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Redynamiser l’agriculture urbaine tunisoise

Circuits courts de commercialisation et recyclage des eaux urbaines dans la Plaine de la Soukra

Thèse sous la direction de  Pierre Donadieu, Roland Vidal et Moez Bouraoui

Saloua Toumi

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Curriculum vitæ – Publications


 

Résumé

 

Si l’agriculture urbaine concerne aujourd’hui de nombreuses métropoles et villes secondaires, et occupe une part grandissante dans la recherche scientifique, les médias et les politiques d’aménagement, en revanche ses formes, ses enjeux et ses logiques agro-économiques et socio- spatiales sont différents d’un contexte à l’autre.

Dans les pays du Sud, cette agriculture se développe depuis des décennies sur des petites superficies dans les interstices de la ville et autour de celles-ci, afin de subvenir aux besoins alimentaires des populations migrant vers les grandes villes. Et si cette pratique intéresse encore peu les pouvoir publics locaux, elle a tout de même suscité l’intérêt de nombreux chercheurs et de certains organismes d’aide au développement comme le FAO, le CRDI ou le RUAF qui financent divers projets afin de la soutenir. Source vivrière pour les population les plus pauvres des métropoles, elle permet de lutter contre les inégalités alimentaires. Mais elle représente aussi une ressource économique importante puisqu’elle approvisionne, dans certains cas, jusqu’à 100% des produits frais consommés dans les villes (Moustier, 2003).

Dans les pays du Nord, par contre, l’agriculture urbaine n’assure pas uniquement une fonction nourricière et n’est pas majoritairement portée par les populations les plus démunies. Jardins potagers associatifs, potagers privatifs sur les toitures des bâtiments urbains, jardins potagers pédagogiques ou parcelles agricoles dans les interstices de la ville ou de sa périphérie, l’agriculture urbaine se présente sous plusieurs formes et répond à des enjeux divers. D’un côté, elle prend progressivement place dans les villes pour répondre à une demande citadine de nature, de l’autre, elle est également considérée comme «un outil de planification» susceptible de freiner le phénomène de l’étalement urbain qui menace les terres agricoles jouxtant les villes. Définie comme composante de nouveaux territoires, l’agriculture urbaine est alors prise en compte dans les politiques d’aménagements. C’est ainsi qu’on a vu émerger dans les périphéries parisiennes, par exemple, des projets visant à la maintenir, voire à l’inventer.

Un pays émergent comme la Tunisie échappe largement à cette dichotomie Nord/Sud, même si diverses situations la rapprochent d’un côté ou de l’autre. Si, par exemple, ses stratégies agraires sont éloignés de celles des pays du Sud, le problème récurrent de manque d’eau représente par contre un élément commun majeur qui compromet le fonctionnement des agricultures et leur avenir, et pour lequel l’agriculture urbaine tunisoise a expérimenté quelques solutions. Le problème de périurbanisation tunisien est en revanche assez proche du contexte français. Et même si les contextes économiques et socio-politiques ne sont pas similaires dans les deux régions, les conséquences sont proches sur le plan socio-spatial et environnemental. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous nous interrogerons sur l’utilité et les limites de l’expérience francilienne en agriculture urbaine pour le Grand-Tunis.

Mais tout d’abord, comment peut-on la définir? Comment se présente cette agriculture urbaine, encore mal reconnue, qui revêt des dimensions aussi bien économiques qu’environnementales ?

L’agriculture du Grand Tunis, située sur la plaine la plus fertile de la Tunisie, se trouve progressivement insérée dans le tissu urbain et subit les effets d’un étalement proportionnellement comparable à celui de la région parisienne. Bien qu’elle ait connu ces dernières décennies des mutations profondes dans son fonctionnement technique et humain, et dans ses relations avec la ville, les pouvoirs publics ne s’intéressent guère au processus d’enclavement qu’elle subit. La prise en compte de cette agriculture reste absente des schémas directeurs, et par conséquent des règlements d’urbanisme, qui privilégient les enjeux strictement urbains, en dépit même des lois existantes sur la protection des terres agricoles (Jouves et Padilla, 2007). Pourtant, la concurrence sur les ressources en sol et en eau est de plus en plus importante au fur et à mesure que la population urbaine augmente et que les activités économiques se développent et se diversifient. De fait, et face aux diverses difficultés techniques, agro-économiques et spatiales qu’ils rencontrent, plusieurs agriculteurs sont contraints à l’abandon et à la mise en friche d’une partie ou de la totalité de leurs parcelles, désormais mieux valorisées par la ville. Pourtant, l’agriculture urbaine tunisoise pourrait, en plus de sa vocation alimentaire (maraîchère et arboricole) non négligeable, jouer un double rôle environnemental et paysager qui contribuerait à l’amélioration du cadre de vie des citadins dans le Grand Tunis, jusqu’à aujourd’hui négligé. Cette négligence est d’autant plus dommageable que, contrairement aux villes européennes du Nord, l’agriculture tunisoise bénéficie, en plus des conditions ago-économiques et climatiques favorables à la culture de produits frais, de réseaux de distribution locaux suffisamment efficaces en leur état actuel pour ne pas avoir besoin d’être réinventés. Privée de réglementation, alors que les formes urbaines deviennent de plus en plus composites, l’agriculture urbaine tunisoise reste menacée non seulement par une urbanisation anarchique, mais aussi par les enjeux liés à la plus-value foncière. Pourtant, elle pourrait être une composante majeure de la construction urbaine (Bouraoui, 2000), surtout que bon nombre d’agriculteurs arrivent, malgré les différentes contraintes, à maintenir leur terres en s’adaptant aux conditions urbaines et à tirer profit de certaines de celles-ci. Les parcelles agricoles accueillent de plus en plus des activités urbaines et deviennent «un lieu de la ville», comme c’est le cas de nombreuses terres de la Plaine de La Soukra.

Ainsi, nous émettons l’hypothèse que la reconnaissance et la valorisation socio-économique de l’agriculture urbaine tunisoise nécessite d’abord la compréhension de sa dynamique agro-économique et socio-spatiale.

Cette valorisation pourrait s’inspirer de l’expérience francilienne en matière d’aménagement spatial et jouer un double rôle environnemental et paysager qui contribuerait à l’amélioration du cadre de vie des citadins. Encore faudrait-il inventer les politiques d’aménagement qui permettent sa pérennité.

 

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