier ministre de l’Environnement.

DEP Diplôme d’État de paysagiste (2015) ; voir ENSP

DPLG diplômé par le gouvernement, titre professionnel (paysagiste DPLG) attribué aux élèves de la Section du Paysage et de l’Art des jardins de 1961 à 2018 après deux puis quatre années de formation selon les époques. Le diplôme d’État de paysagiste (DPE) qui lui a succédé en 2015 donne accès au titre professionnel de paysagiste concepteur (landscape architect).
La date indiquée est celle de la parution de l’arrêté au Journal officiel pour ceux qui sont passés par le concours en loge après leurs études à la Section.

ENA École nationale d’administration

ENS École normale supérieure (rue d’Ulm à Paris).

EN(S)H, École nationale (supérieure) d’horticulture de Versailles (1873-1995). Elle a délivré le diplôme d’ingénieur horticole obtenu en 3 ans de 1927 à 1974, puis celui d’ingénieur de l’ENSH, en tant qu’école d’application en deux ans des écoles d’agronomie (1976-1995).

ENSP, École nationale supérieure de (du) paysage de Versailles (>1995). Elle a délivré au bout de quatre ans d’étude le diplôme de paysagiste DPLG de 1979 à 2018, puis délivre au bout de trois ans d’étude le diplôme d’État de paysagiste (DEP) à partir de 2018. Ce dernier diplôme donne accès au titre de paysagiste concepteur (=architecte paysagiste) depuis 2016.
L’année indiquée est celle de l’admission sur concours. Presque toutes les personnes admises sur concours ont obtenu le diplôme et titre professionnel de paysagiste DPLG.

IH, ingénieur horticole, diplôme de l’ENSH délivré de 1927 à 1974. L’année indiquée est celle de l’inscription dans l’établissement qui est celle du concours d’entrée.

INRA, Institut national de la recherche agronomique.

JPT Diplôme d’étude approfondie « Jardins, paysages, territoires », formation de recherche doctorale dispensée à l’école d’architecture de Paris-La Villette de 1989 à 2008 avec l’EHESS puis l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle fut dirigée par B. Lassus et A. Berque, puis par Y. Luginbühl.

GERP : groupe d’études et de recherches du paysage (1969-72), voir CNERP, B. Barraqué et P. Dauvergne. A préfiguré l’association Paysages (1968-75) qui a été le support du CNERP (1975-79)

GPP : Grand prix du paysage attribué tous les deux ans par le ministère chargé de l’Environnement

GPU : Grand prix de l’urbanisme attribué tous les ans par le ministère chargé de l’urbanisme

LAREP, laboratoire de recherches sur le projet de paysage et d’accueil de doctorants créé en 1993 à l’ENSP par P. Donadieu et A. Fleury.

SP : section du paysage et de l’art des jardins (1945-1974). L’année indiquée est celle de l’inscription dans l’établissement qui est celle du concours d’entrée. Le titre de paysagiste DPLG (1961-2015) est obtenu soit après une ou deux années d’études sanctionnées par un certificat d’études, plusieurs années de stage en agences et un concours en loge (SP de 1947 à 1985), soit au bout de quatre années d’étude (ENSP de 1979 à 2018).
L’année indiquée est celle de l’admission sur concours. Une grande partie des personnes admises sur concours à la section du paysage et de l’art des jardins ont obtenu le titre professionnel de paysagiste DPLG.

SPF : Société des paysagistes français

STCAU ; Service technique central d’aménagement et d‘urbanisme (direction de l’aménagement et de l’urbanisme qui dépendait du ministère de l’Équipement et du Logement (1967-1970)

TDPP, master 2 “Théories et démarches du projet de paysage” : parcours de formation à la recherche doctorale créé en 2006 à l’ENSP avec l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et AgroParistech (école doctorale ABIES) par P. Donadieu.

Enseignant(e): toute personne ayant enseigné dans la Section du paysage et de l’art des jardins de l’ENSH, à l’EN(S)H et à l’ENSP, au CNERP et dans quelques masters extraversaillais : titulaire (professeur, maître de conférences, maître-assistant, assistant, ingénieur de recherche, ingénieur d’étude), vacataire, en CDI ou CDD. Cet enseignement peut prendre des formes diverses (cours, conférences, travaux dirigés, travaux pratiques, encadrement d’ateliers, voyages, encadrement de mémoires …)

Chercheur(e) : toute personne, en général titulaire d’un doctorat universitaire, ayant exercé ou exerçant des activités de recherche théorique ou appliquée, et de publication dans un cadre universitaire public ou privé.

Personnel : toute personne ayant participé, sous une forme ou une autre, à la formation des étudiants (directeur, secrétaire général, direction des études, agent comptable, documentaliste, secrétaire, assistant (e), chargé(é) de mission, informaticien, directeur du potager, jardinier…)

La liste des noms cités, qui apparaissent dans les procès-verbaux des conseils des enseignants depuis 1946 et sur le site web de l’ENSP en 2018, n’est pas exhaustive. Elle n’est pas non plus limitée à l’ENSH/ENSP mais concerne toutes les personnes qui de près ou de loin ont joué un rôle, même modeste, dans les formations versaillaises (ou non) des paysagistes.

Notice sur les bâtiments du Potager du Roi à Versailles

Le potager du roi a été construit par Jean-Baptiste de la Quintinie de 1678 à 1683

La Figuerie a été rehaussée d’un étage en 1901, Jules Nanot étant directeur.

La Coopérative (le foyer des élèves), actuel bâtiment Saint-Louis, a été terminée en 1928, Fernand Pinelle étant directeur de 1924 à 1940

Les bâtiments le long de la rue Hardy ont été construits à la fin des années 1950 à la place des serres adossées au mur, Etienne Le Guélinel étant directeur (1959-1974). Les laboratoires de Chimie ont été inaugurés en 1961.

Répertoire ENSH-ENSP Versailles

Petit Répertoire
des enseignants, chercheurs et personnels

de la Section du paysage et de l’art des jardins de l’EN(S)H de Versailles et de l’ENSP de Versailles-Marseille, du Centre national d’études et de recherches du paysage de Trappes, et de quelques autres écoles de paysage françaises et étrangères (Bordeaux, Lille, Blois, Angers…)

Version provisoire du 24 avril 2019
(en cours de modification)

Pierre Donadieu et Roland Vidal proposent un répertoire conçu comme une base de données biographiques à usage des chercheurs et des enseignants, mais également de tout public curieux de l’histoire des formations dispensées au Potager du Roi de Versailles de 1874 à nos jours, et de leur contexte institutionnel.

Accessible à tous sur le site topia.fr, il est destiné à être corrigé, complété et actualisé par toute personne qui en aurait la possibilité. Vous pouvez répondre directement sur le site.

Cette version est une ébauche en cours de correction et de complément. Les noms cités sont retenus au fur et à mesure de la progression de nos recherches, sans sélection particulière.

Sigles utilisés, définitions et notes diverses

 


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

 

A

Adam François, ENSP 1990, JPT, CAUE des Yvelines, enseignant au master TDPP.

Albisser Nathalie, née en 1972, ENSP 1993, assistante d’enseignement contractuel ENSP (ateliers) Marseille de 2000 à 2008.

Allain Yves-Marie, IH 1966, SP 1968, DPLG (date à préciser), membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement et président après Raymond Chaux en 1994 de l’association Promotion du paysage qui portait la revue jusqu’en 1996.
N’a pas enseigné à l’ENSP.

Alvéry Pierre, SP 1968, enseignant (assistant) à la SP de 1969 à 1972.

Ambroise Régis, ingénieur agronome Montpellier, Mission du paysage, Direction de l’espace rural et de la forêt (Ministère de l’Agriculture), enseignant au master TDPP et au cycle DPLG, président du collectif Paysages de l’après pétrole en 2018. Biographie.
Ouvrage de R. Ambroise & Odile Marcel

André Edouard 1840-1911, horticulteur, botaniste, journaliste et architecte paysagiste, enseignant à l’ENH à la chaire d’architecture des jardins et des serres de 1892 à 1900. Il a succédé à Auguste Choisy et a précédé son fils René-Edouard.
Page WikipédiaArticle de Florence André-Olivier – Article d’Alain Durnerin

André René-Edouard, 1867-1942, ingénieur des arts et manufactures, enseignant à l’ENH chaire d’architecture des jardins et des serres, de 1901 à 1933. Il a succédé à son père Edouard et a précédé Ferdinand Duprat.
Fonds André aux Archives des Yvelines

Anstett Alfred, enseignant à l’ENSH de sciences du sol et de fertilisation depuis 1957, à la Section de 1967 à 1972, puis à l’ENSP de 1977 à 1983. Il remplace M. Chaminade à l’ENH.

Antoine Serge, 1927-2006, ENA, Cour des comptes 1954, DATAR 1963, chargé de la recherche puis des relations internationales au ministère de l’Environnement. Membre du Haut comité l’environnement.
N’a pas enseigné à l’ENSP, mais a participé à la naissance du CNERP dans les années 1970.
Page Wikipédia

Anton (l’) Jean-Marc, né en 1962, ENSP 1983, enseignant et responsable du département des techniques à l’ENSP de 1993 à 1999. Il a précédé Armelle Varcin à ce poste.
Maitre assistant à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris Val de Seine en 2018. Paysagiste Conseil de l’État en 1995. Publication : Dessiner le Temps : Landscape in time. L’Anton & associés , paysage&urbanisme.
Page de l’Agence L’Anton

Argant Sébastien, ENSP 1995, enseignant au département d’écologie de l’ENSP (> 1990).

Aubry Christine, ingénieur agronome, INRA SAD Paris, enseignante au master TDPP
C. Aubry a repris les recherches en agriculture urbaine initiées par A. Fleury à l’ENSP en 1993.

Aubry Pascal, né en 1946, SP 1968, DPLG 1980 (concours en loge en 1975), enseignant ENSP (1977-1987), puis maitre-assistant à l’École d’architecture de Paris-La Villette et coordinateur, après Michel Viollet, de la quatrième année ENSP. Béatrice Julien-Labruyère lui a succédé en 2006. Paysagiste conseil de l’État.
Publications
Les Ateliers pédagogiques régionauxLa quatrième année (article)

Audias Albert 1904- 200 ?, IH 1921, paysagiste DPLG, enseignant en études des sites et paysages, espaces verts, à la Section de 1946 à 1973. Ancien collaborateur de l’architecte paysagiste Ferdinand Duprat de 1928 à 1939, puis chargé de mission à la ville de Paris au service de Robert Joffet (terrains de sports, inventaire des espaces verts du département de la Seine), se consacre ensuite aux espaces verts de Saint-Nazaire et au parc de la Courneuve (1956).

Audouy Michel, ENSP 91, enseignant en techniques pour le paysage depuis 2002
Michel Audouy est secrétaire général de la Fédération Française du Paysage et Président délégué de Val’hor, interprofession de l’horticulture en 2018. En 2013 il est co-organisateur avec Chiara Santini, du cycle de conférences « André Le Nôtre, de l’héritage à l’action » à l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance du grand jardinier. Article sur Europeangardens.

Auricoste Isabelle, née en 1941, SP 1962, enseignante à l’ENSP (Ateliers de projets 1982-85), puis à l’ENSAP de Bordeaux à partir de 1991, GPP 2000.
Voir notice de Anne Demerlé-Got, CJP, p. 286. Entretien avec Astrid Deroost


B ^

Barraqué Bernard, Directeur de recherche, École nationale des Ponts-et-Chaussées, puis AgroParistech, auteur de « Le paysage et l’administration », 1985, l’une des premières recherches importantes sur les politiques publiques de paysage en France.
N’a pas enseigné à l’ENSP.

Baudé Jean-François, né en 1946, photographe et artiste, enseignant à l’ENSP (arts plastiques) depuis 1980.

Baudelot-Mollie-Stéfulesco Caroline, SP 1961, membre de la Mission du Paysage du ministère de l’Environnement 1979-1997, auteure en 1993 de L’urbanisme végétal et en 2009, Des arbres dans la ville, l’urbanisme végétal.

Baudron Yves, né en 1939, assistant ingénieur ENSH-ENSP en 1994, affecté au département Nature, sciences, société en 2000, retraité en 1999 et toujours actif au Potager du roi en 2019.

Bava Henri, né en 1957, ENSP 1980, enseignant à l’Université de Kassel, trophée du paysage 1991, GPP 2008, GPU 2018 (Agence TER). Président de la FFP en 2000 et 2018.
Directeur de l’Agence Ter. Publications : L’urbanisme des milieux vivants, Agence Ter Parenthèses 2018 ; 357824 ha de paysages habités, of inhabited landscaped par Agence Ter AAM éditions Ante Prima 2011.
Grand prix de l’urbanisme (Agence Ter).

Beccaletto Jacques, né en 1947, chef du service des cultures ENSH/ENSP, assistant ingénieur de formation et de recherche au Potager du roi de 1962 à 2012.

Beccaletto Catherine, assistante comptabilité, ENSH ENSP.

Bellaigue (de) Raymonde, historienne du Potager du Roi, Le Potager du Roi, 1678-1793, ENSH, 1982

Bellec Roger 1933-2017, animateur socioculturel des lycées agricoles, secrétaire général et enseignant (techniques de communication) à l’ENSP de 1977 à 1985.
Guy de la Personne lui a succédé comme secrétaire général.

Berlin Ericné en 1963 ? ENSP 1979, enseignant ENSP 2000-2005,  puis enseignant ENSArchitecture de Lille Agence Empreinte.

Bernard Jean-Louis, architecte, enseignant de morphologie architecturale en 2éme année à la SP, de 1972 à 1974.
Introduit par Jacques Simon.

Bernard Jean-Paul, SP 1949, ingénieur divisionnaire des services paysagers de la ville de Paris. Enseignant à la SP de ? à 1971 (Techniques de travaux de jardins).

Bernard Jean-Pierre, IH 1945, SP 1948, enseignant d’urbanisme opérationnel à la Section de 1960 à 1970

Berque Augustin, né en 1942, géographe et philosophe, directeur d’études à l’EHESS, cofondateur et enseignant avec Bernard Lassus de la formation doctorale “Jardins, Paysages, Territoires” à l’École d’architecture de Paris-La-Villette avec l’EHESS à Paris de 1989 à 2008. Page Wikipédia.

Bertrand Etienne, ENSP 1985, enseignant ENSP, coordinateur pédagogique de la formation continue en 2018

Bériac Jean-Pierre, Chargé d’études documentaires aux Archives départementales de la Gironde de 1971 à 2001, puis enseignant d’histoire des jardins à l’École nationale d’architecture et de paysage de Bordeaux jusqu’en 2008.
Ancien élève de l’École des Beaux-Arts.

Beslay Gilles, secrétaire général ENSP, 1995-2000 ?

Besse Jean-Marc, philosophe, directeur de recherche CNRS, enseignant en quatrième année à l’ENSP et responsable des éditions de l’ENSP (corédacteur des Carnets du paysage notamment) en 2018 (depuis 1998). Enseignant à l’école nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille.
Page de l’Université Paris IPage de l’UMR Géographie-cité

Blanchon Bernadette, architecte DPLG, enseignante et chercheure en histoire des projets de paysage, l’ENSP (DEP 2e et 3e années) depuis 1987.
Article sur les grands ensembles

Blin Françoise, enseignante de dessin à la Section en 1967-68, puis à l’ENSP de 1976 à 1985. Elle démissionne en 1985 par une lettre à M. Rocard. Elle souhaitait une chaire d’esthétique ou d’histoire de l’art du paysage (PV du conseil des enseignants du 25 mars 1985).

Bocquet Romain, ENSP 2006, enseignant de génie jardinier en 2018 à l’ENSP (département d’écologie)

Bonin Sophie, ingénieur agronome INA Paris Grignon, JPT, géographe, enseignante et chercheure au département de sciences humaines (ENSP) et au master Théories et démarches du projet de paysage depuis 2008.
Page personnelle

Bordes Pierre, ingénieur agricole, enseignant de génie horticole et de topographie à l’ENSH, et à l’ENSP (1976-1984). M. Jouannet lui a succédé.

Bossard René, IH 1928, enseignant à la chaire de cultures ornementales de l’ENSH de 1947 à 1974 ?, enseignant à la SP en 1972. P. Lemattre lui a succédé.
Publications

Boudevin Simon, ENSP ?, enseignant au département d’arts plastiques à l’ENSP en 2018.

Bouillon Didier (1947-2014), ethnologue, chercheur à la fédération des parcs naturels régionaux de France, enseignant à l’ENSP de 1989 à 2013, responsable du département de sciences humaines (1993-1996).
Sur le site du village de Nocario, où il avait travaillé.

Bouraoui Moez, ENSP 1991, enseignant et chercheur en urbanisme et aménagement du territoire à l’ISTEUB de Tunis.

Bourget Christine, secrétaire pédagogique ENSP depuis 1990 ?

Bouterin Jérôme, né en 1960. ENSP 1980. Peintre.  Enseignant ENSP en atelier de projet de 1996 à 2006. Maitre de assistant à l’ENSArchitecture de Lille 2007-2008 puis  à l’ENSArchitecture de  Versailles depuis 2008. Site.

Bouvier Vincent, né en 1960. ENSP 1986, enseignant et chercheur à l’INHP d’Angers (Agrocampus Ouest) depuis 1998.

Brauns Alice, née en 1967. ENSP 1993, enseignante en projets de paysage (ateliers) ; maitre de conférence depuis 2014. Paysagiste conseil de l’Etat.  

Brice Robert, paysagiste diplômé, enseignant de techniques de travaux de jardins à la SP jusqu’en 1956.
Membre du jury du concours en loge.

Briffaud Serge, historien du paysage, enseignant-chercheur des écoles d’architecture en 2018, École d’architecture et de paysage de Bordeaux,
Membre du comité de rédaction de la Revue Paysage + Aménagement (1994-1996).
Coordinateur du projet “Paysage, énergie, montagne“.

Brison Henri, ( ?-1962) IH 1937, enseignant à l’école « du Breuil » (un an), paysagiste de la ville de Paris avec D. Collin dans une équipe dirigée par R. Joffet (années 1960). A enseigné dans la Section du Paysage avant 1961.

Brisson Jean-Luc, né en 1956, artiste, enseignant en arts plastiques à l’ENSP de Versailles, et de Marseille en 2018 depuis 1995 ? Coresponsable de la Revue Les Carnets du paysage.
Présentation sur le site “Point de fuite”.

Brown Alexandre, de 1782 à 1790, il a succédé à Jacques-Louis Le Normand à la direction du Potager du roi.

Bruant Jacques, né en 1947, technicien de formation et de recherche de 1995 à 2010 au Potager du Roi. Responsable des cultures ornementales.

Bruel Anne-Sylvie, ENSP 1981, enseignante en ateliers de projets à l’ENSP de 1997 à 2002. Biographie.

Brunet Bernard, ENSP 2001, École d’architecture et de paysage de Bordeaux, enseignant en 2018.

Buttier Stéphanie, née en 1974, ENSP 1994, enseigne à l’ENSP (arts plastiques, DEP2).
Ses travaux sur Google


C ^

Cabanel Jean, né en 1935, chef de la mission du paysage (1990-1997), puis du bureau du paysage aux ministères de l’Environnement et de l’Équipement. Il a succédé à Alain Riquois.
«Jean Cabanel a animé l’équipe de la Mission puis du Bureau du paysage des ministères chargés de l’Environnement et de l’Équipement. Son travail a permis la mise au point de méthodes liées à la gestion et à l’aménagement de grands paysages. Sa part active dans la diffusion des idées et des connaissances peut être appréciée dans l’ouvrage Aménagement des grands paysages en France».

Calvagna Simona, géographe,  DEA Jardins, paysages, territoires, Chercheur senior Université de Catane (Italie) en 2019.

Caire Dominique, ENSP 1984, Agence Feuille à Feuille, enseignante à l’ENSNP de Blois.

Camand Jean, IH 1942, DPLG 1955, cours d’urbanisme à Paris de 1946 à 1947 ; travaille avec R. Joffet à la ville de Paris. Travaux à Paris, Sarcelles et pour des commandes privées.
N’a pas enseigné à l’ENSP

Canevet Rozenn, historienne de l’art, enseignante à l’ENSAD de Reims et à l’ENSP (arts plastiques).

Carcaud Nathalie, enseignante et chercheur de géographie physique à AGROCAMPUS OUEST (centre d’Angers, département paysage) et membre du laboratoire ESO (UMR 6590).

Carré Catherine, géographe, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, enseignante au master TDPP.

Carrel Jean, enseignant d’économie à l’ENSH, enseigne le droit foncier dans la Section de 1971 à 1974, puis à l’ENSP de 1975 à 1980 (?).

Castello Lucien, né en 1941, assistant ingénieur de formation et de recherche ENSH ENSP, 1964-2001.

Cauquelin Anne, philosophe, romancière, essayiste et plasticienne française. Elle a été, durant une dizaine d’années, rédactrice en chef de la Nouvelle revue d’esthétique. Elle est professeur émérite de philosophie à l’université Paris X (Nanterre) et à l’université de Picardie. Elle a publié notamment L’Invention du paysage (PUF) en 2004.

Cavalié Bernard, IH 1966, SP 1968, enseignant ENSP en Techniques (1980-85 ?)

Cazenave Monique, née en 1946, adjointe technique de formation et de recherche ENSH ENSP de 1978 à 2006

Cereghini Elisabetta, architecte, historienne de l’architecture et des jardins, enseignante d’histoire des jardins en première année du cycle paysagiste ENSP, 2002-2006.
Page sur le site de Pak(ing) Day

Chabason Lucien, conseiller du premier ministre pour l’environnement (1974-1977).
De 1978 à 1984, il dirige le service de l’espace et des sites au ministère de l’urbanisme et du logement, puis le SRETIE de 1984 à 1988. Directeur délégué puis conseiller de l’Institut pour le Développement Durable et les Relations Internationales (IDDRI) à partir de 2003.
Membre de l’équipe enseignante du DEA Jardins, paysages, territoires, de l’école d’architecture de Paris la Villette sous la direction de B. Lassus et A. Berque.
Page sur le site de l’AHPNE

Challet Jean, 1924-2006, IH 1945, SP 1946, DPLG 1954, cofondateur en 1972 de l’association Paysages (1968-75) précédant le CNERP. Paysagiste à l’OREAM Nord.
N’a pas enseigné à l’ENSP.
Présentation par Isabelle Estienne

Charageat Marguerite, historienne des jardins, diplômée de l’école du Louvre et assistante des musées nationaux. Enseignante, en « art (en général) et en histoire de l’art (des jardins) à la SP de 1946 à 1956

Charuat Laurent, né en 1964, artiste, enseignant ENSP (arts plastiques) depuis 2010.

Chatti Jilaly, ENSP 1987, enseignant d’ateliers de projets et d’arts plastiques à l’Institut national agronomique de Chott Mariem (Université de Sousse)

Chauleur M., urbaniste en chef de l’Etat, enseignant au département de sciences humaines de l’ENSP (1980-85)

Chauvel Gabriel, né en 1948, SP 1970, enseignant ENSP (département d’écologie appliquée au projet de paysage) de 1987 à 2014 ?
Auteur avec Jean-Luc Brisson, Hélène Despagne et Marc Rumelhart de l’initiative pédagogique Chaubrides à l’ENSP.
Sur le site de la Carrière de Fégréac – Le “transformateur”, sur Ouest-France

Chaux Raymond 1925-2017, ingénieur agronome, ingénieur général d’agronomie, directeur de l’ENSH et de l’ENSP de 1974 à 1990. R. Chaux a été successivement directeur de la Chambre d’agriculture de Marrakech en 1951, directeur de la modernisation agricole au Cameroun, puis sous-directeur de l’enseignement technique agricole au ministère de l’Agriculture de 1967 à 1974. Il est nommé, par J. Chirac, premier ministre sous la présidence de V. Giscard d’Estaing, directeur de l’ENSH et de l’ENSP de Versailles où il restera jusqu’en 1990. Il succédait à Etienne Le Guélinel, ancien directeur des services agricoles de Seine-et-Oise, qui avait pris ses fonctions en 1959. Alain Riquois lui succéda. Il fut membre de l’Académie d’agriculture de France à partir de 1993. Fondateur de l’association Promotion du paysage et de la revue P+A en 1984.
Hommage sur le site de la SNHF

Chemetoff Alexandre, né en 1950, SP 1971, DPLG 1980, architecte, urbaniste. Responsable du département du projet et du département des techniques 1985- 1995 ? GPU 2000. Responsable des Rencontres Internationale du Potager du roi en 1989 et de la Biennale Architecture et paysage de Versailles en 2019. Sur WikipédiaSur le site du Moniteur

Choisy Auguste 1841-1909 (ou 1900), ingénieur des Ponts-et-Chaussées, architecte, enseignant d’architecture à l’École des Ponts-et-Chaussées, et d’histoire de l’architecture de jardins à l’ENH. Il a succédé à Jean Darcel de 1878 à 1892 et a précédé Edouard André. Voir Luisa Limido.
Biographie sur Babelio

Chomarat-Ruiz Catherine, née en 1965, philosophe, enseignante et chercheure en sciences humaines et sociales (histoire des jardins et des projets de paysage) à l’ENSP (2004 ?- 2011). Enseignante à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne fin 2018.
Cofondatrice avec P. Donadieu de la revue électronique Projets de paysage en 2008.
Bibliographie

Chopplet Marc, sociologue, associé à P. Mainié dans le premier programme de recherches de l’ENSP (1980-1982) et dans l’enseignement.

Christiany Jeanine, architecte DPLG, historienne des jardins, maitre-assistante à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles, DESS Paysages et jardins historiques, enseignante à l’ENSP en histoire des jardins de 1978 à 2000.
https://www.phanie.org/index.php/janine-christiany

Clarac Jean-Pierre, SP 1969, DPLG 1980, CNERP 1973-74, enseignant ENSP Marseille (ateliers de projets)
http://www.prourba.com/actualite/10/jean-pierre-clarac-experiences-de-paysage
http://atelierjpclarac.monsite-orange.fr/page8/index.html

Claramunt Marc, né en 1961. ENSP 1983, enseignant puis directeur à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois. Agence Physis. Paysagiste Conseil de l’Etat.
Cofondateur de la revue Pages Paysage (1989-2002).

Clément Anne-Marie, née en 1946, assistante d’enseignement et de recherche ENSH-ENSP de 1964 à 2006, affectée au LAREP de l’ENSP de 1994 à 2006.

Clément Gilles, né en 1943, IH 1965, SP 1967, enseignant (utilisation des végétaux, 1976-1982), puis de 2000 à 2012 à l’ENSP (ateliers de projet), GPP 1998, professeur émérite en 2018. Voir CJP 2, p. 297.
Page WikipédiaPage personnelle

Clerc Paul, SP 1965, GERP, CNERP

Cloarec Jacques, sociologue EHESS Paris, enseignant de SHS à l’ENSP de 1986 à 2005 (2ème année, « Le canton ») ?

Collin Daniel 1914-1990, IH 31, SP 1949, DPLG 1954 (58 ?), ingénieur divisionnaire des services paysagers de la Ville de Paris en 1962, président de la société des paysagistes français (SPF) de 1963 à 1971, enseignant au début de l’ENSP (1975-77).
Il est l’un des premiers ingénieurs horticoles (avec H. Brison, P. Carré, P. Mas, J. Challet, E. Mauret …) à obtenir par la Section du paysage le titre de paysagiste DPLG.
Voir CJP 2, p. 243

Combes Raoul, maitre de conférences en botanique à la Sorbonne, enseignant en 1930 à l’ENH.

Combot Claire, artiste, enseignante ENSP (arts plastiques) depuis 2010

Conan Michel, Historien des jardins, sociologue, enseignant et chercheur à l’Ecole d’architecture de Paris-Conflans (en 1990) et dans la formation doctorale “Jardins, paysages, territoires” de l’École d’architecture de Paris-la-Villette (1989-2000), chef du service Sciences humaines au Centre scientifique et technique du bâtiment (en 1993).

Corajoud Michel, 1937-2014, diplômé de l’École des Arts décoratifs à Paris, paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture, GPP 1992, GPU 2003, enseignant à la SP de 1972 à 1974, puis à l’ENSP de 1977 à 2003 (ateliers de projets)
Il a été l’un des rénovateurs les plus influents du métier de paysagiste concepteur et de l’enseignement du projet de paysage à l’ENSP.
Publication : Le paysage c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent, Acte sud 2010. Page WikipédiaArticle dans Sud-Ouest

Cordeau Jacques, enseignant de dessin au lycée Claude-Bernard à Paris et à la SP de 1960 à 1968.

Cormier Laure, ingénieure paysagiste Agrocampus Ouest, enseignante et chercheure à l’école d’urbanisme de Paris. Page personnelle.

Coulon Jacques, né en 1947, SP 1970, DPLG 1980 (concours en loge en 1975), enseignant ENSP (ateliers de projets) de 1977 à 1998).
Publications : Auteur, avec Linda Leblanc, d’Intuition-Intention et Paysages édition Le Monisteur 1993.

Courbot Didier, ENSP 1990, enseignant au département d’arts plastiques ENSP de 199 ? à 2002.

Cousseran Alain, ENITHP Angers (Agrocampus Ouest) 1977, paysagiste concepteur, directeur du groupe SIGNES (Avec Allain Provost). Biographie.

Coutureau Fabrice, ENSP années 1990, responsable de la communication.

Crémel Françoise, ENSP 1984, enseignante et chercheur à l’ENSP depuis 1997 (ateliers de projet), maitre assistante ENSArchitecture de Nancy 2006-2008, maitre assistante ENSArchitecture de Lille 2009, ingénieur de recherche à l’ENSP depuis 2010. 

Crémel Laurence, ENSP 1993, enseignante (ateliers de projet) à l’ENSP (années 2000)

Cros Jeanine, née en 1943, assistante pédagogique ENSH/ENSP de 1964 à 2003.

Cuisance Pierre, IH 1920, enseignant de pépinières à l’ENSH (préparation au concours de la Section) jusqu’en 1970.

Cuisinier Jean-Baptiste, X GREF, Directeur de l’ENSP (1995-2001), a succédé à A. Riquois comme administrateur provisoire, puis directeur, et a précédé Robert Mondy.

Cumenge M., chef de service au ministère de la Reconstruction et du Logement, enseignant en droit et législation à la SP de 1951 à 1961.


D ^

Darcel Jean 1823-1907, ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, collaborateur d’Adolphe Alphand au service des plantations de la ville de Paris, chef du service des promenades et plantations de la ville de Paris, enseignant à l’ENH (1876-77) à la chaire d’architecture des jardins et des serres.
Auteur d’une Etude sur l’architecture des jardins remarquée par A. Hardy directeur de l’ENH.
Article sur Jardins de France

Dauvergne Pierre, né en 1943,SP 1963, DPLG 1966, enseignant SP (1969-1974), STCAU (1966-69), OREALM Orléans (1969-1974), GERP (1969-70), association Paysages (1968-1975), CNERP (1975-1979), membre du Service technique de l’urbanisme (STU) de 1979 à 1984 et ENSP (1977-1985) puis Directeur des Espaces verts et du paysage du Val-de-Marne.
Pierre Dauvergne est un des pionniers, avec J. Sgard et B. Lassus, du « paysagisme d’aménagement » à la SP, puis au CNERP et à l’ENSP. Biographie sur Topia.

Davasse Bernard, géographe, enseignant-chercheur des écoles d’architecture à l’ENSAP de Bordeaux en 2018
N’a pas enseigné à l’ENSP

David Pierre, né en 1962, architecte DPLG, enseignant de projet à l’ ENSP (années 1990)
Il a été pendant huit ans enseignant d’architecture à l’École Nationale Supérieure de Paris Malaquais. Il a été ensuite directeur du département Paysage aux Universités de Harvard, Cambridge et Columbia.
Biographie sur Babelio

Davodeau Hervé, géographe, enseignant et chercheur à l’ENSP de Versailles (2005-2007), puis à Agrocampus Ouest, centre d’Angers, département paysage. Publications.

De Courtois Stéphanie, née en 1972, historienne, assistante d’enseignement et de recherche ENSP (1996-2006), ancienne doctorante au LAREP, enseignante-chercheure à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles, responsable du master Jardins historiques, Patrimoines, Paysages en 2018.
Articles sur Jardins de France

Defrance Laurent, enseignant d’infographie à l’ENSP (1995 ?- 2018)

Deffontaines Jean-Pierre, ? – 2006, ingénieur agronome, INA Paris, Directeur de recherche INRA SAD Versailles, géoagronome.
N’a pas enseigné à l’ENSP, mais a participé aux mouvements d’idées qui ont précédé la création du CNERP (STCAU, GERP). Membre du comité d’orientation de la revue P+A.
Il a introduit les notions géographiques d’espace et de paysage dans la pensée agronomique. Il est le fils de Pierre Deffontaines géographe français.
Hommage sur Ruralia

Delage Claudie, née en 1951, technicienne de laboratoire ENSH, assistante pédagogique ENSP en ateliers de projets (1969-2010)

Delalande Nicole, née en 1948, secrétaire de la direction de l’ENSH puis de l’ENSP, (de 1968 à 2010), membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement de 1984 à 1996.

De la Lande de Calan M., banquier à la Barclay Bank, président du CNERP (1975-1979) après R. Pérelman. Il représentait la Fondation de France.
N’a pas enseigné à l’ENSP

De la Personne Guy, SP 1968, enseignant ENSP, (1985-1987), responsable après A. Provost du département des techniques de projet

De la Quintinie Jean-Baptiste, 1624-1688, créateur et directeur du Potager du Roi à Versailles.
Biographie sur le site du Potager du roi

De la Soudière Martin, ethnologue, EHESS Paris, master TDPP et deuxième année de la formation des paysagistes à l’ENSP.

Delbaere Denis, ENSP 1989, JPT, enseignant-chercheur à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, et au master TDPP (depuis 2011)

Delilez Ariane, déléguée générale de la Fédération française du paysage. Le secrétariat de la FFP est localisé au Potager du roi, celui de l’IFLA le fut également dans les années 1980.

De Maurey Maryvonne, secrétaire générale de l’ENSP (2006-2012).

Demouchy Georges, 1946-2016, SP 1968, enseignant à l’ENSP à Marseille (ateliers de projets)
Hommage sur le Moniteur

Denarnaud Eugénie, ENSP 2008, enseignante ENSP (arts plastiques, DEP3, « Vous avez dit mémoire »)

Deny Jean, Louis, ? – 1960, IH 1890, paysagiste DPLG

De Parcevaux Sané. enseignant de climatologie à l’ENSP (1975-76), directeur de recherche INRA Versailles, consultant au STCAU (1967-1970).
Pierre Donadieu lui a succédé en 1978.

Dervieux Alain, architecte DPLG, enseignant ENSP depuis 1990 ? (expression graphique et plastique du projet), responsable du certificat d’études supérieures de paysage en 2018, maitre de conférences à l’Ecole d’Architecture de Paris Belleville.

Descattoire M., assistant de l’architecte et urbaniste R. Puget à la SP (1960-69)

Descola Philippe, né en 1949, anthropologue au collège de France (un cours en 2012 sur les formes du paysage). Page Wikipédia.

Desvigne Michel, né en 1958, ENSP 1979, président du conseil d’administration de l’ENSP depuis 2008, GPU 2011. A succédé à E. Orsenna (qui avait succédé à P. Dauvergne).
Enseignant  à l’ENSP de 1993 à 1998 puis à l’université de Mendrisio, professeur invité à l’université d’Harvard à plusieurs reprises depuis 1998. Prix de la Villa Médicis 1986-89 avec Christine Dalnoky (premiers paysagistes ayant accédé à ce prix).
Agence MDP   Page Wikipedia

Donadieu Pierre, ENSH 1965, enseignant-chercheur  depuis 1970. Professeur émérite et chercheur associé au LAREP en 2019.
Responsable du département d’écologie (1977-1986),  responsable du LAREP (1993-2008) et du département de sciences humaines (1990-93 et 1996-2008), de la formation doctorale et du master Théories et démarches du projet de paysage (2006-2011). Curriculum vitae.

Doreau Auréline, ingénieur agronome, TDPP, cheffe de projet à la chaire Paysage et énergie de l’ENSP, dirigée par B. Follea depuis 2015, en 2018.

Dorion Noëlle, IH 1972, enseignante à l’ENSP de 1976 à 1983, et à l’ENSH jusqu’en 1996, puis à Agrocampus ouest à Angers (Institut national d’horticulture et de paysage). Responsable du comité de rédaction de Jardins de France à la SNHF.

Doyen Bénédicte, archéologue, enseignante avec D. Bouillon à l’ENSP dans le département de sciences humaines (années 2000).

Dubost Françoise, sociologue/ethnologue, chercheure au centre de sociologie des arts-EHESS Paris, enseignante au master Jardins historiques, patrimoines, paysages de l’Ecole d’architecture de Versailles et à l’ENSP
Voir CJP 2, p. 373

Du Breuil Alphonse 1811-1890, enseignant d’arboriculture au Conservatoire des Arts et Métiers, et à l’école municipale et départementale d’arboriculture d’ornement et d’alignement de la ville de Paris, dite « du Breuil », (1867-1887) dans le Bois de Vincennes à Paris, dont il fut le premier directeur. Nom d’un des carrés fruitiers du Potager du Roi le long de la rue du maréchal Joffre.
Page Wikipédia

Dufour Christine, responsable des cultures légumières au Potager du roi > 1990

Duhamel du Monceau Henri Louis, 1700-1782. Le nom de cet agronome et académicien des Sciences célèbre par ses nombreuses publications a été donné à une parcelle sud du Potager du roi (l’ancien clos aux asperges). En cours de réaménagement en 2018 et 2019.
A. Hardy y créa une école de botanique réunissant 1900 espèces végétales. Elle réunit en 2018 les vestiges de l’ancien fruticetum qui servait aux élèves à apprendre la botanique, ainsi que les parcelles de jardinage des élèves et du personnel. L’arboretum a été détruit par la tempête de 1999.
Page Wikipédia

Duprat Louis-Ferdinand 1887-1976, architecte de jardins, directeur de la revue Jardins d’aujourd’hui en 1932, président de la SNHF en 1930, enseignant à l’ENH (1933-1951), titulaire de la chaire d’architecture des jardins, paysage et urbanisme, a succédé à René-Edouard André en 1930. Albert Audias, enseignant à la Section, fut un de ses collaborateurs fidèles.
Biographie
Voir CJP, p. 197.

Dupuy Natacha, Documentaliste à l’ENSP en 1995, membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement en 1996.

Durand M., architecte des arts décoratifs, enseignant diplômé d’architecture de la ville de Paris, enseignant SP, architecture et construction, de 1946 à 1954.

Durnerin Alain, IH 1964, ingénieur en chef du Génie rural et des eaux et forêts, directeur adjoint du directeur de l’ENSH/ENSP, directeur des études, 1981-1993, historien de l’enseignement des jardins et du paysage à l’ENSH.


E ^

El Ouarti Aicha, née en 1968, assistante pédagogique ENSP de 1987 à 2001.

Enard René, enseignant de dessin au lycée Condorcet à Paris et à la Section du paysage de 1946 à 1960.


F ^

Fajon Philippe, archéologue, enseignant avec D. Bouillon au département de sciences humaines (années 2000).

Fakir Saïd, ENSP 1979, enseignant et chercheur à l’Institut Agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, depuis 1987.

Fauchier Patrick, né en 1964, responsable de l’ENSP Marseille en 2010-2011

Fauh Fernand, ENH 1912, directeur de l’ENH de 1937 à 1944 ; succède à Joseph Pinelle et précède Jean Lenfant

Fernandes Françoise, assistante de la direction pédagogique de 1995 à 2009 ( ??)

Fernandes Véronique, documentaliste-archiviste en 2018 et 2019 à l’ENSP.

Ferron Elisabeth, née en 1960, ENSP ? Danseuse, enseigne à l’ENSP (arts plastiques)

Filipovitch Maryvonne, secrétaire général de l’ENSP (1985-1996), attachée d’administration et d’intendance

Fischesser Bernard, né en 1938, Ingénieur des Ponts et des Forêts. Auteur d’un rapport en 1985 sur l’enseignement à l’ENSP de Versailles.
Il est l’un des pionniers de la politique de protection de la nature en France et a notamment participé à la création des parcs nationaux français. Ancien ingénieur de recherche au Cemagref, il défend par ses expertises, ses conférences et ses écrits de grande vulgarisation la préservation d’un patrimoine naturel d’exception et la qualité des paysages de France.
Il est également l’un des pionniers de la recherche en paysagisme d’aménagement (études visuelles et écologie) au CTGREF/CEMAGREF de Grenoble.

Fleury André, né en 1940, ingénieur agronome INA Paris, enseignant-chercheur à AgroParistech, puis à l’ENSH (cultures légumières) et à l’ENSP (agriculture périurbaine) (> 1993), cofondateur du LAREP avec P. Donadieu.
Il a initié avec Serge Bonnefoy et Pierre Donadieu, les recherches et études en agriculture urbaine en France au début des années 1990. Christine Aubry (INRA Paris) et Roland Vidal (ENSP Versailles) ont poursuivi ses travaux.

Follea Bertrand, ENSP 1987, JPT, enseignant à l’ENSP depuis 1991 (quatrième année), GPP 2016, responsable de la chaire Paysage et Energie ENSP depuis 2015, enseigne à l’ INSA Centre Val de Loire, Ecole nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois en 2018.
Page de l’agence Folléa-Gautier

Fontaine M., enseignant d’anglais à l’ENSP (1980-85), professeur à l’INRAP de Dijon

Fontenelle Marc, artiste, enseignant à l’école des Beaux-Arts de Bayonne, et à l’ENSP (arts plastiques, DEP1 « La Peau ») depuis 1980.

Forestier Jean-Claude-Nicolas, 1861-1930, polytechnicien, ingénieur forestier (Nancy), architecte paysagiste et urbaniste, cofondateur de la société française des architectes et urbanistes en 1911. Il publie en 1906 son ouvrage principal, Grandes Villes et Systèmes de parcs.
Membre d’honneur de l’association des anciens élèves de l’ENH de Versailles.
Page Wikipédia.

Fortier-Kriegel Anne, architecte DPLG, CNERP (1974-79) puis Mission du paysage en 1979, ensuite enseignante à l’école d’architecture et de paysage de Lille.

Fournier Bernard, pédologue, enseignant à l’INA Paris Grignon, et à l’ENSP (Ecologie) de 1979 à 1983 ?) avec B. Peyre.

Fraval Alain, né en 1943, ingénieur agronome INA Paris, INRA Paris, rédacteur en chef de la revue Le Courrier de l’environnement de l’INRA, membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement de 1993 ( ?) à 1997.

Freytet Alain, ENSP 1981, enseignant au département d’écologie de l’ENSP depuis 1986. membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement.
Biographie sur Babelio.

Frileux Pauline, enseignante et chercheure en ethnoécologie au département d’écologie de l’ENSP en 2018. Elle a succédé à M. Rumelhart.

Fromageau Jérome, né en 1947, Président de la Société Internationale pour la Recherche en Droit du Patrimoine Culturel et Droit de l’art (ISCHAL), Doyen de la Faculté Jean Monnet, Université Paris-Sud de 2008 à 2013. Il enseigné le droit à l’ENSP à la fin des années 1980.

Fromont Nicole, née en 1947, assistante pédagogique ENSP de 1995 à 2006.


G ^

Gaillard Anne, DPLG 1993, enseignante à l’ENSP en formation continue et en ateliers (?).

Game Thierry, secrétaire général de l’ENSP (1996-2001)

Garnero Benoist, ENSP 1986, enseignant (ateliers de projet) à l’ENSP (années 2000).

Georgieff Miguel, ENSP 1995, enseignant en ateliers de projet avec G. Clément (années 2000).

Geisler Elise, architecte DPLG, master TDPP, enseignante et chercheure au département paysage d’Agrocampus ouest, centre d’Angers, département paysage en 2018.

Germain Maurice, né en 1945, chargé des services d’imprimerie (sous-sol du bâtiment Le Normand) à l’ENSH et à l’ENSP (actuelle boutique et ancien commissariat de police depuis 1930), 1968- 2002 ( ?)

Gibet Roger, ENSH 1965,entrepreneur paysagiste, enseignant au département des techniques de l’ENSP (1980-85)

Gilsoul Nicolas, architecte, enseignant et chercheur en projets de paysage (ateliers) à l’ENSP en 2018. Page personnelle.

Girardin Pierre, IH 1971, SP 1973, enseignant ?.

Girot Christophe, né en 1957, architecte paysagiste diplômé de l’Université de Berkeley (USA, Californie), enseignant et coordinateur en ateliers de projet (1992-2000) à l’ENSP. Professeur ordinaire à l’école polytechnique de Zurich (chaire de paysage) depuis 2000 jusqu’à sa retraite.
Il fut chargé, en 1996 par JB. Cuisinier de la mise en place de la nouvelle revue Les Carnets du Paysage avant Pierre François Mourier. Page de l’atelier Girot.

Gonin Olivier, enseignant et assistant à la documentation au département d’écologie de l’ENSP en 2018. Article dans La Grande Oreille.

Gontier Mathieu, ENSP 2003, enseignant en projet de paysage à l’ENSP de Marseille en 2018.

Gorges Delphine, chargée de mission communication et éditions (Les Carnets du paysage) depuis 1998 à l’ENSP avec une interruption de quelques années (2010-2016).

Greber Jacques 1882-1962, architecte, architecte paysagiste et urbaniste, enseignant à l’Institut d’urbanisme de Paris à partir de 1921.
Membre du jury des concours en loge (1947-1975). Sollicité en 1961 pour intervenir à la Section.

Grelier Jean, ENSP 1975, enseignant à l’ENSP de 1981 à ?, puis enseignant d’ateliers de projets à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois.

Grout Catherine, philosophe, enseignante en esthétique et chercheure à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille. Travaux.

Guezengar Claire (1972-2014), écrivain, a enseigné à l’ENSP (arts plastiques). Page Wikipédia.

Guglielmetti Véronique, assistante ENSP, documentaliste ENSP Marseille.

Guinaudeau Claude, IH1955. Spécialiste de l’arbre hors forêt dans l’espace agricole, les réseaux de transport et les zones urbaines. Consultant de la FAO pour des programmes de plantation en Afrique et en Chine, il a participé à la réalisation de grands projets d’aménagements : autoroutes, TGV, Disneyland Paris, Cité internationale de Lyon…

Guiomar Xavier, géographe, IE, enseignant d’agriculture urbaine à AgroParistech et au master TDPP à l’ENSP de Versailles.

Guttinger Philippe, né en 1945, juriste, maître de conférences honoraire en droit public à l’Université Paris X (Nanterre) et enseignant à l’ENSP de Versailles de 1993 à 2010.


H ^

Hammami Mongi, ENSP 1992, responsable des TPFE et des colloques en quatrième année de l’ENSP en 2018, puis de la Validation des acquis de l’expérience (VAE).

Hardy Auguste-François, 1824-1891, jardinier en chef du Potager du roi en 1849 après Placide Massey, puis fondateur et directeur de l’ENH, 1874-1891. Professeur d’arboriculture fruitière et de culture potagère de plein air et primeurs.
Bulletin de l’association des anciens élèves ENH 1930, archives ENSP
Il est le fils de Julien-Alexandre Hardy (1787-1876), jardinier en chef du jardin du Luxembourg de 1817 à 1859. Un homonyme Auguste Hardy a fondé et dirigé le jardin du Hamma à Alger de 1842 à 1867.

Hardy Jean-Claude, ? -2014, IH 1962, enseignant ENSP (Techniques de travaux)

Harrouni Cherif, ENSP 1978, enseignant et chercheur au département paysage de l’Institut Agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat-Agadir, depuis 1985.

Harvois Paul, 1919-2000, ancien instituteur, enseignant d’éducation culturelle (éducation des adultes) à l’École nationale supérieure des sciences agronomiques appliquées de Dijon, coauteur des deux projets d’institut du paysage à Versailles de 1969 à 1971, et de 1982 à 1985.
Page WikipédiaPage sur le site L’école des paysans

Hassaïne Aicha, assistante pédagogique et de recherche à l’ENSP (LAREP et master TDPP) depuis 2007

Helms Karin, enseignante ENSP (ateliers), DPLG 2006, directrice déléguée aux relations internationales en 2018.

Hemon Pierre, vidéaste, enseignant ENSP (arts plastiques, DEP3) depuis 2016.

Hernandez Dominique, ENSP 1987, enseignant d’ateliers de projet. Années 1990.

Hilaire Philippe, ENSP 1981, JPT, maître-assistant à l’École d’architecture de Paris-la-Villette en 2018.

Hissard Henri, maître du dessin de la plante au muséum d’histoire naturelle, professeur de dessin à l‘ENH en 1937 (depuis 1930). Il a remplacé Emile Mangeant.

Hoog Simone ? – 2015, conservatrice au château de Versailles, enseignante d’histoire de l’art des jardins à l’ENSP de 1975 à 1985. M. Mosser et J. Christiany lui ont succédé.

Houimly Ezzedine, ENSP 1986, dcd, enseignant en atelier de paysage à l’Institut national agronomique de Chott Mariem (Tunisie).

Hugueney Jeanne 1921-2008, historienne. Enseignante à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris (en 1966), maître de conférences à l’université Paris-IV-Sorbonne. Elle est enseignante d’histoire de l’art et des jardins à la Section de 1956 à 1973. Elle succède à M. Charageat.

Hureau (Mazas) Lydie, née en 1950, secrétaire administrative et pédagogique à l’ENSP (1977- 2012 ).


J ^

Jacobsohn Antoine, agronome et historien, responsable du Potager du Roi depuis 2007. Il a succédé à Manuel Pluvinage.

Jacqmin Olivier, ENSP 1990, enseignant au département d’écologie de l’ENSP.

Jannier Vincent, responsable du service du personnel à l’ENSP en 2007

Jeanneteau M., ingénieur en chef des travaux publics de la ville de Paris. Enseignant à la SP en travaux publics et en matériels de chantier de 1946 à 1957.

Joffet Robert, 1900 (1897)-1991 (1993) ingénieur des Travaux Publics, chef du service d’aménagement des anciennes fortifications de Paris en 1940, conservateur en chef des jardins et espaces verts de Paris en 1950 (avec les paysagistes D. Collin et H. Brison) jusqu’en 1959, puis paysagiste libéral en collaboration avec Allain Provost. Jean Chassereaud, IGREF, enseignant d’art des jardins à l’institut d’urbanisme de Paris lui succède en 1960.
CJP, p. 229.
A joué un rôle dans la création de la Section en 1945, en raison de la demande, issue de la ville de Paris, d’ingénieurs horticoles formés à la compétence paysagiste

Joliet Fabienne, géographe (géographie culturelle), enseignante et chercheur à Agrocampus Ouest, centre d’Angers, département paysage. Biographie.

Joly M.enseignant en sociologie des organisations administratives et de l’urbanisme (1980-85) à l’ENSP de Versailles.

Jouannet M., Enseignant de maitrise d’œuvre (ENSP), a remplacé Pierre Bordes en 1984.

Julien-Labruyère Béatrice, ENSP 1998, Responsable de la quatrième année ENSP en 2018, puis du post-master Paysages et transition(s)


K ^

Kandjee Thierry, ENSP 1995, enseignant en ateliers de projet (années 2000), agence Taktik en 2018.

Keravel Sonia, née en 1977, ENSP 1998, JPT, enseignante et chercheure à l’ENSP (ateliers de projets et master TDPP).

Khelifa M. ingénieur agricole, directeur des études ENH en 1948, a précédé Jean Pasquier.

Kimmel Laurence, architecte et ingénieur, enseignante à l’ENSP (années 2000).

Kokoreff Guy, éclairagiste, enseignant au département de techniques de l’ENSP (1980-85)


L ^

Lacomblez Anne-Françoise, ingénieure agronome, ingénieure en chef du Génie rural et des eaux et forêts, directrice de la pédagogie à l’ENSP (> 2005 ?).

Laffage Arnaud, enseignant à l’école d’architecture de Paris-la-Villette dans la formation doctorale (Jardins, Paysages, Territoires) de 1989 à 2008.

Lahache Vincent, né en 1969, ENSP 2004, danseur, enseignant ENSP (arts plastiques) depuis 2008, cocréateur de la manifestation « Plastique, danse, flore » au Potager du roi.

Lambert Hugues, IH 1966, SP 1968, Auteur avec Bernard Fischesser et Jean Mounier, des études paysagères du Centre technique du génie rural et des eaux et forêts (CTGREF) de Grenoble de 1972 à 1990.

Lamore M., professeur de dessin à l’Ecole d’horticulture de Versailles en 1875.

Laroche Daniel, IH 1968, SP 1970, DPLG ?, membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement de 1984 à 1996.

Laubie Claire, ENSP 1985, enseignante (ateliers de projet) à l’ENSP (années 2000).

Laudansky Fernand, professeur de génétique à l’ENSH depuis 1960, remplace M. Bustarret. Martine Mitteau lui a succédé.

Lassus Bernard, né en 1929,plasticien coloriste, paysagiste diplômé par le ministère de l’Agriculture, enseignant et chercheur à l’école d’architecture de Paris La Villette (1968-1998), enseignant à la Section (1963-1969), au CNERP (1972-76), à l’ENSP (1977-1987) et à l’École d’architecture de Paris-la-Villette (cofondateur du DEA Jardins Paysages Territoires avec A. Berque, 1989-1999), GPP 1996, Prix Geoffrey Jellicoe 2009.
Un des principaux rénovateurs de la pensée paysagère (avec A. Berque et Y. Luginbühl) et de la formation des paysagistes concepteurs en France avec M. Corajoud, J. Simon et J. Sgard.
Page personnelle

Latrasse Geneviève, assistante pédagogique département d’écologie, >1990

Laulier-Sidoli Véronique, ENSP 1987, responsable de la formation continue et de la validation des acquis de l’expérience (VAE) à l’ENSP en 2018.

Leblanc Linda, SP 1972, > 1980 ? (voir J. Coulon).

Le Boul M. enseignant de dessin à l’ENH en préparation des ingénieurs au concours à la SP (< 1960)

Le Dantec Jean-Pierre,  historien des jardins, enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La-Villette, et dans la formation doctorale “Jardins, Paysages, Territoires” (1989-2008). Page Wikipédia.

Leenhardt Jacques, directeur d’étude à l’EHESS à Paris. Il a publié sur le paysagiste brésilien Roberto Burle Marx et a été enseignant dans la formation doctorale “Jardins, paysages, territoires”  à l’école d’architecture de Paris-La-Villette(1989-2008). Sur le site de l’EHESS.

Lefèvre M., ingénieur forestier, enseignant au département d’écologie de l’ENSP (1980-1985)

Le Gall M., ingénieur divisionnaire des services techniques de la ville de Paris, enseigne les travaux publics et les techniques de chantier à la SP en 1957.

Legrand Patrick, architecte DPLG, ingénieur de recherche INRA Paris, membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement

Le Guélinel Etienne, ingénieur agronome INA Paris, directeur de l’ENSH de 1959 à 1974. Succède à Jean Lenfant et précède Raymond Chaux
Il a contribué à la création de l’école d’horticulture et de paysage à Angers en 1975.

Lelieur Jean-Baptiste Louis, directeur du Potager du roi de 1804 à 1819, intendant général des parcs, jardins, pépinières de la Couronne. Placide Massey lui succéda.
Bulletin de l’association des anciens élèves de l’ENH, 1930

Lemattre Pierre, IH 1953, Enseignant de cultures ornementales à l’ENSH, à la SP et à l’ENSP (1977-1983). Il succède à R. Bossard.

Le Mentec Armelle, responsable du personnel ENSP (années 1990)

Lemonnier Pierre, ethnologue CNRS, enseignant au département de SHS de l’ENSP de 1977 à 1985.

Lemoyne de Forges Jean-Marie, ingénieur civil des Eaux et des Forêts, enseignant titulaire (génie horticole) à l’ENSH, à la SP (1968 à 1974) puis à l’ENSP (de 1976 à 1983).

Lenfant Jean, IH 1916, directeur de l’ENH et de la Section de 1945 à 1959.
Professeur spécial d’horticulture à l’ENH depuis 1925, il a mis en place la Section du paysage et de l’art des jardins en 1946.

Le Normand François (1691-1707), ses fils Louis et François (1707-1754), son petit-fils Jacques-Louis de 1754 à 1782 ont dirigé le Potager du Roi

Lepeut Philippe, né en 1957, artiste et musicien, École des arts décoratifs de Strasbourg, a enseigné à l’ENSP (arts plastiques)

Leveau Théodore, 1896-1971, architecte DPLG 1927 et urbaniste, paysagiste DPLG, est un collaborateur de l’architecte-paysagiste J.-C.-N. Forestier, enseignant à la SP de l’ENH en art des jardins et composition, architecture et construction, de 1952 à 1968.
Sur le site de la Cité de l’architecture

Lewandowsky Joseph (1950-2008), adjoint technique ENSH ENSP de 1993 à 2008

Limasset Pierre, Professeur de botanique ENH en 1948, a précédé J. Montégut.

Limido Luisa, née en 1964, JPT, architecte, historienne, journaliste, chercheure, lauréate 2017 de la Villa Le Nôtre (ENSP).
Travaux sur J.-P. Barillet-Deschamps, J. Darcel et A. Choisy.

Lopez Emmanuel, directeur du parc national de Port-Cros (1994-2004), puis directeur du Conservatoire national du Littoral et des rivages lacustres. Membre (éphémère) de l’équipe enseignante du DEA Jardins paysages territoires de l’École d’architecture de Paris La Villette (1989- 1991).
N’a pas enseigné à l’ENSP. Biographie sur le site de l’AHPNE.

Lorrain Bernadette, experte en marchés publics, enseignante à l’ENSP (années 2000).

Loze Marie-Hélène, ENSP 1978, enseignante en ateliers de projets à l’ENSP en 2018, responsable des intervenants vacataires et des suivis d’élèves en ateliers.
Elle a exercé une activité de conseil dans les CAUE d’Eure et Loir et des Yvelines et fait partie de l’équipe de recherche ANR Photopaysage au LAREP en 2018.

Luginbühl Yves, né en 1945, ingénieur agronome Montpellier, géographe, CNERP 1972-1979, Mission du paysage 1979, directeur de recherches CNRS, enseignant, notamment à l’ENSP de 1991 à 2010 et à l’école d’architecture de la Villette (responsable du DEA Jardins, paysages, territoires) de 1999 à 2008. Voir Biographie sur Topia.
Corédacteur de la Convention européenne du paysage de Florence (2000) et instigateur des atlas de paysage en 1995. Bibliographie sur Cairn-info

Lysenzoone Thomas, ingénieur en chef du ministère de l’Éducation nationale, enseignant de théorie et construction des sols (sportifs) à la SP de 1947 à 1961.


M ^

Madec Philippe, né en 1954, architecte, enseignant à l’ENSP avec P. David (années 1990). Page Wikipédia.

Mainié Philippe, maître de recherche à l’INRA de Versailles, économiste, enseignant ENSH, enseignant ENSP de 1975 à 1984.

Manach François-Marie, enseignant de représentation graphique à l’ENSP >1978 ?
F.M. Manach jouant de la cornemuse , dans le parc de la comtesse de Balbi, devant le buste de Pierre Joigneaux député à l’origine de la création de l’École nationale d’horticulture en 1873.

Mandon Gérard, ENSH 1959, entrepreneur paysagiste, enseignant au département des techniques de 1985 à 1986.

Mangeant Emile, élève des Beaux-Arts, artiste peintre, enseignant de dessin à l’ENH avant 1900

Marcel Odile, philosophe, écrivain, professeur émérite de l’Université Lyon III. Depuis plus de trente ans, elle mène des recherches collectives sur l’espace et le paysage (Compagnie du paysage, Paysages de l’après-pétrole).

Marco Audrey, écologue, enseignante-chercheure en spatialisation et démarche écologie à l’ENSP de Marseille en 2018.

Marcœur Albert, né en 1947, musicien et artiste, a enseigné à l’ENSP (arts plastiques).

Marguerit Alain, né en 1952, SP 1971, enseignant ENSP Marseille (ateliers de projets) depuis 1992.
Page de l’atelier Marguerit

Martin Pierrette, née en 1943, ancien professeur d’enseignement agricole, directrice des études à l’ENSP de 1994 à 2003

Martinet Henri (1867-1936), ENH 1883-86, architecte paysagiste, professeur d’horticulture industrielle et commerciale à l’ENH de 1897 à 1920. Biographie.

Martelet Sylvie, chargée de mission aux enseignements artistiques à l’ENSP en 2018.

Martialis Pascale, inspecteur du trésor public, agent comptable de l’ENSP de 1995 à 1999.

Marty Olivier, ENSP 1981, enseignant en arts plastiques, responsable du département d’enseignements artistiques en 2018, depuis les années 1990.

Massey Placide, directeur du Potager du Roi de 1818 à 1849. Il succède au comte Lelieur qui géra le Potager de 1815 à 1818. Un des jardins qui porte son nom, face à la Figuerie, est l’objet d’exercices étudiants, et d’expérimentation de permaculture en 2018. Auguste Hardy succéda à Placide Massey.
Bulletin de l’association des anciens élèves de l’ENH, 1930.

Mauroux Vincent, né en 1963, artiste, enseignant ENSP (arts plastiques, SEP2) depuis 2010 et à l’école du Breuil.

Mauret Elie, né en 1925, IH 1943, SP 1947, enseignant ENSP, ateliers d’aménagement du territoire (1978-1980).

Mazas Alain, ENSP 1977, enseignant à l’ENSP, responsable du département de sciences humaines et sociales de 1985 à 1988 après P. Dauvergne. Pierre Donadieu lui a succédé.

Mercier M., architecte DPLG, enseignant d’architecture, de construction et d’urbanisme à la SP (1971-1972)

Méritan Martine, ENITHP 1976, ingénieure générale des Ponts et des Forêts en 2018, adjointe au directeur de l’ENSP, chargée de la formation par apprentissage des paysagistes jusqu’en 2018.

Messelmani Fehti, ENSP 1982, enseignant en ateliers de paysage à l’Institut national agronomique de Chott Mariem (Tunisie)

Miège M. adjoint au directeur de l’ENSH de 1946 à 1959

Moatti Paul, ingénieur général du GREF, président du comité d’administration de l’ENSH (années 1980)

Mohen Daniel, artiste peintre, enseignant de dessin à l’ENSP de 1976 à 2009.

Moisan Hervé, sociologue INRA Versailles, enseignant au département de SHS de l’ENSP de 1980 à 1986

Mondy Robert, ingénieur agronome Montpellier, IGPF, directeur de l’ENSP de 2001 à 2006. A succédé à Jean-Baptiste Cuisinier et a précédé Bernard Welcomme.

Montembault David, agronome et géographe, enseignant et chercheur à Agrocampus Ouest, centre d’Angers, département paysage.

Montégut Jacques, 1925-2007, ingénieur agronome ENSA Grignon, enseignant à l’ENSH de physiologie végétale, et de botanique et d’écologie végétale dans la Section (1967-1970, puis 1972-1974) et au CNERP (1972-76) ; chercheur en malherbologie. M. Rumelhart lui a succédé à l’ENSP en 1976. P. Limasset l’a précédé.
Photo : J. Montégut, 1976, sortie dans le Vexin français avec les élèves de première année, cl. M. Rumelhart.

Moquay Patrick, politologue, enseignant et chercheur en sciences humaines et sociales, directeur du LAREP et responsable du département de sciences humaines et sociales en 2018, après Frédéric Pousin, C. Chomarat-Ruiz et Pierre Donadieu.

Mosser Monique, née en 1947, historienne de l’art, des jardins et de l’architecture, ingénieure de recherche CNRS-Centre André Chastel, fondatrice du DESS/master 2 Jardins historiques, patrimoine, paysage de l’École d’architecture de Versailles, enseignante d’histoire des jardins à l’ ENSP de 1984 à 1995 avec J. Christiany. Elles succèdent à S. Hoog. S. De Courtois a succédé à M. Mosser à la direction du master Jardins historiques..
Page Wikipédia

Motta Liliana, artiste, botaniste, enseignante au département d’écologie (> 1990).

Moulin François, (1948-) ENSH, ENSP de 1980 à 2009, adjoint technique principal au Potager du roi.

Mounier Jean, né en 1953, ingénieur ENITHP Angers, auteur, avec Bernard Fischesser et Hugues Lambert, des études paysagères du Centre technique du génie rural et des eaux et forêts (CTGREF) de Grenoble en 1977 et 1978.

Mourier Pierre-François, Ecole normale supérieure à Paris, enseignant ENSP 1996-2000 (responsable du département de sciences humaines) et des publications de l’ENSP.
Cofondateur de la revue Les Carnets du Paysage en 1996, futur conseiller d’Etat et ambassadeur de France en Slovénie.

Mussat M., ( ?-1902) enseignant de botanique à l’Ecole d’agriculture de Grignon et à l’ENH en 1875.


N ^

Nanot Jules (1855-1924), Ingénieur agronome, INA Paris, chef de plantation à la Ville de Paris, professeur d’arboriculture, directeur de l’ENH de 1892 à 1924, après Auguste Hardy. La Figuerie a été surélevée en 1901 au début de sa direction.

Narboni Roger, enseignant en éclairage à l’ENSP (années 2000).

Nawoj Elisabeth, assistante (communication en 2018) à l’ENSP de 1977 à 2019.

N’Diaye Colette (dcd), assistante pédagogique ENSP (années 1980-1990)

Nomblot Alfred (1868-1948), ENH 1894, horticulteur, président de l’association des anciens élèves ENH, professeur d’arboriculture et de pomologie ENH, secrétaire général de la SNHF en 1920, député de la Seine en 1928, président de l’Académie d’Agriculture de France.

Nyss Philippe, philosophe,  maître de conférences à l’Université Paris VIII, membre du comité de réaction des Carnets du paysage à l’ENSP de Versailles et du groupe de recherche AMP (Architecture, Milieu, Paysage) de l’École d’architecture de Paris-La-Villette. Biographie.


O ^

Olivier Isabelle, harpiste, enseigne à l’ENSP (arts plastiques) depuis 2013.

Orsenna (Arnoult) Erik, né en 1947, écrivain, conseiller d’État, membre de l’Académie française, président du conseil d’administration de l’ENSP (1995-2008 ?). M. Desvigne lui a succédé.
Page Wikipédia

Osty Jacqueline, ENSP 1977, atelier Jacqueline Osty & associés, enseignante à l’ENSNP de Blois, GPP 2005, 2018.
Page de l’atelier Osty

Ozdoba Marie-Madeleine, architecte, chercheure au LAREP en 2017.
Page personnelle


P ^

Palomo Muriel, assistante ENSP en quatrième année en 2018

Pasquier Jean, IH 1935, directeur adjoint de l’ENSH et de la Section de 1959 à 1974, enseignant d’agrumiculture (INA Tunis et Chott Mariem) et d’histoire des jardins.

Pasquier Patrick, enseignant de sciences du sol à l’ENSH et à la SP de 1977 à 1983.
Fils de J. Pasquier, directeur adjoint de l’ENSH.

Percie du Sert Geneviève, née en 1952, documentaliste ENSH et ENSP de 1989 à 2012. Isabelle Sauvé lui a succédé à l’ENSP.

Pauly Tristan, ingénieur forestier, responsable ONF à Versailles, a participé à des ateliers de la SP en 1972-74, à la conception du parc des Saussets avec M. et C. Corajoud à partir de 1978 et aux enseignements de l’ENSP à la fin des années 1970.

Péchère René, architecte paysagiste et urbaniste belge, enseignant ENSP (1975-77) : «perception et conception des lieux paysagers»

Péna Michel et Christine, ENSP 1978, Agence Péna & Péna, enseignent épisodiquement à l’ENSP à partir de 2002.

Pérelman Rémi, ingénieur agronome INA Paris, DATAR, secrétaire de l’association Paysages, directeur du CNERP et président avant Pierre de Calan (1972/75-78). Voir B. Barraqué, Y. Luginbühl et P. Dauvergne.
N’a pas enseigné à l’ENSP

Pérez Béatrice, documentaliste ENSP de 1987 à 1994, membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement en 1996.

Perré Guerric, ENSP 1978, agence Ilex, enseignant en projets de paysage à l’ENSP de Marseille en 2018.

Pernet Alexis, ENSP 1996, enseignant et chercheur en sciences humaines à l’ENSP en 2018. Maître assistant associé à l’École nationale supérieure d’architecture de Clermont-Ferrand (de 2009 à 2013) et responsable de formation à AgroParisTech (de 2004 à 2010). Membre du comité de rédaction de la revue Les Carnets du paysage, du réseau d’enseignement et de recherche Espace rural & Projet spatial.
Page personnelle sur Topia

Perrin Jean-Bernard, SP 1947, directeur de l’agence de l’arbre et des espaces verts créé en 1962 au ministère de la Construction, de l’Urbanisme et du Logement. Enseigne à l’ENSP (1975-78).
Il aurait été à l’origine de la création de l’ENSP « par un contact direct avec J. Chirac, puis avec C. Bonnet ministre de l’Agriculture, (qui nomma R. Chaux directeur) » (B. Barraqué, 1985).
Il fonde l’École supérieure d’art des jardins (ESAJ) à Paris en 1960 avec Henri Pasquier (1909-1993, diplômé de l’École du Breuil) et Met de Penningen (B. Blanchon, Annales de la recherche urbaine, n° 85)

Perrot Anne-Sophie, ENSP 1995, artiste, enseignante et chercheure à l’ENSP de Marseille (enseignements artistiques et ateliers de projets).
Page personnelle

Peyre Yves, géologue, professeur à l’INA Paris Grignon, enseignant à l’ENSP de 1979 à 1983 au département d’écologie

Petit-Berghem Yves, géographe, enseignant-chercheur au département d’écologie et responsable du master TDPP de l’ENSP en 2018. Il a succédé à M. Rumelhart.
Page personnelle sur Topia

Peter-Desteracht Madeleine, responsable de la bibliothèque de l’ENSH (années 1960-88 ?).

Pialat Caroline, directrice déléguée à la vie étudiante et à l’enseignement à l’ENSP de Marseille en 2018.

Pinelle Joseph. ENH 1892, professeur d’arboriculture d’ornement depuis 1910, ancien jardinier de la Ville de Paris, directeur de l’ENH de 1924 à 1936, il succède à Jules Nanot et fait construire la Coopérative (1926-28), devenue ensuite Foyer des élèves, puis ENSP (1976-1996) et aujourd’hui bâtiment Saint-Louis de l’ENSP.

Pissot Auguste, ( ?-1885) inspecteur des forêts et conservateur du bois de Boulogne, professeur d’arboriculture fruitière et d’ornement, et de sylviculture en 1875 à l’école d’horticulture.

Piveteau Vincent, ingénieur agronome INA Paris, ingénieur général des Ponts et des Forêts, directeur de l’ENSP de Versailles-Marseille en 2018. A succédé à B. Welcomme en 2011.

Pluvinage Manuel, ENS, directeur du Potager du Roi de 2001 à 2007. Directeur adjoint des services de la communauté d’agglomération de Versailles Grand Parc en 2018.

Poison Matthias, né en 1978, artiste, enseigne à l’ENSP (arts plastiques)

Pousin Frédéric, architecte DPLG, directeur de recherche au CNRS, enseignant et directeur du Larep et du master théories et démarches du projet de paysage à l’ENSP de 2011 à 2013

Prévost Agnès, née en 1981, artiste, historienne de l’art, enseigne à l’ENSP (arts plastiques, DEP3, CESP, Projets) depuis 2017.

Preneux Christiane, assistante ENSH en cultures ornementales, enseignante en 1977-1983 à l’ENSP.

Provost Allain, né en 1938, IH 1958, SP 1962, DPLG 1964, assistant de R. Joffet de 1965 à 1970, enseignant ENSP (ateliers de projets, techniques de travaux) de 1976 à 1986. Artiste peintre. Ancien directeur de l’École supérieure d’architecture des jardins à Paris (ESAJ). GPP 1994 avec J. Sgard.
Biographie par Michel Racine

Prudhomme M., licencié en droit, avocat au barreau de Versailles, enseignant en droit et législation à la SP, 1946-1951.

Puget Roger, architecte DPLG, urbaniste diplômé de la ville de Paris, urbaniste en chef du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Enseignant en urbanisme et aménagement du territoire à la SP de 1946 à 1969. Il était assisté après 1966 ? par M. Descattoire.


Q ^

Quemper Guillaume, né en 1974, ENSP ? enseigne à l’ENSP (arts plastiques)

Quesson Jean-François, ENSP 1983. Enseigne à l’ENSP au département des techniques (années 1990-2000).


R ^

Racine Michel, né en 1942, architecte DPLG, historien des jardins, responsable de la formation continue à l’ENSP (de 1989 à 2008 ?).
Éditeur (entre autres) des deux ouvrages « Créateurs de jardins et de paysage » chez Actes Sud en 2001 et 2002.

Rameau Jean-Michel, ENSP 1985, enseignant en ateliers de projet à l’ENSP.

Raymond Richard, agrogéographe, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, enseignant et chercheur à l’ENSP en 2012.

Reymond Fabrice, né en 1969, artiste, écrivain, enseigne à l’ENSP (arts plastiques, DEP2) depuis 2008

Richert Alain, 1947- 2014, médecin de formation, créateur de jardins, enseignant ENSP en ateliers de projets (années 1990-2000)

Ricorday Joël, 1945-2016, SP 1967, enseignant d’ateliers à l’ENSP à Marseille.

Richard Antoine, Botaniste, il installe en 1798 la collection botanique du Grand Trianon au Potager du Roi où a été créée une « école centrale d’agriculture »

Riousse André 1895-1952, architecte dplg, paysagiste diplômé, premier prix à l’exposition des arts décoratifs de 1925, diplômé de l’institut d’urbanisme, enseignant à l’école « du Breuil » à Paris, enseignant à la SP en théorie de l’art des jardins et composition, de 1946 à 1952. Il est remplacé par Théodore Leveau.
Spécialiste des cours jardins et terrasses à Paris, il est l’auteur de Petits jardins d’aujourd’hui en 1937. Il réalise les espaces extérieurs de la cité jardin de la Butte Rouge à Chatenay-Malabry.

Riquois Alain, ingénieur du Génie rural et des Eaux et Forêts, chef de la Mission du paysage du ministère de l’Environnement (1979-1990), puis directeur de l’ENSH/ENSP (1990-1996). Il a succédé à Raymond Chaux et précédé Jean-Baptiste Cuisinier.

Ristori Paule, secrétaire pédagogique à l’ENSP, années 1980.

Robert Laurence, née en 1973, ENSP 1998, enseigne à l’ENSP (arts plastiques DEP2), depuis le début des années 2000.

Rocheron Paul, né en 1939, assistant d’enseignement et de recherche à l’ENSH puis à l’ENSP (département d’écologie), de 1969 à 2002.

Roger Alain, né en 1936, philosophe, enseignant d’esthétique à l’Université de Clermont-Ferrand et dans la formation doctorale “Jardins, paysages, territoires” de l’École d’architecture de Paris-la-Villette (1989-2008). Auteur, notamment, du Court traité du paysage (Gallimard, 1997). Page Wikipédia.

Romain Fanny, ENSP 2003, enseignante et chercheure à Agrocampus ouest Angers, département paysage.

Rossetti Charles, écologue, enseignant au CNERP de Trappes (1972-1979)

Rossilion M., agence foncière et technique de Paris, enseignant en droit et législation à la SP de 1961 à 1971. Jean Carrel (ENSH) lui a succédé.

Roulet Pierre, SP 1954, enseignant à la section de 1960 à 1985 : « Improvisation sur un thème » en 1985
Il a joué un rôle important dans les travaux de la mission de Paul Harvois (1970-71)

Roumet François, ENSP 1988, agence d’entrepreneurs paysagistes Roumet-Guitel, enseignant en génie paysager au département d’écologie de l’ENSP en 2018

Roussel Guilain, né en 1984, ENSP ?, artiste, organisateur du voyage de 1ère année, enseigne à l’ENSP (arts plastiques) en 2018.

Royer (Bou) Catherine, née en 1948, historienne d’art diplômée de l’Ecole du Louvre, documentaliste ENSP (1976-1996), membre du comité de rédaction de la revue Paysage et Aménagement

Rumelhart Marc, IH 1971, enseignant ENSP (département d’écologie) de 1976 à 2015.
Avec ses collaborateurs, notamment les paysagistes, G. Chauvel et A. Freytet, il a inventé une pédagogie originale, interdisciplinaire, de « l’ écologie appliquée au projet de paysage », en partie héritée de son « maitre » l’écologue et botaniste Jacques Montégut, professeur à l’ENSH de Versailles. F. Roumet, Pauline Frileux et Yves Petit-Berghen lui ont succédé. Article biographique.


S ^

Sabourin Lucien, ingénieur divisionnaire de la ville de Paris, enseignant à l’École « du Breuil » à Paris et à la SP (Utilisation des végétaux et plans de plantations) de 1960 à 1973. Il a précédé Gilles Clément qui reprendra cette mission de 1976 à 1983 à l’ENSP et à l’ENSH.
Il était membre du jury du concours en loge.
Biographie sur Hortiquid

Saccardy Laurent, IH 1967, SP 1969, DPLG 1980 (concours en loge en 1975), enseignant ENSP (1979-85), puis ENSH (sciences et techniques appliquées aux aménagements paysagers (1985-1995).

Saint-Maurice Jean-Claude, 1928-2001, IH 1948, SP 1951, DPLG 1956, cofondateur de l’Atelier du paysage avec J. Sgard et P. Roulet, enseignant en atelier de projet à la section de 1960 à 1972.

Salle Arnaud, né en 1977, musicien , compositeur, enseigne à l’ENSP (arts plastiques « En lien avec un site »)

Salles Sylvie, architecte DPLG 1990, enseignante et chercheure en ateliers de projets dans la formation DEP de l’ENSP à la fin de 2018. Biographie.

Salmona Esther, née en 1974, ENSP 2001,DPLG 2001, artiste, écrivain, enseigne à l’ENSP (arts plastiques).

Samel Gilbert, né en 1933, SP 1953, DPLG 1956, enseignant (ateliers) à la Section de 1960 à 1972. Enseignant à l’école de Saint-Cyran où il a contribué à la création d’une formation de technicien de jardins.
Réalisations sur Archiguide

Santini Chiara, historienne et archiviste paléographe, chercheure et enseignante d’histoire des jardins à l’ENSP depuis 2010 ainsi qu’à AgroParistech (master1). Elle a succédé à Catherine Chomarat-Ruiz. Biographie.

Saurin Jean-Pierre, SP 1969, enseignant en ateliers à l’ENSP Marseille ?

Sauter Alain, géographe, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, master TDPP.

Sauvé Isabelle, documentaliste à l’ENSP en 2018.Elle a succédé à Geneviève Percie du Sert.

Scazzozi Lionella, architecte, Politechnico de Milan, master TDPP (2006-2008).
Déléguée de la Convention européenne du paysage en Italie.

Seguin Cyril, ENSP ?, enseignant et coordinateur pédagogique à la formation continue de l’ENSP en 2018

Sgard Jacques, né en 1929, SP 1947, diplômé de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Paris avec un stage et mémoire aux Pays-Bas en 1958, enseignant (conférences et ateliers de projet) à la Section (1962-1969), au CNERP (1972-1978), président de l’Association Paysages (1968-79), enseignant à l’ENSP de 1982 à 2018 (ateliers pédagogiques régionaux et TPFE), GPP 1994 avec Allain Provost.
J. Sgard est le principal initiateur avec P. Dauvergne et B. Lassus des pensées et pratiques du paysagisme d’aménagement et de l’urbanisme paysagiste en France.
Biographie par Annette Vigny

Simian Jean, diplômé de l’Ecole du Louvre, enseignant de dessin au lycée de Rueil, enseigne dans la section (y compris préparation) de 1968 à 1974, après la démission de J. Cordeau et de F. Blin.

Simon Jacques, 1929-2015, SP 1957, DPLG 1960, enseignant à la Section (1972-1974) puis à l’ENSP (Ateliers, arts plastiques), GPP 1990, 2006, 2009 (conseil de l’Europe),
J. Simon est avec M. Corajoud, J. Sgard et B. Lassus l’un des principaux rénovateurs des pratiques paysagistes et de la formation des paysagistes en France.
Page Wikipédia

Sire Jean, peintre, conseiller pédagogique INEP de Marly le Roi, enseignant d’arts plastiques à l’ ENSP (1978-1985).
Il est introduit par R. Bellec

Spake Alan, SP 1954, DPLG 1958, SETRA, enseignant à la Section (1969-71).

Sprecher Thierry, SP 1968, enseignant ENSP (début année 1980).

Soulié Hélène, née en 1974, ENSP 1995, enseignante à l’ENSP (2002-2004) et à l’École d’architecture et de paysage de Bordeaux depuis 2007.


T ^

Tailhade (Collin) Lucienne, SP 1952, DPLG 1956, enseignante ENSP, ateliers et voyage de 1ère année (1980-1990 ?).

Talagrand Marion, ENSP 1993, enseignante en ateliers de projet à l’ENSP en 2018.
Page de l’agence AMT

Tamisier Christian, SP 1970, enseignant ENSP Marseille, histoire sociale et politique des territoires urbains (> 1990).

Tanant Bruno, ENSP 1980, enseignant en projets de paysage, responsable des ateliers de l’ENSP en 2018 et 2019.
Page de l’agence TN+

Theys Jacques, Ancien responsable de la prospective des ministères de l’Environnement et de l’Équipement, enseignant à l’EHESS, président de l’association Serge Antoine, membre du comité de rédaction de Futuribles et conseiller scientifique de Futuribles International.
N’a pas enseigné à l’ENSP.

Thébaud Henri, IH 1916, « architecte paysagiste » depuis 1926, enseignant d’utilisation des végétaux et de projets de plantation à la SP de 1946 à 1960. L. Sabourin lui a succédé.

Therre Nathalie, ingénieur ENITHP Angers 1992, spécialité protection des végétaux, directrice de l’enseignement et de la vie étudiante à l’ENSP en 2018.

Tiberghien Gilles A., né en 1953, philosophe, maître de conférences à l’université Paris-I Panthéon Sorbonne où il enseigne l’esthétique1. Il est membre du comité de rédaction des Cahiers du Musée d’art moderne et des Carnets du paysage. Il a dirigé la collection Arts et esthétique aux éditions Carré, Hoëbeke et Desclée de Brouwer.

Thomas R., enseignant de théorie et construction des sols sportifs à la SP de 1961 à 1984.

Tischer Stefan, né en 1965, CESP Versailles (1989-1990), professeur d’architecture de paysage à Munich, Berlin, Montréal, Alghero (Italie), responsable des ateliers ENSP de 2012 à 2015.

Toublanc Monique, ingénieure ENITHP Angers 1977, sociologue, enseignante en sciences humaines et sociales à l’ENSP (master DEP) depuis 1994. Page ENSP.

Treyves Philippe, SP 1966, ingénieur agronome INA Paris, paysagiste à l’IAURP, cofondateur du GERP (1968-70), puis entrepreneur paysagiste à Moulins. Fils de J.-F. Treyves, SP 1952.

Tricaud Pierre-Marie, ingénieur agronome INA Paris-Grignon, ENSP 1978, président de la FFP, urbaniste et paysagiste à l’IAURIF en 2018.
N’a pas enseigné à l’ENSP

Tricaud Vincent, ENSP 1983, enseignant à l’École d’architecture et de paysage de Bordeaux.

Trouvelot Bernard, ingénieur agronome INA Paris, chercheur INRA Versailles, professeur d’entomologie à l’EN(S)H (1935-1970)


V ^

Van den Toorn Martin, architecte paysagiste, enseignant à Université de Wageningen puis de Delft, master TDPP (2006-2011).

Varcin Armelle, ENSP 1983, enseignante en techniques à l’ENSP, puis à l’École d’architecture et de paysage de Lille.

Verlot M. Chef de l’école de Botanique au muséum d’histoire naturelle de Paris, professeur de floriculture de plein air et des serres à l’Ecole d’horticulture en 1875.

Vexlard Gilles, né en 1950, SP 1972, DPLG 1979, GPP 2009, enseignant ENSP Versailles, ateliers de projet (1990-2015 ?) et master TDPP.
Page de l’agence Latitude Nord

Vidal Roland, Ingénieur de recherche, enseignant en botanique, informatique, puis en agriculture urbaine au master TDPP de l’ENSP en 2018.
R. Vidal a accompagné d’abord, de 1980 à 1990, les activités pédagogiques du département et du laboratoire d’écologie dirigé par P. Donadieu et M. Rumelhart, puis a fondé la cellule informatique. Coresponsable du master TDPP depuis 2014.
Page personnelle

Vigny Annette, née en 1944, enseignante-chercheure à l’université d’Orsay, détachée à l’ENSP de 1996 à 2000, membre du comité de rédaction des Carnets du paysage, enseignante et chercheure ENSP.
Auteure d’un ouvrage consacré à Jacques Sgard, paysagiste et urbaniste (Actes Sud/ENSP, 1995).

Viollet Michel, né en 1939, SP 1960, DPLG 1968, membre de l’IAURP de 1962 à 1963, de l’Atelier de Paysage avec J.-C. Saint-Maurice en 1965, assistant de J. Sgard et de B. Lassus et direction des études de 1968 à 1972 (SP), puis à l’ENSP chef d’atelier et à partir de 1997 à l’ENSP, coordination des ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année jusqu’en 2006 ? P. Aubry lui succède.
Fondateur de l’agence API (architecte, ingénieur, paysagiste) sous forme coopérative. Il a travaillé avec B. Fischesser au CEMAGREF de Grenoble.


W ^

Warnery M., architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, enseignant SP, architecture et construction (1954-1956).

Welcomme Bernard, XGREF, Ingénieur des Ponts et des Forêts, directeur de l’ENSP de 2006 à 2011. A succédé à Robert Mondy et précédé Vincent Piveteau.


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Zarmati (Jenny) Sarah, créatrice du centre de documentation du CNERP et consultante à l’ENSP et à la Mission du paysage, 1972-1980 -1990. Corédactrice en chef, avec P. Donadieu et A. Fraval de la revue Paysage et Aménagement de 1993 à 1996.
Photo en 1973 (CNERP).


Biographie d’Yves Luginbühl

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Histoire personnelle du Centre national d’étude et de recherche du paysage
CNERP (1972-79)

par Yves Luginbühl

Photo prise par mon père, Emile Luginbühl (1913-1956), en 1952.

 

Cette histoire singulière a commencé pour moi bien avant la création du CNERP par Robert Poujade en 1972. Après un passage dans la recherche scientifique comme entomologiste médical, spécialiste des insectes vecteurs de maladies tropicales, comme la fièvre jaune ou la malaria, j’ai eu l’occasion de me frotter à la pratique du paysage en entrant dans une entreprise d’espaces verts – du moins est-ce ainsi que l’on qualifiait alors les entreprises de jardins et de parcs – l’entreprise Georges MOSER, filiale de l’entreprise de travaux publics Jean Lefèvre, dont le siège était à Versailles. Je fus embauché comme assistant chef de chantier, commençant par des travaux de maçonnerie sur un chantier d’un ensemble immobilier dénommé « Versailles Grand Siècle ». C’était l’hiver 1970 et il faisait un froid intense, j’en avais les doigts gelés.

 
Mes premiers objets de recherche : à gauche, Aedes aegypti, moustique vecteur de la fièvre jaune ; à droite, la puce du rat, vecteur de la peste.

Un peu plus tard, avec le statut de chef de chantier, j’ai travaillé à la réalisation de l’une des résidences secondaires de Marcel Dassault, à Coignières, près de Trappes : un terrain plat, où nous avons planté plus de 6000 peupliers, environ 2000 tilleuls ; les peupliers étaient destinés à cacher les châteaux d’eau de la gare de triage de Trappes que Marcel Dassault ne voulait pas voir depuis sa résidence secondaire, réplique du petit Trianon, qu’il avait fait construire sur une petite colline artificielle, en faisant appel à des artistes connus comme le père de Jean-Paul Belmondo, sculpteur, et Jansen, décorateur alors très connu. C’est sans doute l’expérience de chantier la plus extraordinaire que j’ai connue, où j’ai pu observer les comportements humains les plus rapaces, avides et honteux. Tous les responsables du chantier en ont profité pour s’en mettre plein les poches, à commencer par l’architecte qui racontait partout qu’avec le fric qu’il ramassait, il pouvait se payer toutes les call-girls (pour être poli !) qu’il voulait.


Propriété de Marcel Dassault à Coignières, après sa mort. A gauche, vue aérienne de sa résidence secondaire, modifiée depuis que je l’ai vue en 1970 ; à droite, l’allée qui conduit à l’entrée du parc avec le mur d’enceinte.

Ce chantier fut sans doute le plus bénéfique financièrement que l’entreprise MOSER a connu, tout se faisait en régie, chaque peuplier a coûté l’équivalent d’un salaire d’ouvrier, soit 400 Francs de l’époque. Le mur d’enceinte de la propriété a coûté l’équivalent d’un avion de chasse Mirage, c’est-à-dire un milliard de francs. Je pourrais raconter un vrai roman sur cette expérience ; et en particulier les visites de Marcel Dassault, tous les 15 jours, un samedi matin où l’entreprise envoyait tous ses ouvriers sur le chantier, 500 environ. Ceux-ci se mettaient le long de la route qui faisait le tour du golf de 9 trous du milliardaire avec toujours un chapeau, une casquette ou un béret et lorsque Marcel Dassault passait dans sa Rolls-Royce avec son chauffeur, fenêtre ouverte, les ouvriers s’abaissaient en tendant leur couvre-chef et Dassault lâchait un billet de 100 Francs dedans. Tout fonctionnait comme cela, le gardien, ancien CRS, menaçait les chefs de chantier de dénoncer les problèmes de dégradation d’un arbre qui pouvait arriver et l’entreprise lui offrait des arbres, comme un cèdre en bac de 4 mètres de haut ou 50 rosiers tiges pour son propre jardin.

Je ne raconte pas cette aventure pour ses anecdotes, mais pour situer un contexte du domaine de la réalisation des parcs et jardins de l’époque. Il me semble que ce cas est significatif du climat de corruption qui régnait alors dans ce secteur (l’entreprise MOSER avait aussi le chantier des espaces verts du périphérique ouest de Paris et c’était là la corruption généralisée). Mais en même temps, cette expérience m’a permis d’apprendre beaucoup des pratiques paysagistes en les mettant en œuvre moi-même. Notamment lors du chantier du parc d’Elancourt dont Michel Corajoud était le concepteur, puis le parc André Malraux avec Jacques Sgard, à la Défense.

 
A gauche, le Parc André Malraux à la Défense réalisé par Jacques Sgard, dont j’ai dessiné les plans d’exécution ; à droite, le parc des Coudrays à Elancourt, conçu par Michel Corajoud, dont j’ai également réalisé les plans d’exécution.

Puis vint le CNERP : je ne sais plus vraiment comment j’ai eu connaissance de la création de cet organisme, sans doute par le bouche à oreilles ou la presse, mais j’ai su que le ministre chargé de l’environnement de l’époque, Robert Poujade allait le créer et lancer un concours de recrutement de stagiaires. Je me suis porté candidat en tant qu’ingénieur agronome et à ma grande surprise, j’ai été reçu. Je n’ai pas démissionné tout de suite de l’entreprise MOSER qui m’a permis de suivre les séminaires pendant environ deux ans tout en assurant le suivi des plans d’exécution du parc André Malraux à la Défense pour Jacques Sgard. Là également, je pourrais raconter pas mal d’anecdotes croustillantes.

Je me suis donc retrouvé 45, rue de Lisbonne à Paris avec les autres stagiaires, dont 6 paysagistes de Versailles, Alain Levavasseur, Georges Demouchy, Jean-Pierre Saurin, Didier Corot, France Trébucq et Jean-Pierre Clarac, une paysagiste hongroise, Zsuzsa Karpati-Cros, une sociologue, Christiane Tournier, un biologiste, Pierre Poupinet, un géographe, Bernard Brun, trois architectes, Luc Etivant, Bertrand Lavier et Claire Michenet, un juriste, Alain Sandoz. Nous étions donc 15 stagiaires.

Un premier constat : l’enseignement a été plutôt passionnant, presque luxueux, avec des séminaires mobilisant des noms de spécialistes animés par le personnel enseignant comme Bernard Lassus, Jacques Sgard, Charles Rossetti, Rémi Pérelman, ou Michel Macary, architecte, Jean Challet, paysagiste, Jacques Montegut, botaniste, et Pierre Dauvergne, notamment. Je me souviens surtout de la visite que les stagiaires ont faite à l’Institut du Pétrole pour apprendre la technique des photographies aériennes, puis le voyage que nous avons fait dans le midi, à l’étang de Berre, à Fos-sur-Mer, qui nous a donné l’occasion de voir les aménagements industriels et pétroliers et de les commenter avec le personnel encadrant. Certains séminaires sur la discipline de l’écologie m’ont permis de me familiariser aux nouvelles connaissances alors que j’avais un diplôme d’entomologiste avec une dimension écologique (j’avais fait un mémoire de DEA sur l’écologie des moustiques dans le Languedoc).

Je passe sur tous les séminaires qui ont été organisés et en particulier un séminaire sur l’esthétique avec un musicien (Pierre Mariétan) qui m’a vraiment frappé. Il s’agissait de nous sensibiliser à l’esthétique musicale contemporaine, qui pouvait paraître un peu barbare par rapport à la musique classique que j’ai pratiquée en faisant partie de la chorale du conservatoire de Grenoble. Je dois dire que c’était une expérience intéressante.

L’une des présentations d’étude qui m’a apporté beaucoup est celle qu’une équipe dirigée par Pierre Dauvergne a réalisée sur la vallée de la Loire lorsqu’il travaillait à l’OREALM, Organisation d’Études d’Aménagement de la Loire Moyenne. Cette étude a été la première étude de paysage à l’échelle de l’aménagement du territoire effectuée en France. Elle a été conduite par une équipe composée de paysagistes de la Section du paysage et de l’art des jardins de l’Ecole Nationale d’Horticulture de Versailles (Jean-Pierre Saurin, Georges Demouchy, Daniel Jarry, et Michèle Delaigue), et d’écologues du Centre d’Etudes Phytosociologiques et écologiques de Montpellier (CEPE). Cette étude a fait l’objet d’un long rapport publié sous le nom de « Le paysage rural et régional »1. Le contenu de l’étude est aussi intéressant que la méthodologie mise en œuvre : c’est en effet la première fois que le terme de sensible est utilisé pour désigner les manières dont le paysage est perçu, mais il est surtout question de perception visuelle à travers des vues et des points de vue ou des champs de vision précisés sur des coupes de la vallée de la Loire ; la perception se limite encore presque exclusivement au visuel, même si l’on parle de sensations. A travers cette étude, j’ai découvert un nouveau champ sémantique du paysage, celui des perceptions (ou des représentations sociales des paysages) qui deviendront plus tard un objet majeur de mes recherches. La méthodologie de cette étude consistait à analyser les paysages et leurs évolutions et à intégrer les prescriptions dans les documents d’urbanisme de l’époque, c’est-à-dire les POS et les SDAU. En fait, il s’agissait de faire un diagnostic de l’état des paysages et des évolutions qu’ils subissaient, puis de proposer des actions d’aménagement destinées à améliorer la qualité des paysages. Cette question de la qualité des paysages a donné lieu à des débats interminables qui ne sont toujours pas complètement terminés. En effet, ce problème n’est pas évident à conceptualiser, car les représentations sociales des paysages interviennent dans leur diversité et rien ne peut certifier que des acteurs de l’aménagement du territoire puissent définir ce que constitue la qualité d’un paysage. C’est pourquoi la recherche s’est orientée vers l’analyse des valeurs attribuées aux paysages par les populations concernées et s’est penchée sur l’étude des représentations sociales des paysages en réalisant des enquêtes ou des entretiens semi-directifs auprès de diverses catégories de population. C’est ce que l’on verra apparaître plus tard, bien après le CNERP, dans les années 1980 à 1990 avec les premiers appels d’offres de recherche pour la communauté scientifique.

Dans cette étude, la partie écologique se résumait à une analyse des formations phyto-sociologiques, et l’articulation avec les analyses des paysagistes n’était pas vraiment faite. On ne peut pas dire qu’il s’agissait d’interdisciplinarité telle qu’elle sera pratiquée plus tard dans les programmes de recherche sur l’environnement du CNRS. Mais elle avait l’avantage de révéler les paysages composés d’associations de plantes qui pouvaient correspondre à des unités de paysage telle que les paysagistes les définissaient.

Plus tard, le CNERP s’est engagé dans la réalisation d’études à caractère méthodologique pour passer du paysage de l’échelle du jardin à celle de l’aménagement du territoire ; cet objectif faisait partie de la mission de l’organisme. Comme celle de réunir la documentation spécifique confiée à Sarah Zarmati ; ou celle de la formation des cadres et techniciens des administrations concernées, qui a débuté la seconde année avec Anne Kriegel, stagiaire recrutée en 1973. Les premières études du CNERP ont été au nombre de trois : celle du PNR du Faou, c’est-à-dire du Parc Naturel d’Armorique, celle du plateau de Valbonne Sophia-Antipolis, et celle d’une route de Champagne, l’axe Reims-Chalon sur Seine, avec Bertrand Lavier et Claire Michenet. Trois équipes ont donc été formées pour assurer la réalisation de ces études. Je fis partie de celle de Valbonne Sophia-Antipolis avec Georges Demouchy, France Trébucq, Didier Corot et Georges Brun. Cette expérience fut à la fois profitable, intéressante, mais aussi un peu difficile ; je m’explique : en tant qu’agronome de formation, je fus considéré par mes collègues comme un ingénieur insensible au paysage, notamment par Georges Demouchy qui n’a pas cessé de me critiquer en raison de ma formation. Pourtant, je ne me considérais pas du tout comme insensible au paysage qui a, pendant toute ma jeunesse, été fondamental dans mon expérience personnelle de l’espace géographique ; j’ai vécu toute ma jeunesse dans un parc d’un ministre de Napoléon III, dans la vallée de l’Isère, face à la chaîne de Belledonne, que j’ai pu contempler chaque jour ; c’est aussi pour cette raison que j’ai fait de longs voyages, comme celui que j’ai eu la chance de réaliser en 1968 lorsque je suis parti avec trois amis en Afghanistan en voiture en traversant toute l’Europe, la Turquie, l’Iran.

Ce fut l’occasion de contempler de sublimes paysages, j’ai d’ailleurs appris à filmer lors d’un stage à l’ORTF et j’ai réalisé un film sur ce pays en 16mm. L’année suivante, je suis allé en Inde, à Ceylan, au Népal, puis au Pérou avec mon épouse qui m’a également accompagné lors d’un second voyage en Afghanistan, cette fois en avion. L’argument que m’opposaient certains paysagistes du CNERP était pour moi une sorte d’offense. En tout cas, cette opposition entre la vision de paysagistes sur une autre discipline en dit long sur les représentations que nous nous construisons des disciplines autres que celle à laquelle nous appartenons. C’est un sujet que j’ai pu approfondir plus tard, lorsque je suis devenu chercheur au CNRS. J’ai d’ailleurs écrit des articles et un ouvrage dans lequel un chapitre entier est consacré à la question de la sensibilité aux paysages.

Photographies de mon voyage en Afghanistan en 1968 : en haut à gauche, lac de Band-I-Amir ; au milieu, ancienne forteresse de Sohak ; à droite, l’un des Boudas de Bamyan qui a été détruit par les Talibans ; en bas, femmes turkmènes devant leurs yourtes à Band-I-Amir ; au milieu, près du col de Tajihak, à 4500 mètres d’altitude, devant un caravansérail en ruines ; à droite, une femme Kutchi et ses enfants, à Kunduz au nord du pays.


Les paysages de mon enfance : en haut à gauche, la dent de Crolles, à droite, la Meije et ses glaciers, spectacle quotidien pendant mes vacances d’été, en bas, chaîne de Belledonne et de la Chartreuse ; j’habitais dans la vallée de l’Isère, entre ces deux chaînes de montagne.

Toujours est-il que j’ai contribué à cette étude de Valbonne Sophia-Antipolis sur un territoire qui était alors presque sauvage, inoccupé, abandonné, mais très agréable à vivre et qui était destiné à un aménagement d’espaces de déploiement des nouvelles technologies. Il y avait, au milieu des 2500 hectares de ce terrain, une ancienne ferme entourée de terrasses de culture abandonnées, mais superbes et que nous pensions transformer en un centre à vocation culturelle autour du paysage ; dans cet espace peuplé de pins maritimes, de chênes verts et de plantes de garrigue, j’ai été frappé par les odeurs des végétaux qui me rappelaient les romans de Jean Giono.

Photographies de Sophia-Antipolis, en haut, une carte actuelle et le bâtiment de l’université.
En bas, vue aérienne et rivière La Bouillide qui traverse le site.

Je suis revenu bien plus tard à Sophia-Antipolis pour un colloque et je n’ai pratiquement rien reconnu. Tout l’espace avait été construit et il ne restait presque plus rien de ce que j’avais connu. Mais je n’ai pas pu m’aventurer dans tout l’espace et n’ai pas pu voir si cette ferme ancienne avait été conservée. Ceci pour dire que les souhaits des paysagistes du CNERP de conserver une grande part de l’espace naturel n’avaient pas été respectés et qui montre que le paysage passait alors très loin derrière les enjeux économiques. Certes, les choses ont un peu changé, mais le paysage passe toujours après la biodiversité ou le changement climatique, bien que ces deux enjeux puissent être informés par le paysage, notamment grâce aux structures paysagères qui sont assimilables aux zones de connexion biologique. Mais la communauté des écologues est beaucoup plus puissante que celle des paysagistes ou des chercheurs sur le paysage et ils imposent souvent leurs visions du monde naturel ou anthropisé.

Après cette expérience, j’ai pu participer à d’autres études, comme celle du Plan d’aménagement rural de l’Argonne. Ce fut, je pense, une autre expérience autrement enrichissante où j’ai pu mesurer le poids de l’histoire dans la formation d’un paysage martyrisé par la Guerre de 14-18. Avec la petite équipe qui contribuait à cette étude, nous pouvions, lors de nos explorations pour analyser ce paysage, observer les anciennes tranchées, les trous d’obus, les balles de mitrailleuses dans les chemins ou dans les écorces et troncs des arbres. C’est d’ailleurs pourquoi, lors de mes travaux ultérieurs de recherche, j’ai toujours donné à la dimension historique une importance capitale. Je pense par ailleurs que la dimension historique n’était pas assez développée au CNERP, notamment dans les séminaires. C’est pourtant par la dimension historique que l’on a pu, dans les années 1990 et plus tard, théoriser les sens du terme paysage à travers l’analyse des premières occurrences du mot dans les langues européennes et les évolutions des significations du paysage avec celles des contextes sociaux, politiques et économiques.

Paysage d’Argonne, où j’ai participé à l’étude paysagère du Plan d’aménagement rural ; on y voit la forêt, siège de terribles combats pendant la Guerre de 1914-18.

Une autre étude qui m’a passionnée lors de mon séjour au CNERP fut celle que nous avons entreprise en 1977 avec Pierre Dauvergne dans les Pyrénées centrales, dans la vallée d’Aspe, à Aydius, petit village perdu dans la montagne, isolé, seulement accessible par un chemin non goudronné et pour lequel la direction départementale de l’équipement nous demandait notre avis sur les effets de la construction d’une route sur le paysage de la vallée2. Ce paysage était surprenant, surtout en raison des sentiers bordés de buis taillés serpentant sur les flancs de la vallée : c’était magnifique et nous craignions que la route fasse disparaître ces sentiers qui n’auraient alors plus d’utilité ; les buis servaient aux paysans à confectionner des boules pour les chapelets vendus à Lourdes. Cette étude fut pour moi l’occasion de réfléchir à la création de paysages par des communautés paysannes, avec leurs propres savoir-faire et leur culture de la nature ; une manière de se distinguer d’une esthétique formelle et officielle, défendue par les esthètes des associations de protection du paysage, comme la SPPEF, créée au début du 20ème siècle.


Aydius, village de la vallée d’Aspe, dans les Pyrénées, lieu de l’étude paysagère réalisée par une équipe du CNERP. A gauche, on voit bien les haies de buis qui bordent les sentiers d’accès aux fermes.

Entre temps, le CNERP avait déménagé à Trappes, dans un bâtiment mal isolé, avec du bardage de tôles dans un coin pourri, à l’intersection de deux routes et à 5 minutes à pied de la gare de Trappes. L’hiver, il y faisait froid et en été, on y crevait de chaud. Une vraie catastrophe énergétique. Le CNERP avait beaucoup changé, le directeur était Rémi Perelman, le responsable des études Pierre Dauvergne et je me suis retrouvé responsable de la cellule audiovisuelle, chargé de monter une collection de photos de paysages (une diathèque) et de réaliser des montages audiovisuels sur des thèmes divers. Je m’étais spécialisé sur les carrières et sablières et je me suis formé une connaissance du sujet, en visitant des carrières et sablières pour sensibiliser les techniciens des administrations concernées aux effets paysagers de ces lieux d’extraction des matériaux du sol. A cette époque existait une taxe parafiscale sur les tonnages de granulats extraits qui permettait d’aménager les lieux après extraction. C’est ce qui a permis de réaliser des documents de sensibilisation au réaménagement des carrières et sablières et même un film en 16 mm sur l’évolution des sablières de la confluence entre la Seine et l’Yonne ; j’avais alors une caméra 16 mm Beaulieu que j’avais acquise pour mes voyages en Asie et en Amérique du sud. C’était la seconde année du CNERP qui avait recruté la seconde promotion de stagiaires et notamment Anne Kriegel, architecte qui s’occupa des opérations de sensibilisation. Le CNERP avait aussi recruté des personnels spécialisés, en l’occurrence Jean-Pierre Boyer qui m’assista dans la cellule audiovisuelle, ainsi que Pierre Vantouroux, technicien de l’audiovisuel. C’est avec eux que le film fut réalisé.

Dans l’action sur les carrières, je me souviens également d’une opération dans les Alpes Maritimes qui avait été peinte en vert pour l’intégrer au paysage. J’étais effaré par une telle opération qui ne résolvait rien, mais qui répondait aux exigences esthétiques de l’époque. J’ai pu aussi assister au réaménagement d’une carrière près de Mantes-la-Jolie, près de l’autoroute A13, qui avait un objectif de remettre en état paysager et écologique les fronts de taille du calcaire. C’était quand même plus pertinent que de peindre en vert une falaise de calcaire. Les opérations de sensibilisation sur les carrières et sablières furent conduites en association avec Anne Kriegel et nous organisions les débats avec les participants, toujours perplexes sur des objectifs à caractère paysager ; il était plutôt question de réaménager ces lieux avec un objectif agricole, la remise en culture, ou écologique, favoriser le développement de la flore ou de la faune. Il fallait alors montrer que les objectifs agricoles ou écologiques n’étaient pas incompatibles avec un objectif paysager ; de nombreuses sablières furent aménagées en étangs de pêche.

L’activité audiovisuelle dont j’étais chargé ne m’a pas empêché de participer à d’autres études paysagères ; et notamment une étude sur le patrimoine paysager dans la vallée de l’Armançon, affluent de l’Yonne. Ce patrimoine était très important, il s’agissait de petits éléments du paysage rural le long de la rivière, comme les lavoirs, les abreuvoirs pour les animaux et surtout en amont, dans trois vallées parallèles en Bourgogne du patrimoine vigneron qui était menacé de disparition, en raison de l’abandon de la vigne après la crise du phylloxéra. Cette étude fut conduite avec une paysagiste, Marie-Noëlle Brault qui fit partie d’une promotion de stagiaires. Je me souviens surtout d’une mission en plein hiver où le givre ornait tous les arbres proches de l’Armançon et qui donnait au paysage un aspect singulier, particulièrement magnifique.

Je me suis également intéressé aux paysages de montagne : avec le CEMAGREF de Grenoble et surtout Bernard Fichesser, nous avons réalisé un document audiovisuel sur les paysages de montagne avec des diapositives venant de la diathèque du CNERP et de celle du CEMAGREF. Avec Bernard Fichesser, nous avions des divergences de sens sur le paysage, mais nous parvenions à surmonter nos différences de conception. Lui-même avait une vision relativement esthétique du paysage, alors que pour moi, le paysage était d’abord un objet d’aménagement du territoire et soumis à des valeurs diverses selon les acteurs. Dans le domaine du paysage de montagne, il existait une théorie dénommée « sitologie », issue des travaux de deux architectes, Faye et Tournaire ; ils proposaient des principes de construction fondés sur la pente du terrain et sur les pentes des toits des bâtiments : ainsi, si un versant avait une pente de 45°, il fallait que les toits des constructions aient une pente de 45°. J’estimais pour ma part que cette pratique était simpliste pour ne pas dire stupide. Alors que je venais des Alpes où j’avais passé toute ma jeunesse et mon adolescence, j’avais pu observer les chalets ou les fermes d’alpages ou les villages de haute montagne et jamais je n’ai pu affirmer que les toits de ces constructions avaient une pente égale à celle des versants, et d’autant plus que si on observait un bâtiment d’un autre côté, il n’avait pas du tout la même configuration.

En tout cas le travail réalisé avec Bernard Fichesser a quand même abouti à ce document audiovisuel qui fut un moyen de sensibiliser les élus des communes de montagne à la question du paysage. Et je peux également dire que ce travail m’a permis d’acquérir de nouvelles connaissances sur le paysage de montagne, comme ce que l’on appelait la zone de combat, à la limite des forêts, là où commencent les prairies d’alpage ou d’estive. Pourquoi combat ? Parce que c’est la lutte des arbres contre l’âpreté de la nature, les conditions de froid et d’enneigement. C’est pourquoi, dans cet espace, les arbres sont souvent chétifs, en raison des conditions climatiques extrêmes.

Après la première année du CNERP, les séminaires de formation tels que je les ai connus, ont cessé et je pense que c’était regrettable. Il existait une tension entre les paysagistes internes à l’organisme et la communauté externe des praticiens du paysage, ces derniers estimant que le CNERP leur faisait une concurrence déloyale. C’était notamment le cas de Michel Corajoud qui vint au CNERP pour une formation des stagiaires et qui ne décolérait pas devant la capacité du CNERP de conduire des études opérationnelles. Pour ma part, je pense qu’il y avait dans cette position une certaine mauvaise foi, car ce paysagiste n’avait pas à se plaindre des contrats qu’il avait lui-même avec des collectivités territoriales. Evidemment, il pouvait prendre cette position pour les autres, et notamment les plus jeunes qui cherchaient du travail. Plus tard, j’ai eu l’occasion de réfléchir à cette question de l’accès des paysagistes aux appels d’offre des collectivités territoriales. Il me paraît clair que le domaine du paysage fonctionne comme celui de l’architecture où des praticiens connus, voire des stars du métier n’ont aucun problème pour accéder à des opérations bien payées. Mais les plus jeunes souffrent de leur non reconnaissance dans le domaine. Je sais d’ailleurs que certains jeunes paysagistes ont abandonné leur métier pour se retrouver caissier à la FNAC ou dans un supermarché.

Un jour, je déjeunais avec un élu d’une ville où avait été lancé un appel d’offres sur un plan de paysage : je connaissais une jeune équipe qui avait répondu ; je demandais à l’élu qui avait eu une réponse positive ; il me répondit que c’était un certain paysagiste bien connu et je lui demandais ce qu’il en était de la jeune équipe : il me répondit qu’ils n’avaient pas assez d’expérience. Bien évidemment, si une collectivité ne leur attribue pas d’opération, ils ne risquent pas d’avoir de l’expérience. En outre, je connaissais le paysagiste qui avait obtenu l’opération, et je pense qu’il n’avait pas plus de capacités que la jeune équipe qui cherchait à innover dans les méthodes et en particulier par des dispositifs participatifs. Bref, il me semble qu’il y aurait une sérieuse réflexion à engager sur la manière dont les appels d’offre sont organisés et attribués.

Le CNERP s’est étoffé, avec un centre de documentation créé dès le début et dirigé par Sarah Zarmati, assisté ensuite par Nicole de Gouttes et Claudine Zysberg. Ce centre a rassemblé plusieurs milliers de livres, a réalisé des notes bibliographiques et des recherches documentaires. Le grand problème de cet organisme est son mode de financement. Le budget ne repose pas sur une subvention du ministère chargé de l’environnement, mais sur la recherche de contrats avec des institutions et des collectivités territoriales : c’est la course au contrat. Pour faire fonctionner l’organisme, il faut que son directeur, Rémi Perelman, plus ou moins assisté de Pierre Dauvergne ou d’autres membres chargés de mission, cherchent des opérations d’étude qui sont financées par une institution. C’est un cercle infernal et il est arrivé que nous attendions nos salaires pendant un mois, parfois plus. Faire rentrer de l’argent était difficile et c’est d’ailleurs ce qui aura raison de la pérennité du CNERP. Mais en attendant sa fin, seul le recours à un financement extérieur est possible.

Le CNERP s’est aussi équipé, de plusieurs voitures de fonction qui permettent aux membres d’aller sur le terrain pour les études. Il faut donc payer les voitures, leurs assurances, l’essence et les réparations éventuelles ou l’entretien. En outre, les études s’accompagnent toujours de nombreuses photos dont il faut acheter les pellicules et les faire développer. C’est la cellule audiovisuelle qui s’en charge et j’ai passé un accord avec un magasin de photographies qui nous fournit en matériel et en pellicules. Parfois, nous avons recours à un laboratoire de photographie qui est de grande qualité, mais bien plus onéreux. Tout ceci a un coût qui ne cesse d’augmenter et les problèmes financiers du CNERP croissent avec le temps.

Mon intention n’est pas de développer l’ensemble des travaux que le CNERP a réalisés dans sa courte existence. Je souhaite mentionner cependant un voyage en Angleterre qui était l’un des pays les plus avancés alors sur la question de l’aménagement des paysages avec les Pays-Bas. Ce voyage conduisit la totalité de l’équipe du CNERP dans la région de Sheffield où l’université avait conduit des études et des recherches sur le paysage : nous avons visité le Peak Park, où le paysage est composé de prairies d’élevage de moutons principalement, celles-ci étant séparées par des murets de pierres sèches. Puis nous sommes allés à Glasgow, pour rencontrer les chercheurs de l’université qui avait développé des études et recherches sur le paysage. Ce fut une expérience instructive pendant laquelle nous avons pu mesurer les différences de conception et de méthodes. Personnellement, j’en ai retenu des connaissances qui m’ont servi plus tard dans ma carrière de chercheur, lorsque je me suis intéressé à la formation historique des enclosures et en particulier du bocage. Ce domaine a constitué un axe de recherche important de mes recherches qui ont donné lieu à de nombreuses enquêtes auprès des habitants et surtout des agriculteurs ; les entretiens m’ont ouvert les yeux sur la diversité des pensées du paysage.

Il me semble que le plus important, après cette expérience du CNERP qui prit fin en février 1979, est de réfléchir à ce qu’elle m’a apporté. Le premier point concerne la question de la sensibilité au paysage ; dans les études du CNERP ou dans celles que j’ai eu l’occasion de consulter ou de conduire moi-même, la sensibilité renvoyait à celle du paysagiste. C’est ainsi qu’elle était formulée dans l’étude de paysage sur la Loire moyenne que j’ai mentionnée précédemment. Dans celles que j’ai conduite moi-même plus tard, la question de la sensibilité était et demeure différente : il s’agissait de savoir comment les acteurs locaux et en particulier les habitants percevaient le paysage de leur territoire. C’est d’ailleurs de cette manière que j’ai envisagé d’identifier les sensibilités aux paysages dans ma thèse de doctorat sur le vignoble de Bourgogne. C’est pourquoi j’ai réalisé des enquêtes sous deux formes : entretiens semi-directifs (environ 40) avec des habitants de six communes de la Côte viticole bourguignonne et enquêtes par questionnaires distribués dans les boîtes aux lettres (200). A cette époque, on ne parlait pas encore de représentations sociales des paysages, mais de valeurs attribuées aux paysages. C’est donc ces valeurs que j’ai cherchées à identifier auprès de cet échantillon d’habitants, vignerons ou d’autres catégories sociales. C’est ce qui m’a permis de constater un fort écart entre les valeurs attribuées aux paysages du vignoble et aux paysages des « montagnes », petits plateaux calcaires au-dessus des coteaux, couverts de friches ou de boisements sans intérêt forestier, où les petits vignerons ont cultivé de la vigne, du seigle ou des légumes, envoyé leur animaux alors qu’ils étaient polyculteurs ; les montagnes, d’altitude égale à environ 500 mètres ont été désertées après la Seconde Guerre Mondiale et surtout après la crise du phylloxéra, alors qu’elles avaient été occupées depuis une vingtaine de siècles au moins3. Cette crise avait fait chuter radicalement les prix du foncier sur les coteaux, c’est-à-dire les meilleures terres à vignes et les petits vignerons en ont profité pour acheter une parcelle ou deux.


Divers aspects de la côte viticole de Bourgogne : en haut, le village d’Auxey-Duresses (à gauche), la montagne en vue aérienne en infrarouge pour montrer les différentes espèces végétales (à droite)
En bas, l’occupation du sol de la montagne à partir du cadastre de 1826 (à gauche), la montagne et sa végétation d’épineux, de pins rabougris et de genévriers (à droite).

C’est de cette manière que la structure sociale du vignoble a fortement changé à partir de 1900 et surtout après 1950. Grâce aux enquêtes, j’ai pu me rendre compte de ce que représentait la sensibilité sociale aux paysages de cette région. Alors que celle qui concernait les paysages du vignoble était surtout des valeurs économiques, celle attribuée aux montagnes renvoyait à l’affectif, à la mémoire sociale, à la culture de la nature des petits vignerons, à l’imaginaire social où se déployaient des contes et légendes comme celle de la Vouivre chère à Henri Vincenot. La montagne, c’était et c’est toujours le lieu de la liberté, des pratiques marginales, le braconnage, les rencontres des amoureux, la recherche des escargots ou des fruits sauvages et des champignons : dans la montagne, parcourues de murgers, longs tas de cailloux que les paysans ont extraits des sols maigres pour pouvoir cultiver, chacun ou chacune à ses coins et ses recoins ; c’est ce qui m’a permis de comparer l’ensemble vignoble et montagne à la maison dans la conception de Gaston Bachelard (La poétique de l’espace)4 ; dans le vignoble comme dans les pièces de la maison, le salon ou la salle à manger, chacun respecte les règles communes ; dans le vignoble, tout est normé, chaque parcelle à droit ou non à une appellation (Appellation d’Origine Protégée) qui lui confère un statut singulier : vin régional ou communal, premier cru, premier grand cru ; dans le salon ou la salle à manger de la maison, on met les mains sur la table, on dit bonjour, on respecte son voisin et l’on se tient correctement. Sur la montagne, on est libre, on se moque des règles, on à ses coins ou ses recoins comme dans le grenier de la maison où l’on se retranche pour rêver. On rêve sur la montagne, on s’y isole seul ou avec son ami(e), d’ailleurs, lorsqu’on est au cœur de la montagne, on ne voit rien de la vallée et des coteaux ; parfois, après la pluie, le ciel se dégage au loin et on peut voir le Mont Blanc très loin. C’est comme dans le grenier d’où le regard s’évade par la lucarne. D’une certaine manière, mon passage au CNERP m’a permis de m’aventurer dans ce domaine de la sensibilité au paysage. En tout cas, j’ai retrouvé cette situation tout en analysant à partir des années 1990, après des recherches sur les représentations sociales, des paysages dans d’autres lieux ; c’est à partir de ces analyses que j’ai pu élaborer ma propre théorie des trois échelles des représentations collectives des paysages.

 

Complémentarité entre la montagne et le vignoble : en haut, deux aspects de la montagne avec une « cabotte », construction de pierres sèches où s’abritaient les petits paysans vignerons et un murger, sorte de ligne de cailloux de calcaire extraits du sol pour pouvoir cultiver. En bas, schéma des complémentarités entre le vignoble, la montagne et la plaine, et une vue du vignoble avec ses parcelles de vignes soigneusement ordonnées.

Le second enseignement de mon passage au CNERP concerne la question du projet de paysage. Celui-ci est le leitmotiv des paysagistes de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles où j’ai enseigné pendant plus de 20 ans. Or, ce terme n’a jamais fait l’objet, à ma connaissance d’une véritable définition. Il s’apparente le plus souvent au projet d’architecture alors qu’un objet architectural se distingue fortement d’un paysage ; un paysage évolue sans cesse, une construction peut évoluer, mais pas dans les mêmes conditions ni dans la même ampleur. Par ailleurs, la formulation d’un projet de paysage repose sur une étude relativement formelle et ne mobilise pas de données quantitatives, mais uniquement qualitatives. C’est ce qui distingue l’approche paysagiste de celle des géographes, des sociologues, anthropologues ou d’autres disciplines comme l’écologie notamment. Dans mon enseignement à l’ENSP de Versailles, j’avais introduit un exercice d’analyse du paysage d’un canton français et je tentais d’apprendre aux étudiants à utiliser les données statistiques qui peuvent, utilement, permettre d’étudier les évolutions d’un paysage : par exemple, les données des recensements de population (RGP) peuvent renseigner sur l’urbanisation, la qualité des logements, les résidences secondaires ; celles du recensement de l’agriculture (RGA) permettent de suivre l’évolution des cultures, de l’élevage, des prairies, des boisements, des bâtiments agricoles dans un paysage, notamment à l’aide de cartes d’évolution. Certes, il ne faut pas confondre paysage avec l’occupation du sol, mais on peut sans problème transformer une carte en deux dimensions en un bloc-diagramme en trois dimensions ; c’est d’ailleurs cet outil qu’utilisent souvent les paysagistes.

Cet enseignement rencontra l’opposition des professeurs de projet de l’école qui estimaient que l’usage de chiffres allait à l’encontre de la dimension sensible contenue dans le paysage. Si je fais cette remarque, c’est parce que dès le début du CNERP, dans les principes de la méthode paysagiste, les enseignants ou les intervenants lors des séminaires critiquaient souvent l’approche classique de l’aménagement du territoire, trop quantitative, qualifiée parfois de « froide », sans dimension sensible. Cette affirmation m’a souvent marqué et j’estime que l’on peut quand même utiliser des données quantitatives tout en étant à l’écoute des sensibilités sociales aux paysages. Dans cet enseignement du canton, les étudiants parvenaient toutefois à réaliser des cartes de l’évolution des logements, de l’agriculture et ils arrivaient à en tirer des conclusions pour le paysage qu’ils étudiaient.

J’en reviens au projet ; j’ai eu l’occasion d’étudier, à travers les programmes de recherche sur le paysage dont j’ai présidé les comités scientifiques au ministère chargé de l’environnement, de nombreuses approches du projet de paysage, en France ou dans d’autres pays d’Europe et même d’autres continents (Chine, Chili, notamment). Or, le terme de projet de paysage ne recouvre pas les mêmes principes dans d’autres pays. Au Royaume-Uni, le projet de paysage (Land planning) s’apparente davantage à un projet d’aménagement du territoire avec une dimension formelle, esthétique et parfois sociologique. Lors d’un colloque organisé dans le cadre des programmes de recherche du ministère de l’environnement, une équipe autrichienne exposa sa conception du projet de paysage : pour eux, le projet se distinguait du projet classique livré « clés en mains », par son caractère adaptatif ; que signifie ce qualificatif ? Il s’agit d’un projet qui n’est jamais terminé et qui évolue au fur et à mesure de son avancement. Plus précisément, lorsqu’une proposition d’aménagement d’un lieu est avancée, de nouvelles connaissances sont produites et il s’agit alors de les introduire dans le projet qui en sera modifié et ainsi de suite. D’une certaine manière, le projet avance avec une boucle de rétroaction. J’ai été assez captivé par cette méthode et ai pu l’analyser plus profondément dans l’un de mes ouvrages.

Une autre remarque sur le projet de paysage : dans les théories les plus répandues chez les paysagistes, le projet est l’œuvre de l’artiste qui le dessine en tenant compte de son environnement paysager et de ses propres idées de ce que celui-ci peut imposer au dessin. Du moins était-ce la conception la plus répandue dans un premier temps. A partir du moment où la Convention Européenne du Paysage5 a été adoptée (octobre 2000 à Florence) et ratifiée par la France (juillet 2006), les conditions d’élaboration d’un projet de paysage ont fortement changé. En effet, la convention prône la prise en compte de ce qu’elle dénomme « aspirations des populations », dans un objectif louable de mettre le citoyen au cœur du projet, pour la qualité de son cadre de vie. La convention n’est plus centrée sur les paysages remarquables, mais sur les paysages du quotidien, c’est-à-dire le cadre de vie des populations. En termes de projet, il est clair ainsi que l’artiste, si tel doit se considérer un paysagiste, ne peut décider tout seul de ses orientations et qu’il doit modifier sa posture en écoutant les acteurs du paysage ou de l’aménagement du territoire. Les nouvelles générations de paysagistes ont pris la mesure de cette tendance qui est d’ailleurs mondiale, surtout celles issues de l’école de Bordeaux, alors que ceux qui sortent de l’enseignement de Versailles ont plus de difficulté à s’orienter vers des dispositifs de participation citoyenne, tant la pédagogie les a persuadés de s’en tenir au projet proche de celui de l’architecture, plus ou moins fermé sur lui-même.

Toujours est-il que les projets de paysage participatifs se sont développés et qu’il en existe de très nombreux désormais dans tous les pays d’Europe, sur le continent américain, au nord comme au sud et même en Chine. J’ai eu l’occasion d’entendre une communication sur un projet participatif de jardins partagés dans une banlieue de Shanghai lors d’un colloque à Fuzhou dans le sud du pays. Dans un rapport sur le thème « Paysage et démocratie », que j’ai rédigé pour le Conseil de l’Europe, j’ai ajouté en annexe de nombreux exemples de projets de paysage participatifs en Europe. Ils sont maintenant assez connus et d’autres chercheurs se sont penchés sur la question. Ceci dit, il existe de multiples formes de participation, depuis la sensibilisation jusqu’à la négociation. Mais la participation citoyenne n’est pas la panacée : certains projets réussissent, et d’autres échouent, car les conditions de leur réussite sont complexes ; le plus souvent, si le projet participatif provient d’une collectivité territoriale, il a moins de chance de réussir qu’un projet issu d’une association, tout simplement parce que ce qui émane d’institutions politiques provoquent la méfiance des électeurs. Il est aussi clair que la question de l’animation est importante, celle des connaissances mobilisées également. En tout cas, lors de l’existence du CNERP, on ne parlait pas de projet participatif, alors qu’ils existaient aux Etats-Unis depuis les années 1960, grâce à John Dewey, philosophe et spécialiste des questions d’éducation.

Lors de mon séjour au CNERP, il y a eu une tentative de s’interroger sur les perceptions sociales des habitants ; je me souviens qu’une étude menée dans la vallée de la Loire avait envisagé d’interroger des habitants, mais ce n’est pas allé plus loin.

Quant à la recherche, dont le terme figure dans le nom de l’organisme, je pense que malgré deux tentatives avec des réponses positives à l’appel d’offres du ministère de la culture, les résultats ne furent pas très probants. J’y participais, sur les paysages de coteaux, en Bourgogne, et ce fut là le début de ma thèse.

Finalement, le paysage est resté plutôt attaché à la valorisation touristique des territoires, ce que certains appellent le marketing territorial. Ce n’est pas nouveau : le paysage est à vendre, comme le dit Alain Levavasseur à propos de A. Huxley ; bien avant ce célèbre écologue avant la lettre, Elisée Reclus, en 1866, avait écrit :

« Sur le bord de la mer, les falaises les plus pittoresques, les plages les plus charmantes sont aussi en maints endroits accaparées soit par des propriétaires jaloux, soit par des spectateurs qui apprirent les beautés de la nature à la manière des changeurs évaluant un lingot d’or (…). Ces paysages sont découpés en carrés et vendus au plus fort enchérisseur (…). Puisque la nature est profanée par tant de spectateurs à cause de sa beauté, il n’est pas étonnant que dans leurs travaux d’exploitation, les agriculteurs et les industriels négligent de se demander s’ils ne contribuent pas à l’enlaidissement de la terre (…). Quant à l’ingénieur, ses ponts et ses viaducs sont toujours les mêmes, dans la plaine la plus abrupte ; il se préoccupe non de mettre ses constructions en harmonie avec le paysage, mais uniquement d’équilibrer la poussée et la résistance des matériaux. »6

J’ai déjà dit qu’aujourd’hui, le paysage passe après les enjeux du changement climatique et l’érosion de la biodiversité ; c’est un fait reconnu par tous les paysagistes qui sont passés par le CNERP, mais il ne faut pas abandonner l’idée que le paysage peut aussi servir ces causes planétaires. Sur cette question, la communauté des écologues est divisée entre les opposants au paysage et ceux qui estiment que ce concept peut être utile pour analyser les flux de biomasse, c’est-à-dire des espèces végétales ou animales. Il est même curieux d’entendre des écologues prétendre qu’il vaut mieux protéger le loup dans les alpages plutôt que les moutons, au nom de la biodiversité. Or, on le sait, la biodiversité est bien plus maintenue par les moutons que par l’absence de pastoralisme ; l’exemple du narcisse des Glénan est là pour le confirmer : l’espace où poussaient ces narcisses endémiques avait été enclos pour les protéger des moutons ; une autre végétation s’est développée, et les narcisses ont disparu. Lorsque l’on a enlevé les clôtures et remis les moutons, les narcisses sont revenus. Ceci dit, dans toute communauté, il existe toujours des individus radicaux et des individus plus ouverts à des idées nouvelles et ouvertes sur les autres pensées. C’est aussi vrai pour les écologues et les paysagistes. Il est finalement heureux que des controverses existent, car c’est d’elles que naît le débat et peut aboutir à des compromis et non à un consensus, car ce dernier est la pire des solutions, il aplanit la diversité des idées et favorise la langue de bois.

J’aurais sans doute encore de nombreuses remarques à faire sur le CNERP, je regrette seulement que cet organisme innovant et qui aurait pu apporter de nouvelles méthodes et réflexions ait subi l’inconséquence des institutions de l’Etat qui ne lui ont pas donné les ressources financières auxquelles il aurait dû avoir droit, et aussi d’un certain corporatisme des paysagistes qui le considéraient comme un concurrent et qui ont tout fait pour sa disparition ; le CNERP s’est terminé en février 1979, ses membres en sont partis ou ont été répartis dans des services du ministère de l’environnement ; moi-même ai été recruté à la Mission Paysage ; malgré le bref séjour que je fis à la Mission Paysage, j’ai pu, à l’initiative de Lucien Chabason, chef de la mission, développer une approche originale du paysage : il s’agissait de relancer une activité économique en perte de vitesse qui produisait un paysage singulier, la culture de la lavande dans le sud-est de la France ; Lucien Chabason avait lui-même une maison dans le Vaucluse, près des « Dentelles de Montmirail » et il était inquiet sur l’avenir de la lavande, touchée par un parasite qui mettait en péril sa culture. J’ai donc pris contact avec l’organisation professionnelle des lavandiculteurs pour leur proposer des aides financières afin de les aider à relancer leur activité. Ce fut une expérience intéressante, mais plutôt décevante, car ces professionnels de la lavande n’étaient pas vraiment convaincus de l’intérêt paysager de leur production. J’engageais néanmoins une action en faveur du soutien de la culture de la lavande, mais je n’ai pas pu en voir le résultat, car j’avais d’autres objectifs personnels : un poste de chercheur s’ouvrait en Espagne, à la Casa de Velázquez, dont le directeur souhaitait recruter un chercheur pour travailler sur le paysage d’Andalousie ; je fus même invité au siège de la Casa à Madrid, pour rencontrer son directeur afin de préciser mon projet de recherche. Je parlais de ce projet à Lucien Chabason et il ne s’y opposa pas, me disant qu’il garderait mon poste le plus longtemps possible.

J’ai donc posé ma candidature en faisant, comme il se devait à l’époque (1979), le tour de certains des membres du jury qui allaient évaluer les candidats. Et, oh, surprise, j’ai été recruté pour octobre 1979. Avec mon épouse, nous sommes partis de Paris à Séville en voiture et nous avons trouvé assez vite un appartement dans le cœur de la capitale andalouse, où nous sommes restés 3 ans, jusqu’en juillet 1982, avec nos deux enfants. Ce fut une expérience formidable, où j’ai pu réaliser de nombreuses enquêtes auprès des viticulteurs du vignoble de Jerez-de-la-Frontera (Xérès), ou de la campagne proche de Séville. En même temps, l’équipe qui travaillait sous ma responsabilité a réalisé des cartes de l’évolution de l’occupation du sol sur deux secteurs, l’un proche de Séville (environ 90.000 hectares), l’autre autour de Jerez-de-la-Frontera (environ 250.000 hectares), entre 1956, 1972 et 1977, grâce à l’analyse des photographies aériennes ; il est certain que l’apprentissage que j’avais fait au CNERP de cette technique m’a beaucoup aidé.

Paysages d’Andalousie que j’ai pu étudier, admirer, savourer : en haut à gauche, « Dehesa », c’est-à-dire forêt claire de chênes verts et porcs ibériques, à droite, idem sans les porcs ; en bas, à gauche, village blanc d’Andalousie (Zahara de la Sierra) et à droite, immensité des plantations d’oliviers, près de Jaen.

Ce séjour en Andalousie m’a permis de découvrir des paysages superbes, comme les forêts de chênes verts et liège, où l’on élève les fameux porcs ibériques qui se nourrissent de glands et donnent des jambons célèbres, les « Jamones de pata negra de bellota », sans doute les meilleurs du monde. J’ai pu admirer également les paysages de la campagne andalouse, où les immenses exploitations latifondiaires produisent des céréales ou du coton, des betteraves en employant des ouvriers agricoles, les « peones » qui viennent se louer au printemps sur les places des villages (comme en Beauce où j’ai fait de nombreuses enquêtes à mon retour en France). Il s’agit d’un système profondément injuste, où les grands latifondiaires exploitent des milliers d’hectares en faisant appel à des ingénieurs agronomes pour gérer leurs exploitations, eux-mêmes ne faisant rien que de s’adonner à des loisirs comme le golf ou les voitures de sport, alors que les ouvriers agricoles n’ont que de petites parcelles de moins d’un hectare, souvent dans des villages de colonisation et sont employés dans les grandes haciendas ou « cortijos » des latifondiaires pour des salaires de misère. Cette expérience andalouse m’a permis de découvrir non seulement des paysages somptueux, mais aussi un système économique singulier, d’origine romaine et arabe, qui existe toujours et n’a pas beaucoup changé ; j’ai pu également constater la disparition des oliviers des campagnes proches de Séville, remplacés par des cultures de colza. Ces oliviers furent souvent arrachés et mis en bac, pour être vendus en Europe, comme en France où on les retrouve dans les pépinières, puis dans certains jardins. Mais depuis, la politique agricole espagnole a modifié ses objectifs et les oliviers ont été replantés.

Jardins de l’Alcazar à Séville, où j’ai vécu 3 ans (en bas à gauche, azulejos de l’Alcazar) ; je venais promener mes enfants dans ces jardins qui étaient merveilleux et frais lorsque la température dépassait 50°.

Après ce séjour à la Casa de Velázquez, à mon retour en France, après 3 ans de séjour à Séville et un moment de divers travaux dans des bureaux d’étude, je suis entré au CNRS où je suis toujours en tant que directeur de recherche émérite. Les expériences du CNERP, de la Mission Paysage et de la Casa de Velázquez m’ont permis d’approcher une démarche d’analyse économique et sociale du paysage en développant récemment une méthode fondée sur l’évaluation socio-économique du bien-être par le paysage lors d’une recherche engagée dans la vallée de la Loire en interrogeant des habitants, des élus, des acteurs divers de l’aménagement du territoire et en réalisant des cartes des lieux de bien-être ou de mal-être ; ce qui a permis ensuite d’identifier 52 critères de bien-être ou de mal-être par le paysage considéré comme cadre de la vie quotidienne.

Je souhaite terminer cette histoire personnelle du CNERP en rappelant ma trajectoire familiale : mon grand-père était un paysan suisse, qui faisait de l’élevage dans les Alpes bernoises, à Oberthal. La situation des paysans suisses à la fin du 19ème siècle était catastrophique, car ils étaient trop nombreux pour des terres insuffisantes ; c’est pourquoi mon grand-père a migré vers la France, dans le Jura, a épousé une française en se convertissant au catholicisme alors qu’il était protestant, et est devenu boulanger, l’un de ses fils, mon propre père, est devenu ingénieur agronome spécialisé dans l’élevage alpin dans le département de l’Isère (après le Jura et la Haute-Loire). Je suis devenu également ingénieur agronome, spécialisé dans la recherche sur le paysage et mon fils est désormais paysagiste DPLG, il a fait ses études à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et du Paysage de Bordeaux.

J’ai eu l’occasion d’aller voir le village de mon grand-père qui n’était qu’un ensemble de hameaux dispersés sur les collines ; du chalet où il vivait et que j’ai retrouvé, on peut voir un sublime paysage : tous les grands sommets des Alpes suisses, avec le Cervin, le Matterhorn, la Jungfrau. Je demandais à une vieille paysanne dans quelle maison habitent des personnes du nom de Luginbühl ; elle tendit son doigt tout autour et me dit : « là, là, là et encore là. » Il y avait donc de très nombreuses personnes s’appelant de ce nom dans ce village. Avec mon épouse et mes enfants, nous fîmes une promenade près du chalet de mon grand-père et nous nous assîmes sur un banc placé devant le spectacle des Alpes suisses. Ce fut une surprise de découvrir sur le banc une plaque avec le nom d’Otto Luginbühl ; c’était le nom du fabricant du banc et en regardant sur internet, nous nous sommes aperçu que c’était une entreprise qui fournissait de nombreux équipements pour les collectivités locales suisses comme les bancs, mais également les jeux pour enfants dans les parcs publiques, des clôtures, etc. Quelle drôle d’histoire familiale, n’est-ce-pas, représentative du nom de famille, Luginbühl, qui signifie en suisse allemand : « Regarde vers la colline »7, un nom prédestiné !

Diverses photos de mes voyages, en Iran, en Inde, au Maroc, au Chili, au Brésil, en Chine, au Pérou, etc.


Vues depuis le village de mon grand-père Friedrich Luginbühl, dans les Alpes suisses de l’Oberland bernois, à Oberthal, d’où l’on peut voir la chaîne des Alpes avec notamment le Cervin. Au milieu, à gauche, l’entrée du village d’Oberthal, le chalet où vivait mon grand-père, en bas, à gauche, ma famille sur le banc fabriqué par Otto Luginbühl et à droite, le paysage depuis le chalet.

FIN DE MON HISTOIRE DU CNERP

 

Je précise que j’ai publié deux ouvrages sur le paysage : le premier en 1989, aux Editions de la Manufacture, intitulé : « Paysages, textes et représentations des paysages de la Révolution à nos jours »8, puis « La mise en scène du monde, construction du paysage européen, aux Editions du CNRS, en 20129.

J’ai aussi publié des ouvrages collectifs suite aux programmes de recherche dont j’ai présidé les comités scientifiques :

Luginbühl Yves, Berlan-Darque Martine, Terrasson Daniel, 2007, Paysages, de la connaissance à l’action, ouvrage collectif publié aux Editions QUAE.

Luginbühl Yves, Berlan-Darque Martine, Terrasson Daniel, 2007, Landscapes : from knowledge to action, ouvrage collectif publié aux Editions QUAE.

Luginbühl Yves, Guillaumin Gérard, Terrasson Daniel, dir., 2012, Paysage et développement durable, Editions QUAE, Paris, 300 pages.

Luginbühl Yves, Guillaumin Gérard, 2013, Terrasson Daniel, dir., 2012, Conclusion, ouvrage collectif du programme de recherche Paysage et développement durable, Editions QUAE, pages 205-215.

Luginbühl Yves, 2013, dir. et conclusion, Infrastructures de transports terrestres, écosystèmes et paysages. Des liaisons dangereuses ? PREDIT, programme de recherche ITTECOP du MEDDE, La documentation française, pages 245-258, 280 pages.

Luginbühl Yves, dir. 2015, Biodiversité, paysage et cadre de vie. La démocratie en pratique, Victoires Editions, Paris, 290 pages.

En outre, j’ai publié environ 130 articles ou chapitres d’ouvrages collectifs et de nombreux rapports, notamment pour le Conseil de l’Europe autour de la Convention Européenne du Paysage.


1 Le « Paysage rural et régional – 2e partie » parue à la Documentation française.
2 Réalisée pour le compte du Conseil général des Pyrénées atlantiques.
3 On retrouve sur les montagnes des vestiges de l’époque néolithique, comme des enclos.
4 Bachelard Gaston, 1972, La poétique de l’espace. Presses Universitaires de France, 214 pages.
5 https://www.coe.int/fr/web/landscape
6 RECLUS, Elisée, 1866, Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes, In Revue des Deux Mondes, Paris.
7 « Lug-in-Bühl », c’est comme Look at the Hill, en anglais, « lugen » est un verbe du suisse allemand inusité qui signifie regarder, à ne pas confondre avec « lügen » qui signifie mentir.
8 Luginbühl Yves, 1989, – Paysages. Textes et représentations du paysage du Siècle des Lumières à nos jours, Lyon, La Manufacture, 1989, 270 p., 101 illustrations. Prix Conrad Malte-Brun de la Société française de Géographie.
9 Luginbühl Yves, 2012, La mise en scène du monde, construction du paysage européen, CNRS Editions, Paris, Prix Edouard Bonnefous 2013 de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, 430 pages.

Biographie de Pierre Dauvergne

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L’émergence du « paysage d’aménagement » en France

1967-1985

Témoin et acteur de cette période historique, Pierre Dauvergne, paysagiste DPLG, raconte le début de sa carrière.

Ce texte est un matériau de recherche utilisable par les chercheurs en le citant.

Avant-guerre, à Paris mon père a eu une activité commerciale en contact avec des décorateurs et architectes d’Intérieur : les Établissements PERZEL (luminaires) et le groupe DIM (Décoration Intérieure Moderne). Luminaires et meubles de ces établissements étaient présents chez mes parents et, pour certains, m’accompagnent aujourd’hui.

Puis mes parents se sont installés à l’angle de la rue Guénégaud et du quai de Conti. Nous étions au-dessus d’un magasin d’antiquités « A la reine Margot », véritable petit musée.

C’était l’après-guerre. Mon père, toujours dans le commercial, a travaillé quelques années à la Halle aux vins chez un négociant. Il y a fait la connaissance d’un voisin, le peintre Jean DUBUFFET, qui avait repris l’activité de son père. C’était avant ses activités d’artiste. Quelques années plus tard, en 1954 (j’avais 11 ans), il invite mon père au vernissage d’une exposition à la galerie Drouin, rue Visconti. Accompagnant mon père, je suis profondément surpris par cette exposition intitulée « Les petites statuettes de la vie précaire ». J’ai eu un choc sur ce que pouvait être l’art … faire des statuettes en assemblant des scories de mâchefer ! c’était vraiment un choc !

Avec mes parents, nous faisions aussi des visites régulières des nombreuses galeries d’art dans le quartier, dans les rues Mazarine, Jacques Callot, de Seine, des Beaux-Arts, Bonaparte, rues Guénégaud, Visconti, … De plus, mes parents avaient des amis artistes, dont Frans MASEREEL, peintre et graveur sur bois, Pinchas Burstein, dit MARYAN, peintre. Ce dernier venait très régulièrement à la maison, souvent avec des amis dont, Irving PETLIN, peintre et pastelliste, June LEAF, peintre et sculpteur, Sam ANDEL, peintre (cf. mon document « Les Maryan et la tribu Dauvergne » – 2013). Aux murs de la maison, les œuvres étaient nombreuses.

Sans aucun doute ces visites ont développé ma sensibilité et mon ouverture aux arts. De 1953 à 1958, avec les encouragements de mes parents, je pratique la gouache, l’aquarelle, le dessin…

L’Institut et la passerelle des Arts- dessin au Flo Pen, 21 x 29,7 vers 1957

…notamment sur les quais de la Seine, à la hauteur du Vert Galant. De 1956 à 1958 je participe à l’Atelier d’arts plastiques des moins de 15 ans au Musée des Arts Décoratifs avec Colette COULON (peintre et graveur) et Pierre BELVES (illustrateur de livres).

En 1943, à ma naissance, mes parents achètent un terrain sur un versant du début de la vallée de l’Yvette aux Essarts-le-Roi, ceci pour mettre ma mère et moi-même à l’abri … Un abri rudimentaire a même été creusé dans la pente sableuse pour se protéger d’éventuels bombardements du triage de la gare de Trappes. Ce terrain de 5 000 m2 est rapidement devenue un lieu d’autosubsistance, voir de troc : légumes, fruits, volailles, lapins, et produits du braconnage de mon frère aîné.

Au fil des années, ce terrain est devenu un terrain d’expérience, de chasse, et de découverte de la nature. Nous y allions quasiment toutes les fins de semaine et durant les vacances scolaires. Le terrain était boisé dans sa partie haute, en friche dans sa pente, et herbue dans la partie basse, où coulait l’Yvette.

Moi, marchant le long de l’Yvette, dans le bas du terrain, le chalet et les terrasses.

La gestion de ce petit territoire était une grosse charge pour protéger les cultures, contenir l’enfrichement, voir l’embroussaillement de la pente, et lutter contre l’érosion des berges de l’Yvette. C’était mon apprentissage à la gestion de milieux végétaux, à la culture potagère, et fruitières (petits fruits).

Je chassais et collectionnait les papillons et insectes divers (il y en avait à cette époque … !). Je capturais les reptiles : couleuvres à collier, coronelles, mais aussi des lézards, dont orvets, lézards des souches, gris, verts et ocellés. Également, des grenouilles, divers petits rongeurs pour nourrir mes reptiles avant de les « livrer » au vivarium du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, un lieu magique pour moi. J’y étais accueilli par son responsable, un ami de mon père connu durant la guerre. J’échangeais avec lui mes captures contre des insectes tropicaux et des chenilles, qui faisaient ensuite leur cocon où elles pouvaient à la maison. Je faisais aussi un peu de commerce avec les animaleries du Quai de la Mégisserie.

J’ai également vu la paysannerie de près. En effet j’allai chercher œufs et lait à la ferme MERELLI, du nom de l’agriculteur. J’ai eu la chance de voir cette paysannerie à la veille de sa disparition. C’était une petite exploitation. Et, puisque nous habitions sur la Seine, face au Pont Neuf et au Vert Galant, il m’arrivait de pêcher à pied !!! des écrevisses, car à l’époque l’essentiel des barrages réservoirs en amont de Paris n’était pas encore construits.

LES PRÉMICES : MA FORMATION AUX VEGETAUX, AUX JARDINS, PUIS AU PAYSAGE (1959 – 1966).

En 1959 : Etant très mauvais au collège, sauf en dessin et en sciences naturelles, … l’Orientation Professionnelle suggère, qu’entre nature et peinture, ma voie devrait être celle de “Paysagiste”. Elle indique alors l’existence de l’Ecole Du Breuil, l’Ecole d’Horticulture de la Ville de Paris. À cette époque, il faut entendre un jardinier plus qu’un paysagiste concepteur, métier alors quasi inexistant. J’obtiens, contre toute attente, mon Brevet.

De 1959 à 1962, je suis les enseignements de l’Ecole d’horticulture de la Ville de Paris, dite “Ecole DU BREUIL” :

1959 – Concours d’entrée à l’Ecole du Breuil : reçu 13éme sur 40.

1959 – Les Floralies au Palais de la Défense (CNIT) sont organisées par la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF), et la Ville de Paris me conforte d’emblée dans mon orientation professionnelle. J’ai en effet un véritable coup de foudre pour le grand stand central réalisé par les Établissement Vilmorin-Andrieux, et conçu par le grand paysagiste britannique RUSSEL-PAGE (1er prix). En particulier les scènes végétales à base d’azalées et de lys dont les teintes multiples d’oranges et de jaunes me subjuguent. Sans le savoir à ce moment-là, j’allais rencontrer plus tard certains concepteurs d’autres stands, comme enseignants : Jacques SGARD (déjà !!!), et Henri BRISON.

Trois années d’études : Enseignants principaux : CLEMENT (Culture potagère), BRETAUDEAU (Arboriculture fruitière), CHANTRIER (arboriculture d’ornement), Lucien SABOURIN (floriculture), Pierre GRISON (parasitologie), GOUET (botanique), Henri BRISON (art des jardins). Malheureusement, pour ce dernier, son enseignement ne dura qu’un an. En effet, il meurt prématurément des suites d’un accident de la route. Il était paysagiste à la Ville de Paris avec Daniel COLLIN, dans l’équipe dirigée par Robert JOFFET. Il me révèle mieux ce qu’est un paysagiste. Nous faisions avec lui des projets de petits jardins ou de scènes végétales.

Pour les travaux pratiques (50 % du temps de l’enseignement), nous avions de nombreux enseignants techniques, principalement LEFEBRE, qui a rejoint le Potager du Roi de Versailles, bien après. Également, BESNIER pour les vergers où je me passionne pour la formation et la taille des fruitiers, PAULIN pour le potager, …De cette période, date une profonde amitié avec Pierre PILLET, élève comme moi.

Dès le départ, en première année, j’ai été très surpris, ne voyant pas le rapport avec les jardins et le métier de paysagiste. En effet les matières principales étaient la culture potagère, l’horticulture générale, et la connaissance des végétaux par leur appellation en latin. Ce fut dur ! J’étais loin des Floralies … et de ce qui me passionnait dans la vallée de l’Yvette, mon territoire de chasse et de captures de batraciens, reptiles, rongeurs et insectes.

Par la suite, je suis devenu un véritable connaisseur des végétaux horticoles, et pris goût aux travaux pratiques, d’autant que j’en avais menés auparavant, durant mon enfance, dans la maison de campagne de mes parents aux Essarts-le-Roi. J’ai également pris goût à la formation des arbres fruitiers et à leur taille, que je pratique toujours dans les jardins de la famille et d’amis.

J’ai découvert aussi, avec un professeur remarquable Pierre GRISON et son assistant, tous deux à l’INRA, la parasitologie et la lutte biologique (Elle en était à ses tous débuts). Un premier contact avec l’écologie avant l’heure ! À partir de la deuxième année, nous étions dans notre sujet avec Henri BRISON. Enfin, Lucien SABOURIN (Ville de Paris, Conservateur des Serres d’Auteuil), avec son enseignement tourné vers la floriculture, un grand pédagogue. Au total, un enseignement complet, transversal, avec des enseignants de qualité alliant connaissances et pratiques. Un enseignement qui n’existe plus, nulle part.

1962 : diplôme de fin d’études, dit de “Jardinier quatre branches” (culture potagère, floriculture, arboriculture fruitière, et arboriculture d’ornement), diplôme équivalent aujourd’hui à un BTS. Classement : 2ème / 40. Chez Jacques YOVANE, architecte, amateur de jardins, je contribue à la conception d’un jardin d’esprit japonais au Salon des Arts Ménagers. Avec Pierre PILLET, nous participons au concours de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF) pour la conception du jardin d’essais de Melun. Classés 10ème sur 11. A cette époque, nous faisions aussi, avec ma mère et ma sœur, de la céramique chez un potier dans le quartier d’Alésia. Pierre PILLET était avec nous.

L’école nous encourage à passer le concours à L’ENSH / SPAJ (Section du Paysage et de l’Art des Jardins), afin de nous former véritablement au Paysage et à l’Art des Jardins. La Direction de l’école, et Lucien SABOURIN (Ville de Paris), qui enseignait aussi à L’ENSH, nous présentent très favorablement à l’ENSH. Mon père exerce aussi auprès de la Direction ses talents de diplomate, sachant que Pierre PILLET et moi-même, nous n’avions pas le niveau pour nous présenter au concours (nécessité d’un Bac).

De 1962 à 1965 : LA SECTION DU PAYSAGE ET DE L’ART DES JARDINS (SPAJ) DE L’ECOLE NATIONALE SUPERIEURE D’HORTICULTURE (ENSH) de Versailles

1962 – 1963 : Cours privés de rattrapage, et en autoformation, afin de préparer l’examen probatoire, pour pouvoir se présenter au concours d’entrée à la SPAJ. Il s’agissait d’un “examen Maison” d’équivalence du Bac. Il s’adressait aux candidats non bacheliers.

Par ailleurs, cours de composition avec Guy MARANDET (peintre, élève d’André LHOTE), dans les Ateliers des Beaux-Arts de la Ville de Paris (cours du soir à Montparnasse), que m’a fait connaître Pierre PILLET.

Composition, gouache, 43,5 x 75 en 1963.

C’est dans cet atelier que je rencontre Monique POUSSARD, costumière de théâtre, épousée en 1964 à la fin de la 1ère année de la SPAJ. En parallèle, auditeur libre à l’ENSH : essentiellement en dessin avec René ENARD.

1963 – Avec Pierre PILLET, obtention de l’examen probatoire pour nous présenter au concours d’entrée de la SPAJ Puis de 1963 à 1965 après un concours, entrée à la SPAJ (deux années). Je suis classé 1er. À noter que les ingénieurs horticoles et les candidats externes se répartissaient à l’époque plus ou moins par moitié.

L’équipe pédagogique de la SPAJ :

En 1ère année :

Albert AUDIAS (technique), Théodore LEVEAU (Composition, ancien élève de J.C.N. Forestier), Jeanne HUGUENEY (Histoire de l’art), Simone HOOG (Histoire de l’art des jardins), les BERNARD Jean et Jean Pierre (Techniques), Roger PUGET et DESCATOIRE (Urbanisme), THOMAS (sols sportifs), René ENARD, puis Jacques CORDEAU (Dessin), …

Les matières enseignées concernent l’architecture et la construction, la composition, la construction des sols sportifs, le dessin, le droit foncier, les espaces verts, l’histoire de l’art des jardins, la technique des travaux, les travaux publics, l’urbanisme et l’utilisation des végétaux.

Nous avions des cours et des exercices sur des espaces limités, comme par exemple l”aménagement d’une terrasse d’immeuble, la conception d’escaliers et de gradines… et ceci, à des échelles dépassant rarement le 1/200ème.

Cette équipe pédagogique s’ouvre à de nouveaux enseignants paysagistes, sous la pression des étudiants, dont Caroline MOLLIE, Michel-François CITERNE, Michel VIOLLET, Allain PROVOST, …

En 2ème année, ce sont Jacques SGARD, Bernard LASSUS, Pierre ROULET, Jean-Claude SAINT-MAURICE, Jean Pierre BERNARD, Alain SPAKE, Elie MAURET, qui enseignent. Après l’école du Breuil, la plongée à Versailles fut brutale en 2ème année ! Changement complet d’échelle. Deux enseignants m’ont particulièrement marqué : le paysagiste et urbaniste Jacques SGARD et le plasticien coloriste Bernard LASSUS

Jacques SGARD :

Il nous a ouvert à la géographie, à l’« écologie végétale », et déjà au « grand paysage », avec d’emblée un projet d’aménagement d’un terrain d’environ 200 hectares à Bruyères-le-Châtel, un milieu très fragile, comparable aux milieux du massif forestier de Fontainebleau.

Nous n’étions plus à des échelles du 1/50ème ou 1/200ème. Nous devions caractériser le site, ses composantes pour justifier et argumenter ensuite un projet, qui consistait à accueillir de la voirie et un certain nombre d’habitations, ou un lotissement.

J’ai déniché un livre à la bibliothèque du Muséum d’Histoire naturelle de Paris sur les milieux du Massif de Fontainebleau, un ouvrage d’A.K. IABLOKOFF, “Un carrefour biogéographique – le Massif de Fontainebleau – Ecologie des réserves – 1953 ». Du coup, j’y appris énormément sur les milieux. C’était de l’écologie avant l’heure. Je regrette, à posteriori de ne pas avoir pu bénéficier à l’époque de l’enseignement du botaniste et écologue Jacques MONTEGUT qui enseignait la malherbologie à l’ENSH.

Je me confronte avec le site des boucles de l’Oise, futur Base de Plein Air et de Loisirs de Cergy-Pontoise.

Pause avec Jacques SGARD assis, Chantal DUCRUIX au centre Bernard LASSUS debout et moi couché. Photo de Pierre PILLET

Nous participons au séminaire de Royaumont en 1965, organisé par l’Association “Aménagement et Nature” présidée par Roland BECHMANN. Ce séminaire était une sorte d’école des futurs directeurs des Parcs Nationaux (création institutionnelle en 1960 – La Vanoise, premier parc créé en 1963). Encore un saut d’échelle ! un brillant exposé me marque, celui de Jean BLANC, animateur de l’école des directeurs des parcs. Il interviendra dans le cadre du cycle de conférences du GERP en 1969.

Bernard LASSUS :

Il nous a appris à regarder et à analyser avec rigueur le pourquoi de nos sensations en rapport avec les apparences des espaces urbains ou naturels. Il nous a obligé à relativiser nos premiers jugements de valeur, à décortiquer la notion du beau. Il nous a ouvert à la physiologie et à la psychologie de la perception, aux modes de représentations du réel en nous encourageant à lire des ouvrages, comme ceux de Pierre FRANCASTEL, Fernand LEGER, Gaston BACHELARD, … Il nous conseillait les expositions d’artistes à voir.

Nous faisions des exercices plastiques, dont les fameux “bouchons”, des études visuelles d’espaces proches de l’école, des études sur la mobilité des apparences selon les saisons et les heures de la journée. (Étude de la Plaine de Stains en 1965).

L’une des trois planches

Des extraits de cette étude sont parus dans le Livre d’or de l’architecture et de l’urbanisme” publié par la Grande Masse de l’ENSBA en 1966).

Avec Jean Pierre-BERNARD et Alain SPAKE, nous avons été confrontés au problème de l’insertion d’infrastructures routières et autoroutières dans le paysage, avec notamment un exercice portant sur une future aire de repos et sa bretelle d’accès et de sortie de l’autoroute du Nord vers Compiègne. Avec Pierre ROULET, Gilbert SAMEL et Jean-Claude SAINT-MAURICE, nous découvrions la problématique des Grands Ensembles d’Habitations, avec des projets d’espaces publics. Au total, nous étions, d’emblée, confrontés aux nouvelles et grandes questions posées par le développement du pays aux lendemains de la guerre : construction massive de logements, exploitation de carrières, réalisation du programme autoroutier, aménagements touristiques du littoral (Languedoc-Roussillon, Côte Aquitaine), création des parcs nationaux, des villes nouvelles, et des bases de loisirs, …

1965 – Obtention du certificat de fin d’études de la SPAJ, classé 1er.

1965 – 1966 – L’ANNEE DE STAGE à « l’ATELIER DE PAYSAGE »

À la fin de la SPAJ, le paysagiste Elie MAURET a proposé à Pierre PILLET un stage à la Compagnie Nationale d’Aménagement du Bas-Rhône-Languedoc (CNABRL), et Jacques SGARD m’a proposé d’effectuer mon stage à l’ATELIER DE PAYSAGE. Ce stage était d’une durée minimale d’un an avant de pouvoir présenter le DPLG – C’était en fait une 3ème année.

Cet atelier était à l’époque l’une des plus importantes agences paysagistes. Trois paysagistes y étaient associés : Jacques SGARD, Jean-Claude SAINT-MAURICE (Assistant Michel VIOLLET) et Pierre ROULET (Assistant Michel CASSIN). Cette agence était au cœur des nouvelles commandes dépendant des politiques d’après-guerre en urbanisme, environnement, et aménagement. Je travaillais principalement sur les projets de Pierre ROULET, fortement axés sur les espaces extérieurs de grands ensembles, comme celui du Grand Ensemble de Massy.

J’ai vite compris, que ma voie ne serait pas dans ce domaine. En effet les marges de manœuvres y sont très faibles pour s’exprimer. Les espaces sont réduits par la découpe du plan masse résultant bien souvent des chemins de grues pour la construction, et la présence des VRD en surface, comme en souterrain …1 L’année passée dans cet atelier a été très fructueuse. C’était un lieu où régnait une ambiance extraordinaire, “une ruche”, où cohabitaient plusieurs stagiaires étrangers : Angrid TILANUS, hollandaise, Léandro Sylva DELGADO, uruguayen et disciple de Roberto BURLE MARX, et Wilfried KIRCHNER, autrichien. Aussi, Paul CLERC, autodidacte en reconversion professionnelle, Samuel ADELAÏDE, moi-même, tous trois futurs cofondateurs du GERP. Les discussions, confrontations et échanges entre nous étaient nourris et souvent enragés : l’œuvre de Le Corbusier, son modulor, le freudisme, les royautés en Espagne et aux Pays-Bas ……

J’ai malheureusement peu travaillé pour Jacques SGARD : seulement pour le plan de réaménagement des sablières en cours d’exploitation dans les boucles de la Seine aux Andelys. Je voyais l’avancement de son travail sur le parc André Malraux à Nanterre, en particulier pour le jardin de collection, sur lequel travaillait la stagiaire hollandaise Angrid TILANUS, savante en végétaux ; également ses travaux, plus d’urbanisme, sur la côte Landaise. C’est à cette occasion, que j’ai pris une nouvelle leçon d’écologie en découvrant les travaux de Georges KUHNHOTZ-LORDAT – “Essai de géographie botanique sur les dunes du Golfe du Lion – 1924. » Il mettait en évidence la dynamique de colonisation des dunes par la végétation. J’ai alors, par moi-même, senti le besoin d’approfondir mes connaissances en lisant des ouvrages comme ceux d’OZENDA, (Biogéographie végétale – Edit. Doin – 1964), ou de TRICART (J.) – (“L’épiderme de la terre – esquisse d’une géomorphologie appliquée” – Coll. Evolution des sciences – Edit. Masson et Cie – 1962). J’ai également eu accès à la thèse de J. Sgard à l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris (1958) « Récréation et Espaces Verts aux Pays-Bas”, qui m’a ouvert sur les possibilités de travail aux échelles de la planification et de l’aménagement du territoire. Je me rappelle aussi des cotés très perfectionnistes de Jean Claude SAINT-MAURICE et de Pierre ROULET pour les tracés des circulations piétonnes, qu’il fallait anticiper : courbes tendues, contrariées, contre courbes, … et longuement mises au point. La gomme de Michel VIOLLET était très active …Un bon exemple : les allées du parc de la République à Pierrefitte-sur-Seine, que concevait Léandro Sylva DELGADO pour le compte de Pierre ROULET.

1966 : Obtention du titre de paysagiste DPMA (Diplôme de Paysagiste du Ministère de l’Agriculture), après concours en loge. Je suis classé 1er et Pierre PILLET, second.

Le concours en loge durait une journée au cours de laquelle une esquisse devait être remise. Le jury donnait alors, ou non, le feu vert pour présenter après un an de stage minimum le DPLG, soit un dossier complet comportant une analyse du site, toutes les pièces techniques et écrites, et bien sûr, le projet. Les membres du jury, durant une journée, se partageaient les diverses pièces à évaluer, puis s’entretenaient avec le candidat.

Le jury était composé de :

M.M. JUSSIAUX, Ingénieur général d’agronomie, Président du jury, Le GUELINEL, Ingénieur général d’agronomie, Directeur de l’ENSH, AUDIAS, paysagiste, professeur, COLLIN, paysagiste, ingénieur à la Ville de Paris, Président de l’Association des anciens élèves, CORDEAU, professeur de dessin, GRISVARD, Conservateur des jardins du Luxembourg, LEVEAU, architecte et urbaniste en chef honoraire des bâtiments civils et palais nationaux, professeur, PERRIN, chef du service des espaces verts à la direction de l’aménagement de la région parisienne, PUGET, Inspecteur général au Ministère de la Construction, professeur, SABOURIN, Ingénieur à la Ville de Paris, professeur, SGARD, paysagiste et urbaniste, professeur.

À l’issue de la soutenance, le diplôme était attribué, ou non. Dans la négative, soit le candidat était invité à repasser devant le jury, lors de la session suivante en apportant les compléments demandés à son dossier. Soit le candidat était invité à se présenter à une nouvelle session. Cependant, le candidat ne pouvait pas se présenter à plus de trois sessions. Au-delà, il ne pouvait obtenir le titre de paysagiste DPLG, et n’avait que le certificat de fin d’études de la SPAJ.

Le sujet de ma session a été donné par Jean-Bernard PERRIN : » l ‘aménagement d’un parc sur le versant du Mont Valérien, sous l’esplanade du Mémorial de la France Combattante (Rueil-Malmaison, Nanterre, Suresnes) ». Ce lieu fait partie aujourd’hui du Parc-Promenade Départemental Jacques BAUMEL (1979) et du Cimetière-Parc de Nanterre (1969-1979) – (J. DARRAS, architecte, Michel CASSIN et Pierre ROULET paysagistes)

Ce concours en loge a été très combattu par les élèves, les anciens élèves candidats au DPLG, par le Groupe d’études et de Recherches du Paysage (GERP). Ce dernier a signé une tribune dans Le Monde du 3 décembre 1970 “Pour un traité de paix avec le Paysage”, signé de Paul CLERC et Denis ROUVE. Le GERP est également intervenu vigoureusement lors d’une assemblée générale de la Société des Paysagistes français (SPF, alors présidée par Daniel COLLIN). J’étais porteur d’une pétition signée d’une trentaine de jeunes paysagistes, afin d’obtenir le soutien de la SPF auprès de la tutelle ministérielle pour la réforme du DPLG. Également, pour obtenir la possibilité aux non encore diplômés, souvent déjà engagés dans la vie professionnelle, d’en être membre, en l’attente de la reprise des DPLG sur une autre base.

SERVICE NATIONAL en 1966 – 1967

Libéré à 12 mois, car soutien de famille indispensable (un enfant et un à naître).

UN RICHE ET INTENSE DEBUT PROFESSIONNEL :

1 – 1967 – 1969 : STCAU

2 – 1967 – 1970 – Association GERP

3 – 1968 – 1975 – Association PAYSAGE

4 – 1969 – 1974 : OREALM *

5 – 1975 – 1979 – CNERP

6 – 1979 – 1984 – STU

Puis, 20 ans en collectivité territoriale,

7 – 1985 – 2005 – CG 94 *

* Qui fera plus tard l’objet d’un texte spécifique.

1 – LE S.T.C.A.U. (1967 – 1969), point de départ :

Le Service Central d’Aménagement et d’Urbanisme dépendait de la Direction de l’Aménagement Foncier et de l’Urbanisme (DAFU), du Ministère de l’Equipement et de l’urbanisme (MEL). Ce service a été mis en place pour mettre en application la Loi d’Orientation Foncière, la LOF de 1967. Cette loi permettait de mettre en œuvre les Schémas Directeurs d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU), les Plans d’Occupation des Sols (POS), les Coefficients d’Occupation des sols (COS), la Taxe Locale d’Equipement (TLE), et les Zones d’Aménagement Concertée (ZAC).

Pour ce faire, dans le même temps, une administration territoriale technique se met en place et se renforce : les Directions Départementales de l’Equipement (DDE), les Groupe d’études et de programmation (les GEP). Ces services étaient pour la plupart dirigés par de jeunes Ingénieurs des Travaux Publics. Sont également mis en place les Services Régionaux de l’Equipement (SRE).

Le STCAU a été créé, afin de les aider dans leurs nouvelles tâches par des assistances techniques, méthodologiques, documentaires, … Ainsi, le STCAU a été structuré autour de groupes d’études et de recherches thématiques, comme le Centre de Documentation sur l’Urbanisme (CDU), le Groupe de travail “Relations Ville Campagne ».

Ce groupe était dirigé par Rémi PERELMAN, Ingénieur agronome. Il était composé d’une petite équipe interdisciplinaire : Colette SAUVANT, géographe, Florence MAROT, sociologue, Claude LELONG, architecte à mi-temps, chercheur au CDU, et moi-même, paysagiste. J’y ai été recruté, grâce à Jacques SGARD, conseiller paysage auprès de la direction du STCAU, tout comme Bernard LASSUS.

Des consultants étaient mobilisés, dont Charles ROSSETTI, ingénieur écologue, CLAUZURE, et LASSEIGNE, forestiers, de François BRUN, Denis POUPARDIN, Sané de PARCEVAUX, et Jean-Pierre DEFFONTAINES, agronomes, tous de l’INRA. Le STCAU a édité de nombreuses notes techniques à l’adresse des équipes d’urbanisme sur le terrain. Ce sont les fameuses “notes violettes”, couleur déterminée par Bernard LASSUS, afin de contraster avec la masse habituelle des documents sur les bureaux … ! Par ailleurs, le Centre de Documentation de l’Urbanisme, le CDU édite en particulier le “BULLDOC”.

Le Groupe Relations Ville Campagne a été très productif en notices violettes sous l’intitulé “les éléments principaux du site”. L’objectif était d’informer les DDE sur le fait que les espaces à urbaniser n’étaient pas des pages blanches, comme indiqué sur la plupart des fonds de plan de l’époque… ! Ainsi, de 1967 à 1970, les notes ont balayé la quasi-totalité des éléments physiques et naturels des sites, dont les exploitations agricoles, la bioclimatologie, la géomorphologie, la géologie, l’hydrologie…Pour ma part, j’ai travaillé sur les notes « Végétation » (1968), et « Forêt » (1969) avec l’aide d’ingénieurs forestiers, Mrs CLAUZURE conseiller technique auprès du Préfet de la région parisienne, et LASSEIGNE, du département tourisme, chasse et pêche à la Direction Technique de l’ONF (note rééditée en 1971 par Rémi PERELMAN).

Ces deux notes d’information accompagnaient en particulier la politique du ministre Albin CHALANDON, qui souhaitait développer l’urbanisation dans les massifs forestiers (en effet, la LOF l’autorisait à condition de laisser ouvert au public les 9/10ème du massif urbanisé), ainsi qu’autour de plans d’eau, afin de « rapprocher les français de la nature ». (Voir les lotissements de maisons individuelles dites « Chalandonnettes »).

Une note sur l’expérience des Pays-Bas en matière d’environnement et d’aménagement a également été diffusée. Une note sur le « Paysage » était prévue. Le groupe a eu à suivre et à conclure en 1969 une recherche menée par les bureaux d’étude CINAM-SCAUE lancée par la DAFU – “La mise en valeur et la protection des paysages – De la protection des paysages à la mise en valeur du milieu de vie”. Cette recherche a été menée à la demande de Paul DUFOURNET, architecte, Inspecteur Général de la Construction. C’est certainement la première étude générale recensant les diverses approches du paysage, principalement à l’étranger, et proposant des axes d’action. Jean ZEITOUN, polytechnicien, l’un des membres de l’équipe, a publié un long article « La notion de paysage » dans la revue « L’architecture d’aujourd’hui » – N° 145.- 1969. Cette recherche a été exploitée par les travaux du GERP (Groupe « Paysage »), par l’Association “PAYSAGE”, pour mes enseignements : SPAJ de l’ENSH, UV dans plusieurs Universités, sessions de formation continue, colloques, articles, …

Dans le même temps, le Centre de documentation livrait un numéro de son bulletin, dénommé le BULLDOC. Il comprenait deux articles principaux, très remarqués, mais guère apprécié par la hiérarchie (DAFU et Cabinet).

– DREYFUS (Jacques) – Les ambigüités de la notion d’environnement (critique sur la naissance de la politique d’environnement),

– LASSUS (Bernard) – Les habitants face aux structures dans la création du paysage urbain.

Le STCAU était une véritable plaque tournante pour échanger connaissances, expériences avec les équipes de terrain, et vice versa. Ainsi, le groupe relation ville campagne a animé le Club des paysagistes d’OREAM”, avec la participation du responsable de l’environnement de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture, l’APCA : Jacques SGARD (Nancy-Metz-Thionville, et Aix-Marseille-Fos), Michel-François CITERNE (Nancy-Metz-Thionville), Jean CHALLET et Pierre MAS (Nord – Pas de Calais), et Michel VIOLLET, (Nantes-Saint-Nazaire)

C’était bien nécessaire à une période où nous étions tous confrontés à des échelles et à des questionnements totalement nouveaux, en particulier la protection et l’aménagement des espaces agricoles, et des projets de « ceintures vertes », « coupures vertes », « coulées vertes », … dans les aires urbaines.

Ce rôle de “plaque tournante” a joué à plein durant les évènements de 1968… Le STCAU a été en grève et en assemblée générale durant plusieurs semaines. Avec son central téléphonique, le STCAU était en lien permanent avec les équipes de terrain et vice versa… De ces évènements ont été élaborés des motions, textes, qui ont fait la une des Revues d’Urbanisme au plan international. Cela n’a pas été pardonné, … et à partir de 1969, le STCAU a été démantelé en douceur, moi-même étant invité à rejoindre l’équipe de l’Organisation d’Etude, d’Aménagement de la Loire Moyenne en cours de constitution (OREALM).

En marge des activités du groupe « relations Ville Campagne », nombre d’intervenants se sont mobilisés pour agir et poursuivre la défense des idées de paysage, et tout particulièrement pour demander la création de formations de professionnels, sachant que le Ministère de l’Agriculture avait l’intention d’arrêter la Section du Paysage et de l’Art des Jardins, la SPAJ de l’ENSH. Pour ce faire, en 1968, ils se sont constitués en Association « PAYSAGE ». Voir le chapitre 4.

2 – 1967 – 1970 : LE G.E.R.P.  GROUPE D’ETUDE ET RECHERCHE SUR LE PAYSAGE 

A cette période, les enseignants et élèves de l’ENSH-SPAJ revendiquent auprès de la tutelle des moyens pour développer les enseignements au regard des forts développements de la demande en paysagiste préparés pour les actions dans les domaines de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire.

1968 – Grève des étudiants. Leur représentant EICHENBAUM monte à la tribune de la Mutualité lors du meeting du 18 juin « non aux bidonvilles, non aux villes bidons ».

mission des principaux enseignants de la SPAJ, après le refus de la tutelle de prendre en considération leurs propositions, les enseignants ne poursuivent plus leur enseignement. Ils jugent les conditions déplorables. Dans le même temps, le Ministère de l’Agriculture, décide de ne pas poursuivre la SPAJ. Il restait à assurer l’enseignement des étudiants présents en 1ère et 2ème année, et de ceux fraîchement recrutés … ! la fermeture de la SPAJ étant programmée pour 1974. En attendant l’obtention de ces moyens, les étudiants et jeunes anciens élèves décident la création du GERP pour à la fois compenser les manques de l’enseignement, et en même temps, s’organiser pour mener des actions, tant auprès de l’école, que de la tutelle pour faire évoluer la situation. Ainsi, Philippe TREYVE, Paul CLERC, Samuel ADELAÏDE, et moi-même fondront l’association GERP avec le soutien d’enseignants, en particulier de Jacques SGARD, et de Bernard LASSUS. Philippe TREYVE en sera le Président, très charismatique.

L’association rassemble de 30 à une centaine de membres à la fin de son existence. Ce sont des étudiants, de jeunes anciens, notamment en attente d’obtention de leur diplôme, des enseignants, et même des professionnels. Lors de l’assemblée générale de janvier 1969 (cf. pages 3 et 4 du bulletin N° 5), Bernard LASSUS, chargé de la présider, a introduit la réunion comme suit :

Après avoir brossé rapidement «la croissance du GERP, en la qualifiant d’initiative heureuse et circonstancielle par rapport à un enseignement du paysage très insuffisant.”, il indique que pour lui le GERP est d’utilité double, à savoir :

– Prolongation d’une scolarité.

– Etablissement de liens entre les anciens élèves autour de problèmes de recherche en élargissant la profession et les activités professionnelles.

– Le GERP doit faire face à la demande de paysagistes et défendre une optique du Paysage.

– Le GERP doit promouvoir le paysagiste au sein de la Collectivité Publique.

Et cela, face à une prise en compte du paysage par de nombreuses disciplines.

Ce contexte nécessite la participation à certains travaux et le GERP pourrait être une esquisse à la recherche d’une méthode d’approche du paysage.

Enfin, il faut mettre l’accent sur un Centre de Documentation, qui est le moteur de la transformation de l’enseignement, et l’embryon d’un Centre de Recherche »  

Dès le départ, le GERP s’est structuré autour de groupes thématiques dont l’organisation a été confortée lors de l’assemblée générale : « Information – Documentation » : Caroline Baudelot, « Environnement » : Paul CLERC, « Paysage » : Pierre DAUVERGNE, « Ecologie » : Denis ROUVE, puis Alain MIGNARD, « Enseignement » : Michel Viollet. Les divers bulletins rendent compte des activités des groupes et mentionnent nombre de participants.

Durant les débats, Bernard LASSUS, intervient sur les questions relatives à la recherche :

« … Il faut que le Gerp, fasse un inventaire de ce qui se dit, ce qui se fait et ce qui s’est fait. Il faut qu’il publie l’inventaire des questions même non résolues. Il faut qu’il répertorie suivant une méthode, les problèmes déjà situés … »

Progressivement, le GERP attire et anime le monde professionnel, notamment par l’organisation de cinq conférences magistrales de personnalités de premier plan dans le grand amphi de l’école, durant lesquelles une centaine personnes est présente. A noter la participation du Directeur de l ’école, Etienne LE GUELINEL, PUGET, Jacques MONTEGUT, Jacques SIMON, des professionnels comme Pierre ROULET, Jean Claude SAINT-MAURICE, BIZE, CLOUZEAU, CAMAND. Également, plus nombreux, des étudiants et jeunes anciens., qui animeront les groupes de travail.

Les groupes « Ecologie » de Denis ROUVE, et « Paysage » ont souvent mené des travaux en commun, réalisé des bibliographies. Pierre DAUVERGNE a publié dans trois bulletins un résumé des études paysagères menées à l’étranger en exploitant l’étude de la CINAM – SCAUE pilotée au STCAU : « La mise en valeur et protection des paysages – De la protection des paysages à la mise en valeur du milieu de vie ». De même, pour les notes « Eléments principaux du site » du STCAU : La « végétation » et « la forêt ». Il anime le groupe jusqu’à la mi 1969, période où il intègre l’OREALM.

Le groupe « environnement » animé par Paul Clerc a cherché à approfondir les réflexions menées dans le cadre du cours d’études visuelles » à la SPAJ avec Bernard LASSUS, puis aux Beaux-Arts. Des bulletins de 1968 et 1969 présentent « Le plan d’intentions ou plan psychologique », Une méthode en trois étapes : Objectifs et motivations, Qualités d’espaces, Relation entre les espaces : cheminements.

Enfin, un exemple d’étude visuelle menée à la SPAJ par Georges DEMOUCHY, Elisabeth FREMOLLE et Pascal AUBRY.

Les premières conférences en 1968 :

– Jean COIGNET, urbaniste (IAURP) et Jacques BOUBAUD, paysagiste (Ville nouvelle de Cergy-Pontoise) : “Architecture du Bassin Parisien”, Rémi PERELMAN, ingénieur agronome (STCAU) : “Paysagisme et espace rural », Lucien HERVE, photographe de Le Corbusier : “Environnement”

Celles en 1969 :

– Jean BLANC, Dr. des cycles d’études de formation des Dlrs des parcs nationaux et régionaux : “Les mécanismes des paysages”, Mr DENANTES, IPC, (SCET nord-est) : “Le paysagiste dans l’aménagement urbain”

Chaque conférence a fait l’objet d’un compte rendu dans le bulletin du GERP.

Dans le bulletin N° 4 de janvier 1969, l’éditorial exprime clairement le contexte ambiant, presque un manifeste !

« …Le GERP a l’avantage d’exister, d’avoir un nombre non négligeable d’adhérents, d’avoir été créé par une équipe neuve, peu soucieuse des barrières, des protections, du mandarinat.

Si un dialogue permanent et direct pouvait s’établir, il serait répondu :

– A ceux qui croient que le GERP repousse certaine tendance ou génération,

– A ceux qui lui prêtent, telle ou telle arrière-pensée et qui pensent à tort ou a raison que nous sommes trop jeunes.

– A ceux pour qui le GERP doit être un recueil d’expériences et non pas, comme nous le souhaitons, un moyen de permettre à chacun, quel que soit son niveau et son expérience, de trouver le temps d’accomplir des recherches en dehors de l’accaparent travail journalier.

– A ceux qui croient voir dans ses travaux une intellectualisation systématique des questions traitées.

– A ceux qui craignent que le GERP s’attribue leurs méthodes ou es fruits de leurs mûres réflexions

– A ceux qui seraient tenter de limiter dès le départ ses ambitions….

Le GERP a été lancé par des jeunes qui ont ressenti un besoin auquel n’avait su répondre que partiellement l’enseignement et les groupements professionnels … »

Il est effectif, que les organisations professionnelles ne croyaient pas aux préoccupations du GERP. En effet, la réalisation de contrats d’étude, encore peu nombreux à l’époque, était de plus jugés peu rénumérateurs au regard du montant des honoraires liés aux marchés de travaux pour la réalisation de projets.

En 1969, un peu en apothéose, le GERP organise à l’INA deux journées d’études sur « L’AVENIR DU PAYSAGE RURAL ». Ce fut un grand succès, et un évènement remarqué avec la participation de conférenciers de premier plan dont :

– Philippe de SAINT-MARC, Directeur de la Mission Aquitaine  “Problèmes et principes d’aménagement du territoire”, Paul REY, Directeur de la carte de la végétation de la France  “Ecologie et aménagement”, Nicole MATHIEU, géographe au CNRS «Formation et évolution des paysages ruraux », Mr LEYNAUD, Chef de l’Atelier central d’Etudes d’Aménagement Rural , « Aménagement de l’espace rural », Jacques SGARD, paysagiste-urbaniste « Paysage et espace rural », Bernard LASSUS, «  Complexité visuelle et lisibilité relative données pour l’élaboration d’un paysage global ».

Chacune de ces conférences ont été suivies de débats importants. Le bulletin N° 6 de 1969 (le dernier) les relate. De même, pour la table ronde, qui a réuni 12 personnalités, dont :

Bernard LATARJET, Igref, mission d’étude d’aménagement rural pour la région parisienne, François – – François LAPOIX, assistant au Museum et FNPN, Mr MAZZOLINI, conseiller technique au District de la région parisienne, Mr DELLUS, urbaniste, à l’IAURP, Mr CLAUZURE, IGREF, Chargé de mission auprès du Préfet de Région, Mr BETHOLAUD, Directeur de l’espace rural au Ministère de l’Agriculture, Mr PESSON, Professeur d’écologie à l’INA, Mr ROGER, Dr de la SAFER Ile de France, Rémi PERELMAN, ingénieur agronome, STCAU, Mme BONNAMOUR, géographe, Professeur à la Faculté de Rouen, Phillipe TREYVE, ingénieur INA, paysagiste à l’IAURP, qui a introduit la table ronde, et Pierre Dauvergne, paysagiste à l’OREALM, qui a tiré les conclusions.

Le GERP participe à la Commission Harvois (voir Pierre Donadieu dans Histoire et mémoire de l’ENSP, Topia …).

En 1970, il intervient pour une réforme du diplôme de paysagiste. Voir Le Monde du 3 décembre : Paul CLERC et Denis ROUVE, au titre du GERP (représentants les anciens élèves diplômés et les élèves diplômables, “Pour un traité de paix avec le paysage. ».

1970 – Dissolution du GERP à la suite des deux journées d’études.

1971 – Philippe TREYVE rejoint l’entreprise familiale près de MOULINS

C’est alors, que, l’Association « PAYSAGE » prend le relai avec les mêmes objectifs, mais à une autre échelle, et préparera la naissance du CNERP…

3 – 1968 – 1975 : L’ASSOCIATION PAYSAGE :

Douze fondateurs dont :

Jacques SGARD, paysagiste-urbaniste, Président, Bernard LASSUS, plasticien, Vice Président, Rémi PERELMAN, ingénieur agronome, Secrétaire général, Pierre DAUVERGNE, paysagiste, Secrétaire, Paul CLERC, paysagiste, du bureau d’étude PAYSA, Trésorier.

Autres membres : Jean CHALLET, paysagiste-urbaniste à l’OREAM Nord, Charles ROSSETTI, ingénieur écologue, Claude AUBER, architecte, directeur adjoint du STCAU, CLAUZURE, ingénieur forestier, conseiller technique auprès du Préfet de la région parisienne, Jean-Pierre DEFFONTAINES, ingénieur agronome à l’INRA, Olivier DOLLFUS, géographe, Paul RENDU sociologue au Centre de Sociologie Urbaine, le CSU.

C’est un regroupement de disciplines variées pour aborder les questions de paysage dans toute leur ampleur, et en cela bien au-delà des questions esthétisantes et protectionnistes, qui ont cours … Comme on l’a vu précédemment, le GERP mène en parallèle ses propres activités en lien avec le STCAU et l’association.

1971 – Lors de la création du premier ministère de l’Environnement par Robert POUJADE, l’association PAYSAGE lui fait part de ses préoccupations et propositions, soit de mettre en place une formation au paysage d’aménagement pour des professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme.

Le Ministre, qui avait besoin d’asseoir son autorité le plus vite possible, donne son accord au projet de l’association, car il pouvait être mis en place très rapidement. Ainsi, l’association est chargée par le Ministère de l’environnement de créer un cycle d’un an pour une formation expérimentale au “paysage d’aménagement” destinée à des professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme, et pour développer la recherche. Ce cycle a été mis en place en 1972.

1973 : Le Ministre prend publiquement position dans LE MONDE du 22 septembre 1973 par un article en pleine page, intitulé “Vie et mort des paysages – Les pouvoirs publics peuvent-ils sauver les sites ?”.

L’association s’installe dans des locaux rue de Lisbonne à Paris. La première promotion de quinze professionnels a été prolongée d’un an. Le bilan étant jugé très positif, ce cycle a été reconduit durant trois ou quatre années. Il était animé par le Groupe d’Orientation Pédagogique et scientifique (GOPS). C’est la mise en place expérimentale du CYCLE PROFESSIONNEL DE FORMATION AU PAYSAGE D’AMENAGEMENT.

Robert POUJADE est le premier Ministre de l’Environnement, (1971 – 1974). Dès sa nomination, il cherche à lancer le plus rapidement possible un projet. Serge ANTOINE au Haut Comité de l’Environnement lui suggère la création du cycle de formation au paysage, projet qu’il connait et qui de son point de vue est mûr pour sa mise en œuvre. D’autre part, ce projet contribuerait à la formation de personnels compétents pour les futures politiques du ministère et ses nouvelles structures administratives décentralisées.

Le 2 novembre 1971, un Conseil Interministériel charge l’Association de mettre en place un cycle professionnel annuel sur le paysage d’aménagement. Grâce à une subvention du Ministère le cycle est installé le 16 novembre 1972, rue de Lisbonne à Paris, près du parc Monceau. Une petite équipe auprès de Rémi PERELMAN prépare le cycle : Sarah ZARMATI, Charles ROSSETTI, et moi-même, puis, mise en place du Groupe d’Orientation Pédagogique et Scientifique, le GOPS, avec la participation de C. ROSSETTI, Jacques SGARD, Bernard LASSUS et Rémi PERELMAN.

Les stagiaires font acte de candidature après parution d’annonces dans la presse, ou par connaissance de l’existence du cycle, notamment par les GERP et la SPAJ. Ils sont recrutés après entretien. Il est veillé à la constitution de promotions équilibrées entre les paysagistes et les autres disciplines.

Le premier cycle expérimental s’est déroulé sur deux années, et non pas une comme prévu à l’origine. Les trois suivants (ou quatre ?) ont bien été d’un an.

De 1973 à 1974, je suis chargé de mission pour mettre en place l’ « appui technique » aux Ateliers Régionaux des Sites et Paysage (ARSP), puis aux Directeurs Régionaux de l’Environnement (DRE), deux nouvelles structures de l’Administration.

1972 à 1976 : Quatre (ou cinq) cycles longs interdisciplinaires de formation professionnelle au paysage (post 3ème cycle) se déroulent durant cette période. Le Groupe d’Orientation Pédagogique et Scientifique, le GOPS, rassemble Jacques SGARD, Bernard LASSUS, Charles ROSSETTI, Jean CHALLET, Jacques MONTEGUT, Michel MACARY, moi-même et d’autres intervenants ponctuels.

En 1975, l’Association PAYSAGE laisse la place à l’association (loi de 1901), dite CENTRE NATIONAL D’ETUDE ET DE RECHERCHE DU PAYSAGE, le CNERP, structure plus pérenne. Elle poursuit le cycle de formation jusqu’en 1976.

1973 – 1974, Je suis détaché par l’Organisation d’Etudes d’aménagement de la Région Centre (OREALM), auprès de l’Association Paysage, pour la mise en place et l’animation de l’appui technique en matière de paysage auprès des nouveaux chefs des ateliers régionaux des sites et des paysages (ARSP), et des délégations régionales de l’environnement (DRE), mais aussi auprès des services décentralisés du Ministère : SRE, CETE, DDE. 7 Feuilles « Informations Appui Technique » rendent compte des contacts avec le terrain.

1976 : l’Association est érigée en Centre National d’Etudes et de Recherches du Paysage (CNERP) jusqu’au début de 1979.

4 – 1969 – 1974 : L’OREALM – La « METROLE JARDIN »

ORGANISATION D’ETUDES D’AMENAGEMENT DE LA LOIRE MOYENNE :

Bien que ce moment professionnel ne durât que près de cinq ans, il fut extrêmement riche sur le plan méthodologique, et constitue une véritable recherche appliquée. Ce moment sera décrit dans un chapitre particulier ultérieurement. La bibliographie sommaire présentée ci-après permet, en l’attente, d’en prendre connaissance sous certains de ses aspects.

5 – Le CNERP : CENTRE NATIONAL D’ETUDE ET DE RECHERCHE DU PAYSAGE.

Par commodité et compréhension nous entendrons le CNERP comme la somme de l’Association PAYSAGE, période où elle est chargée du cycle expérimental de formation professionnelle au « paysage d’aménagement » (1971 à 1974), puis du CNERP stricto sensu (Décembre 1974 à janvier 1979).

Quelques documents (B. Barraqué, 1985) relatent plus ou moins bien l’histoire du CNERP. Il est bon de s’y référer. Cependant, les différentes sources sont souvent fragmentaires, partielles, voir contradictoires sur les dates. Accéder aux archives du CNERP déposées au Ministère permettrait de progresser pour cerner avec justesse cette période.

Après les deux premières années, le cycle est institutionnalisé en CNERP le 31 mars 1975 par le Ministre de la Qualité de la Vie, André JARROT, à Trappes, dans les locaux d’une antenne pédagogique d’une école d’architecture parisienne. Il reste une Association loi de 1901, qui dispose d’un Conseil d’Administration Interministériel, présidé par Pierre de la Lande de Calan de la Fondation de France (il est par ailleurs l’un des dirigeants de la Barclay s Bank).

Le CNERP est confirmé par le Ministre André FOSSET le 27 avril 1976. Mais à l’issue de l’Assemblée générale du CNERP du 24 janvier 1979, le Ministre Michel d’ORNANO décide de fermer le CNERP. Au total, presque 7 années et … quatre Ministres !

Sur toutes ces périodes d’activités, exploiter en particulier :

– La Plaquette du CNERP.

– R. PERELMAN – L’aménagement de la nature – cf. encadré sur le CNERP en page 12 – et dans la Revue Sciences et Avenir – N° spécial « La science du Paysage. 1974

– Les Nouvelles du Paysage n° 1 de juin/juillet 1975 au N° 8 de novembre/décembre 1976,

– le bulletin de la Documentation d’avril 1977.

– le rapport de 1985 de Bernard BARRAQUE « Le Paysage de l’Administration » Mission de la Recherche urbaine DUP / MULT. 

LE CNERP à partir de 1975 :

En résumé :

– La direction est assurée par Rémy PERELMAN et un secrétariat,

– Le cycle de formation professionnelle au paysage d’aménagement :

Jacques SGARD, Bernard LASSUS, Charles ROSSETTI, Rémi PERELMAN. D’autres enseignants participent également à l’enseignement comme Michel MACARY, architecte, Jean CHALLET, paysagiste, Jacques MONTEGUT, écologue, moi-même.

Se sont déroulés quatre (ou cinq ?) cycles, soit plus de 60 professionnels formés au paysage d’aménagement. Certains d’entre eux intègreront les structures du CNERP, et plus tard, la plupart occuperont des postes dans les services du Ministère.

– Le Centre de Documentation du Paysage, dirigé par Sarah ZARMATI, est assistée par Claudine ZYSBERG, Nicole DE GOUTTE, Alain SANDOZ, puis Luc VOYENNE pour « les Nouvelles du Paysage ». Le centre réunira plusieurs milliers d’ouvrages, publications diverses. Il réalisera des bibliographies, des notes et recherches documentaires

La cellule audiovisuelle : dirigée par Yves LUGINBUHL, assisté de Jean Pierre BOYER et Pierre VANTOUROUX, constituera une diathèque, réalisera des documents audiovisuels de sensibilisation au paysage. Cette cellule concevra les maquettes des publications du CNERP.

– La cellule de la Formation Continue animée par Anne KRIEGEL a réalisé de nombreuses sessions de formation continue à l’adresse des milieux professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme. Voir par exemple le programme de l’année 78.

Le groupe d’étude, de recherche, et d’expérimentation (ERE) :

Avant la mise en place du groupe, l’Appui Technique, 1973-1975, animé par moi-même, a fonctionné principalement auprès des Chefs des Ateliers Régionaux des Sites et Paysage (ARSP), puis des Directeurs Régionaux de l’Environnement (DRE).

Par ailleurs, Alain MIGNARD, paysagiste, a été recruté temporairement en 1973-1974 et mis à disposition de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Ville Nouvelle du VAUDREUIL.

Voir les documents internes suivants :

– Les notes « Informations Appui Technique » N°1 à 7 – novembre 1973 / juillet-aout 1974.

– Note d’aout 1973 sur les demandes enregistrées à l’Appui Technique.

– Note du 28 aout 1973 sur les préoccupations des ARSP et DRE

À leur lecture, il est possible de bien prendre la température de la période en matière de préoccupations des administrations et du Ministère.

À partir de 1975, je suis recruté au 31 01 1975, en tant que directeur d’étude responsable de l’équipe des études, recherches et expérimentations. L’équipe est rapidement constituée principalement par des professionnels issus des cycles de formation du CNERP dont : Alain LEVAVASSEUR, paysagiste, Marie Noëlle BRAULT, paysagiste, Zsuza CROS, paysagiste polonaise, Jean Pierre SAURIN, paysagiste, Jean Rémy NEGRE, architecte-urbaniste. Autres membres de l’équipe : Marie Claude DIEBOLD, géographe, Claude BASSIN-CARLIER, ingénieur écologue, Janine GREGOIRE, secrétaire. IL était fréquent que des travaux mobilisent des membres de plusieurs unités en même temps.

Selon le Centre de Documentation, de 1973 à 1977, 127 rapports d’études, ou de recherches sont réalisés par les équipes du CNERP (7 en 1973, 24 en 1974, 28 en 1975, 34 en 1976 et 34 encore en 1977).

Voir :

– L’Inventaire des études dressé par le Centre de documentation au 5 octobre 1978

– L’actualisation des études et recherches à la date du 18 octobre 1978 et études en cours 1978/1979.

A l’analyse de ces listes il est possible de recenser les thèmes, qui préoccupaient le Ministère et ses services.

En effet, la quasi-totalité de celles-ci correspondent à des commandes du Cabinet et des services centraux. Les contrats étaient négociés par Rémi Perelman. Certains constituaient des formes de subvention de fonctionnement.

Pour ma part, je citerai cinq travaux particuliers du CNERP :

La formation de tous les ingénieurs (dits lignards) du Centre d’Etude du Réseau de Transport (CERT) de l’EDF dans les années 1975 et 1976.

Ainsi, la totalité des 200 ingénieurs du CERT, ont participé à u formation exemplaire sur deux années. Ces ingénieurs, dits les « lignards » étaient responsables des tracés des lignes à très haute tension et hautes tensions pour transporter l’énergie produite par les nouvelles centrales nucléaires.

Les études se heurtaient à de fortes oppositions, car les lignards élaboraient des tracés linéaires faisant fi des singularités géographiques. Parfois, les tracés évitaient des secteurs trop sensibles. Ainsi, le CNERP a été chargé de développer une culture du paysage à ces lignards par des sessions courtes de formation organisées par Anne Kriegel. Des exercices pratiques, à partir d’une maquette au 1/ 1000ème d’un territoire de 9 x 6,6 km conçue par Y. LUGINBUHL et représentant de nombreuses situations géographiques. Au-dessus de celle-ci des caméras mobiles permettaient de visualiser et d’évaluer des simulations de tracé. Les lignards devaient justifier leur projet de tracé. Le déroulement de ces sessions alternait des exposés généraux (Rémi PERELMAN et Pierre DAUVERGNE), une visite de terrain proche du Centre (Alain LEVAVASSEUR), et des relations de cas par des intervenants extérieurs (Jacques SGARD, Caroline BAUDELOT et Martine GUITTON). A noter qu’EDF faisait partie du Conseil d’Administration du CNERP. (Voir deux dossiers de sessions de 1976).

En 1977, une expertise éclair sur le projet d’implantation de la station de sports d’hiver de Barca dans la vallée d’Aspe, près du village d’Aydius. Elle a été réalisée pour le compte du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques par Yves LUGINBUHL, Sarah ZARMATI, Janine GREGOIRE et moi-même. Il était demandé d’évaluer le volume bâti dans le paysage et de mesurer l’impact de la voirie d’accès à créer.

Cette expertise réalisée en un temps record est exemplaire de l’approche paysagère du CNERP, à la fin de son existence. Cette approche globalisante affiche une problématique en termes de développement et d’aménagement d’un territoire, bien au-delà des simples impacts visuels.

De 1973 à 1984, 12 années d’assistance à l’Etablissement Public d’Aménagement de la Ville Nouvelle du Vaudreuil (EPVNV) et à sa Cellule Environnement. Cette assistance correspondait à l’une des « 100 mesures pour l’environnement » puis, a été inscrite dans le programme de la DGRST. Ont été réalisées plusieurs études méthodologiques, recherches et une présence au sein du Conseil scientifique environnement. C’est un ensemble de travaux mené par le CNERP dans la durée, puis, à partir de 1979, par le STU-ENSP, dont :

Présentation de la maquette du « germe de ville » par Gérard THUNAUER, architecte, à Paul DELOUVRIER. Suis à gauche – cliché EPVNV

– Le conseil scientifique de la cellule environnement. Il comprenait un géographe, un sociologue, un acousticien, un hydrogéologue, un naturaliste pour la faune, et un paysagiste. Le conseil a particulièrement travaillé sur les dossiers d’impact.

– en 1974, l’étude paysagère du site de la ville nouvelle du Vaudreuil par Alain MIGNARD,

– en 1978, avec Alain LEVAVASSEUR recherche méthodologique pour l’établissement de palettes végétales des sites en voie d’urbanisation.

– de 1978 à 1980 : Recherche sur « la production, la gestion et l’appropriation des espaces extérieurs en milieu urbain nouveaux ». Recherche menée par Sarah ZARMATI, Alain LEVAVASSEUR, moi-même avec les sociologues Maurice IMBERT et Jean Charles LAGREE du Centre d’Ethnologie Sociale et de Psychologie du CNRES, enfin avec Michel GANTIER, photographe à l’EPAVNV.

Les 6 et 7 mai 1976, à Cabourg, présentation des résultats de l’étude sur « les approches paysagères ». Ce fut le séminaire « Paysage et Aménagement » de CABOURG. Travail mené par Sarah ZARMATI, Jean Pierre SAURIN, Ssuzsa CROS, et moi-même. Graphisme de Jean Pierre SAURIN et Jean Pierre BOYER.

C’était une commande importante du ministère de la Qualité de la vie. La restitution de l’étude s’est faite dans le Grand Hôtel de Cabourg devant une centaine de personnalités des différentes directions et services des ministères en charge des questions de sites, paysage et environnement.

1978 à 1981 – Préparation et exploitation du concours du parc départemental du SAUSSET pour la Société d’Economie Mixte du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis (la SODEDAT 93). Sous la Direction de de C. BOUZEMBERG, architecte-urbaniste, une équipe a été constituée avec, pour le CNERP : Alain LEVAVASSEUR, Claude BASSIN-CARLIER, et moi-même, pour l’Université de Paris Nord (Villetaneuse), le Professeur SIVIGNON, géographe, et pour le laboratoire d’économétrie de l’Ecole polytechnique, Robert BALLION, sociologue.

Les propositions remises ont mis en évidence nettement les deux tendances conceptuelles du moment dont l’une récente, qui s’est affirmée lors du concours. Maquette du projet lauréat : Equipe Michel CORAJOUD.

À ce titre, ce concours présente une certaine exemplarité, qui a d’ailleurs inspiré les responsables de la mission parc de l’Etablissement Public d’Aménagement du Parc de la Villette.

BILAN ET FIN DU CNERP. Une appréciation personnelle 

Cette fin, ou pour certains la « mort du CNERP, vive le paysage », tient à plusieurs raisons concomitantes :

Une gestion désastreuse a-t-on dit … !

C’est vers l’année 77, que les premiers signes de difficultés financières se font sentir. Celles-ci deviennent permanentes dans le courant de l’année 78 avec en particulier des retards dans les versements des salaires en fin de mois.

Cette situation s’explique par la forte diminution des subventions à l’issue des cycles de formation, et par le désengagement progressif de certains ministères (le ministère de l’agriculture n’a jamais apporté une aide). C’est en quelque sorte un désengagement général des ministères.

La compensation à ces manques s’est faite par la réalisation d’études de plus en plus nombreuses, « alimentaires » pour certaines, faisant dériver ainsi l’équipe vers un bureau d’étude classique, et des études éloignées des objectifs assignés au Centre, soit des études méthodologiques et des recherches.

D’ailleurs, à ce propos, la profession a dénoncé cette situation jugée déloyale et concurrentielle. C’est un retournement de situation par rapport au début des années 70, où cette même profession critiquait l’orientation de la formation vers le « paysage d’aménagement », sachant que pour elle, le métier était avant tout de faire de la maitrise d’œuvre. Pour les « Cnerpiens », les deux approches, s’exercent à des échelles différentes, et font partie du même métier.

Des différences de points de vue avec la tutelle …

Par exemple, sur les dossiers d’impact, le CNERP ne s’est pas engagé auprès de l’Atelier Central de l’environnement pour faire des guides méthodologiques à l’adresse des maîtres d’ouvrage. Ces dossiers développaient forcément une démarche déductive, et non pas inductive, c’est-à-dire en termes de projet.

Par exemple, encore, une entreprise importante, mais en difficulté, fabricant des poteaux métalliques pour supporter les câbles électriques ou téléphoniques, était combattue par des associations, ces poteaux étant jugés disgracieux dans les sites et paysages. Le ministère souhaitant défendre les emplois de cette entreprise, a demandé au CNERP des arguments pour poursuivre, selon des modalités à définir, la fabrication de ces poteaux.

Le CNERP a proposé d’implanter ces poteaux dans les paysages artificialisés, du type de la Beauce, et de réserver l’implantation des poteaux en bois dans les paysages de bocage, boisés ou forestiers. Le ministère a fait le choix inverse. Incompréhension donc …

Le séminaire de Cabourg a engendré quelques mouvements. D’abord sur le caractère somptuaire du lieu (choisi avec l’accord du Ministère …), mais plus sur la défense de méthodes d’approche large, par rapport aux approches esthétisantes et règlementaires, soit le quotidien des services.

Les réunions périodiques des chefs des ARSP à Trappes avec l’Appui technique ont finalement été suspendues et rapatriées au ministère, ce dernier vivant mal l’imprégnation des idées du CNERP à ses jeunes services… sans compter avec les difficultés d’accès depuis la province.

Une grève et des interventions des personnels :

À la fin de 78, les personnels, une vingtaine, mènent une série d’actions pour défendre l’existence du CNERP, outil expérimenté dans le domaine du paysage, et bien sûr pour la défense de leur emploi. Avec le soutien de l’Union locale de la CGT, de nombreuses interventions sont menées. Deux parlementaires des Yvelines se mobilisent et posent une question orale tant à l’Assemblée Nationale, qu’au Sénat : Michel ROCARD, député des Yvelines, Maire de Conflans Sainte Honorine, et Bernard HUGO, sénateur, maire de Trappes, Président de l’EPA de la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines. Les préoccupations des personnels sont prises en considération, comme l’intérêt de préserver l’expérience du CNERP, notamment lors d’une Inspection générale du Ministère.

L’évolution du contexte administratif du ministère …

La création d’une nouvelle direction, celle de la Direction de l’Urbanisme et du Paysage (DUP), une grande première ! et en son sein, la Mission du Paysage ! Le CNERP n’a pas été inutile, il pouvait laisser la place à une administration durable.

Pour une part, des personnels du CNERP, intègreront ces nouveaux services, tandis que l’essentiel de l’équipe d’études, de recherche et d’expérimentations, contribuera à renforcer l’« Atelier » du Service Technique de l’Urbanisme (STU).

Les observations de la Cour des Comptes :

La Cour des Comptes venait de faire des observations à l’Etat sur le recours fréquent à des associations loi 1901 pour créer avec souplesse des services en marge de l’administration. Tel était le cas, d’une certaine manière, du CNERP. Il en a été de même, à la même période du Centre de Recherche d’Urbanisme (CRU).

______________________________

Au total, le bilan n’est pas si négatif, qu’on l’entend encore souvent … Le CNERP a joué sans conteste un rôle utile dans l’émergence des idées nouvelles de paysage, dans la formation de nouveaux professionnels, et l’engagement de nouvelles pratiques professionnelles.

Une recherche documentaire à partir des archives du CNERP permettrait de mieux cerner le rôle joué par le CNERP, et son utilité.

6 – 1979 – 1984 : LE STU, SERVICE TECHNIQUE DE L’URBANISME

Après la fermeture du CNERP, l’essentiel de l’équipe « Etudes, Recherches et Expérimentations », est reprise par le Ministère, et affectée à l’Atelier d’aménagement et d’urbanisme du STU.

Ainsi, Alain LEVAVASSEUR, Marie Claude DIEBOLD, Marie Noëlle BRAULT, Claude BASSIN-CARLIER, et moi-même, sommes affectés au sein de l’Atelier dirigé par Claude BREVAN, Urbaniste de l’Etat. Au fil des années, chacun quitte le STU pour occuper des postes ailleurs dont Alain LEVAVASSEUR, qui part pour la DDE de la Charente Maritime, Marie Claude DIEBOLD pour la direction de la revue « Diagonal ». Marie Noëlle BRAULT et Claude BASSIN-CARLIER quittèrent le Ministère.

Nous y menions des assistances techniques auprès des services déconcentrés du Ministère, ainsi qu’auprès de collectivités territoriales : La Rochelle, Besançon, …

J’ai proposé un « projet de programme d’actions 1980 du STU dans le domaine du paysage, « Les interventions paysagères dans l’aménagement et l’urbanisme », programme peu suivi d’actions.

Plusieurs assistances techniques ont été assurées : La Rochelle, Besançon, …

Pour ce qui me concerne, je tenais à poursuivre mon enseignement à L’ENSP. J’y suis détaché à 50 % de mon temps, puis à 100 % deux après, jusqu’ en décembre 1984. Ce détachement était la contribution en nature du Ministère au fonctionnement de l’ENSP récemment crée. Je devais y développer un enseignement orienté vers l’aménagement et l’urbanisme.

De 1979 à 1980, J’ai eu la chance de participer à une coopération du Ministère auprès de la Tunisie sous l’égide de l’UNESCO, pour la création du « Parc National Archéologique et Naturel de Carthage – Sidi Bou Saïd » financé par le PNUD et exécuté par l’UNESCO. Le ministère a désigné Lucien Chabason, juriste, mais aussi directeur de l’Urbanisme et du paysage, de conduire une équipe composée de Jacques de Courson, économiste, Jean Paul Dumontier, urbaniste, Denise Taillandier, architecte et moi-même paysagiste. Nos travaux étaient coordonnés par Dorothée Barbier-Vauzelles, architecte-urbaniste pour le compte de l’UNESCO. Ainsi, j’ai assuré quatre missions d’environ une semaine chacune. A chaque fois, je rendais compte de mes réflexions et des contacts sur place, principalement auprès du Conservateur du site et directeur du musée de Carthage, et de responsables de la Direction de l’Aménagement du Territoire. Je participais également aux réunions périodiques consacrées à l’avancement des fouilles archéologiques. L’ensemble de ces travaux s’est traduit dans un plan de paysage prenant appui sur la cadastrationne rurale romaine. Ces travaux sont consignés dans l’article « Le parc national archéologique de Carthage- Sidi Bou Saïd, près de Tunis » – Revue « L’Architecture d’Aujourd’hui » – N ° 218 spécial « Paysages » – 1981.

Les citernes romaines de la Maalga après débroussaillage.

Fin 1984, lassé des études générales, des guides méthodologiques, je souhaite retourner sur le terrain au contact du réel, des acteurs locaux, et de pratiques opérationnelles. Je démissionne du Ministère, et par voie de conséquence, de mes responsabilités d’enseignant à l’ENSP, et de ma participation au Conseil scientifique environnement de la Ville Nouvelle du Vaudreuil.

 

7 – CG 94, CONSEIL GENERAL DU VAL DE MARNE

La Décentralisation de 1983, un grand tournant, m’encourage à intégrer une grande collectivité territoriale, soit le Conseil Général du Val de Marne. Responsable au départ du service départemental des espaces verts, j’occupe par la suite, la Direction de l’aménagement, puis dirige la plupart des directions techniques, jusqu’à participer à la Direction générale des services départementaux. Cet engagement, durera 20 ans, jusqu’au début de 2005.

C’est une autre histoire singulière d’un paysagiste dans une grande collectivité publique, qui fait l’objet d’une contribution particulière.

Version du 30 décembre 2018 (mise en forme de P. Donadieu), modifiée par des ajouts de 10/01/2019 par P. Dauvergne et l’introduction d’images par Yves Lüginbühl.


1 Voir à ce sujet BLANCHON (Bernadette) – Les paysagistes en France dans les grands ensembles d’habitations – Programme architecture des espaces publics modernes – Plan construction et architecture – MEL – 1998

Les débuts de la recherche

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Chapitre 7

Les débuts de la recherche à l’ENSP (1980-82)

Version du 1er décembre 2018

Pierre Donadieu revisite la période où a été réalisé le premier programme de recherches de l’ENSP.

Les pionniers

À la fin des années 1950, aucun enseignant de la Section n’avait soulevé le problème d’une recherche permettant de mieux former les apprentis paysagistes. Car le modèle lointain restant les ateliers de l’École des Beaux-arts, il allait de soi que les enseignants d’ateliers détenaient les savoirs les plus pertinents, techniques et de création, pour former des concepteurs de projets de jardins et de paysage, c’est-à-dire des architectes de jardin et de paysage.

Le premier à parler de recherche dans les conseils d’enseignants fut Bernard Lassus à partir de 1963. Ancien élève de l’historien et critique d’art Pierre Francastel et de l’atelier du peintre Fernand Léger, jeune professeur de l’École des Beaux-Arts en 1968, il détenait le capital de prestige et de compétences plasticiennes qui lui permettait d’introduire des pensées et pratiques innovantes dans les formations de paysagistes de la Section. N’étant pas architecte, mais peintre coloriste, il s’était distingué par de nombreux travaux de recherches sur la couleur et les ambiances, puis par des publications remarquées dans le cadre de commande de recherches de la Direction Générale de la recherche scientifique et technique. Elles aboutiront aux premières publications qui l’introduisirent dans le champ paysagiste : Le jardin de l’Antérieur en 1975, Les habitants paysagistes en 19771.

Il fut à l’origine de la notion de recherche associée à l’enseignement pratique d’atelier dans le premier Institut national du paysage imaginé par la commission Harvois (1969-1972). Voir chapitre 3.

Quand l’ENSP fut créée, l’idée d’une recherche liée à l’enseignement fut à nouveau proposée par B. Lassus. Elle fut comprise de manière très différente par les enseignants présents selon leur domaine.

D’un côté les enseignants de l’ENSH, scientifiques biologistes, technologues ou économistes en majorité, connaissaient peu les travaux de B. Lassus, contrairement aux enseignants d’arts plastiques et de techniques de représentation. Ils les accueillirent au mieux avec la réserve des non spécialistes …

De l’autre côté, les praticiens associaient l’idée de recherche à celle de conception du projet de jardin, d’espaces verts et de paysage, sans relation avec la posture académique et scientifique du chercheur professionnel. Alors que les chercheurs (jeunes et moins jeunes) de l’ENSH et de l’ENSP disposaient d’une culture scientifique que le ministère de tutelle, l’Agriculture, souhaitait développer. Autant dire que les échanges furent rares entre ces deux groupes. Seuls les économistes de l’ENSH Jean Carrel, puis Philippe Mainié, seuls représentants du champ des sciences sociales, maintinrent ce lien ténu jusqu’en 1983.

Formé à la recherche scientifique expérimentale en écologie à l’Université de Montpellier, j’étais intrigué par le discours et les publications de B. Lassus. Il développait la compréhension de l’imaginaire du paysage et du jardin, non comme un psychologue ou un neuroscientifique, mais comme un artiste curieux des processus perceptifs qu’il souhaitait maitriser et surtout expliquer. Je le situais d’autant plus dans le champ des sciences humaines, et en particulier l’anthropologie, que je venais de côtoyer au Maroc les pratiques des ethnologues et des agronomes en étudiant le partage des communaux pastoraux.

Je venais de découvrir un monde de savoirs pour lequel je n’avais pas été formé. Je les trouvais fort pertinents puisqu’ils me permettaient de comprendre les relations entre les hommes et leur milieu de vie. Et surtout de pouvoir agir sur elles. Ce qui semblait l’enjeu principal des recherches à entreprendre.

Que pouvions nous apporter M. Rumelhart et moi, qui nous intéressions aux relations entre les végétaux dans le champ de la phytosociologie, notre domaine de compétence ? Quel projet de recherche pouvions nous proposer, alors qu’aucun indice ne permettait de dire que ce champ était important pour former les paysagistes ? Nous étions, de fait, limités par notre spécialité héritée des enseignements de l’écologue Jacques Montégut. Et les études écologiques que nous menions pour divers commanditaires publics (autoroutes, Directions départementales de l’Équipement, collectivités) ne nous en disaient pas plus sur le choix du thème des recherches à entreprendre.

La commande du ministère

Une commande de travaux de recherche fut adressée à l’école en 1979 par Alain Riquois, responsable de la mission du Paysage du ministère de l’Environnement et du Cadre de vie (rattachée à la Direction de l’urbanisme et des paysages -DUP- du ministère de l’Équipement et du Logement )2. Sa direction fut en partie confiée par R. Chaux à P. Mainié, un agro-économiste et chercheur à l’INRA de Versailles qui s’intéressait à l’ENSP à l’économie des agences de paysagistes autant qu’aux paysages ruraux.

Cette commande était adressée à d’autres chercheurs en France par la sociologue Isabelle Billard de la DUP, notamment Abraham Moles psychologue, Judith Epstein, Michel Conan historien et sociologue, François Béguin philosophe, Jean-René Hissard artiste, Pierre Sansot, anthropologue, Marie-Hélène Chassagne et quelques autres.

Le financement de la Mission fut réparti entre plusieurs personnes, au titre de leurs agences respectives, à M. Corajoud et B. Lassus, et pour les autres via la prise en charge directe par l’ENSP.

M. Corajoud se consacra, avec les paysagistes M-H. Loze et J. Coulon, aux jardins de Versailles ; B. Lassus, seul, à un travail sur « La profondeur » et les autres (P. Donadieu, M. Rumelhart, G. Clément, P. Dauvergne, …) à une étude prospective des paysages de la vallée de la Mauldre à l’ouest de Versailles.

À cette époque (la fin des années 1970), la recherche scientifique sur le paysage était émergente et vigoureuse en France. Elle intéressait les géographes (G. Bertrand à l’Université de Toulouse notamment), les géoagronomes (J.-P. Deffontaines à l’INRA-SAD de Versailles), les sitologues (les architectes J.-P. Faye et M. Tournaire), les paysagistes d’aménagement (B. Fischesser et H. Lambert) au CEMAGREF de Grenoble, les phytoécologues (G. Long et M. Godron au CEPE-CNRS à Montpellier), les phytosociologues (J.-M. Géhu à Bailleul), sans compter les historiens de l’art et des jardins (M. Conan) et bien d’autres spécialistes comme, entre autres, le philosophe Alain Roger (Nus et paysages, essai sur la fonction de l’art, 1978).

Les notions de paysage et d’environnement séduisaient de nombreuses disciplines universitaires, mais sans rapport immédiat avec le métier de paysagiste encore peu professionnalisé. Il était représenté par la Société Française des Paysagistes et la Chambre syndicale des paysagistes conseils

À l’école était donc posée, par le gouvernement, la question de la création de démarches de recherches, qui satisfassent autant les paysagistes maîtres d’œuvre que les tous nouveaux métiers du « paysagisme d’aménagement », autre dénomination énigmatique d’une pratique qui ne voulait pas s’appeler planification des paysages, ni planification écologique sur le modèle américain (Design with nature, I. McHarg, 1969), jugé trop naturaliste et peu créatif.

Les uns voulaient éclairer le processus créatif de projet de paysage, les autres expliquer l’origine et les transformations des paysages, afin d’en maitriser les changements controversés (le mitage, les remembrements, les équipements touristiques, les lotissements …). Dans ce contexte, qu’avons-nous fait dans la vallée de la Mauldre ?

La vallée de la Mauldre

Assez vite, je me suis convaincu que je ne pouvais reconduire les démarches scientifiques de la phytoécologie dans ce projet de recherche. Pourtant, je m’apercevais que P. Dauvergne connaissait les travaux de cartographie écologique du CEPE-CNRS de Montpellier sur la Sologne et y faisait référence dans les travaux menés au CNERP. J’avais acquis cette compétence car, formé au CNRS de Montpellier en 1970, j’avais pu cartographier, avec d’autres, de vastes régions pastorales selon cette méthode en Algérie steppique pour la FAO, et au Maroc. Était-il pertinent dans la vallée de la Mauldre ? Il eut fallu en parler collectivement ce qui se révéla impossible dans une école qui ressemblait plus à un hall de gare qu’à une communauté de chercheurs. Et où les enjeux de pouvoirs commençaient à être visibles.

N’ayant pu définir une problématique de recherche, et en l’absence de directives de la part du commanditaire, je décidais d’explorer le terrain choisi, une petite vallée résidentielle de banlieue, au milieu de vastes plateaux céréaliers au sud de la vallée de la Seine à l’Ouest de Paris.

J’ai beaucoup photographié la vallée, son urbanisation, les architectures pavillonnaires, les bords de la rivière et les jardins, sans en tirer de conclusions probantes. Et pour cause : je ne savais pas ce que je cherchais … Jusqu’au jour où je me suis joint aux enquêtes que menaient l’économiste P. Mainié et le sociologue Marc Chopplet auprès des habitants. Je me suis souvenu de mon expérience marocaine auprès des éleveurs transhumants. Là où j’avais recours aux filtres de la science botanique et phytogéographique pour décrire l’acheb (l’herbe) des parcours, les bergers me répondaient en termes de préférence, de rejet ou de danger des plantes pour les troupeaux de moutons. Là où je disposais de deux mots latins pour désigner une plante, ils en utilisaient trois au quatre pour rendre compte de ses usages alimentaires, pharmacologiques ou symboliques. Là où je distinguais soigneusement des genres, des espèces et des variétés, ils les regroupaient sous un nom berbère qui signifiait que les moutons ne les mangeaient pas (les plantes épineuses ou vénéneuses par exemple).

En écoutant les habitants de Mareil-sur-Mauldre et de Maule nous parler de leur cadre de vie, j’ai fait le parallèle avec mon expérience nord-africaine. Je me rendais compte qu’ils parlaient d’abord d’eux, de leur histoire, de leur origine (la Bretagne souvent), de leur famille, et surtout de leur jardin. Ce que je regardais avec intérêt (les plantes évidemment), ils n’y accordaient de l’importance que s’ils pouvaient en évoquer l’usage alimentaire ou décoratif. Ils décrivaient des paysages familiers, des lieux intimes, insoupçonnables et inépuisables. Les plus bavards racontaient des souvenirs, de leur enfance ou de leurs voyages. Tous nous faisaient partager des bribes de leurs récits de vie, souvent émouvants.

Comment relier le monde matériel, objectif, que je savais décrire en termes de séries de végétation ou d’activités agricoles et forestières, et les mondes insaisissables de chacun ? Fallait-il avoir recours à la psychologie (les coquilles emboitées d’Abraham Moles) ? A la sociologie poétique de Pierre Sansot ? Au triptyque du géographe G. Bertrand (Territoire, géosystème, paysage) ? A la logique systémique du géoagronome J.-P. Deffontaines ? Sans compter tous les auteurs que j’écartais involontairement parce que je ne les connaissais pas !

En fait, je m’en suis aperçu ensuite, il ne fallait pas choisir, car toutes les entrées avaient un intérêt descriptif, explicatif ou interprétatif. Ce qui obligeait soit à une posture méta disciplinaire surplombante (philosophique par exemple), soit à un point de vue holiste, globalisant, prometteur de synthèses impossibles et de difficultés avec ses pairs scientifiques. Mais ce dernier problème ne se posait pas encore.

Au début des années 1980, mon projet personnel était en effet de rendre compte de mon expérience scientifique de phytogéographe et de pastoraliste méditerranéen en soutenant une thèse de doctorat à l’université de Montpellier. Ingénieur d’agronomie, je n’étais pas destiné à devenir enseignant-chercheur bien que cette perspective se concrétisa dix ans après. À cette époque, j’étais surtout un ingénieur fonctionnaire d’un corps d’État employé à mettre en place, avec d’autres, une politique publique de formation de cadres paysagistes. Je ne prétendais à aucune œuvre personnelle, ni à une carrière dans un ministère. Je tentais d’éclairer le mystère de la notion de paysage, laquelle était restée pour moi d’une limpidité surprenante grâce au paradigme de la plante indicatrice qui fonctionnait très bien au sud de la Méditerranée. Un vrai plaisir pour le voyageur curieux d’Essaouira à Gabès, et de Tanger à Bizerte. Mais l’idée de paysage s’était brutalement obscurcie en France au contact de la planète paysagiste.

Toujours est-il que le mélange de praticiens paysagistes libéraux, de jeunes enseignants des écoles d’architecture et d’ingénieurs horticoles formés récemment à la recherche scientifique créait un milieu incertain pour faire émerger une recherche cohérente à l’école. Chacun fit la sienne, indépendamment des autres, y compris sur le même lieu (la vallée de la Mauldre) et en publia les résultats significatifs quatre ans après la commande du ministère de l’Environnement et du Cadre de vie.

Les résultats des recherches

Ils furent publiés en 1983 dans le dossier « Des paysages » des Annales de la Recherche urbaine, n° 18-19, sous les titres : « Lecture d’un jardin » (Corajoud, M., et al), « Profondeurs » par B. Lassus et « La démarche de projet » par P. Mainié et al.

M. Corajoud et ses associés rendirent compte d’une analyse très fine des bosquets des jardins du château de Versailles, appuyée sur des mesures et des observations. « Nous avons fait le choix, écrivaient-ils en introduction, d’aborder cette recherche selon des modalités proches de celles que nous utilisons dans notre propre démarche de projet, c’est-à-dire en décomposant l’espace selon certains processus de son élaboration et en privilégiant un de ses aspects (…). Pour nous, la conception du jardin commence par la maîtrise du site, par le bâti général à partir duquel les lieux s’organisent, les formes s’installent. ».

Ils concluaient la publication ainsi : « Nous avons cependant quelques raisons de croire qu’elles (nos observations) laissent transparaître des ruptures évidentes dans les modes d’élaboration du jardin(…). En considérant seulement l’intervalle de temps qui va de 1660 à 1775, nous pouvons isoler trois grandes périodes formelles. La première, à Versailles, trouve son terme avec la représentation du jardin tel qu’il figure sur le plan «de l’Institut», trouvé par Alfred Marie (…). La seconde période correspond à la maîtrise d’œuvre effective de Le Nôtre et de ses collaborateurs de Vaux (1662-1663). Après Monceaux, Rueil et Vaux-le-Vicomte, l’influence italienne transforme le Versailles de Louis XIII, le jardin s’ouvre et annexe tout le territoire. Pour ce faire, Le Nôtre utilise des tracés qui introduisent une dynamique. Les figures instaurent un mode de croissance du jardin par des relations homothétiques et additives, des correspondances ouvertes et subtiles entre longueurs, surfaces et volumes, un enchaînement continu de proportions qui, partiellement, rompent avec la symétrie pour introduire l’équivalence (…). La troisième période correspond, pensons-nous, à la reprise en main du jardin par Mansart. A la fin de sa vie, Le Nôtre lui-même avait déjà modifié son vocabulaire formel et simplifié ses figures ».3

De son côté, B. Lassus a réuni plusieurs travaux personnels sous l’intitulé « Profondeurs ». Le Jardin vertical proposé pour le concours du parc de la Villette ; le Jardin des Planètes qui a fait également partie du projet pour le site des anciens abattoirs parisiens ; et deux textes plus anciens, « Le puits » et « Le monument », destiné à illustrer la dimension incommensurable de l’imaginaire poétique des lieux4.

Enfin, au nom de l’ENSP, l’économiste P. Mainié a rassemblé les travaux des autres enseignants dans un texte synthétique « La démarche de projet ». Neuf enseignants y ont participé : deux paysagistes, M. Corajoud et P. Dauvergne, deux écologues (et non écologistes !), P. Donadieu et M. Rumelhart, une historienne S. Hoog, un agronome économiste P. Mainié, un sociologue M. Chopplet, une plasticienne F. Blin et une documentaliste C. Bou5.

Le premier texte, rédigé par les paysagistes (essentiellement par P. Dauvergne), fait surtout état du rôle souhaitable des paysagistes dans l’établissement des documents d’urbanisme, notamment dans la conception des plans d’occupation des sols (POS). Il plaide l’idée que le Plan d’occupation des sols devrait devenir un véritable projet de paysage. Et il discute le droit, sinon le devoir, de juger « du beau et du laid » pour les habitants et les praticiens. Le texte s’appuie sur les travaux de B. Lassus (Le Jardin de l’antérieur, 1976 ; le Jeu des points rouges, 1978) et de l’historien dix-huitièmiste M. Conan.

Le second texte, intitulé « Les hommes et le milieu », expose succinctement l’étude sociologique : « les perceptions et satisfactions des habitants en matière de paysage » dans la vallée de la Mauldre, insiste sur le mitage du paysage, évoque des catégories de jardins (d’invention et de reconduction), et souligne l’intérêt de la mémoire et de l’histoire des lieux. Mais il est peu question des paysages de la vallée de la Mauldre qui ne sont pas décrits, ni évoqués. En conclusion, des « propositions pour des recherches ultérieures » sont indiquées. P. Mainié constate que « la vie difficile du groupe de recherche a reproduit le divorce qui bloque la création dans le domaine paysager ». Il suggère d’étudier les pratiques professionnelles qui sont diverses et peu connues, d’analyser la demande sociale et les formations dans ce domaine et de proposer une politique publique gouvernementale ambitieuse de paysage.

Toutes ces questions recevront des réponses de chercheurs au cours des trente années suivantes.

Conclusion

L’étape fondatrice de la recherche à l’ENSP peut paraitre hétérogène. Elle est en fait à l’image des acteurs principaux des débuts de l’école. Deux écoles nouvelles de pensée paysagiste (dite plus tard « école française de paysage » par la Fédération française du paysage) se juxtaposaient (avant de s’affronter) en indiquant leurs postulats, celui d’une matérialité à gérer par la maitrise formelle, dessinée, globale et de détail, du projet dans le cas de M. Corajoud, qui s’inscrivait dans les pas d’André le Nôtre ; celui d’un imaginaire du paysage à susciter par « apport sur un support » en s’appuyant, notamment sur les théories du jardin pittoresque de Williams Chambers et de l’abbé Delisle (1776).

A côté de ces deux pôles majeurs du débat, la recherche académique dans les autres disciplines était balbutiante à l’école. Les sciences écologiques n’émergeaient pas pour des raisons que j’ai expliquées. Elles se développeront à partir d’un foyer franco-américain dix ans plus tard au CNRS et à l’INRA en dehors de l’école sous la forme de la landscape ecology. Seules les recherches en sciences humaines et sociales (géographie, sociologie, ethnoécologie, histoire des jardins, des paysagistes et du paysage, sciences politiques), portées d’abord par P. Dauvergne puis par A. Mazas, P. Donadieu et D. Bouillon, poursuivront ensuite leur développement avec la création du LAREP (laboratoire de recherches de l’École du Paysage) en 1993. Quatre années après que Bernard Lassus eut créé à l’École nationale d’architecture de Paris-la-Villette le diplôme d’Études approfondies (DEA) « Jardins, paysages, territoires » et sa formation doctorale avec l’École des hautes études en sciences sociales de Paris.

Bibliographie

Pierre Donadieu : Retour sur la recherche à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille (1995-2011). Publié dans Projets de paysage le 16/01/2012.


Notes

2 Ce rattachement reste à vérifier.
3 http://corajoudmichel.nerim.net/10-textes/01-versailles-lect.htm
5 http://www.persee.fr/doc/aru_0180-930x_1983_num_18_1_1075