Le CNERP de Zsuzsa Cros

Retour

Zsuzsa CROS

souvenirs d’une ancienne élève du Centre national d’étude et de recherche du paysage de Trappes

Zsuza Cros, paysagiste hongroise, ancienne élève du CNERP (1972-79), raconte sa carrière en France et en Hongrie.

Le bâtiment du CNERP à Trappes (78), dans les locaux d’une école d’architecture parisienne, archives ENSP Versailles.

Novembre 1972 était le début d’une grande aventure pour moi, jeune diplômée en 1970 en architecture des jardins et du paysage à Budapest1.

Déjà, sortir de la Hongrie barricadée à cette époque derrière le rideau de fer était une épreuve difficile. Comment ne pas être impressionnée quand on ne maîtrise pas encore bien la langue du pays d’accueil, de se retrouver face aux fondateurs et enseignants émérites et aux stagiaires français sélectionnés parmi les meilleurs de l’Ecole de Versailles ou d’autres disciplines : agronome, géologue, architecte, juriste, économiste, sociologue…

Cette formation post graduée a débuté dans les locaux de la rue de Lisbonne à Paris par des exposés des membres fondateurs et d’autres intervenants ponctuels de l’Association Paysage (Rémi PERELMAN, Jacques SGARD, Bernard LASSUS, Charles ROSSETTI, Jean CHALLET, Pierre DAUVERGNE…). Ils ont été rapidement suivis par les études de terrain avec 3 équipes constituées.

L’équipe qui a travaillé en Bretagne dans le secteur du Faou comportait 3 paysagistes et 3 stagiaires venant d’autres disciplines :

Alain Levavasseur : Paysagiste

Jean Pierre Saurin : Paysagiste

Zsuzsa Cros : Paysagiste hongroise

Pierre Poupinet : Géologue-biologiste

Christiane Tournier : Sociologue

Alain Sandoz : Juriste – économiste

Après les années d’études en Hongrie, le changement de pays, l’étude du Faou était pour moi la première investigation dans le domaine du paysage en France.

Plusieurs séjours sur le terrain et les débats entre nous ont permis des échanges, des confrontations, un travail d’équipe matérialisé par des rapports d’études que j’ai retrouvés au grenier parmi mes archives. Trois fascicules photocopiés au format A4 permettent d’évoquer cette expérience de nos débuts au CNERP, il y a presque 50 ans.

2 annexes témoignent des efforts des stagiaires pour avoir une bonne connaissance du terrain :

– une approche plutôt scientifique de la géomorphologie et des composants du milieu qui donnent la structure du paysage « naturel » représenté par une cartographie et des schémas détaillés.

– une approche sensible basée sur la perception du paysage de bocage qui constitue le liant et des éléments forts comme les rias, l’Aulne, la forêt de Cranou, la lande, le Menez-Hom, les Monts d’Arrée qui attribuent au paysage des valeurs particulières. C’est dans cette partie de l’étude que j’ai pu m’investir le plus avec une sensibilité probablement différente des autres stagiaires.

Pour moi la Bretagne était un terrain totalement inconnu, toutefois j’avais l’impression de trouver quelques similitudes avec ma région natale. En effet dans les deux cas il s’agissait d’un lieu éloigné, assez isolé du reste du pays, avec une situation péninsulaire qui donne l’impression de se trouver au bout du monde. Alors que dans le Finistère ce sont les données de la géographie naturelle et d’une histoire ancestrale qui déterminent les caractéristiques du site et du paysage, dans le cas de ma ville natale c’est l’histoire récente au 20ème siècle qui a radicalement transformé notre cadre de vie. La ville de Sopron est située aux confins ouest de la Hongrie, c’était le siège du « Burgenland » petite région qui à la fin de la première guerre mondiale fut rattachée à l’Autriche. Mais suite à un référendum en 1921 les habitants de Sopron ont voté pour rester hongrois. La ville a obtenu le titre glorieux de « Civitas fidelissima » mais elle se retrouvait comme une pointe, une poche isolée de son ancien territoire. À la fin de la deuxième guerre mondiale, l’installation du rideau de fer a conduit à une coupure totale non seulement avec les pays de l’Ouest, mais aussi avec le reste de la Hongrie car il fallait une autorisation pour séjourner ou se rendre dans cette zone frontalière. C’est dans ce milieu fermé, protégé, isolé du monde extérieur que j’ai grandi. À 5 km de la ville dans un vieux moulin à eau au milieu d’un grand jardin et d’un paysage romantique où se retrouvait chaque été notre famille avec les amis : mon père géographe et biologiste, mes oncles, l’un botaniste célèbre, l’autre architecte et peintre ont sûrement éveillé mon intérêt pour la nature et le paysage.

Mais revenant à notre terrain d’étude, le rapport final rédigé par les stagiaires en septembre 1973 à l’issue des analyses de terrain montre qu’il y a eu un vrai travail d’équipe dans lequel nous avions tous apporté notre propre expérience, notre vécu malgré nos approches différentes du paysage. Nous devions répondre aux préoccupations des demandeurs dans le cadre du Plan d’occupation du sol, du Parc Naturel Régional d’Armorique permettant d’orienter l’évolution future du paysage en évitant sa banalisation. Mais nous sommes arrivés à la conclusion que la notion du paysage est du domaine du sensible et est difficile à exprimer en matière d’aménagement.

Nous avons toutefois donné quelques recommandations :

  • Apprendre le paysage par la connaissance du terrain et les attentes des habitants, des usagers du paysage.

  • Quelques réactions des usagers après enquêtes spontanées sur le terrain

  • Raisonner paysage en tenant compte de ses composants, de ses caractéristiques, de ses possibilités d’évolution pour éviter la banalisation.

Paysage caractérisé par le liant homogène constitué par le relief, le bocage, les habitations et les éléments particuliers comme la rade, l’Aulne, le Menez Hom, la Forêt de Cranou, la lande, les vallées, les Monts d’Arrée

  • Les paysagistes sont des acteurs du paysage parmi d’autres, comme les élus, techniciens, agriculteurs, industriels, habitants, touristes…

Il est regrettable que les résultats de cette étude pionnière de paysage n’aient pas été publiés mais soit restés sous forme de petits fascicules photocopiés en noir et blanc qui ne mettent pas en valeur le contenu, les illustrations : montages de photos, cartes, schémas, dessins… des outils de visualisation indispensables pour sensibiliser au paysage.

Dans ce travail d’équipe, ce qui était intéressant, c’est que nous avions tous apporté notre propre expérience, notre vécu, donc une approche différente du paysage. Il fallait donc trouver un terrain d’entente, malgré les confrontations, les avis divergents, bref apprendre à travailler en équipe.

Unités de paysages du secteur du Faou et propositions d’aménagement : 1 Bocage, 2 Espaces semi déserts 3 Vallées, 4 La Vallée de l’Aulne, 5 Amphithéâtre du Faou

À la suite de ces 2 années expérimentales de formation j’ai été retenue comme chargée d’étude au CNERP où j’ai pu participer à la réalisation de plusieurs études de paysage dans différentes régions tout en continuant à travailler en équipe. Quelques exemples :

L’étude paysagère de la Vallée de la Seine, réalisée en 1974, pose la problématique commune aux vallées fluviales qui sont des lieux privilégiés pour l’établissement humain. Le tronçon étudié en Seine et Marne, entre Morsang-sur-Seine et Moret-sur-Loing, est soumis aussi à la pression urbaine de la région parisienne. Il est intéressant de revoir avec recul la démarche utilisée pour l’analyse des paysages de la vallée mettant l’accent sur la structure du paysage issue d’une approche essentiellement visuelle. L’étude traite aussi du problème des sablières et de leur réaménagement.

L’étude paysagère de Fontevrault réalisée en 1975 à la demande de la Caisse des Monuments historiques, avait comme objectif la reconversion et la mise en valeur de l’ensemble abbatial et son environnement fortement dégradés à la suite de l’utilisation en centre pénitentiaire. L’aspect peu accueillant du village, les bâtiments historiques en mauvais état, les jardins en friche, l’isolement du site par les camps militaires étaient loin d’être gratifiants à cette époque pour un patrimoine historique exceptionnel. Aujourd’hui on ne peut que se réjouir en visitant l’abbaye devenu un centre culturel de portée internationale entouré d’un village accueillant. L’étude du CNERP était peut-être un premier pas vers la revalorisation de Fontevrault.

L’impact du reboisement sur le paysage des Ardennes. La préoccupation des demandeurs d’étude était le problème du reboisement en résineux sur le paysage de cette région frontalière qui a beaucoup souffert non seulement de de la première guerre mondiale mais du déclin industriel et agricole récents. Comme la forêt mitraillée avait peu de valeur comme bois d’œuvre pour l’industrie du bois, l’ONF a opté pour les coupes à blanc des massifs de feuillus truffés de projectiles et a mis au point une technique de reboisement en lignes. Les coteaux se trouvaient peignés de lignes régulières de résineux inappropriées dans le paysage légendaire de la Vallée de la Meuse sans parler des conséquences écologiques. Le reboisement en résineux s’est développé aussi dans les clairières des zones agricoles sous forme de timbres-poste. L’équipe du CNERP a réalisé un survol de la région en avion de tourisme pour sensibiliser avec les vues aériennes forestiers et agriculteurs au mitage du paysage.


Boucle de la Meuse à Monthermé Reboisement en bandes dans les Ardennes

L’étude du PAR de l’Argonne s’est finalisé par un document de sensibilisation graphique peu habituel, présenté à la manière de bandes dessinées grâce au coup de crayon de Jean-Pierre Boyer graphiste talentueux intégré à l’équipe. Après enquêtes et études sur le terrain les caractéristiques du paysage existant et futur sont représentées sous forme de scénographie fictive et ludique (modèle de villages avec les noms rebaptisées: Argonnay, Argonette) mais leur description s’inspire de la réalité du terrain, du cadre de vie des habitants. Une publication en anglais dans la revue Landscape planning No3/1980 révèle les résultats de cette étude.

J’ai été frappée dans ce paysage par le contraste entre la vallée de l’Aire, bucolique, et les forêts sombres qui ont connu des combats terribles pendant la Première Guerre Mondiale. On y voit encore les tranchées et les cratères des obus. Nous avons étudié les formes des villages dont de nombreux ont été bombardés, mais qui sont souvent des villages-rue, avec les usoirs, espaces collectifs où les habitants entassent le bois de chauffage et le fumier. Les maisons sont souvent en longueur, avec des pièces aveugles, sans fenêtres. Nous avons tenté de redonner aux habitants une meilleure image de leur paysage marqué profondément par cette guerre, en leur montrant que ce paysage avait des atouts et des valeurs indéniables.

Paysage bucolique de l’Argonne : la vallée de l’Aire Modèle de village schématisé en Argonne

Après avoir quitté le CNERP j’ai continué à exercer comme chargée d’études dans le domaine du paysage :

De 1980 à 1987 auprès de Jacques SGARD à l’Atelier d’Urbanisme et du Paysage, en contribuant à la réalisation d’études et projets de paysage, d’études d’impact des grandes infrastructures, notamment pour l’implantation des lignes électriques THT de 400 000 volts. Ces études ont exigé une analyse approfondie du terrain, afin de pouvoir proposer les tracés ayant le moindre impact sur l’environnement et le paysage. L’EDF assurait l’impression des documents en offset en couleurs. Cela a permis une meilleur qualité du rendu d’étude et d’ utiliser des techniques de représentation visuelle plus attrayantes aux niveaux graphique, cartographique, photographique.

Détail du tracé retenu pour l’implantation de la ligne Argoeuves-Penly dans la Somme

Recherche de tracé sur la presqu’ile de la Hague et photomontages avec emplacement des pylônes

De 1987 à 1993 à la SEGESA – Société d’études géographiques, économiques et sociologiques appliquées où j’ai contribué au développement de l’activité dans le domaine du paysage. J’ai participé à l’élaboration de plusieurs études dans différentes régions à différentes échelles ainsi que dans le cadre de la recherche méthodologique avec Yves Luginbühl lui aussi ancien du CNERP. A titre d’exemple je cite ici quelques études réalisées à la SEGESA sous la direction de Jean-Claude Bontron.

L’étude sur les paysages de la vallée de la Loire a consisté à réaliser un inventaire des paysages riverains de la Loire dans la partie Pays de la Loire et à en faire une évaluation permettant d’établir un ordre de priorité d’intervention pour le Conservatoire des rives de la Loire et de ses affluents afin de garantir la qualité de ces espaces. Une approche nouvelle basée sur les enquêtes nous a permis de connaître les représentations du paysage des riverains et la valeur qui lui est attribué par les différents usagers. Cette méthode fut utilisée par la suite pour établir une méthodologie commune pour les Atlas de Paysages permettant de couvrir tout le territoire français. Cette étude a permis de rassembler les avis des communes par une enquête auprès des maires ou des secrétaires de mairie des communes riveraines de la Loire, soit 100 communes ; nous avons obtenu 80% de réponse et avons pu cartographier les paysages appréciés ou non par les habitants, les évolutions des paysages et les projets d’aménagement ; nous avions envoyé aux mairies une carte de la commune avec une légende. Le résultat a été présenté devant le Président du Conseil Régional des Pays de la Loire, Olivier Guichard et les maires. L’étude a été réalisée en parallèle avec une méthodologie d’identification et de caractérisation des paysages pour le Bureau des Paysages du ministère de l’environnement. Elle a ensuite permis d’aboutir à la première méthode des Atlas de paysages, publiée en 1994.

Iconographie et textes littéraires sur la Vallée de la Loire

Les enquêtes sont devenues des outils incontournables pour mieux connaître les attentes des utilisateurs vis à vis du paysage.

L’étude sur les paysages de la baie du Mont-Saint-Michel comprend deux parties. L’une basée sur l’analyse géographique et paysagiste visant à identifier les caractéristiques, la structure et les dynamiques des paysages de la baie, l’autre basée sur les enquêtes permettant de saisir les représentations que les acteurs de la baie, résidents permanents ou temporaires, touristes ou acteurs institutionnels se font du Mont-Saint-Michel et de sa baie. La stratégie des décideurs devait se nourrir de ces représentations pour mieux ancrer les projets d’aménagement dans le milieu social de la baie. Les entretiens réalisés ont permis de constater une évolution des représentations sociales des paysages chez les personnes interrogées qui ont évoqué en plus de la vue, les odeurs, celles des lisiers ou de la mer, les sons, comme les chants des oiseaux, le toucher, comme par exemple la marche sur la tangue, c’est-à-dire la plage. C’était la première fois que tous les sens humains apparaissaient ouvertement dans la perception du paysage par les habitants.

Acteurs enquêtés : agriculteurs, ostréiculteurs, pécheurs, chasseurs, résidents, résidents secondaire, touristes, institutionnels

Avec Mairie-Conseils2 nous avons organisé des ateliers pour la mise en place de communautés de communes. Les élus et les techniciens des différentes communes devaient réaliser les cartes thématiques avec l’aide des paysagistes, interpréter ensemble les résultats, faire une visite collective sur le terrain où chaque maire présentait les caractéristiques de sa propre commune et les projets souhaités. Cette méthode participative a permis de faciliter les échanges, de trouver un bon terrain d’entente pour travailler ensemble dans le cadre d’une nouvelle organisation intercommunale.

Cette méthode participative a été aussi exploitée dans le cadre du Plan Paysage de la vallée de la Dordogne pour EPIDOR avec la participation de 289 communes riveraines. Mais j’ai dû interrompre cette étude à cause de mon départ pour la Hongrie.

Entre 1993-2003 je suis retournée avec ma famille en Hongrie où mon mari a travaillé pour plusieurs sociétés franco-hongroises. Pour moi ces 10 années étaient des retrouvailles avec mon pays tout en gardant le contact avec la France et mes collègues français.

Je donnais des cours à l’Institut de Gestion de l’Environnement de l’Université d’Agriculture à Gödöllö et à l’Ecole du Paysage de Budapest. L’exposition présentée à Budapest au siège des Monuments Historiques ayant comme titre « Paysage culturel – Protection au niveau local » était l’occasion de montrer un petit coin bucolique de la Hongrie menacé par l’évolution récente de la ville au détriment de son environnement naturel.

Iconographie d’époques différentes représentant le village et le moulin d’eau près de Sopron en Hongrie

Pendant mon séjour en Hongrie j’ai participé au programme européen INTERREG sur les Paysages Viticoles, Patrimoine Mondial de l’UNESCO sur 7 sites européens dont le Tokaj. L’évolution de la région viticole de Tokajhegyalja et la renaissance du célèbre vin de Tokaj a été étudiée pendant plusieurs années par une équipe française (Nicole Mathieu, Françoise Plet, Yves Luginbuhl, Aline Brochot…dont je faisais partie en facilitant les échanges entre les chercheurs français et les acteurs hongrois). Les nombreuses visites effectuées dans la région, les enquêtes réalisées auprès des viticulteurs (œnologues, investisseurs étrangers, viticulteurs hongrois) des institutionnels, des habitants…ont donné une riche matière à exploiter. Plusieurs publications en français et en hongrois relatent les résultats de ce travail.

Nous avons aussi monté une coopération scientifique PICS dirigée par Françoise Plet, entre le LADYSS3, l’Académie des Sciences de Budapest (Victoria Szirmai) et celle de Varsovie où nous avons travaillé ensemble sur les jardins familiaux. Cf. : Yves Luginbuhl : Jardins de tous les désirs d’Europe centrale. In Les carnets du paysage – Acte sud n° 9&10 – pp. 229-255.

Par la suite j’ai travaillé avec Gabor Onodi et une équipe constituée avec les étudiants de l’Institut de Gestion de l’Environnement de Gödöllö sur la transformation des jardins ouvriers et familiaux en Hongrie en comparaison avec les tendances d’évolution dans d’autres pays européens. Un livre fut édité en hongrois ; Cf. :Cros Karpati Zsuzsa – Gubicza Csilla – Onodi Gàbor : Kertségek és kertmüvelök urbanizàcio vagy vidékfejlesztés ? MGK 2004. (Jardins et jardiniers, urbanisation ou développement rural ?)

Revenue en France, de 2003 à 2007, j’ai travaillé comme chercheur associé au LADYSS/CNRS sur la méthodologie des Atlas du Paysage. Nous avons contribué au lancement du Système d’Information sur la Nature et les Paysages (SINP) pour le Bureau des Paysages dirigé par Jean-François Seguin avec son adjointe Elise Soufflet. À partir de la méthodologie des Atlas de Paysage que nous avions élaborée en 1994 nous avons développé de nombreux aspects des atlas de paysage et engendré l’actualisation de la méthode à niveau national. Malheureusement, au départ à la retraite de Jean-François Seguin, ses successeurs n’ont pas continué et seule la nouvelle méthode a été publiée en 2015. En effet, la nouvelle méthode des Atlas de paysages a été rédigée par cette équipe du laboratoire LADYSS et elle a été publiée en 2015. Elle permet d’actualiser l’ancienne méthode ; la décision de réaliser un atlas de paysages tous les 10 ans a été prise par le Bureau des Paysages du ministère de l’environnement.

Couverture de la méthode des Atlas de paysages publiée en 2015.

Dans la perspective de notre retraite nous avons acheté en 2004 une vieille maison en face du Château de Villandry qui est devenue notre résidence principale. Après toutes ces années consacrées aux paysages c’était le retour aux jardins ; d’abord la création de mon propre jardin, puis en 2008 du réseau « Guest & Garden-Hôte et Jardin-G&G » pour valoriser le tourisme de jardins dans la Vallée de la Loire dont font partie nos chambres d’hôtes au jardin nommées « Petit Villandry ». J’ai également lancé l’association « L’embellie de Villandry » dont le but est de contribuer avec la participation active de la population du village de Villandry à l’embellissement floral et paysager de la commune. Je peux ainsi partager ma passion des jardins et des paysages avec des hôtes venant des quatre coins du monde.

Rémi Perelman et son épouse nous y ont retrouvés il y a 2 ans et nous avons naturellement remémoré nos souvenirs de l’époque du CNERP, parlé du paysage et de la possibilité de retrouvailles entre anciens « Cnerpiens ». Il nous reste à trouver le lieu et le moment !!! Pourquoi pas à Villandry ?

Les jardins de Villandry – Aquarelle de Florence d’Ersu

En guise de conclusion

Que pourrais-je dire de cette longue expérience au service des paysages français mais aussi au-delà de l’hexagone ? Le CNERP était sans doute le point de départ vers une autre façon d’aborder le paysage où l’approche visuel des paysagistes a été élargie par l’apport des autres disciplines scientifiques et sociologiques. Durant ce presque demi-siècle nous avons pu assister à l’évolution non seulement de la méthodologie mais aussi à celle des outils employés. L’étude du terrain permettant l’inventaire des composants du paysage, la compréhension de sa structure, de ses tendances d’évolution a été complétée par les enquêtes effectuées auprès des acteurs du paysage.

Il est intéressant de rappeler à quel point les outils employés ont changé pendant notre parcours professionnel avec l’apparition et le progrès de l’informatique ! Les cartes IGN indispensables lors du repérage sur le terrain étaient relayées par la géolocalisation, la cartographie manuelle par les cartes numériques, les photos argentiques par les photos numériques, les textes manuscrits ou tapés à la machine par l’ordinateur, la présentation orale des résultats de l’étude par la projection de diaporamas, de vidéos. Les seuls outils qui semblent immuables pour les paysagistes restent les dessins manuels sous forme de croquis, schémas, vol d’oiseau, blocs-diagramme.

Nous avons attribué beaucoup d’importance lors de nos études à l’iconographie ancienne pour sensibiliser à l’histoire des paysages et leur évolution dans le temps. Il est probable que nous, « anciens cnerpiens », avons pu y laisser aussi nos empreintes pour les générations futures.

Zsuzsa Cros, Mai 2019


Bibliographie

https://topia.fr/2018/11/30/les-debuts-de-lenseignement-a-lensp-2/


Notes

1 La formation de paysagistes (Landscape and Garden Engineer) a débuté dans les années 60 en Hongrie au sein de l’Institut d’Horticulture et de Viticulture avec un recrutement sur concours après le Bac, elle durait 9 semestres. Après 2 ans de formation générale de botanique, dendrologie, horticulture, pathologie végétale, biochimie…on pouvait choisir une discipline spécifique. Je faisais partie de la deuxième promotion de paysagistes qui comptait 10 élèves entre 1965 et 70. Depuis 1987, l’institut est devenu l’Université d’horticulture et d’industrie alimentaire avec des effectifs beaucoup plus élevés : actuellement, le nombre de personnes pouvant être inscrites à une formation spécialisée comme architecte-paysagiste ou paysagiste d’aménagement varie entre 25 et 140 en raison du besoin de spécialistes.

2 Groupe Caisse des dépôts et consignations

3 Laboratoire Dynamiques Sociales et Recomposition des Espaces

Synthèse VTP3

Retour

3e séminaire « Ville, territoire, paysage »

Les écoles dans leur territoire

Les conclusions de Pierre Donadieu

 

Le séminaire cherchait à répondre aux questions suivantes :

– Quelles relations les enseignants et les chercheurs des écoles d’architecture et de paysage entretiennent-ils avec leur territoire d’enseignement ?

– Quelles pédagogies sont utilisées pour élaborer les projets spatiaux, d’architecture, de ville et de paysage ?

– Quelles idées de territoire et de paysage émergent aujourd’hui dans la formation des architectes et des paysagistes ?

13 interventions et 18 posters ont été présentés dans les deux écoles avec un public variant de 30 à 60 personnes, et une excursion dans le territoire de la plaine de Versailles a été organisée avec le concours de Manuel Pluvinage, directeur des services généraux de la communauté d’agglomération de Versailles Grand Parc. Sept écoles d’architecture (Versailles, Paris-Malaquais, Nantes, Montpellier, Marseille, Grenoble) et trois écoles de paysage (Versailles, Angers, Lille) étaient représentées.

Faites par des enseignants d’écoles de concepteurs d’espaces, les interventions présentent des points communs classiques. Elles se distinguent néanmoins par des choix différents de pédagogie du projet d’espace et des variations du sens des principaux éléments  de langage utilisés.

Les points communs

D’abord une évidence pour tous (ou presque) : il est nécessaire, sinon essentiel, de connaitre les territoires, et d’en reconnaitre les caractères morphologiques, sociaux et économiques, pour fonder des projets d’espace qui s’y inscrivent, qu’ils soient d’architecture ou de paysage. Les pédagogies ont intérêt à tirer parti autant de la forme des paysages que des dynamiques sociales et économiques des espaces où s’ancrent les projets ; des identités sociales locales que des jeux d’acteurs (élus, habitants, associations …) sur lesquels elles peuvent s’appuyer.

La pluridisciplinarité semble de plus en plus s’imposer pour diversifier et enrichir la lecture des sites et l’imagination des projets dans les ateliers. Sont mobilisées, non seulement la géographie physique et sociale (notions d’échelles spatiales et d’acteurs sociaux multiples), mais également l’histoire locale, la sociologie et l’anthropologie sociale et culturelle.

Les mêmes outils de projets (plans, maquettes, dessins, coupes, cartes, photographies…) utilisés par les architectes et les paysagistes inscrivent enseignants et étudiants dans des communautés professionnelles voisines de praticiens de projets. Les compétences sont cependant distinctes et en général complémentaires.

Dans les interventions, le problème commun de la distinction entre démarches de projets de paysage et de projets d’architecture est abordé de deux façons différentes. Soit en associant dans les ateliers explicitement sur un site les compétences qui permettent la construction des objets architecturaux et celle des relations sensibles entre les objets (mise en paysage des sites). Un exemple est celui des paysages de l’eau à Dunkerque. Soit en admettant une porosité des notions de paysage, d’architecture, d’urbanisme et de patrimoine pour imaginer un projet inscrit dans un territoire réel ou imaginaire. Dans ce cas, on peut assimiler la notion de territoire, plus à un concept de milieu (au sens de la mésologie de A. Berque), qu’à une notion administrative ou sociogéographique (appartenance), par exemple dans le cas des workshops de l’estuaire de la Loire

En bref, soit on clarifie en distinguant et associant (les deux compétences architecturales et paysagistes sont alors identifiées), soit on redéfinit les idées de territoire et de paysage en tant que milieux de vie humaine et sociale à reconnaitre (de nouvelles compétences hybrides de projet situé émergent).

Les points de différence pédagogique

Nombreux, ils peuvent être néanmoins réunis en cinq polarités. Chacune peut se retrouver avec des dosages variables dans la plupart des exercices pédagogiques

Le pôle de l’arpentage topographique du site de projet apparait clairement dans les ateliers de l’ENSP de Versailles ; Il fonde également la production de l’atlas métropolitain de Marseille. La lecture du site de projet ou du territoire mobilise les outils de la description et de l’analyse critique (croquis, coupes, cartes, photographies…) pour fonder un parti personnel ou collectif de projet en fonction de ce qui est compris des enjeux locaux (habitat, logement, patrimoine, mobilité, création, réhabilitation…).

Le pôle de la construction d’un récit inspirant le projet est soit explicite soit subliminal. C’est le cas des travaux recherchant l’imaginaire culturel des objets ordinaires nomades (le peigne, le balai) et fondant des projets d’architecture (ENSA Paris Malaquais). Mais il est possible également de mobiliser les étudiants sur le devenir d’un bâti (un mas abandonné) en s’appuyant sur les acteurs locaux concernés. Le récit utopique situé fonde alors « une programmation générative » du territoire (ENSA Montpellier).

Le pôle de l’enquête pour le projet s’appuie sur les méthodes de l’anthropologie sociale et culturelle, et de la sociologie. Cette approche expérimentale conjuguée à celle du projet d’architecture permet de reconnaitre les situations sociales difficiles telles qu’elles sont dites par les habitants, notamment dans les territoires péri-métropolitains des villes moyennes de Nevers et Dieppe, ou le long de l’estuaire de la Loire (ENSA Paris Malaquais et Nantes). L’acte de projet d’architecte est alors décentré du « je » vers les intérêts des habitants enquêtés.

Le pôle de la participation sociale permet dans les ateliers d’aller jusqu’à des décisions et des réalisations effectives. L’étudiant, le stagiaire deviennent partie prenante d’un projet abouti. Par exemple en réalisant avec les agriculteurs un jardin vernaculaire dans les chinampas menacés de Mexico. Ou avec les habitants du quartier de Belle-Beille à Angers, en contribuant aux décisions collectives de renouvellement urbain (Agrocampus ouest).

Le dernier pôle est celui d’une connaissance universitaire des processus éducatifs de projet (thèses de doctorat). Pour l’architecture en rendant compte des modèles successifs de l’enseignement des pratiques constructives (les Grands ateliers de l’Isle d’Abeau), et pour le paysage des vertus didactiques de l’iconographie des atlas de paysage du Grand Est. Ces derniers ont été réalisés davantage pour des professionnels et des experts du projet de paysage que pour des étudiants et des scolaires.

Dans la réalité des pratiques pédagogiques, l’importance explicite donnée au contexte des projets d’architecture et de paysage amène à ne pas privilégier une seule méthode d’enseignement car c’est l’étudiant qui décide de la démarche qui lui convient. C’est pourquoi, dans les territoires choisis par les workshops, arpentages méthodiques, lectures critiques, enquêtes, productions de récits et pratiques participatives s’entremêlent pour aboutir à un parti attendu de projet de paysage ou d’architecture.

Conclusions

Si l’on s’en tient aux expériences pédagogiques d’enseignement du projet présentées, on peut constater que certaines relèvent d’une tradition pédagogique d’école (l’arpentage méthodique du site et du territoire chez les paysagistes), et que d’autres sont expérimentales (la participation habitante, l’enquête anthropologique). Dans les deux cas, il s’agit bien de renouveler les réponses à la question de la prise en compte des contextes dans l’acte intuitif/déductif de projet spatial. Intention qui hésite en général à se prononcer comme projet social et politique.

Ces pédagogies portent, selon les finalités enseignantes/étudiantes, soit sur l’espace physique (les caractères matériels perceptibles), soit sur les représentations sociales de l’espace, parfois, et plus rarement sur les deux à la fois. Dans les trois cas émergent une pédagogie du projet de territoire à toute échelle spatiale et de temps (en principe chez les paysagistes) et plus locale voire ponctuelle dans le cas des architectes. Pourtant l’idée de l’apprentissage de la gouvernance des projets de territoires n’apparait pas, même avec l’idée de patrimoine et de biens communs à transmettre.

On peut s’étonner également que des choix pédagogiques qui privilégient les contextes territoriaux soient décrits sans référence aux problèmes de transitions climatiques, énergétiques et de biodiversité du XXIe siècle. S’agit-il d’un non-dit, qui n’est sans doute pas un déni ?

Le point essentiel à retenir, qui est confirmé par les expositions de la biennale architecture et paysage de l’Ile-de-France à Versailles, est la disparition des éléments de langage de l’urbanisme, notamment du projet urbain. Est-ce que, dans les formations, la pensée de l’urbanisme de projet est absorbée par celles de l’architecte et du paysagiste concepteur ?

Est-ce que l’on peut encore dire avec le manifeste international de l’urbanisme paysagiste (C. Waldheim et J. Corner, 2006) que « la ville doit être construite non par l’architecture mais par le paysage » ?

Ou bien devrait-on le remplacer par : « le territoire habité (la région urbaine notamment) se construit à la fois par l’architecture, le patrimoine et le paysage » ? Ce qu’a théorisé la société des territorialistes italiens (A. Magnaghi, 2014) en s’adossant à la philosophie du biorégionalisme (Berg, 1977).

Avec ce seul échantillon, il est prématuré de conclure …

Ajoutons qu’en réponse aux questions posées au début, on peut constater des expériences pédagogiques différentes dans les territoires où les formations de concepteurs de projets s’implantent. Celles-ci semblent évoluer de pédagogies de la forme centrées sur le faire, vers des configurations privilégiant les rencontres avec ceux et celles que les formes et les actes constructifs concernent. Le sens des notions clés de territoire et de paysage, peu ou pas définies en général, semble cependant converger vers celui de milieu habité, tel que le définit « mésologiquement » le géographe et philosophe A. Berque.

P. Donadieu, 18 juin 2019

VTP3 Posters

Retour

Posters

Présentés par ordre d’arrivée  – Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Consignes pour la réalisation des posters


Atelier de master
Architectures & paysages de l’eau
Juliette Pommier & Annie Tardivon
Ensap, Lille

Télécharger le PDF (6,1 Mo)

 


Les Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau
du désert au milieu éducatif
Florence Lipsky & Philippe Potié
ENSA Marne-la-Vallée / Ensa Versailles

Télécharger le PDF (1,1 Mo)

 


Comment Versailles façonne l’enseignement du projet à l’ENSP ?
Retour sur l’atelier « Créer un lieu dans la ville. Versailles. » (1999-2018)
Sonia Keravel, Marie-Hélène Loze & Sylvie Salles
Ensp Versailles-Marseille – Larep

Télécharger le PDF (9,5 Mo)


Le quartier de Belle-Beille à Angers
plateforme dʼéchanges pédagogiques
Hervé Davodeau & Morgane Bourigault
Agrocampus Ouest / Mairie d’Angers, maison du projet de Belle-Beille

Télécharger le PDF (17,6 Mo)

 


Stratégies de développement
pour le territoire transfrontalier du Grand Genève
Julie Martin & Frédéric Dellinger
Architecte, laboratoire Aecc EnsaG / Paysagiste, VT Ensa Grenoble

Télécharger le PDF (6 Mo)


Architecture, Archéologie, Agriculture : Le paysage comme outil de projet
Une expérience pédagogique sur les pentes de l’Etna
Simona Calvagna & Pierre Donadieu
Dicar Università degli Studi di Catania / Ensp Versailles

Télécharger le PDF (9,9 Mo)


La réinterprétation des chinampas de Xochimilco
Intervenir sur un patrimoine vivant
Valentina Vega
Université Paris-Sorbonne – Paris IV

 

Télécharger le PDF (54 Mo)


L’Autre Ville
Enquête et projets dans les villes dites moyennes
Patrick Henry & Amélie Nicolas
Ensa Paris-Malaquais

 

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


Archi-écritures et Pay[S]ages en pro-jet
Recherche et Ateliers d’Architecture et de Paysage
Rita Occhiuto, Marc Goossens, Paul Hautecler, Bénédicte Henry, Anne-Michèle Janssen, Elisa Baldin, Karel Wuytack & Aurélie Peeters
LabVTP Laboratoire Ville-Territoire-Paysage, Faculté d’Architecture – Uliege (BE) 

Télécharger le PDF (6,3 Mo)


Tétouan, ville linéaire
Une réflexion à l’échelle du territoire, entre description et projet
Victor Brunfaut & Bertrand Terlinden (en collaboration avec Hakim Cherkaoui)
Université Libre de Bruxelles / École nationale d’architecture de Tétouan

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


L’iconographie des atlas de paysages
Un outil pédagogique pour la transmission de la connaissance paysagère ?
Joe Abi Hayla, Jean-Pierre Husson & Yves Petit-Berghem
AgroParisTech, Cnrs-Liban / Université de Lorraine / Ensp Versailles-Marseille

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


Un urbanisme de contact
apprendre à Doulon-Gohards
Sabine Guth & Petra Marguc
Master Villes & Territoires : ENSA Nantes + Faculté de droit et sciences politiques
+ IGARUN Institut de géographie et aménagement

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


La revitalisation des valeurs patrimoniales
un facteur clé dans le développement socio-spatial durable. Cas de la cité nouvelle Tafilelt dans la vallée du M’Zab.
Imen Denche, Samira Debache & Antonio Fede
Université Salah Boubnider, Constantine 3 / Université de Reggio de Calabre

Télécharger le PDF (1,2 Mo)


Estuaire (s)
Expérimentations dans le suburbain, situations, outils et postures
Éric Chauvier & Chérif Hanna
Ensa Versailles / Ensa Nantes

Télécharger le PDF (8,3 Mo)

 


Lecture critique paysagiste in situ
Le Valibout (Plaisir, 78), entre histoire et projet, proximité et mise en perspective .
Bernadette Blanchon & Cécile Mattoug
Ensp Versailles-Marseille / Larep

Télécharger le PDF (7,2 Mo)


Explorer des dynamiques à l’œuvre comme processus de projet
Atelier mixte architecture et paysage – expériences européennes du projet de territoire
Armelle Varcin & Jean-Marie Choquelle
Ensap Lille

Télécharger le PDF (20,4 Mo)


CROISEMENTS
Cultures matérielles et diasporas
Anne Bossé & Ariane Wilson
Ensa Paris-Malaquais

Télécharger le PDF (30,7 Mo)

 


Magny-en-Vexin, une petite ville sous influence métropolitaine
à la recherche de son territoire perdu
Roland Vidal & Luc Vilan
ENSP / ENSAV, Versailles

Télécharger le PDF (2,9 Mo)

 

Inscription VTP3

Retour

 

Inscription

L’inscription au séminaire “Ville, territoire, paysage” est gratuite pour tous les intervenants et auteurs de poster.

Pour les autres, les tarifs sont les suivants :

• Participation aux deux journées de séminaire, sans les repas  : 30 €

• Participation aux deux journées de séminaire, avec les 2 repas de midi : 50 €

• Étudiant*, sans les repas : 20 €

• Étudiant*, avec les 2 repas de midi : 30 €*

*Les personnes sans emploi peuvent demander à bénéficier du tarif étudiant. Pour les uns et les autres, joindre un justificatif.

Les modalités de règlement sont précisées dans le formulaire.

Télécharger le formulaire d’inscription

 

VTP3 CS et CO

Retour

3e séminaire du Réseau « Ville, Territoire, Paysage »

École nationale supérieure d’architecture de Versailles

École nationale supérieure de paysage de Versailles

13-14 juin 2019

Comité scientifique

Jean Attali, professeur émérite ENSA Paris-Malaquais, chercheur associé de l’UMR AUSser / MCC / CNRS

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Éric Chauvier, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Elena Cogato-Lanza, maître d’enseignement et de recherche, EPFL ENAC LAB-U (CH.)

Jean-François Coulais, professeur ENSA Paris-Malaquais, chercheur à l’IPRAUS

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Hervé Davodeau, Maître de conférence, ENITHP, Angers

Denis Delbaere, professeur ENSAP Lille, resp. de l’axe Territoire du LACTH

Xavier Guillot, professeur ENSAP Bordeaux, chercheur, UMR Passages

Emeric Lambert, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur Chôros (EPFL, CH.)

Claire Parin, professeur émérite ENSAP Bordeaux, chercheur UMR Passages

Alexis Pernet, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

Yves Petit-Berghem, professeur à l’ENSP, chercheur au LAREP

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV


Comité d’organisation

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Sophie Bonin, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

Appel à communication VTP3

Retour

Appel à communications

3e séminaire du Réseau « Ville, Territoire, Paysage »

École nationale supérieure d’architecture de Versailles

École nationale supérieure de paysage de Versailles

13-14 juin 2019

Les écoles dans leurs territoires.

Expériences pédagogiques et enjeux de recherche du domaine Ville, Territoire et Paysage.

Télécharger au format PDF


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


A. Contexte institutionnel

3e édition des séminaires VT/P, en lien avec la Première Biennale d’architecture et de paysage de la région Ile-de-France, (3 mai – 13 juillet 2019).

Depuis quatre ans, le réseau « Ville, Territoire, Paysage » organise des séminaires interdisciplinaires qui ont pour objectif d’interroger les savoirs et les pratiques portés par les enseignements du champ VTP.

La dynamique de travail collégial activée par ces séminaires est motivée à la fois par un besoin de partage des réflexions et des pratiques et par la volonté de constituer une force de proposition dans le processus de renouvellement de ce champ disciplinaire.

Le 3e séminaire VTP fait suite à celui des Grands Ateliers de l’Isle-d’Abeau, de mars 2015, et à celui organisé à l’ENSAP de Lille en novembre 2016. Le premier, « Ville, Territoire, Paysage : vers un réseau de pratiques et de savoirs », a représenté le lancement du réseau VTP et a permis d’esquisser un premier bilan sur les expériences d’enseignement du projet aux échelles urbaine, territoriale et paysagère.

Avec le 2e séminaire, « Recherche & Projet : productions spécifiques et apports croisés dans les domaines Ville, Territoire et Paysage », le réseau a ouvert une table de discussion sur la question du rapport entre recherche et projet, en explorant notamment la manière dont le projet peut générer de nouvelles démarches de recherche.

Ces deux années passées depuis le dernier séminaire ont permis au réseau VTP de restituer et valoriser les résultats des rencontres précédentes, d’élargir son comité scientifique à de nouveaux membres.

L’organisation de la première Biennale d’architecture et de paysage de la région Ile-de-France à Versailles, de mai à juillet 2019, avec une participation importante des deux écoles organisatrices a motivé le réseau VTP à choisir Versailles comme hôte de son 3e séminaire. Les sites des deux écoles, ouverts à tous publics et en liens avec les deux laboratoires de recherche (LéaV à l’ENSA-V et Larep à l’ENSP) accueilleront ce 3e séminaire.

Celui-ci se propose de bénéficier de la dynamique de la Biennale. Tout en conservant l’optique de permettre un retour et des échanges sur la pédagogie sur les Villes, Territoires et Paysages, il s’articule donc entre séances de terrain et échanges en séances plénières.

Ce séminaire sera aussi l’occasion de réfléchir à la stabilisation du réseau pédagogique et scientifique VTP auprès du Bureau des enseignements et du Bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère – Ministère de la culture-Direction générale des patrimoines-Service de l’architecture-Sous-direction de l’enseignement supérieur et de la recherche en architecture.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


 


B. Thème du séminaire

La Biennale 2019 présente une réflexion transversale sur le rapport entre la ville et la nature à partir de deux propositions : « Le goût du paysage », côté ENSP (commissaire A. Chemetoff), enquête sur le potentiel nourricier du paysage ; « Augures. Immersion et perspectives dans la métropole climatique qui vient », côté ENSA-V (commissaire D. Klouche), retrace les signes de nouvelles manières de lire et écrire la métropole à travers trois entrées principales : le climat, l’accélération et la décélération, et le commun. Ouvrant pour un moment l’horizon des deux écoles très au-delà de leurs limites physiques, ces propositions offriront de nombreuses contributions et installations de professionnels et d’artistes.

Dans ce contexte, le séminaire VTP3 souhaite explorer le rapport que les écoles d’architecture et de paysage développent et entretiennent avec leur territoire. Ce questionnement de la relation au territoire des écoles pourrait se synthétiser et s’articuler en deux volets :

1) l’influence de la singularité des territoires sur les contenus et les modalités des enseignements

2) Le rôle / l’apport des écoles aux dynamiques de projet de ces territoires.

Nous souhaitons permettre de réelles découvertes des territoires et des modalités pédagogiques de leur exploration à travers des visites que nous organiserons dans la plaine de Versailles. Seront mis en avant des démarches développant un échange actif entre expérience pédagogique et acteurs du territoire ainsi que des expériences de projet développant un axe spécifique de recherche sur le territoire.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


 

C. Axes pour les propositions

Nombreuses sont les acceptions du mot « territoire », et variées sont les lignes que les usages du mot dessinent entre les aspects physiques, administratifs et humains. Avec la notion de « territoire » viennent celles de « frontière », de « limite », de « propriété », de « revendication », d’« enracinement », de « topographie » et de « climat » mais aussi celles d’une communauté de destins, d’outils, de ressources. Concrètement, l’analyse des territoires renvoie aussi aux questions de centralité et de périphéries, de réseaux et de mobilités. Autant de paramètres et phénomènes que l’enseignement du projet en architecture ou en paysage doit aborder pour permettre d’intervenir dans les territoires urbains, péri-urbains ou ruraux.

Nous proposons trois entrées principales pour cette exploration du rapport des écoles de projet à leur territoire :

Territoire et patrimoine(s) (rapport à l’histoire, à la société, à l’identité, à la conscience du lieu; le territoire comme bien commun; tourisme et valorisation territoriale (marketing ?), etc.).

Territoire comme écosystème (rapport au vivant, climat, qualité des sols, gestion des ressources – notamment agricoles -, biodiversité, métabolisme territorial, écologie territoriale, ingénierie du vivant, trames vertes et bleues, etc.)

– Territoire et gouvernance (les thèmes : la gestion des mobilités, les frontières et les modalités de prise de décision dans les territoires, / les acteurs institutionnels de la gouvernance locale, les acteurs non institutionnels et les tactiques habitantes).

Une des questions qui traversera cette exploration concernera le rôle que la pédagogie se donne sur ces territoires. Sera examiné comment les enseignants-chercheurs se positionnent comme des acteurs légitimes, en tant que formateurs de futurs spécialistes du projet spatial, mais aussi en tant que contributeurs ou facilitateurs à l’animation de ces territoires.

Dynamisés par l’organisation bicéphale de ce séminaire, les échanges nourriront également une mise en perspective des manières dont la notion de « territoire » est mobilisée respectivement dans le projet architectural et le projet de paysage.

Des contributions pourront enfin s’attacher à développer plus particulièrement des courants de recherche et des notions théoriques qui sous-tendent les pédagogies ou les alimentent. La diffusion des théories et des actions développées par l’école territorialiste (A. Magnaghi et Société des territorialistes), par exemple. Ou encore, les études sur les notions de métabolisme urbain et territorial (S. Barles, 2002), ou d’anthropocène (P. Crutzen, 2000 ; J.-B. Fressoz- C. Bonneuil, 2013, B. Latour, 2015), ou de mésologie (A. Berque, 2000, 2014), ou de palimpseste (A. Corboz, 1983 ; S. Marot, 2010). Mais aussi le rapport au sol et au vivant comme moteur de projet (B. Secchi, 1986 ; P. Viganò- P. Mantziaras, 2016 ; M. Chalmandrier et al., 2017 ; P. Donadieu et E. Remy, 2016 ; Y. Petit-Berghem, 2016) et la question du climat dans sa relation au projet de territoire (G. Escourrou, 1991 ; B. Latour, 2015), les dynamiques engagées sur le territoire par les nouvelles pratiques touristiques (M. Gravari-Barbas, E. Fagnoni, 2013), les questions de l’analyse sociale et de la projétation dans les territoires suburbains.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


D. Attendus scientifiques, critères de sélection

L’appel à contribution est ouvert à tout enseignant ou chercheur, individuellement ou en équipe, dans les ENSA(P) françaises ou autres institutions d’enseignement supérieur de l’architecture, urbanisme et paysage des pays voisins, tous champs confondus (TPCAU, SHS, etc.). Il est également ouvert à d’autres disciplines universitaires (géographie, écologie, sciences de l’éducation, psychologie cognitive, etc.). La langue de communication principale sera le français, des communications pouvant également être proposées en anglais.

Attendus scientifiques

– l’explicitation détaillée de chaque projet pédagogique ; la comparaison des dispositifs, des hypothèses, des corpus, des formes de résultats, des apports à la pédagogie, aux territoires eux-mêmes et aux savoirs.

– la réflexion critique sur les catégories, les visées, les méthodes déjà élaborées dans d’autres champs proches

– le questionnement du rapport au “projet”, et à son enseignement

– la contribution à la réflexion sur les aspects théoriques, méthodologiques et épistémologiques

Envoi et sélection des propositions de communications

Les propositions de communication seront présentées sous la forme d’un résumé long de 2 pages (environ 3000 signes). Ce texte sera accompagné de références bibliographiques (5 maximum) et d’une biographie synthétique de l’auteur (ou des auteurs) de 400 signes. Il sera précisé dans quel axe de réflexion se situe la proposition.

Les propositions seront transmises pour le 22 avril 2019 à l’adresse suivante :

Vtp3versailles@gmail.com

Le comité scientifique informera les auteurs des propositions retenues pour le 1er mai 2019.

Valorisation

Les auteurs dont les propositions ont été retenues enverront pour le 1er juin 2019, un poster (format A0 vertical) selon des consignes qui seront adressées le 1er mai. Il affichera le cas présenté en expliquant la problématique, la méthode de travail adoptée, une synthèse des résultats. Les posters resteront affichés à l’École d’architecture et à l’École de paysage jusqu’à la fin de la Biennale.

Ils seront disponibles au-delà sur les sites des laboratoires de recherche de l’ENSP et de l’ENSA-V, en attendant la publication d’actes sous forme électronique, espérée en 2020.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


 

E. Informations pratiques

Organisation

Lieu : ENSA-V et ENSP, Versailles et sites de visites dans les environs de Versailles.

Date : 13 et 14 juin 2019

Dates – clés

– Envoi de l’appel à contributions le 20 février 2019

– Date limite de réception des propositions : le 22 avril 2019

– Date de notification de l’acceptation : le 1er mai 2019

Comité scientifique

Jean Attali, professeur émérite ENSA Paris-Malaquais, chercheur associé de l’UMR AUSser / MCC / CNRS

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Éric Chauvier, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Elena Cogato-Lanza, maître d’enseignement et de recherche, EPFL ENAC LAB-U (CH.)

Jean-François Coulais, professeur ENSA Paris-Malaquais, chercheur à l’IPRAUS

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Hervé Davodeau, Maître de conférence, ENITHP, Angers

Denis Delbaere, professeur ENSAP Lille, resp. de l’axe Territoire du LACTH

Xavier Guillot, professeur ENSAP Bordeaux, chercheur, UMR Passages

Emeric Lambert, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur Chôros (EPFL, CH.)

Claire Parin, professeur émérite ENSAP Bordeaux, chercheur UMR Passages

Alexis Pernet, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

Yves Petit-Berghem, professeur à l’ENSP, chercheur au LAREP

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Comité d’organisation

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Sophie Bonin, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

– Contact pour les aspects pratiques : Vtp3versailles@gmail.com

Pour les contributeurs retenus, le logement à Versailles sera pris en charge pour la nuit du jeudi au vendredi, de même que les repas des 2 journées du séminaire.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


Séminaire “Ville, territoire, paysage”

13 et 14 juin 2019

Synthèse du séminairePosters

Pour plus de détails sur le séminaire, consulter l’appel à communication

Conseil scientifique et Comité d’organisation

PDF du programme : format A4format A3


Programme du jeudi 13

09 h 00 Accueil à l’ENSP, Amphithéâtre, Bâtiment de la Figuerie.

09 h 30 Ouverture du séminaire, Vincent Piveteau, directeur de l’ENSP
Allocution de Mireille Guignard, Direction régionale de l’action culturelle


Session 1 : Territoire et patrimoine, 1ère partie

Président de séance : Yves Petit-Berghem (ENSP Versailles)

09 h 45 Sonia Keravel, Marie-Hélène Loze et Sylvie Salles (ENSP Versailles-Marseille) : Comment Versailles façonne l’enseignement du projet à l’ENSP ? Retour sur l’atelier «Créer un lieu dans la ville, Versailles.» (1999-2018).  RésuméPoster

10 h 10 Pascale de Tourdonnet, Yannick Hoffert et Khedidja Mamou (ENSA Montpellier) : Agir avec les territoires : «l’utopie située». Résumé

10 h 35 Juliette Pommier et Annie Tardivon (ENSAP Lille) : Atelier de master «Architectures & paysages de l’eau». RésuméPoster

10 h 55 Échanges avec la salle, pause café et visite des posters


Session 2 : Territoire et patrimoine, 2e partie

Président de séance : Claire Parin (ENSAP Bordeaux)

11 h 40 Imen Denche, Samira Debache (Université de Constantine) et Antonio Fede (Université de Reggio de Calabre) : Le rôle de la réinterprétation du patrimoine culturel et bâti dans le développement urbain et local durable – Cas de la cité nouvelle Tafilelt dans la vallée du M’Zab. RésuméPoster

12 h 05 Anne Bossé et Ariane Wilson (ENSA Paris Malaquais) : Les diasporas en projet : spatialités et matérialités. RésuméPoster

12 h 30 Patrick Henry et Amélie Nicolas (ENSA Paris-Malaquais) : L’Autre Ville (architectures au service de l’a-métropole) ; enquête et projets dans les villes dites moyennes. RésuméPoster

12 h 50 Échanges avec la salle, pause café et visite des posters

13 h 00 Déjeuner à l’ENSP puis départ en bus pour une visite commentée de la Plaine de Versailles, avec Sophie Bonin (ENSPV), Éric Chauvier (ENSAV) et Manuel Pluvinage (Directeur général des services, communauté d’agglomération Versailles Grand Parc)

17 h 30 Retour au Potager du Roi. Visite de la BAP! et de l’École ouverte, à l’ENSP

20 h 00 Repas pour les intervenants, Versailles


Programme du vendredi 14

08 h 45 Accueil à l’ENSA de Versailles, amphithéâtre

09 h 15 Ouverture de la journée par Jean-Christophe Quinton, directeur de l’ENSAV
Allocution de Corinne Tiry-Ono, Bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère au Ministère de la culture et de Isabelle Phalippon-Robert, Bureau des enseignements.


Session 3 : Territoire, écosystème, gouvernance, 1ère partie

Président de séance : Jean Attali (ENSA Paris-Malaquais)

09 h 30 Bernadette Blanchon et Cécile Mattoug (ENSP, Versailles) : L’ENSP au Valibout à Plaisir : Lecture critique paysagiste in situ, entre histoire et projet, proximité et mise en perspective. RésuméPoster 

09 h 55 Eric Chauvier (ENSA Versailles) et Chérif Hanna (ENSA Nantes) : Estuaire(s) Expérimentations dans le suburbain. situations, outils et postures. Résumé – Poster

10 h 20 Valentina Vega (Université Paris 4) : La réinterprétation des chinampas de Xochimilco (Mexico) : intervenir sur un patrimoine vivant. Résumé – Poster

10 h 45 Florence Lipsky (EAV&T de Marne La Vallée) et Philippe Potié (ENSA Versailles) : Les Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau : du désert au milieu éducatif. RésuméPoster

11 h 05 Échanges avec la salle et pause café


Session 4 : Territoire, écosystème, gouvernance, 2e partie

Présidente de séance : Xavier Guillot (ENSAP Bordeaux)

11 h 45 Laurent Hodebert et Alexandre Field (ENSA Marseille) : L’expérience pédagogique et de recherche action de l’atlas métropolitain (2010-2015) et ses évolutions. Résumé

12 h 10 Hervé Davodeau (Agrocampus Ouest, Angers) et Morgane Bourigault (maison du Projet du renouvellement urbain de Belle Beille) : Le quartier de Belle-Beille à Angers, plateforme d’échanges pédagogiques. Résumé – Poster

12 h 35 Joe Abi Hayla et Yves Petit-Berghem (ENSP Versailles-Marseille) : L’iconographie des Atlas de paysage un outil pédagogique pour la transmission de la connaissance paysagère ? Le cas des atlas paysagers du Grand Est (France). RésuméPoster

12 h 55 Échanges avec la salle

13 h 30 Déjeuner pris en commun. Cours de la Forge, ENSAV

14 h 30 Synthèse du séminaire par Pierre Donadieu, Professeur honoraire de sciences du paysage à l’ENSP Versailles-Marseille

15 h 15 Échanges et clôture

15 h 45 Visite de la BAP! à l’ENSAV, exposition «Augures», avec son commissaire Djamel Klouche, maître de conférences ENSAV.


Auteurs de posters (non communicants)

Simona Calvagna et Pierre Donadieu (Dicar Università degli Studi di Catania / Ensp Versailles) : Architecture, Archéologie, Agriculture : Le paysage comme outil de projet
Une expérience pédagogique sur les pentes de l’Etna. RésuméPoster

Rita Occhiuto, Marc Goossens, Paul Hautecler, Bénédicte Henry, Anne-Michèle Janssen, Elisa Baldin, Karel Wuytack et Aurélie Peeters (LabVTP Laboratoire Ville-Territoire-Paysage, Faculté d’Architecture – U.liege) : Archi-écritures et Pay[S]ages en pro-jet. Recherche et Ateliers d’Architecture et de Paysage. RésuméPoster

Julie Martin et Frédéric Dellinger (Ensa Grenoble) : Stratégies de développement pour le territoire transfrontalier du Grand Genève. RésuméPoster

Victor Brunfaut et Bertrand Terlinden, en collaboration avec Hakim Cherkaoui (Université Libre de Bruxelles / École nationale d’architecture de Tétouan) : Tétouan, ville linéaire. Une réflexion à l’échelle du territoire, entre description et projet. RésuméPoster

Sabine Guth et Petra Marguc (Ensa / Faculté de droit et sciences politiques / Igarun, Institut de géographie et aménagement) : Urbanisme de contact. Apprendre à Doulon-Gohards. RésuméPoster

Armelle Varcin et Jean-Marie Choquelle (Ensap Lille) : Explorer des dynamiques à l’œuvre comme processus de projet. Atelier mixte architecture et paysage – expériences européennes du projet de territoire. RésuméPoster

Roland Vidal et Luc Vilan (ENSP / ENSAV, Versailles) : Magny-en-Vexin, une petite ville sous influence métropolitaine… à la recherche de son territoire perdu. RésuméPoster

 

 

9 – Comment ont évolué les métiers de la conception des paysages ?

Fiche 8IntroductionFiche 10

Fiche n° 9

Comment ont évolué les métiers de la conception des paysages ?

Pierre Donadieu, Académie d’Agriculture de France

Du jardinier au peintre, à l’architecte de jardins, à l’ingénieur paysagiste et au paysagiste concepteur, les métiers du paysage n’ont cessé de se métamorphoser au cours de l’histoire. Ils se sont professionnalisés au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Depuis la Grèce antique, l’Empire romain et les dynasties chinoises, le paysagiste a d’abord été un jardinier (gardener), chargé de la création et de l’entretien des jardins des plus fortunés. Puis les meilleurs d’entre eux ont su les dessiner. Le plus souvent, surtout depuis la Renaissance européenne, ce sont les architectes qui dessinaient les jardins des demeures bourgeoises et aristocratiques, savoir-faire qui ont accompagné plus tard la construction des villes au cours des conquêtes coloniales en Amérique, en Asie et en Afrique.

Le temps des jardins et des peintres

Le métier de paysagiste s’est différencié entre les ouvriers paysagistes et les maîtres jardiniers qui concevaient et dessinaient les parcs et les jardins d’Europe au XVIe et au XVIIe siècle. C’est le cas d’André le Nôtre en France.

Joseph William Turner (1775-1851), peintre paysagiste anglais.

Parallèlement, le mot paysagiste a désigné le peintre paysagiste (landscape painter) qui représentait des scènes de nature, le plus souvent littorale et campagnarde. Cette référence a été ensuite essentielle au XVIIIe siècle qui a vu se développer en Grande-Bretagne, puis dans toute l’Europe et ses colonies, des jardins et des parcs paysagers jusqu’au milieu du XXe siècle. Le paysagiste jardinier (landscape gardener, garden architect), créateur et dessinateur de jardins, devait également être peintre et poète à cette époque. C’est le cas de William Kent et Humphrey Repton en Angleterre.

Au XIXe siècle, l’urbanisation et l’industrialisation des sociétés européennes se sont accompagnées de la mise en œuvre de doctrines hygiénistes et esthétiques pour requalifier les villes anciennes et créer les villes des nouveaux continents. Le paysagiste concepteur, architecte et/ou horticulteur, adopte alors le titre professionnel d’architecte paysagiste (landscape architect) en Europe et en Amérique du nord. Frederick Law Olmsted aux Etats-Unis, Jean-Pierre Barillet-Deschamps et Edouard André en France sont les figures professionnelles les plus connues de l’émergence de ce métier au milieu du siècle. Il faut leur ajouter celle des ingénieurs, notamment des Ponts-et-Chaussées, comme Adolph Alphand qui fut le maître d’œuvre de la création des parcs et jardins parisiens.

Bois de Boulogne, Paris, J.-P. Barillet-Deschamps, architecte-paysagiste et A. Alphand, ingénieur des Ponts-et-Chaussées (1860-70)

La professionnalisation des métiers

C’est au XXe siècle, en 1948, que la création de l’IFLA (fédération internationale des architectes paysagistes) consacre le métier d’architecte paysagiste et le professionnalise avec des organisations propres à chaque pays (une soixantaine aujourd’hui).

Plusieurs courants de pratiques de l’architecture de paysage vont alors s’individualiser dans la plupart des pays concernés, de plus en plus urbanisés.

Le paysagiste concepteur (landscape designer, landscape architect), chargé de la conception et de la réalisation des aménagements constitue le cœur de la profession. C’est un professionnel du projet de paysage et de jardin, formé dans les universités, à proximité des formations d’architecte, de designer, de planificateur, d’ingénieur et d’urbaniste. Ses marchés sont publics et privés. En France depuis la loi de 2016 : Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, le titre de « paysagiste concepteur » est accessible aux titulaires du diplôme d’État de paysagiste (ex paysagiste DPLG depuis 2015) délivrés par cinq écoles de paysagistes situées à Versailles, Bordeaux, Lille, Blois et Angers).

Parc d’Éole, Paris, Agence M. et C. Corajoud, 2007

Issu du profil précédent, parfois plus scientifique, le paysagiste planificateur (landscape planner) dispose de compétences pour concevoir avec les urbanistes les infrastructures vertes et aquatiques, les systèmes de parcs publics et de circulations dans les villes et les régions urbaines. En Europe, cette compétence initiée par F.L. Olmsted, A. Alphand, puis I. McHarg aux Etats-Unis va se développer des deux côtés de l’Atlantique, notamment sous la forme au début du XXIe siècle de l’urbanisme paysagiste (landscape urbanism). Le marché est public et concerne aujourd’hui les espaces urbains, périurbains et ruraux et les compétences des paysagistes concepteurs.

Ecoquartier de Montévrain (Marne-la-Vallée), Agence Follea-Gauthier, paysagiste concepteur, Philippe Madec, architecte-urbaniste, Trente hectares de terres agricoles ont été protégés.

Un troisième courant, complémentaire et distinct des architectes paysagistes, concerne les paysagistes de formations scientifique et technique : les ingénieurs paysagistes et les entrepreneurs paysagistes (landscape contractors). Leurs emplois sont situés soit dans les services publics des villes et des territoires comme gestionnaires (landscape managers) des espaces verts ou ruraux, soit dans les entreprises privées qui réalisent et entretiennent les espaces verts et les jardins. Ils relèvent presque partout d’organisations professionnelles distinctes de l’IFLA et de formations agronomique, horticole ou environnementaliste. En France l’Union nationale des entrepreneurs paysagistes (UNEP) réunit ces professionnels et les organisent. Les marchés sont publics et privés.

Vers de nouveaux métiers

Un dernier courant de paysagiste médiateur des aménagements d’espaces, travaillant avec les habitants, émerge en Europe avec la mise en œuvre de la Convention européenne du paysage de Florence (2000) à finalités culturelle et démocratique. Les marchés, encore rares, sont publics.

En pratique, et selon l’histoire paysagiste des pays, ces quatre profils, issus de formations universitaires ou de Grandes Écoles, sont plus ou moins réunis chez les mêmes praticiens, ou bien se distinguent nettement dans des organisations professionnelles distinctes avec des diplômes différents. Des spécialités de métiers apparaissent selon les marchés publics ou privés : paysages culturels, planification écologique, jardins et patrimoines historiques, création artistique, médiation culturelle, conseils de l’Etat et des pouvoirs publics, entreprises de paysage et de jardin, enseignement et recherche….

Ce qu’il faut retenir

Deux profils majeurs de cadres paysagistes se distinguent : l’un à dominante scientifique et technique : les ingénieurs, planificateurs et entrepreneurs, l’autre, marqué par une culture de concepteurs de projets de paysage et de jardin, les apparente aux architectes et aux designers. L’effectif de ces derniers en France est d’environ 3000 en 2018. L’ensemble de la filière du paysage, publique et privée, représente environ 200 000 emplois, et fait partie des métiers de l’agriculture.

Pour en savoir plus

P. Donadieu, Les paysagistes dans le monde en 2014. http://topia.fr/archives/chroniques/

P. Donadieu, Les paysagistes ou les métamorphoses du jardinier, Arles, Actes Sud, 2009.

B. Follea, Une révolution pour la Transition, PAP n° 18, 2018.

8 – Quels rôles de la politique publique des Trames Vertes et Bleues dans les régions urbaines françaises ?

Fiche 7IntroductionFiche 9

Fiche n° 8

Quels rôles de la politique publique des Trames Vertes et Bleues dans les régions urbaines françaises ?

Philippe Clergeau, Académie d’Agriculture de France

Mise en place par les lois Grenelle de 2008 et 2010, la politique publique sectorielle de la Trame verte et bleue concerne autant l’espace urbain que l’espace rural. Quels sont ses objectifs et ses finalités ? Comment est-elle mise en œuvre dans les régions urbaines qui incluent des espaces agricoles et forestiers ?

Une nouvelle lecture écologique des paysages

L’écologie du paysage est une discipline scientifique qui est née au XXe siècle, avec notamment les premiers travaux du géographe allemand Carl Troll en 1939 qui s’est intéressé aux cartographies des potentialités naturelles aux grandes échelles. Les chercheurs R.T.T. Forman et M. Godron ont formalisé en 1986 cette interface écologie-géographie et identifié les grands concepts fondateurs, les éléments constitutifs d’un paysage écologique fonctionnel et les méthodes possibles d’analyse.

Cette Landscape Ecology souligne notamment un niveau de fonctionnement qui était peu pris en compte dans les études écologiques car elle considère les organisations des habitats et les mouvements des espèces dans des mosaïques plus ou moins hétérogènes. Ce niveau spatial de fonctionnement est compris entre le niveau des écosystèmes et celui de la région biogéographique. On pourrait aussi le dénommer complexe d’écosystèmes.

Cette échelle d’étude correspond à celle de l’aménagement du territoire et l’écologie du paysage a eu rapidement un grand succès car elle donnait une lecture complémentaire à une notion de paysage surtout abordé par les pratiques sociales, l’histoire et l’esthétique. Notamment le concept de continuité des liaisons nécessaires au déplacement des espèces dans un espace fragmenté a réinterrogé l’organisation et la gestion des taches d’habitat à conserver ou des corridors à recréer.

Dès les années 1970, des pays comme les Pays-Bas ont commencé à travailler sur ces organisations de paysage et en 1995 les membres du Conseil de l’Europe signent une stratégie pour la diversité biologique et paysagère ayant pour but de formaliser un réseau écologique paneuropéen. Très rapidement des pays comme la Pologne propose des cartes nationales de réservoirs de biodiversité (surtout les grands parcs nationaux) et des grands corridors à protéger (surtout des ripisylves).

Il a fallu attendre les réunions gouvernementales du Grenelle de l’Environnement en 2007 pour que la France s’engage officiellement dans ce programme en proposant une stratégie de « Trame Verte et Bleue » (TVB). Aujourd’hui les TVB sont inscrites dans la nouvelle stratégie 2020 de l’Union Européenne sur la Biodiversité. Mais avant que ne soit définie la politique de TVB, quelques régions (l’Ile-de-France par exemple) et certains Schémas de Cohérence Territoriale (par exemple le schéma de cohérence territoriale {SCOT} de Rennes Métropole) avaient déjà travaillé sur les continuités et inscrit des orientations écologiques dans les documents d’urbanisme.

Le ministère français a défini trois niveaux administratifs de mise en place : 1) un niveau national qui donne les grandes orientations (plusieurs guides sont disponibles en ligne), 2) un niveau régional où les instances se réunissent pour proposer des cartographies des habitats et des liaisons écologiques ; ce sont les Schémas Régionaux de Cohérence Ecologique (SRCE), et 3) un niveau local des mises en œuvre et des intégrations dans les documents d’urbanisme (Plan Local d’Urbanisme…). Il semble bien que les SCOT qui vont progressivement concerner toute la France soient l’échelle opérationnelle la plus pertinente pour que ces TVB deviennent de véritables outils d’aménagement.

Un maillage écologique à toutes les échelles géographiques

La trame verte et bleue a pour objectifs affichés par la loi française de réduire la fragmentation des milieux, d’identifier et de préserver les espaces de biodiversité et de les relier par des corridors écologiques, de mettre en œuvre des objectifs de qualités pour les zones humides et les eaux courantes, et d’améliorer la qualité des paysages (selon notamment les indications du code de l’environnement et du code de l’urbanisme).

Scientifiquement, elle est définie par une complémentarité entre des noyaux d’habitat (réservoirs de biodiversité) et des corridors écologiques. Cette complémentarité est identifiée pour différentes sous-trames en fonction des exigences des espèces (trame forestière, trame de zones humides, trame de landes…) et à travers leur croisement. C’est bien une préoccupation de conservation de la nature qui est le premier objectif des TVB mais aussi une ambition de son développement dans des contextes de territoire en mutation et sous pression humaine forte.

Figure 1 : Schéma de Trame verte avec ses noyaux d’habitat et ses corridors. La matrice est l’espace peu ou pas utilisable par les espèces.

Dans l’objectif d’une mise en place globale et dans la suite des demandes du Grenelle de l’Environnement, les TVB sont aussi attendues en milieu urbain1. Les enjeux sont alors différents : même si la biodiversité reste au cœur de la question, il s’agit avant tout d’envisager la manière dont citadins et nature peuvent cohabiter. Aujourd’hui, face à une forte demande habitante de nature, la tendance est au développement de liens variés avec une nature support de nombreux services, dont la plupart agissent directement sur la santé.

Mais l’approche reste essentiellement de l’ordre du discours et encore assez peu de municipalités ont franchi un pas qui permette de dire qu’il s’agit réellement de trame verte et bleue pour une biodiversité fonctionnelle. Car, dans la plupart des cas, il s’agit d’un verdissement assez identique à ce qu’il se faisait avant. L’exemple des éco-quartiers labellisés en France en est une illustration : la plupart présente des projets écologiques restreints aux techniques énergétiques ou aux traitements des flux (eaux, déchets), encore trop peu s’inscrivent dans une démarche de développement d’espaces à caractère naturel de qualité, c’est à dire riches en ressources pour les plantes et les animaux (voir encadré).

Concernant l’aménagement du territoire urbain, le paysagiste J. Ahern en 2007 a souligné l’importance de prendre en compte au moins deux échelles de fonctionnement : une échelle locale, celle du jardin, de la parcelle, et une échelle globale qui correspond à celle du quartier ou de la ville. Même si la nature en ville ne sera jamais celle de la campagne ou des zones plus « naturelles », plus on se rapproche d’un fonctionnement écologique, plus le milieu sera résistant aux agressions et aux contraintes de l’environnement. Et pour qu’un maximum d’espèces participent à cette nouvelle biodiversité, il faut qu’elles accèdent aux habitats que l’on restaure.

La démarche de trame verte et bleue implique aussi une intégration de la ville dans son contexte éco-paysager. Les continuités dans la ville doivent être connectées avec les sources d’espèces qui sont bien sûr dans l’espace périurbain ou même encore plus distantes des centres. Cependant une trame verte et bleue en zone urbaine peut, encore moins qu’en zone rurale, se suffire d’une analyse naturaliste. Il s’agit bien ici de prendre en compte les différents acteurs, leurs pratiques et leurs représentations qui sont des éléments fondamentaux de la mise en place de la trame et de leur durabilité. Inscription dans un patrimoine et une histoire locale, modes d’occupation des sols et pratiques développées, et projets architecturaux, urbains et paysagers sont autant de connaissances indispensables à la perception, l’appropriation et donc la construction efficace d’un projet urbain où la TVB a toute sa place.

Ce constat aboutit à une méthodologie de lecture pluridisciplinaire du territoire. P. Clergeau et N. Blanc ont ainsi proposé en 2013 de croiser différents diagnostics disciplinaires pour identifier les maillages écologiques potentiels les plus acceptables dans le contexte du territoire étudié. P. Clergeau avec d’autres auteurs en 2016 ont testé ce croisement des disciplines et le fonctionnement d’ateliers de concertation pour identifier les jeux de hiérarchisation des actions et aussi pour faire dialoguer tous les services d’aménagement d’un territoire très urbanisé. Ces travaux ont abouti à une cartographie discutée du territoire (Figure 2) que se sont appropriés presque tous les services de la collectivité, puisque tous ont participé aux ateliers.

Figure 2 : Exemple de réalisation d’un plan de trame verte sur la communauté de communes de Plaine Commune (Nord Paris). Plusieurs diagnostics (écologique, paysager, sociologique, des projets urbains, des plans de mobilités, etc.) sont croisés pour construire en discussion une carte de TVB avec propositions de phasage (hiérarchie des actions) et identification des contraintes.

Des premiers travaux, il ressort aussi que des corridors écologiques plus ou moins discontinus peuvent permettre des déplacements d’espèces en même temps que de participer au verdissement de la ville. Il a été démontré que des petits habitats répartis en « pas japonais » ou stepping stones peuvent être fonctionnels. Ce résultat devient important en milieu urbain où les coupures de voirie et de bâtiment sont très nombreuses2. Pour ces petits espaces à caractère naturel, on parle alors souvent d’espaces relais qui sont signifiants à différentes échelles s’ils présentent une bonne qualité écologique.

Par exemple, le sol des pieds d’arbres d’alignement dans un boulevard peut permettre la circulation de graines de diverses plantes d’une rue à l’autre. Autre exemple, des toitures ou des murs végétalisés peuvent accueillir une faune et une flore régionale et participer à certaines continuités3. Ou encore la multiplication de jardins partagés ou privés peut offrir des refuges (haies, sols) à certains arthropodes4. Pour l’instant, il s’agit la plupart du temps de potentialités car ces petits habitats urbains sont généralement trop dégradés ou trop simplifiés. Une réflexion sur l’agriculture urbaine doit aussi être menée pour y inclure un réel rôle dans la biodiversité urbaine. De nombreuses recherches se développent actuellement sur l’ingénierie écologique appliquée à la ville et aux paysages très urbanisés.


Encadré : Verdir la ville ou favoriser la biodiversité ?

Pour l’écologue, la définition de la biodiversité est précise : il s’agit d’une diversité en gènes, espèces ou écosystèmes et de leurs interrelations. La biodiversité n’est pas qu’une collection d’espèces mais bien un système avec ses processus (relations dans une chaine alimentaire par exemple.). En ville, les espèces sont majoritairement des espèces végétales ou animales domestiques, cultivées ou horticoles. Leur présence est liée aux comportements humains d’appréciation et non de fonctionnalité. La réflexion de l’écologue est de dire que si, a priori, une fleur sur un balcon n’est pas représentative de la biodiversité, mais un être vivant isolé et déplacé là, il peut cependant rentrer dans un fonctionnement de biodiversité quand un pollinisateur s’y attarde ou qu’un puceron s’y alimente. La présence d’un grand nombre d’espèces qui n’ont pourtant pas co-évolué ensemble peut donc créer une nouvelle biodiversité, si on s’appuie sur cette notion de fonctionnement.

Quel est alors l’intérêt de viser une biodiversité avec ses fonctionnements au lieu d’un verdissement que les paysagistes et les services des espaces verts savent déjà assez bien faire ? Ce qui est en jeu c’est la notion de durabilité et de résilience. Les grandes pelouses, les alignements de platanes ou les toitures de sedum sont de type monoculture, donc fragiles à tout accident climatique ou sanitaire. Ils nécessitent, comme en agriculture, des gestions et des soins réguliers. Une diversité d’espèces est bien plus résistante et donne une forme de stabilité aux systèmes écologiques et donc aux paysages. Une ou des espèces peuvent disparaitre sans que toute la plantation soit détruite. Par ailleurs, des habitats simplifiés comme les pelouses ou les toitures de sedum accueillent peu d’espèces animales et végétales. Reconstituer un habitat riche c’est donc à la fois lui garantir une forme de durabilité mais aussi lui donner un rôle dans une trame verte urbaine qui doit permettre la dispersion des espèces au sein des milieux urbanisés.


Ce qu’il faut retenir

La politique publique sectorielle de la Trame verte et bleue vise à renforcer la résilience écologique d’un territoire en favorisant la biodiversité végétale et animale dans les régions urbaines. Elle cherche à réunir les parties prenantes des projets, et à assurer une pérennité aux services écosystémiques rendus par les végétalisations. Ainsi, elle s’inscrit dans les politiques publiques transversales de paysage.


Pour en savoir plus

Ahern J., 2007. “Green infrastructure for cities: The spatial dimension”. In: Novotny V. & Brown P. (Eds.), Cities of the Future Towards Integrated Sustainable Water and Landscape Management. IWA Publishers, pp. 267–283.

Clergeau P., Linglart M., Morin S., Paris M., Dangeon M. (2016) « La trame verte et bleue à l’épreuve de la ville ». Traits Urbains 835, 37-40.

Clergeau P., 2007. Une écologie du paysage urbain. Apogée, Rennes, France.

Cormier L., De Lajartre A.B. & Carcaud N. (2010). « La planification des trames vertes, du global au local: réalités et limites ». Cybergeo : European Journal of Geography, https://cybergeo.revues.org/23187

Madre, F., Clergeau, P., Machon, N., & Vergnes, A. (2015). “Building biodiversity: Vegetated façades as habitats for spider and beetle assemblages”. Global Ecology and Conservation 3, 222-233.

Vergnes A., Le Viol I. & Clergeau P. (2012). « Green corridors in urban landscapes affect the arthropod communities of domestic gardens”. Biological Conservation 145: 171-178.


Notes

1 Clergeau 2007, Cormier et coll. 2010.

2 Gilbert-Norton, 2010.

3 Madre et coll., 2015.

4 Vergnes et coll. 2012.