Le paysage en douze questions

Fiche 2

Fiche n° 1

Le paysage en douze questions

Pierre Donadieu, Académie d’Agriculture de France

Sommaire

La notion de paysage fait partie des thèmes principaux abordés par la section 7, environnement et territoire, de l’Académie d’Agriculture de France. Car les paysages ruraux, agricoles et forestiers, comme ceux des villes et des villages, sont l’objet de politiques publiques, nationales et européennes, depuis un siècle. Au cours du XXIe siècle et des transitions environnementales importantes qui vont l’affecter, doit-on et peut-on en modifier la production ?

Pour éclairer la situation actuelle, les textes qui suivent exposent de manière synthétique : comment définir la notion de paysage (2), la nature des actions publiques de paysage (3-4-5-10), les démarches scientifiques d’écologie du paysage (6-8), les démarches patrimoniales (5), les questions posées par les paysages agricoles (7) et urbains (9-11-12) et l’évolution des formations des professionnels du paysage (9).

Cette notion n’est pas indépendante des neuf autres thèmes abordés par ailleurs dans la section 7, notamment territoire, agriculture, biodiversité, eau, service écosystémique, climat et sol. Cette relation est approfondie dans le thème territoire (territoire et paysage, territoire et communs).

1 – Le paysage en douze questions, P. Donadieu

2 – Qu’est-ce-que le paysage ? P. Donadieu

3 – Le paysage : un outil de la démocratie ? Y. Luginbühl

4 – Comment faire avec la conflictualité paysagère ? H. Davodeau

5 – Les paysages agricoles peuvent-il devenir des patrimoines ruraux ? P. M. Tricaud

6 – Pourquoi et comment améliorer la biodiversité dans les paysages agricoles ? F. Burel

7 – Pourquoi les agriculteurs devraient-ils s’intéresser à leurs paysages ? P. Donadieu

8Quels rôles des trames vertes et bleues dans les milieux (péri)urbains ? P. Clergeau

9 – Comment ont évolué les métiers du paysage ? P. Donadieu

10 – Les politiques publiques de paysage : quels enjeux ? P. Moquay (texte à venir)

11 – Le végétal en ville : quels impacts sur le microclimat urbain et sur la qualité de l’air ? Y. Brunet (texte à venir)

12 – Le paysage, l’urbanisme et les agriculteurs en Europe. D. Vancutsem (à venir)

 

Avant-Propos

Dans ces textes, la notion de paysage relève de deux paradigmes de pensée peu éloignés. L’un relève de la pensée scientifique systémique (non analytique et non linéaire par définition) et du concept écologique universel d’écosystème. Ce dernier inspire, notamment, des analyses fonctionnelles de la biodiversité, des sols et des climats, lesquelles débouchent sur la notion utilitaire de services écosystémiques (approvisionnement, régulation environnementale, services sociaux et culturels).

L’autre paradigme, inspiré en Europe par l’histoire politique et sociale des territoires et les arts visuels, développe une approche pragmatique, souvent holistique et transversale aux actions publiques sectorielles, des relations du vivant humain et non humain avec son milieu. Il s’appuie en particulier sur la définition juridique du paysage donnée par la Convention européenne du paysage de Florence (2000). Celle-ci vise la définition et la mise en place de « politiques de paysage et d’objectifs de qualité paysagère » dans les territoires.

Dans le premier cas, le paysage exprime soit un niveau géographique d’analyse sectorielle (l’écologie des paysages ruraux et urbains, les infrastructures vertes et aquatiques, l’ingéniérie écologique), soit des aménités paysagères ou environnementales du cadre de vie. Dans le second cas, les pouvoirs et les politiques publics (notamment l’État en France), grâce à des outils spécifiques de régulation transversale des paysages (plan, atlas, charte, observatoire de paysage …) et aux professionnels du paysage, sont mis en situation de construire empiriquement des relations concertées, évolutives et singulières entre les milieux de vie et les habitants des territoires.

Ces deux paradigmes, fonctionnel/systémique (écologique ou environnemental) et relationnel/pragmatique (paysager), peuvent soit se compléter (consensus territorial), soit s’affronter (controverses sociales et scientifiques), soit encore susciter l’indifférence ou la méfiance voire le rejet, notamment de certains acteurs du monde professionnel agricole ou des sociétés habitantes.

P. Donadieu 12 décembre 2018

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