Séminaire du 20 Décembre – Catherine Larrère

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Thomas Cole, Mountain of Adirondacks, 1838

 

Communs, Paysage, Protection de la Nature

Catherine Larrère, philosophe et professeur émérite de l’université Paris 1

Dans une approche historique, Catherine Larrère interroge le lien entre communs, politiques de protection de la nature et référence au paysage.

Si le terme « Les communs » revient aujourd’hui, c’est sur les questions environnementales qu’on le retrouve le plus fréquemment. Catherine Larrère nous renvoie ici à deux conceptions initiales : celle développée en 1968 par Garett Hardin dans La tragédie des Communs et celle de Elinor Ostrom dans Governing the commons, paru en 1990.

Pour Garett Hardin, les communs sont définis comme une ressource, généralement naturelle, limitée et en libre accès mais dont l’usage abusif dans une situation de compétition conduit à un résultat perdant-perdant. Seules leur privatisation, dans une approche libérale, ou au contraire leur mise sous tutelle étatique, dans une approche socio-démocrate, peuvent en garantir la pérennité.

A cette conception s’oppose celle d’Elinor Ostrom qui soutient qu’il peut y avoir une gestion en commun de certaines ressources, échappant ainsi à la dualité état-privé. La référence aux communs induit alors une ressource, un collectif et des règles voire des méta-règles (pour modifier les règles).

La théorie des communs s’applique avant tout à des biens environnementaux. Pourtant la protection de la nature s’établit sur de tout autres bases. L’histoire des politiques de protection de la nature aux Etats-Unis, telle que définies dans la deuxième moitié du XIX° siècle à travers la création des parcs nationaux, est une mise à l’écart de la présence humaine et de ses usages, perçus comme antagonistes aux équilibres naturels. Il s’agit ici de préserver une nature « sauvage », que les peintres de l’époque comme Thomas Cole sublimeront dans une vision structurée par un regard esthétique – ce qu’Alain Roger nommera plus tard l’artialisation. L’exemple américain permet ainsi de s’interroger : la protection de la nature serait-elle en fait la protection des paysages ?

Pour Kenneth Robert Olwig, se référant au couple land/landscape, Land/Landschaft, le paysage, avant toute signification esthétique, a d’abord une signification politique.

A la fin du Moyen Age, le Landschaft est une unité politique formée par une communauté avec ses lois, mœurs et institutions. Les représentations de Bruegel ne peignent pas une géographie mais une organisation politique. C’est au début du XVII° siècle, sous Jacques 1er et la volonté d’unification de l’Ecosse et de l’Angleterre, que le landscape devient pictural et esthétique, outil d’une volonté monarchique. A partir du XVIII°, le Parc à l’Anglaise est institué comme représentation symbolique du tout jeune Royaume Uni.  Mais ces parcs, dessinés comme une vision idéalisée de la nature, s’étendent et se façonnent au détriment des paysans locaux, témoignant d’un rapport à la nature antagoniste à la notion de communs. Les parcs nationaux aux Etats-Unis qui eux aussi se sont créés au détriment des communs, indiens et colons qui s’y étaient établis étant exclus de ces espaces de nature protégée, peuvent à cet égard être perçus comme la transposition de l’idée des grands parcs du Royaume Uni.

Cette histoire peut être en partie transposée à la France. Les parcs nationaux français, à partir de la deuxième moitié du XX° siècle, sont un fait politique de l’Etat qui perpétue une pratique de gestion par de grands organismes étatiques (exemple de l’ONF dans les pays de montagne) niant les pratiques paysannes qui y avaient cours. En dissociant pays et paysage et selon la thèse d’Alain Roger, en envisageant le paysage comme une mise à distance esthétique, il y aurait là une forme d’élitisme niant les pratiques et les usages des communs.

Au regard de cette histoire, doit-on conclure qu’il y a vraiment antagonisme entre protection de la nature et communs ?

La thèse d’une protection de la Nature par l’élitisme paraît intenable : protéger la nature, c’est aussi protéger les modes de vies. La préservation des estives et le refus de la fermeture des milieux par le maintien du pâturage permettent aussi le maintien de la diversité écologique et en ce sens il n’est pas de raison de séparer pays et paysage.

Mais pour lever l’opposition entre protection de la nature et communs, il est également nécessaire de contester la définition d’Ostrom en remettant en cause l’idée de ressource : les communs ne doivent pas être liés aux ressources mais à l’habitat et au mode de vie, aux façons d’habiter. L’idée de ressource induit l’idée d’une quantification, économiste ou pas, qui introduit des biais et ne permet pas un langage commun.

…du LAREP

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Le LAREP est le Laboratoire de recherche de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille
Il regroupe les enseignants-chercheurs ou ingénieurs de recherche de l’ENSP et les doctorants du laboratoire
Le LAREP sur le site de l’ENSP

 

Les contributeurs de Topia :

Roland Vidal, administrateur

Auréline Doreau, pages “Paysage et énergie”

Cécile Mattoug, pages “Séminaires du LAREP” et “Journées doctorales”

Pierre Donadieu, page “Guide des rues de Versailles”

 

Enseignants-chercheurs :

Sophie Bonin

Patrick Moquay

Alexis Pernet

Yves Petit-Berghem

 

Doctorants :

Clémence Bardaine

Brice Dacheux

Eugénie Denarnaud

Claire Fonticelli

Roberta Pistoni

Louis-Philippe Rousselle-Brosseau

Saloua Toumi

 

Roland Vidal

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Ingénieur de recherche
Enseignant

Thématiques professionnelles et/ou de recherche
Relations entre la ville, l’agriculture et le paysage

Enseignements dispensés
Agriurbanisme et projet de territoire

Autres activités professionnelles et/ou responsabilités hors ENSP
Animateur du collectif d’enseignement et de recherche en agriurbanisme et projet de territoire (CERAPT)
Co-encadrant, avec Luc Vilan, de l’atelier “La métropole oubliée” à l’École d’architecture de Versailles
Responsable de l’Unité d’enseignement “Paysage, théories et pratiques” du Master AETPF à AgroParisTech

Mini CV
Roland Vidal est docteur de l’ENGREF en Sciences de l’environnement et ingénieur de recherche à l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles. Son enseignement dans cette école, ainsi que dans de nombreux autres établissements, porte sur les relations entre la ville, l’agriculture et le paysage, thématique qui est également au centre de ses activités de recherche. Celles-ci se veulent opérationnelles et se font en collaboration avec des architectes, des paysagistes et des agronomes, avec lesquels il a fondé le Collectif d’enseignement et de recherche en agriurbanisme et projet de territoire. Le CERAPT (voir agriurbanisme.fr) s’est donné comme objectif la formation des compétences nécessaires à l’aménagement des zones d’interface entre la ville et l’agriculture. Parallèlement, il participe au groupe de réflexion « Nature urbaine en projet », qui travaille notamment sur les relations entre ville, nature et agriculture.

CV intégral (pdf)

Publications (page web)

Site Internet

Patrick Moquay

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Professeur en sciences humaines et sociales
Délégué scientifique de l’ENSP, directeur du LAREP, responsable du département Sciences humaines et sociales
Habilitation à diriger des recherches (HDR)

Thématiques professionnelles et/ou de recherche
Articulation entre projet de territoire et projet de paysage
Dilemmes du développement durable (échelle locale) et mobilisation des arguments paysagers
Politiques publiques locales et gouvernance des biens environnementaux (paysage, eau, milieux naturels, forêt…)
Recompositions territoriales

Enseignements dispensés
Démarches patrimoniales de gestion des paysages (master 2 TDPP)
Politiques paysagères et dispositifs locaux de protection de la nature et des paysage (DEP2, Atlas)
Eléments de méthodes des sciences sociales (DEP2 Atlas, DEP3 mémoire)
Politiques, gouvernance, prospective (DEP3)

Autres activités professionnelles et/ou responsabilités hors ENSP
Membre du conseil scientifique du Conservatoire du littoral
Membre du conseil scientifique du comité de bassin Seine-Normandie
Membre de l’équipe projet du programme de recherche-action Paysages, territoires, transitions (PTT) du ministère chargé de l’environnement

Mini CV
Politologue de formation, Patrick Moquay est professeur à l’ENSP Versailles. Tout au long de son parcours, il a allié préoccupations académiques et goût pour l’action. Maître de conférences à l’ENGREF Clermont-Ferrand de 1997 à 2006, Patrick Moquay y a créé en 2000 l’équipe de recherche Politiques publiques et développement des territoires (POP’TER). Il a collaboré à divers projets sur le paysage en Auvergne (centre du paysage de Lavoûte-Chillac, observatoire photographique des territoires du Massif Central), avant d’animer l’équipe de recherche « Paysages et fonctions non marchandes des espaces ruraux » du Cemagref (aujourd’hui IRSTEA) à Bordeaux. Élu en 2008 maire de Saint-Pierre d’Oléron et président de la communauté de communes de l’île d’Oléron, il a interrompu sa carrière pour se consacrer à l’exercice de ses mandats locaux, avant d’intégrer l’ENSP en septembre 2014. Ses travaux portent sur la gouvernance des territoires et l’élaboration collective de projets relatifs aux aménités naturelles (paysage, environnement…).

Yves Petit-Berghem

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Professeur en Écologie
Habilitation à diriger des recherches (HDR)

Géographe de formation, Yves Petit-Berghem a exercé plus de 20 ans dans plusieurs universités françaises (Lille, Arras, Caen) avant d’être recruté Professeur en septembre 2014 à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles. Il participe à la formation conduisant au Diplôme d’Etat de Paysagiste (DEP) en mobilisant une pédagogie propre à la conception par le « projet de paysage ». Les cours abordent en particulier les savoirs théoriques et les méthodologies spécifiques d’une écologie intégrative adossée aux fondamentaux du projet de paysage. Parallèlement, il assure la formation des doctorants de l’école doctorale ABIES qui accueille également les mastérisants de la spécialité de master « Théories et Démarches du Projet de Paysage » (M2 TDPP) de l’Université Paris-Saclay. Yves Petit-Berghem est membre du laboratoire de recherche en paysage (LAREP) et développe ses activités de recherches dans l’axe 1 du laboratoire consacré aux « Savoirs et pratiques du projet de paysage ». Les travaux réalisés ces dernières années se sont inscrits dans le champ des sciences du paysage et de l’environnement. Autour d’objets géographiques variés (les littoraux, les forêts, les écosystèmes urbains), les recherches ont mobilisé savoirs et savoir-faire et se sont adossées à des parcours de formation puisant dans les sciences humaines et sociales, dans les sciences de la vie et de la terre et dans les sciences pour l’ingénieur. Résolument appliquées, elles ont été orientées en direction des acteurs en charge de l’aménagement et de la gestion opérationnelle des territoires.

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Alexis Pernet

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Maître de conférences en sciences humaines

Thématiques professionnelles et/ou de recherche
Alexis Pernet a construit sa pratique professionnelle et sa pratique de recherche de façon croisée – voire volontairement confondues. En abordant des missions d’évaluation et de prospective sur les politiques publiques de paysage, il a été confronté à la nécessité de porter un éclairage d’ordre épistémologique sur les outils manipulés par les paysagistes – approche qu’il a approfondie au travers de sa thèse sur la notion de grand paysage. Attentif à la dimension de l’expérience du paysage, il a développé, à l’intérieur d’équipes pluridisciplinaires, des outils de médiation et de projet ouverts à la participation du public. Ses recherches portent notamment sur la représentation de ces processus de projet, à la fois dans une optique d’ouverture (accessibilité, implication) et sous un angle réflexif. Pratique assidue du dessin et exploration des formes de relation écrite du projet de paysage font le lien entre pratique professionnelle, de recherche et d’enseignement.

Mini CV
Paysagiste DPLG (ENSP Versailles, 2000), DEA Jardins-Paysage-Territoires (2005), Docteur en géographie (2011. Titre de la thèse : Le grand paysage en projet, entre trajectoires institutionnelles et territoires vécus ; l’expérience de l’atelier des paysages en vallée de l’Ance, PNR Livradois-Forez, Auvergne. Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Géographie-Cités, équipe EhGO, sous la direction de Frédéric Pousin). Maître assistant associé à l’École nationale supérieure d’architecture de Clermont-Ferrand (de 2009 à 2013) et responsable de formation à AgroParisTech (de 2004 à 2010). Membre du comité de rédaction de la revue Les Carnets du paysage, du réseau d’enseignement et de recherche Espace rural & Projet spatial.

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Site internet

Sophie bonin

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Maître de conférences
Membre du Conseil d’Administration et du Conseil des enseignants de l’ENSP
Co-responsable de la commission des stages de DEP2
Membre du comité de pilotage de la chaire Paysage Energie

Thématiques professionnelles et/ou de recherche
Paysage fluvial ; grands aménagements et risques sociaux ; esthétique du quotidien et relations entre les notions de paysage, de cadre de vie, et les politiques publiques (objets récents : trames vertes, nature en ville, qualification des paysages périurbains, territoires agri-urbains)

Enseignements dispensés
Participation à la formation des paysagistes DEP (2ème année, UE Atlas et UE Politiques, acteurs et enjeux; 3ème année, Mémoire de recherche)
Responsable du module “Politiques publiques et projet de paysage” dans le Master 2 Théories et Démarches du Projet de Paysage (ENSP)

Autres activités professionnelles et/ou responsabilités hors ENSP
Membre du Conseil Scientifique du programme ITTECOP (Infrastructure Terrestre de Transport, Ecosystème et Paysage) du MEEM, de l’ADEME, du CILB et de la FRB
Co-responsable du projet AGRIGE (Archipels agriurbains, résistances et gouvernances) dans le cadre du PSDR4 (voir www.psdr-agrige.fr)
Participation au programme Didactique du Paysage (financé par le Fonds National de la Recherche Suisse, piloté par Anne Sgard, Universite de Genève) ; membre du comité d’organisation d’un colloque sur le sujet à Genève en octobre 2017

Membre du comité de rédaction de la Revue de géographie alpine/ Journal of Alpine Research
Membre du comité d’organisation des Entretiens du Pradel, septembre 2017, Design territorial et agronomie
Participation au groupe Agroécologie et climat de l’IAVFF
Interventions en Master 1 Espaces Ressources Milieux (AgroParisTech, UE Diagnostic paysager et agroécologique d’exploitation agricole), dans la Dominante d’Approfondissement du cursus d’ingénieur : Ingénierie des Espaces Végétalisés en Ville (AgroParisTech, IE2V, UE Agriculture urbaine)et Master 2 Tourisme et environnement (Université Versailles St Quentin en Yvelines)

Mini CV
Sophie Bonin est maître de conférences à l’ENSP Versailles, après un parcours d’étude et de recherche sur le paysage, orienté surtout par les approches géographiques (matérielles et sociales). Ingénieur agronome et ingénieur civil, après une thèse à Paris I sous la direction d’Yves Luginbühl, son premier poste de maître de conférences a été à l’Institut de géographie alpine, à Grenoble, dans l’UMR PACTE-Territoires. Puis après un détachement au CETE (Centre d’études techniques de l’équipement) de l’Ouest, à Nantes, elle a rejoint l’ENSP en 2009. Ses travaux ont porté sur les paysages fluviaux, la Loire en particulier et ses aménagements, en ville ou par rapport aux grandes infrastructures ; sur les trames vertes, et sur la qualification des paysages périurbains ; et récemment sur les territoires agri-urbains et sur la didactique du paysage. Le fil directeur de ces recherches est la saisie des relations entre les paysages vécus, quotidiens, et les modèles paysagers institutionnalisés.

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Pierre Donadieu

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Professeur émérite
Docteur en géographie (Université Paris 7), diplômé d’études approfondies (master) d’écologie végétale (Université de Montpellier), ingénieur d’agronomie (ENSSAA de Dijon) et ingénieur horticole (ENSH Versailles), membre titulaire de l’Académie d’Agriculture de France, Pierre Donadieu est professeur émérite en sciences du paysage à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille (ENSP). De 1971 à 1977, il est enseignant-chercheur successivement à Dijon, à l’Institut agronomique d’El Harrach (Algérie), et à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat-Agadir (Maroc). À partir de 1977, il enseigne à l’ENSP. Il y créé le département d’enseignement d’écologie, puis celui de sciences humaines et sociales, les ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année, le laboratoire de recherches (LAREP), la formation doctorale et le master Théories et démarches du projet de paysage avec l’Université Paris Panthéon Sorbonne et AgroParis Tech (Université Paris-Saclay). Parallèlement, il participe, avec Bernard Lassus et Augustin Berque, à la création de la formation doctorale « Jardins, paysages, territoires « de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La -Villette avec l’École des Hautes études en sciences sociales. Il est professeur invité à l’Université de Sousse (Tunisie) de 2002 à 2011. Ses travaux de chercheur ont concerné successivement la phytoécologie et la bioclimatologie méditerranéenne, le développement agropastoral en Méditerranée, la conservation des zones humides en France, les politiques publiques de paysage en Europe, les agricultures urbaines et les formations des paysagistes dans le monde.

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