Giuseppe Vaccaro

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Architettura e skywalk

Soluzioni tecnologiche ecosostenibili per la valorizzazione dell’ambiente rurale mediterraneo

Architecture et skywalk. Des solutions éco-durables pour la valorisation de l’environnement rural méditerranéen]
Didapress, Université de Florence, juin 2020

Giuseppe Vaccaro


Préface de Roland Vidal (version française) :

Le paysage, c’est ce qui nous manque quand on est confiné

L’expérience inédite que nous vivons tous en ce printemps 2020 est une occasion de nous demander ce qui nous manque le plus lorsque nous sommes tenus de rester chez nous.

Dans ce sentiment de « vide » que nous ressentons, il y a bien sûr ces liens sociaux que nous nous efforçons de compenser avec les techniques de communication dont nous disposons aujourd’hui, mais il y a aussi ce besoin d’un ailleurs, d’une ouverture sur la poésie du monde, ce manque de ce que l’on va ordinairement chercher lorsque l’on sort de chez soi… pour le plaisir.

C’est la quête de cet « ailleurs » qui motive nos pratiques de loisir ou nos pratiques touristiques, ce besoin de dépaysement, qui est tout simplement le besoin d’un autre paysage.

Car le paysage, le vrai, il peut être partout sauf chez nous. Comme si la maison que l’on habite appartenait à un autre monde.

Et pourtant…

Le paysage, ce n’est pas seulement un ensemble de vues pittoresques, originales, mises en valeur in visu par les guides touristiques, ou in situ par les aménagements réalisés, avec plus ou moins de bonheur, à l’attention des touristes.

Le paysage, c’est aussi un territoire habité par les hommes. Et la manière la plus évidente, la plus lisible, d’habiter un paysage, c’est d’y construire sa maison.

Car si le paysage, c’est « tout sauf chez moi », ce « chez moi » fait partie du paysage des autres.

Architecture et paysage

Voilà donc deux disciplines qui se trouvent étroitement liées. Mais elles devraient sans doute l’être davantage dans les professions de l’aménagement et, d’abord, dans leurs cursus de formation. C’est en tout cas ce que propose Giuseppe Vaccaro, tout en reconnaissant que ce rapprochement progresse depuis quelques décennies.

Mais de quel paysage parle-t-on ?

Pour l’auteur, il faudrait nous éloigner de ce regard que nous portons trop exclusivement sur les espaces que nous considérons comme « naturels » pour mieux voir en quoi les paysages résultent principalement de la manière dont les populations humaines ont transformé leurs territoires pour en valoriser les ressources locales.

C’est principalement en ce sens que l’architecture est un élément important de la lecture du paysage.

D’abord parce que le premier travail d’un bâtisseur, c’est de choisir le lieu d’implantation de sa construction, et que ce choix résulte d’une fine connaissance du paysage dans lequel elle s’inscrit. La maison, par la position qu’elle occupe dans le territoire, est un élément important du « récit » que vient chercher le visiteur, et notamment le touriste. Ce récit qui se donne à lire à travers le paysage et qui raconte non seulement la beauté des lieux, mais surtout la longue histoire des populations qui les ont façonnés.

Ensuite, parce que l’architecture, telle qu’on la voit, est aussi le résultat du travail du maçon, celui du charpentier, du bucheron, celui de ceux qui ont creusé la roche pour en extraire la pierre dont on a fait les murs, l’argile dont on a fait les briques ou les tuiles, la loze dont on couvre les toits… Chacun des éléments qui composent le bâti traditionnel est comme une des lettres d’un alphabet architectural qui, à lui seul, bien au-delà de la forme de la maison, raconte l’histoire de toute une région et de son économie.

Tourisme et projet local

C’est cette histoire là que Giuseppe Vaccaro aimerait que les touristes viennent chercher lorsqu’ils visitent le Parco Nazionale del Cilento, Vallo di Diano e Alburni.

Classé comme réserve de biosphère, puis comme patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, ce territoire ne manque pas d’attrait, mais ce sont surtout ses hauts-lieux et ses paysages d’exception que recherchent les touristes, tandis que les naturalistes, eux, viennent admirer sa remarquable biodiversité ou la richesse de son socle géologique.

Pourtant, s’il est classé « parc national » depuis à peine trente ans, ce territoire est habité depuis 250 000 ans par les populations humaines qui s’y sont succédées en y apportant les multiples couches d’une épaisseur culturelle considérable.

En concentrant son attention sur de petites communes isolées comme Trentinaro, Giungano, Capaccio, situées dans la partie montagneuse du Parc, loin de la côte, l’auteur choisit de s’intéresser de près à ce « petit patrimoine » diffus dans le territoire et qui passe trop souvent inaperçu.

Au-delà d’un simple inventaire patrimonial, l’auteur cherche à réinterpréter les archétypes architecturaux et leur mode de représentation pour défendre l’idée qu’une éco-construction biorégionaliste serait de nature à rendre lisible un paysage culturel bien plus complet que la vision simplifiée qu’en donnent les sites remarquables. C’est la condition pour que le tourisme passe d’une simple ressource financière à un véritable projet local capable de reconstruire le lien entre le paysage que l’on vient admirer et l’économie qui l’a façonné depuis que l’homme y habite.

Skywalk

Avec l’attention portée à cette dimension patrimoniale qu’il associe, au-delà des villages étudiés, à l’ensemble du paysage culturel méditerranéen, l’auteur interroge la pertinence de ces objets architecturaux singuliers que sont les skywalks. Le plus célèbre d’entre eux, celui du Grand Canyon inauguré en 2007, connaît un grand succès touristique en même temps qu’il soulève de nombreuses interrogations. La prouesse technique (un surplomb de 1200 mètres) de cette réalisation, si elle apporte des dollars à l’économie locale, ne masque-t-elle pas la richesse du patrimoine local au seul profit d’une vue exceptionnelle sur un espace perçu exclusivement comme naturel ?

Reprenant le motif très classique du « belvédère », le skywalk n’en est finalement qu’une ré-interprétation nourrie des techniques de construction modernes. Mais au paysage « pittoresque1 » qu’il donne à voir, le skywalk en s’inscrivant lui-même dans le paysage y apporte un autre récit, celui de sa propre réalisation. Et ce nouveau récit, selon la manière dont on conçoit et réalise le projet, peut apparaître comme une histoire venue d’ailleurs, ou comme un nouveau chapitre dans le récit du territoire où il s’implante.

Il peut entrer dans le paysage comme on entre dans une conversation : brutalement, en coupant la parole aux autres, à ceux qui sont déjà là, ou avec politesse, en commençant par les écouter.

Pour l’auteur, la différence tient surtout à la manière dont la population locale, avec ses savoir-faire archétypiques liés aux ressources propres du territoire, est impliquée dans le projet. C’est le sens de cette « éco-construction biorégionaliste » qu’il appelle de ses vœux et qui doit, selon lui, s’appuyer sur des initiatives locales dans un processus de bottom-up. C’est toute l’économie locale qui peut ainsi être re-dynamisée, avec bien plus d’efficacité qu’un développement touristique ordinaire qui profite bien plus à des investisseurs extérieurs qu’aux habitants eux-mêmes auxquels on n’apporte que des emplois de services peu valorisants.

Paysage et mémoire

J’essaie, en rédigeant cette petite introduction d’un ouvrage portant sur le paysage alors que je suis confiné chez moi, de raviver les quelques souvenirs que j’ai du Cilento, et je réalise à quel point ces souvenirs sont loin de se réduire à des images.

Impossible de dissocier ces « points de vue remarquables » de ce goût inégalable de la mozzarella di buffala dégustée quelques heures après sa fabrication… quelque chose d’impossible à exporter et qui raconte tellement d’histoires, de celle du Vésuve qui donne depuis des millénaires sa fertilité aux sols, à celle des agriculteurs qui la valorisent encore aujourd’hui.

La gastronomie est certainement la forme patrimoniale la mieux comprise des touristes, et c’est d’ailleurs son régime alimentaire qui a valu au Cilento d’être reconnu comme patrimoine immatériel de l’humanité. Pourquoi les autres formes de l’activité économique locale, et notamment celles liées à l’architecture, n’occuperaient-elles pas la même place dans les souvenirs que les touristes en rapportent ?

Il ne s’agit pas, en valorisant les figures archétypiques du Cilento et de son bâti traditionnel, d’en faire un musée grandeur nature, mais bien de revisiter ces archétypes pour les intégrer dans des processus de projet contemporains.

Dès lors, le paysage ne serait plus seulement un bien commun à préserver, il serait aussi un vecteur de projet partagé par l’ensemble des habitants.

Roland Vidal, le 27 mars 2020

Accéder à l’ouvrage en ligne


1 Notons que les mots italiens « belvedere » et « pittoresco » sont passés presque à l’identique en français (belvédère, pittoresque) et en anglais (belvedere, picturesque).

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