Biographie de Pierre Dauvergne

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L’émergence du « paysage d’aménagement » en France
1967-1985

Témoin et acteur de cette période historique, Pierre Dauvergne, paysagiste DPLG, raconte le début de sa carrière.

 

Avant-guerre, à Paris mon père a eu une activité commerciale en contact avec des décorateurs et architectes d’Intérieur : les Établissements PERZEL (luminaires) et le groupe DIM (Décoration Intérieure Moderne). Luminaires et meubles de ces établissements étaient présents chez mes parents et, pour certains, m’accompagnent aujourd’hui.

Puis mes parents se sont installés à l’angle de la rue Guénégaud et du quai de Conti. Nous étions au-dessus d’un magasin d’antiquités « A la reine Margot », véritable petit musée.

C’était l’après-guerre. Mon père, toujours dans le commercial, a travaillé quelques années à la Halle aux vins chez un négociant. Il y a fait la connaissance d’un voisin, le peintre Jean DUBUFFET, qui avait repris l’activité de son père. C’était avant ses activités d’artiste. Quelques années plus tard, en 1954 (j’avais 11 ans), il invite mon père au vernissage d’une exposition à la galerie Drouin, rue Visconti. Accompagnant mon père, je suis profondément surpris par cette exposition intitulée « Les petites statuettes de la vie précaire ». J’ai eu un choc sur ce que pouvait être l’art … faire des statuettes en assemblant des scories de mâchefer ! c’était vraiment un choc !

Avec mes parents, nous faisions aussi des visites régulières des nombreuses galeries d’art dans le quartier, dans les rues Mazarine, Jacques Callot, de Seine, des Beaux-Arts, Bonaparte, rues Guénégaud, Visconti, … De plus, mes parents avaient des amis artistes, dont Frans MASEREEL, peintre et graveur sur bois, Pinchas Burstein, dit MARYAN, peintre. Ce dernier venait très régulièrement à la maison, souvent avec des amis dont, Irving PETLIN, peintre et pastelliste, June LEAF, peintre et sculpteur, Sam ANDEL, peintre (cf. mon document « Les Maryan et la tribu Dauvergne » – 2013). Aux murs de la maison, les œuvres étaient nombreuses.

Sans aucun doute ces visites ont développé ma sensibilité et mon ouverture aux arts. De 1953 à 1958, avec les encouragements de mes parents, je pratique la gouache, l’aquarelle, le dessin, notamment sur les quais de la Seine, à la hauteur du Vert Galant. De 1956 à 1958 je participe à l’Atelier d’arts plastiques des moins de 15 ans au Musée des Arts Décoratifs avec Colette COULON (peintre et graveur) et Pierre BELVES (illustrateur de livres).

En 1943, à ma naissance, mes parents achètent un terrain sur un versant du début de la vallée de l’Yvette aux Essarts-le-Roi, ceci pour mettre ma mère et moi-même à l’abri … Un abri rudimentaire a même été creusé dans la pente sableuse pour se protéger d’éventuels bombardements du triage de la gare de Trappes. Ce terrain de 5 000 m2 est rapidement devenue un lieu d’autosubsistance, voir de troc : légumes, fruits, volailles, lapins, et produits du braconnage de mon frère aîné.

Au fil des années, ce terrain est devenu un terrain d’expérience, de chasse, et de découverte de la nature. Nous y allions quasiment toutes les fins de semaine et durant les vacances scolaires. Le terrain était boisé dans sa partie haute, en friche dans sa pente, et herbue dans la partie basse, où coulait l’Yvette.

La gestion de ce petit territoire était une grosse charge pour protéger les cultures, contenir l’enfrichement, voir l’embroussaillement de la pente, et lutter contre l’érosion des berges de l’Yvette. C’était mon apprentissage à la gestion de milieux végétaux, à la culture potagère, et fruitières (petits fruits).

Je chassais et collectionnait les papillons et insectes divers (il y en avait à cette époque … !), Je capturais les reptiles : couleuvres à collier, coronelles, mais aussi des lézards, dont orvets, lézards des souches, gris, verts et ocellés. Également, des grenouilles, divers petits rongeurs pour nourrir mes reptiles avant de les « livrer » au vivarium du Muséum d’Histoires Naturelles de Paris, un lieu magique pour moi. J’y étais accueilli par son responsable, un ami de mon père connu durant la guerre. J’échangeais avec lui mes captures contre des insectes tropicaux et des chenilles, qui faisaient ensuite leur cocon où elles pouvaient à la maison. Je faisais aussi un peu de commerce avec les animaleries du Quai de la Mégisserie.

J’ai également vu la paysannerie de près. En effet j’allai chercher œufs et lait à la ferme MERELLI, du nom de l’agriculteur. J’ai eu la chance de voir cette paysannerie à la veille de sa disparition. C’était une petite exploitation. Et, puisque nous habitions sur la Seine, face au Pont Neuf et au Vert Galant, il m’arrivait de pêcher à pied !!! des écrevisses, car à l’époque l’essentiel des barrages réservoirs en amont de Paris n’était pas encore construits.

 

1 – LES PRÉMICES : MA FORMATION AUX VEGETAUX, AUX JARDINS, PUIS AU PAYSAGE (1959 – 1966).

En 1959 : Etant très mauvais au collège, sauf en dessin et en sciences naturelles, … l’Orientation Professionnelle suggère, qu’entre nature et peinture, ma voie devrait être celle de “Paysagiste”. Elle indique alors l’existence de l’Ecole Du Breuil, l’Ecole d’Horticulture de la Ville de Paris. À cette époque, il faut entendre un jardinier plus qu’un paysagiste concepteur, métier alors quasi inexistant. J’obtiens, contre toute attente mon Brevet.

De 1959 à 1962, je suis les enseignements de l’Ecole d’horticulture de la Ville de Paris, dite “Ecole DU BREUIL” :

1959 – Concours d’entrée à l’Ecole du Breuil : reçu 13éme sur 40.

1959 – Les Floralies au Palais de la Défense (CNIT) sont organisées par la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF), et la Ville de Paris me conforte d’emblée dans mon orientation professionnelle. J’ai en effet un véritable coup de foudre pour le grand stand central réalisé par les Établissement Vilmorin-Andrieux, et conçu par le grand paysagiste britannique RUSSEL-PAGE (1er prix). En particulier les scènes végétales à base d’azalées et de lys dont les teintes multiples d’oranges et de jaunes me subjuguent. Sans le savoir à ce moment-là, j’allais rencontrer plus tard certains concepteurs d’autres stands, comme enseignants : Jacques SGARD (déjà !!!), et Henri. BRISON.

Trois années d’études : Enseignants principaux : CLEMENT (Culture potagère), BRETAUDEAU (Arboriculture fruitière), CHANTRIER (arboriculture d’ornement), Lucien SABOURIN (floriculture), Pierre GRISON (parasitologie), GOUET (botanique), Henri BRISON (art des jardins). Malheureusement, pour ce dernier, son enseignement ne dura qu’un an. En effet, il meurt prématurément des suites d’un accident de la route. Il était paysagiste à la Ville de Paris avec Daniel COLLIN, dans l’équipe dirigée par Robert JOFFET. Il me révèle mieux ce qu’est un paysagiste. Nous faisions avec lui des projets de petits jardins, ou de scènes végétales.

Pour les travaux pratiques (50 % du temps de l’enseignement), nous avions de nombreux enseignants techniques, principalement LEFEBRE, qui a rejoint le Potager du Roi de Versailles, bien après. Également, BESNIER pour les vergers où je me passionne pour la formation et la taille des fruitiers, PAULIN pour le potager, …De cette période, date une profonde amitié avec Pierre PILLET, élève comme moi.

Dès le départ, en première année, j’ai été très surpris, ne voyant pas le rapport avec les jardins et le métier de paysagiste. En effet les matières principales étaient la culture potagère, l’horticulture générale, et la connaissance des végétaux par leur appellation en latin. Ce fut dur ! J’étais loin des Floralies … et de ce qui me passionnait dans la vallée de l’Yvette, mon territoire de chasse et de captures de batraciens, reptiles, rongeurs et insectes.

Par la suite, je suis devenu un véritable connaisseur des végétaux horticoles, et pris goût aux travaux pratiques, d’autant que j’en avais menés auparavant, durant mon enfance, dans la maison de campagne de mes parents aux Essarts-le-Roi. J’ai également pris goût à la formation des arbres fruitiers et à leur taille, que je pratique toujours dans les jardins de la famille et d’amis.

J’ai découvert aussi, avec un professeur remarquable Pierre GRISON et son assistant, tous deux à l’INRA, la parasitologie et la lutte biologique (Elle en était à ses tous débuts). Un premier contact avec l’écologie avant l’heure ! À partir de la deuxième année, nous étions dans notre sujet avec Henri BRISON. Enfin, Lucien SABOURIN (Ville de Paris, Conservateur des Serres d’Auteuil), avec son enseignement tourné vers la floriculture, un grand pédagogue, qui par ailleurs enseignait à l’ENSH de Versailles. Au total, un enseignement complet, transversal, avec des enseignants de qualité alliant connaissances et pratiques. Un enseignement qui n’existe plus, nulle part.

1962 : diplôme de fin d’études, dit de “Jardinier quatre branches” (culture potagère, floriculture, arboriculture fruitière, et arboriculture d’ornement), diplôme équivalent aujourd’hui à un BTS. Classement : 2ème / 40. Chez Jacques YOVANE, architecte, amateur de jardins, je contribue à la conception d’un jardin d’esprit japonais au Salon des Arts Ménagers. Avec Pierre PILLET, nous participons au concours de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF) pour la conception du jardin d’essais de Melun. Classés 10ème sur 11. A cette époque, nous faisions aussi, avec ma mère et ma sœur, de la céramique chez un potier dans le quartier d’Alésia. Pierre PILLET était avec nous.

L’école nous encourage à passer le concours à L’ENSH / SPAJ (Section du Paysage et de l’Art des Jardins), afin de nous former véritablement au Paysage et à l’Art des Jardins. La Direction de l’école, et Lucien SABOURIN (Ville de Paris), qui enseignait aussi à L’ENSH, nous présentent très favorablement à l’ENSH. Mon père exerce aussi auprès de la Direction ses talents de diplomate, sachant que Pierre PILLET et moi-même, nous n’avions pas le niveau pour nous présenter au concours (nécessité d’un Bac).

De 1962 à 1965 : LA SECTION DU PAYSAGE ET DE L’ART DES JARDINS (SPAJ) DE L’ECOLE NATIONALE SUPERIEURE D’HORTICULTURE (ENSH) de Versailles

1962 – 1963 : Cours privés de rattrapage, et en autoformation, afin de préparer l’examen probatoire, pour pouvoir se présenter au concours d’entrée à la SPAJ. Il s’agissait d’un “examen Maison” d’équivalence du Bac. Il s’adressait aux candidats non bacheliers.

Par ailleurs, cours de composition avec Guy MARANDET (peintre, élève d’André LHOTE), dans les Ateliers des Beaux-Arts de la Ville de Paris (cours du soir à Montparnasse), que m’a fait connaître Pierre PILLET. C’est dans cet atelier que je rencontre Monique POUSSARD, costumière de théâtre, épousée en 1964 à la fin de la 1ère année de la SPAJ. En parallèle, auditeur libre à l’ENSH : essentiellement en dessin avec René ENARD.

1963 – Avec Pierre PILLET, obtention de l’examen probatoire pour nous présenter au concours d’entrée de la SPAJ Puis de 1963 à 1965 après un concours, entrée à la SPAJ (deux années). Je suis classé 1er. À noter que les ingénieurs horticoles et les candidats externes se répartissaient à l’époque plus ou moins par moitié.

L’équipe pédagogique de la SPAJ :

En 1ère année :

Albert AUDIAS (technique), Théodore LEVEAU (Composition, ancien élève de J.C.N. Forestier), Jeanne HUGUENEY (Histoire de l’art), Simone HOOG (Histoire de l’art des jardins), les BERNARD Jean et Jean Pierre (Techniques), Roger PUGET et DESCATOIRE (Urbanisme), THOMAS (sols sportifs), René ENARD, puis Jacques CORDEAU (Dessin), …

Les matières enseignées concernent l’architecture et la construction, la composition, la construction des sols sportifs, le dessin, le droit foncier, les espaces verts, l’histoire de l’art des jardins, la technique des travaux, les travaux publics, l’urbanisme et l’utilisation des végétaux.

Nous avions des cours et des exercices sur des espaces limités, comme par exemple l”aménagement d’une terrasse d’immeuble, la conception d’escaliers et de gradines… et ceci, à des échelles dépassant rarement le 1/200ème.

Cette équipe pédagogique s’ouvre à de nouveaux enseignants paysagistes, sous la pression des étudiants, dont Caroline MOLLIE, Michel-François CITERNE, Michel VIOLLET, Allain PROVOST, …

En 2ème année, ce sont Jacques SGARD, Bernard LASSUS, Pierre ROULET, Jean-Claude SAINT-MAURICE, Jean Pierre BERNARD, Alain SPAKE, Elie MAURET, qui enseignent. Après l’école du Breuil, la plongée à Versailles fut brutale en 2ème année ! Changement complet d’échelle. Deux enseignants m’ont particulièrement marqué : le paysagiste et urbaniste Jacques SGARD et le plasticien coloriste Bernard LASSUS

Jacques SGARD :

Il nous a ouvert à la géographie, à l’« écologie végétale », et déjà au « grand paysage », avec d’emblée un projet d’aménagement d’un terrain d’environ 200 hectares à Bruyères-le-Châtel, un milieu très fragile, comparable aux milieux du massif forestier de Fontainebleau.

Nous n’étions plus à des échelles du 1/50ème ou 1/200ème. Nous devions caractériser le site, ses composantes pour justifier et argumenter ensuite un projet, qui consistait à accueillir de la voirie et un certain nombre d’habitations, ou un lotissement.

J’ai déniché un livre à la bibliothèque du Muséum d’Histoires naturelles de Paris sur les milieux du Massif de Fontainebleau, un ouvrage d’A.K. IABLOKOFF, “Un carrefour biogéographique – le Massif de Fontainebleau – Ecologie des réserves – 1953 ». Du coup, j’y appris énormément sur les milieux. C’était de l’écologie avant l’heure. Je regrette, à posteriori de ne pas avoir pu bénéficier à l’époque de l’enseignement du botaniste et écologue Jacques MONTEGUT qui enseignait la malherbologie à l’ENSH.

Je me confronte avec le site des boucles de l’Oise, futur Base de Plein Air et de Loisirs de Cergy-Pontoise. Nous participons au séminaire de Royaumont en 1965, organisé par l’Association “Aménagement et Nature” présidée par Roland BECHMANN. Ce séminaire était une sorte d’école des futurs directeurs des Parcs Nationaux (création institutionnelle en 1960 – La Vanoise, premier parc créé en 1963). Encore un saut d’échelle ! un brillant exposé me marque, celui de Jean BLANC, animateur de l’école des directeurs des parcs. Il interviendra dans le cadre du cycle de conférences du GERP en 1969.

Bernard LASSUS :

Il nous a appris à regarder et à analyser avec rigueur le pourquoi de nos sensations en rapport avec les apparences des espaces urbains ou naturels. Il nous a obligé à relativiser nos premiers jugements de valeur, à décortiquer la notion du beau. Il nous a ouvert à la physiologie et à la psychologie de la perception, aux modes de représentations du réel en nous encourageant à lire des ouvrages, comme ceux de Pierre FRANCASTEL, Fernand LEGER, Gaston BACHELARD, … Il nous conseillait les expositions d’artistes à voir.

Nous faisions des exercices plastiques, dont les fameux “bouchons”, des études visuelles d’espaces proches de l’école, des études sur la mobilité des apparences selon les saisons et les heures de la journée. (Étude de la Plaine de Stains en 1965. Des extraits de cette étude sont parus dans le Livre d’or de l’architecture et de l’urbanisme” publié par la Grande Masse de l’ENSBA en 1966).

Avec Jean Pierre-BERNARD et Alain SPAKE, nous avons été confrontés au problème de l’insertion d’infrastructures routières et autoroutières dans le paysage, avec notamment un exercice portant sur une future aire de repos et sa bretelle d’accès et de sortie de l’autoroute du Nord vers Compiègne. Avec Pierre ROULET, Gilbert SAMEL et Jean Claude SAINT-MAURICE, nous découvrions la problématique des Grands Ensembles d’Habitations, avec des projets d’espaces publics. Au total, nous étions, d’emblée, confrontés aux nouvelles et grandes questions posées par le développement du pays aux lendemains de la guerre : construction massive de logements, exploitation de carrières, réalisation du programme autoroutier, aménagements touristiques du littoral (Languedoc-Roussillon, Côte Aquitaine), création des parcs nationaux, des villes nouvelles, et des bases de loisirs, …

1965 – Obtention du certificat de fin d’études de la SPAJ, classé 1er.

1965 – 1966 – L’ANNEE DE STAGE à « l’ATELIER DE PAYSAGE »

À la fin de la SPAJ, le paysagiste Elie MAURET a proposé à Pierre PILLET un stage à la Compagnie Nationale d’Aménagement du Bas-Rhône-Languedoc (CNABRL), et Jacques SGARD m’a proposé d’effectuer mon stage à l’ATELIER DE PAYSAGE. Ce stage était d’une durée minimale d’un an avant de pouvoir présenter le DPLG – C’était en fait une 3ème année.

Cet atelier était à l’époque l’une des plus importantes agences paysagistes. Trois paysagistes y étaient associés : Jacques SGARD, Jean-Claude SAINT-MAURICE (Assistant Michel VIOLLET) et Pierre ROULET (Assistant Michel CASSIN). Cette agence était au cœur des nouvelles commandes dépendant des politiques d’après-guerre en urbanisme, environnement, et aménagement. Je travaillais principalement sur les projets de Pierre ROULET, fortement axés sur les espaces extérieurs de grands ensembles, comme celui du Grand Ensemble de Massy.

J’ai vite compris, que ma voie ne serait pas dans ce domaine. En effet les marges de manœuvres y sont très faibles pour s’exprimer. Les espaces sont réduits par la découpe du plan masse résultant bien souvent des chemins de grues pour la construction, et la présence des VRD en surface, comme en souterrain …[1] L’année passée dans cet atelier a été très fructueuse. C’était un lieu où régnait une ambiance extraordinaire, “une ruche”, où cohabitaient plusieurs stagiaires étrangers : Angrid TILANUS, hollandaise, Léandro Sylva DELGADO, uruguayen et disciple de Roberto BURLE MARX, et Wilfried KIRCHNER, autrichien. Aussi, Paul CLERC, autodidacte en reconversion professionnelle, Samuel ADELAÏDE, moi-même, tous trois futurs cofondateurs du GERP. Les discussions, confrontations et échanges entre nous étaient nourris et souvent enragés : l’œuvre de Le Corbusier, son modulor, le freudisme, les royautés en Espagne et aux Pays-Bas ……

J’ai malheureusement peu travaillé pour Jacques SGARD : seulement pour le plan de réaménagement des sablières en cours d’exploitation dans les boucles de la Seine aux Andelys. Je voyais l’avancement de son travail sur le parc André Malraux à Nanterre, en particulier pour le jardin de collection, sur lequel travaillait la stagiaire hollandaise Angrid TILANUS, savante en végétaux ; également ses travaux, plus d’urbanisme, sur la côte Landaise. C’est à cette occasion, que j’ai pris une nouvelle leçon d’écologie en découvrant les travaux de Georges KUHNHOTZ-LORDAT – “Essai de géographie botanique sur les dunes du Golfe du Lion – 1924. » Il mettait en évidence la dynamique de colonisation des dunes par la végétation. J’ai alors, par moi-même, senti le besoin d’approfondir mes connaissances en lisant des ouvrages comme ceux d’OZENDA, (Biogéographie végétale – Edit. Doin – 1964), ou de TRICART (J.) – (“L’épiderme de la terre – esquisse d’une géomorphologie appliquée” – Coll. Evolution des sciences – Edit. Masson et Cie – 1962). J’ai également eu accès à la thèse de J. Sgard à l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris (1958) « Récréation et Espaces Verts aux Pays-Bas”, qui m’a ouvert sur les possibilités de travail aux échelles de la planification et de l’aménagement du territoire. Je me rappelle aussi des cotés très perfectionnistes de Jean Claude SAINT-MAURICE et de Pierre ROULET pour les tracés des circulations piétonnes, qu’il fallait anticiper : courbes tendues, contrariées, contre courbes, … et longuement mises au point. La gomme de Michel VIOLLET était très active …Un bon exemple : les allées du parc de la République à Pierrefitte-sur-Seine, que concevait Léandro Sylva. DELGADO pour le compte de Pierre ROULET.

1966 : Obtention du titre de paysagiste DPMA (Diplôme de Paysagiste du Ministère de l’Agriculture), après concours en loge. Je suis classé 1er et Pierre PILLET, second.

Le concours en loge durait une journée au cours de laquelle une esquisse devait être remise. Le jury donnait alors, ou non, le feu vert pour présenter après un an de stage minimum le DPLG, soit un dossier complet comportant une analyse du site, toutes les pièces techniques et écrites, et bien sûr, le projet. Les membres du jury, durant une journée, se partageaient les diverses pièces à évaluer, puis s’entretenaient avec le candidat.

Le jury était composé de :

M.M. JUSSIAUX, Ingénieur général d’agronomie, Président du jury, Le GUELINEL, Ingénieur général d’agronomie, Directeur de l’ENSH, AUDIAS, paysagiste, professeur, COLLIN, paysagiste, ingénieur à la Ville de Paris, Président de l’Association des anciens élèves, CORDEAU, professeur de dessin, GRISVARD, Conservateur des jardins du Luxembourg, LEVEAU, architecte et urbaniste en chef honoraire des bâtiments civils et palais nationaux, professeur, PERRIN, chef du service des espaces verts à la direction de l’aménagement de la région parisienne, PUGET, Inspecteur général au Ministère de la Construction, professeur, SABOURIN, Ingénieur à la Ville de Paris, professeur, SGARD, paysagiste et urbaniste, professeur.

À l’issue de la soutenance, le diplôme était attribué, ou non. Dans la négative, soit le candidat était invité à repasser devant le jury, lors de la session suivante en apportant les compléments demandés à son dossier. Soit le candidat était invité à se présenter à une nouvelle session. Cependant, le candidat ne pouvait pas se présenter à plus de trois sessions. Au-delà, il ne pouvait obtenir le titre de paysagiste DPLG, et n’avait que le certificat de fin d’études de la SPAJ.

Le sujet de ma session a été donné par Jean-Bernard PERRIN : » l ‘aménagement d’un parc sur le versant du Mont Valérien, sous l’esplanade du Mémorial de la France Combattante (Rueil-Malmaison, Nanterre, Suresnes) ». Ce lieu fait partie aujourd’hui du Parc-Promenade Départemental Jacques BAUMEL (1979) et du Cimetière-Parc de Nanterre (1969-1979) – (J. DARRAS, architecte, Michel CASSIN et Pierre ROULET paysagistes)

Ce concours en loge a été très combattu par les élèves, les anciens élèves candidats au DPLG, par le Groupe d’études et de Recherches du Paysage (GERP). Ce dernier a signé une tribune dans Le Monde du 3 décembre 1970 “Pour un traité de paix avec le Paysage”, signé de Paul CLERC et Denis ROUVE. Le GERP est également intervenu vigoureusement lors d’une assemblée générale de la Société des Paysagistes français (SPF, alors présidée par Daniel COLLIN). J’étais porteur d’une pétition signée d’une trentaine de jeunes paysagistes, afin d’obtenir le soutien de la SPF auprès de la tutelle ministérielle pour la réforme du DPLG. Également, pour obtenir la possibilité aux non encore diplômés, souvent déjà engagés dans la vie professionnelle, d’en être membre, en l’attente de la reprise des DPLG sur une autre base.

SERVICE NATIONAL en 1966 – 1967

Libéré à 12 mois, car soutien de famille indispensable (un enfant et un à naître).

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UN RICHE ET INTENSE DEBUT PROFESSIONNEL :

 

1 – 1967 à 1974, la fin de l’ESAJ-ENSH (rédigé)

2 – 1967 – 1969 : STCAU (rédigé)

3 – 1967 – 1970 – Association GERP (rédigé)

4 – 1969 – 1974 : OREALM

5 – 1968 à 1975 l’Association PAYSAGE, (rédigé)

6 – 1975 à 1979, le CNERP (rédigé).

7 – 1979 à 1984 – STU

8 – 1976 à 1984 – ENSP

ET AUSSI, DES ENGAGEMENTS MULTIPLES :

A rédiger

 

 

2 – LE S.T.C.A.U. (1967 – 1969), point de départ :

Le Service Central d’Aménagement et d’Urbanisme dépendait de la Direction de l’Aménagement Foncier et de l’Urbanisme (DAFU), du Ministère de l’Equipement et de l’urbanisme (MEL). Ce service a été mis en place pour mettre en application la Loi d’Orientation Foncière, la LOF de 1967. Cette loi permettait de mettre en œuvre les Schémas Directeurs d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU), les Plans d’Occupation des Sols (POS), les Coefficients d’Occupation des sols (COS), la Taxe Locale d’Equipement (TLE), et les Zones d’Aménagement Concertée (ZAC).

Pour ce faire, dans le même temps, une administration territoriale technique se met en place et se renforce : les Directions Départementales de l’Equipement (DDE), les Groupe d’études et de programmation (les GEP). Ces services étaient pour la plupart dirigés par de jeunes Ingénieurs des Travaux Publics. Sont également mis en place les Services Régionaux de l’Equipement (SRE).

Le STCAU a été créé, afin de les aider dans leurs nouvelles tâches par des assistances techniques, méthodologiques, documentaires, … Ainsi, le STCAU a été structuré autour de groupes d’études et de recherches thématiques, comme le Centre de Documentation sur l’Urbanisme (CDU), le Groupe de travail “Relations Ville Campagne ».

Ce groupe était dirigé par Rémi PERELMAN, Ingénieur agronome. Il était composé d’une petite équipe interdisciplinaire : Colette SAUVANT, géographe, Florence MAROT, sociologue, Claude LELONG, architecte à mi-temps, chercheur au CDU, et moi-même, paysagiste. J’y ai été recruté, grâce à Jacques SGARD, conseiller paysage auprès de la direction du STCAU, tout comme Bernard LASSUS.

Des consultants étaient mobilisés, dont Charles ROSSETTI, ingénieur écologue, CLAUZURE, et LASSEIGNE, forestiers, de François BRUN, Denis POUPARDIN, Sané de PARCEVAUX, et Jean-Pierre DEFFONTAINES, agronomes, tous de l’INRA. Le STCAU a édité de nombreuses notes techniques à l’adresse des équipes d’urbanisme sur le terrain. Ce sont les fameuses “notes violettes”, couleur déterminée par Bernard LASSUS, afin de contraster avec la masse habituelle des documents sur les bureaux … ! Par ailleurs, le Centre de Documentation de l’Urbanisme, le CDU édite en particulier le “BULLDOC”.

Le Groupe Relations Ville Campagne a été très productif en notices violettes sous l’intitulé “les éléments principaux du site”. L’objectif était d’informer les DDE sur le fait que les espaces à urbaniser n’étaient pas des pages blanches, comme indiqué sur la plupart des fonds de plan de l’époque… ! Ainsi, de 1967 à 1970, les notes ont balayé la quasi-totalité des éléments physiques et naturels des sites, dont les exploitations agricoles, la bioclimatologie, la géomorphologie, la géologie, l’hydrologie…Pour ma part, j’ai travaillé sur les notes « Végétation » (1968), et « Forêt » (1969) avec l’aide d’ingénieurs forestiers, Mrs CLAUZURE conseiller technique auprès du Préfet de la région parisienne, et LASSEIGNE, du département tourisme, chasse et pêche à la Direction Technique de l’ONF (note rééditée en 1971 par Rémi PERELMAN).

Ces deux notes d’information accompagnaient en particulier la politique du ministre Albin CHALANDON, qui souhaitait développer l’urbanisation dans les massifs forestiers (en effet, la LOF l’autorisait à condition de laisser ouvert au public les 9/10ème du massif urbanisé), ainsi qu’autour de plans d’eau, afin de « rapprocher les français de la nature ». (Voir les lotissements de maisons individuelles dites « Chalandonnettes ».

Une note sur l’expérience des Pays-Bas en matière d’environnement et d’aménagement a également été diffusée. Une note sur le « Paysage » était prévue. Le groupe a eu à suivre et à conclure en 1969 une recherche menée par les bureaux d’étude CINAM-SCAUE lancée par la DAFU – “La mise en valeur et la protection des paysages – De la protection des paysages à la mise en valeur du milieu de vie”. Cette recherche a été menée à la demande de Paul DUFOURNET, architecte, Inspecteur Général de la Construction. C’est certainement la première étude générale recensant les diverses approches du paysage, principalement à l’étranger, et proposant des axes d’action. Jean ZEITOUN, polytechnicien, l’un des membres de l’équipe, a publié un long article « La notion de paysage » dans la revue « L’architecture d’aujourd’hui » – N° 145.- 1969. Cette recherche a été exploitée par les travaux du GERP (Groupe « Paysage »), par l’Association “PAYSAGE”, pour mes enseignements : SPAJ de l’ENSH, UV dans plusieurs Universités, sessions de formation continue, colloques, articles, …

Dans le même temps, le Centre de documentation livrait un numéro de son bulletin, dénommé le BULLDOC. Il comprenait deux articles principaux, très remarqués, mais guère apprécié par la hiérarchie (DAFU et Cabinet).

– DREYFUS (Jacques) – Les ambigüités de la notion d’environnement (critique sur la naissance de la politique d’environnement),

– LASSUS (Bernard) – Les habitants face aux structures dans la création du paysage urbain.

Le STCAU était une véritable plaque tournante pour échanger connaissances, expériences avec les équipes de terrain, et vice versa. Ainsi, le groupe relation ville campagne a animé le Club des paysagistes d’OREAM”, avec la participation du responsable de l’environnement de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture, l’APCA : Jacques SGARD (Nancy-Metz-Thionville, et Aix-Marseille-Fos), Michel-François CITERNE (Nancy-Metz-Thionville), Jean CHALLET et Pierre MAS (Nord – Pas de Calais)., Michel VIOLLET, (Nantes-Saint-Nazaire)

C’était bien nécessaire à une période où nous étions tous confrontés à des échelles et à des questionnements totalement nouveaux, en particulier la protection et l’aménagement des espaces agricoles, et des projets de « ceintures vertes », « coupures vertes », « coulées vertes », … dans les aires urbaines.

Ce rôle de “plaque tournante” a joué à plein durant les évènements de 1968… Le STCAU a été en grève et en assemblée générale durant plusieurs semaines. Avec son central téléphonique, le STCAU était en lien permanent avec les équipes de terrain et vice versa… De ces évènements ont été élaborés des motions, textes, qui ont fait la une des Revues d’Urbanisme au plan international. Cela n’a pas été pardonné, … et à partir de 1969, le STCAU a été démantelé en douceur, moi-même étant invité à rejoindre l’équipe de l’Organisation d’Etude, d’Aménagement de la Loire Moyenne en cours de constitution (OREALM).

En marge des activités du groupe « relations Ville Campagne », nombre d’intervenants se sont mobilisés pour agir et poursuivre la défense des idées de paysage, et tout particulièrement pour demander la création de formations de professionnels, sachant que le Ministère de l’Agriculture avait l’intention d’arrêter la Section du Paysage et de l’Art des Jardins, la SPAJ de l’ENSH. Pour ce faire, en 1968, ou 1969 ?, ils se sont constitués en Association « PAYSAGE ». Voir le chapitre 4.

 

3 – 1967 – 1970 : LE G.E.R.P.

GROUPE D’ETUDE ET RECHERCHE SUR LE PAYSAGE 

En cours

 

4 – 1969 – 1974 : L’OREALM

ORGANISATION D’ETUDES D’AMENAGEMENT DE LA LOIRE MOYENNE :

A rédiger.

 

5 – 1968 – 1975 : L’ASSOCIATION PAYSAGE :

Douze fondateurs dont :

Jacques SGARD, paysagiste-urbaniste, Président, Bernard LASSUS, plasticien, Vice Président, Rémi PERELMAN, ingénieur agronome, Secrétaire général, Pierre DAUVERGNE, paysagiste, Secrétaire, Paul CLERC, paysagiste, du bureau d’étude PAYSA, Trésorier.

Autres membres : Jean CHALLET, paysagiste-urbaniste à l’OREAM Nord, Charles ROSSETTI, ingénieur écologue, Claude AUBER, architecte, directeur adjoint du STCAU, CLAUZURE, ingénieur forestier, conseiller technique auprès du Préfet de la région parisienne, Jean Pierre. DEFFONTAINES, ingénieur agronome et géographe à l’INRA, Olivier DOLLFUS, géographe, Paul RENDU sociologue au Centre de Sociologie Urbaine, le CSU.

C’est un regroupement de disciplines variées pour aborder les questions de paysage dans toute leur ampleur, et en cela bien au-delà des questions esthétisantes et protectionnistes, qui ont cours … Comme on l’a vu précédemment, le GERP mène en parallèle ses propres activités en lien avec le STCAU et l’association.

1971 – Lors de la création du premier ministère de l’Environnement par Robert POUJADE, l’association PAYSAGE lui fait part de ses préoccupations et propositions, soit de mettre en place une formation au paysage d’aménagement pour des professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme.

Le Ministre, qui avait besoin d’asseoir son autorité le plus vite possible, donne son accord au projet de l’association, car il pouvait être mis en place très rapidement. Ainsi, l’association est chargée par le Ministère de l’environnement de créer un cycle d’un an pour une formation expérimentale au “paysage d’aménagement” destinée à des professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme, et pour développer la recherche. Ce cycle a été mis en place en 1972.

1973 : Le Ministre prend publiquement position dans LE MONDE du 22 septembre 1973 par un article en pleine page, intitulé “Vie et mort des paysages – Les pouvoirs publics peuvent-ils sauver les sites ?”.

L’association s’installe dans des locaux rue de Lisbonne à Paris. La première promotion de quinze professionnels a été prolongée d’un an. Le bilan étant jugé très positif, ce cycle a été reconduit durant trois ou quatre (?) années. Il était animé par le Groupe d’Orientation Pédagogique et scientifique (GOPS). C’est la mise en place expérimentale du CYCLE PROFESSIONNEL DE FORMATION AU PAYSAGE D’AMENAGEMENT.

Robert POUJADE est le premier Ministre de l’Environnement, (1971 – 1974). Dès sa nomination, il cherche à lancer le plus rapidement possible un projet pour asseoir son autorité, et son champ de compétences. Serge ANTOINE au Haut Comité de l’Environnement lui suggère la création du cycle de formation au paysage, projet qu’il connait, et qui de son point de vue, est mûr pour sa mise en œuvre. D’autre part, ce projet contribuerait à la formation de personnels compétents pour les futures politiques du ministère, et ses nouvelles structures administratives décentralisées.

Le 2 novembre 1971, un Conseil Interministériel charge l’Association de mettre en place un cycle professionnel annuel sur le paysage d’aménagement. Grâce à une subvention du Ministère le cycle est installé le 16 novembre 1972, Rue de Lisbonne à Paris, près du parc Monceau. Une petite équipe auprès de Rémi PERELMAN prépare le cycle : Sarah ZARMATI, Charles ROSSETTI, et moi-même, puis, mise en place du Groupe d’Orientation Pédagogique et Scientifique, le GOBS, avec la participation de C. ROSSETTI, Jacques SGARD, Bernard LASSUS et Rémi PERELMAN.

Les stagiaires font acte de candidature après parution d’annonces dans la presse, ou par connaissance de l’existence du cycle, notamment par les GERP et la SPAJ. Ils sont recrutés après entretien. Il est veillé à la constitution de promotions équilibrées entre les paysagistes et les autres disciplines.

Dans Le Monde du 22 09 1973, Robert Poujade publie un article, en pleine page intitulé « Vie et mort des paysages – Les pouvoirs publics peuvent-ils sauver les sites ? ». Ce texte est intégré dans son ouvrage de 1975 « Le ministère de l’impossible ». Le premier cycle expérimental s’est déroulé sur deux années, et non pas une comme prévu à l’origine. Les trois suivants (ou quatre ?) ont bien été d’un an.

De 1973 à 1974, je suis chargé de mission pour mettre en place l’ « appui technique » aux Ateliers Régionaux des Sites et Paysage (ARSP), puis aux Directeurs Régionaux de l’Environnement (DRE), deux nouvelles structures de l’Administration.

1972 à 1976 : Quatre (ou cinq) cycles longs interdisciplinaires de formation professionnelle au paysage (post 3ème cycle) se déroulent durant cette période. Le Groupe d’Orientation Pédagogique et Scientifique, le GOPS, rassemble Jacques SGARD, Bernard LASSUS, Charles ROSSETTI, Jean CHALLET, Jacques MONTEGUT, Michel MACARY, moi-même et d’autres intervenants ponctuels.

En 1975, l’Association PAYSAGE laisse la place à l’association (loi de 1901), dite CENTRE NATIONAL D’ETUDE ET DE RECHERCHE DU PAYSAGE, le CNERP, structure plus pérenne. Elle poursuit le cycle de formation jusqu’en 1976.

1973 – 1974, Je suis détaché par l’Organisation d’Etudes d’aménagement de la Région Centre (OREALM), auprès de l’Association Paysage, pour la mise en place et l’animation de l’appui technique en matière de paysage auprès des nouveaux chefs des ateliers régionaux des sites et des paysages (ARSP), et des délégations régionales de l’environnement (DRE), mais aussi auprès des services décentralisés du Ministère : SRE, CETE, DDE. 7 Feuilles « Informations Appui Technique » rendent compte des contacts avec le terrain.

1976 : l’Association est érigée en Centre National d’Etudes et de Recherches du Paysage (CNERP) jusqu’au début de 1979.

 

6 – Le CNERP : CENTRE NATIONAL D’ETUDE ET DE RECHERCHE DU PAYSAGE.

Par commodité et compréhension nous entendrons le CNERP comme la somme de l’Association PAYSAGE, période où elle est chargée du cycle expérimental de formation professionnelle au « paysage d’aménagement » (1971 à 1974), puis du CNERP stricto sensu (Décembre 1974 à janvier 1979).

Quelques documents (B. Baraqué, 1985) relatent plus ou moins bien l’histoire du CNERP. Il est bon de s’y référer. Cependant, les différentes sources sont souvent fragmentaires, partielles, voir contradictoires sur les dates. Accéder aux archives du CNERP déposées au Ministère permettrait de progresser pour cerner avec justesse cette période.

Après les deux premières années, le cycle est institutionnalisé en CNERP le 31 mars 1975 par le Ministre de la Qualité de la Vie, André JARROT, à Trappes, dans les locaux d’une antenne pédagogique d’une école d’architecture parisienne. Il reste une Association loi de 1901, qui dispose d’un Conseil d’Administration Interministériel, présidé par Pierre de la Lande de Calan de la Fondation de France (il est par ailleurs l’un des dirigeants de la Barclay s Bank).

Le CNERP est confirmé par le Ministre André FOSSET le 27 avril 1976. Mais à l’issue de l’Assemblée générale du CNERP du 24 janvier 1979, le Ministre Michel d’ORNANO décide de fermer le CNERP. Au total, presque 7 années et … quatre Ministres !

Sur toutes ces périodes d’activités, exploiter en particulier :

– La Plaquette du CNERP.

– R. PERELMAN – L’aménagement de la nature – cf. encadré sur le CNERP en page 12 – et dans la Revue Sciences et Avenir – N° spécial « La science du Paysage. 1974

– Les Nouvelles du Paysage n° 1 de juin/juillet 1975 au N° 8 de novembre/décembre 1976,

– le bulletin de la Documentation d’avril 1977.

– le rapport de 1985 de Bernard BARRAQUE « Le Paysage de l’Administration » Mission de la Recherche urbaine DUP / MULT.

___________________________________________________________________________

LE CNERP à partir de 1975 :

En résumé :

– La direction est assurée par Rémy PERELMAN et un secrétariat,

– Le cycle de formation professionnelle au paysage d’aménagement :

Jacques SGARD, Bernard LASSUS, Charles ROSSETTI, Rémi PERELMAN. D’autres enseignants participent également à l’enseignement comme Michel MACARY, architecte, Jean CHALLET, paysagiste, Jacques MONTEGUT, écologue, moi-même.

Se sont déroulés quatre (ou cinq ?) cycles, soit plus de 60 professionnels formés au paysage d’aménagement. Certains d’entre eux intègreront les structures du CNERP, et plus tard, la plupart occuperont des postes dans les services du Ministère.

– Le Centre de Documentation du Paysage, dirigé par Sarah ZARMATI, est assistée par Claudine ZYSBERG, Nicole DE GOUTTE, Alain SANDOZ, puis Luc VOYENNE pour « les Nouvelles du Paysage ». Le centre réunira plusieurs milliers d’ouvrages, publications diverses. Il réalisera des bibliographies, des notes et recherches documentaires

La cellule audiovisuelle : dirigée par Yves LUGINBUHL, assisté de Jean Pierre BOYER et Pierre VANTOUROUX, constituera une diathèque, réalisera des documents audiovisuels de sensibilisation au paysage. Cette cellule concevra les maquettes des publications du CNERP.

– La cellule de la Formation Continue animée par Anne KRIEGEL a réalisé de nombreuses sessions de formation continue à l’adresse des milieux professionnels de l’aménagement et de l’urbanisme. Voir par exemple le programme de l’année 78.

Le groupe d’étude, de recherche, et d’expérimentation :

Avant la mise en place du groupe, l’Appui Technique, 1973-1975, animé par moi-même, a fonctionné principalement auprès des Chefs des Ateliers Régionaux des Sites et Paysage (ARSP), puis des Directeurs Régionaux de l’Environnement (DRE).

Par ailleurs, Alain MIGNARD, paysagiste, a été recruté temporairement en 1973-1974 et mis à disposition de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Ville Nouvelle du VAUDREUIL.

Voir les documents internes suivants :

– Les notes « Informations Appui Technique » N°1 à 7 – novembre 1973 / juillet-aout 1974.

– Note d’aout 1973 sur les demandes enregistrées à l’Appui Technique.

– Note du 28 aout 1973 sur les préoccupations des ARSP et DRE

À leur lecture, il est possible de bien prendre la température de la période en matière de préoccupations des administrations et du Ministère.

À partir de 1975, je suis recruté au 31 01 1975, en tant que directeur d’étude responsable de l’équipe des études, recherches et expérimentations. L’équipe est rapidement constituée principalement par des professionnels issus des cycles de formation du CNERP dont : Alain LEVAVASSEUR, paysagiste, Marie Noëlle BRAULT, paysagiste, Zsuza CROS, paysagiste polonaise, Jean Pierre SAURIN, paysagiste, Jean Rémy NEGRE, architecte-urbaniste. Autres membres de l’équipe : Marie Claude DIEBOLD, géographe, Claude BASSIN-CARLIER, ingénieur écologue, Janine GREGOIRE, secrétaire. IL était fréquent que des travaux mobilisent des membres de plusieurs unités en même temps.

Selon le Centre de Documentation, de 1973 à 1977, 127 rapports d’études, ou de recherches sont réalisés par les équipes du CNERP (7 en 1973, 24 en 1974, 28 en 1975, 34 en 1976 et 34 encore en 1977).

Voir :

– L’Inventaire des études dressé par le Centre de documentation au 5 octobre 1978

– L’actualisation des études et recherches à la date du 18 octobre 1978 et études en cours 1978/1979.

A l’analyse de ces listes il est possible de recenser les thèmes, qui préoccupaient le Ministère et ses services.

En effet, la quasi-totalité de celles-ci correspondent à des commandes du Cabinet et des services centraux. Les contrats étaient négociés par Rémi Perelman. Certains constituaient des formes de subvention de fonctionnement.

Pour ma part, je citerai cinq travaux particuliers du CNERP :

La formation des ingénieurs (dits lignards) du Centre d’Etude du Réseau de Transport (CERT) de l’EDF (date ?)

Ainsi, la totalité des 200 (?) ingénieurs du CERT, ont participé à une formation exemplaire su plusieurs années (3 ?). Ces ingénieurs, dits les « lignards » étaient responsables des tracés des lignes à très haute tension et hautes tensions pour transporter l’énergie produite par les nouvelles centrales nucléaires.

Les études se heurtaient à de fortes oppositions, car les lignards élaboraient des tracés linéaires faisant fi des singularités géographiques. Parfois, les tracés évitaient des secteurs trop sensibles. Ainsi, le CNERP a été chargé (Cf Yves LUGINBUHL) de développer une culture du paysage à ces lignards par des sessions courtes de formation, mais aussi par des exercices pratiques à partir d’une maquette de 20 m x 20 m (?) conçue par Y. LUGINBUHL représentant de nombreuses situations géographiques. Au-dessus de celle-ci des caméras mobiles permettaient de visualiser et d’évaluer les simulations de tracé. Les lignards devaient justifier leur projet de tracé. A noter qu’EDF faisait partie du Conseil d’Administration du CNERP.

En 1977, une expertise éclair sur le projet d’implantation de la station de sports d’hiver de Barca dans la vallée d’Aspe, près du village d’Aydius. Elle a été réalisée pour le compte du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques par Yves LUGINBUHL, Sarah ZARMATI, Janine GREGOIRE et moi-même. Il était demandé d’évaluer le volume bâti dans le paysage et de mesurer l’impact de la voirie d’accès à créer.

Cette expertise réalisée en un temps record est exemplaire de l’approche paysagère du CNERP, à la fin de son existence. Cette approche globalisante affiche une problématique en termes de développement et d’aménagement d’un territoire, bien au-delà des simples impacts visuels.

De 1973 à 1984, 12 années d’assistance à l’Etablissement Public d’Aménagement de la Ville Nouvelle du Vaudreuil (EPVNV) et à sa Cellule Environnement. Cette assistance correspondait à l’une des « 100 mesures pour l’environnement » puis, a été inscrite dans le programme de la DGRST. Ont été réalisées plusieurs études méthodologiques, recherches et une présence au sein du Conseil scientifique environnement. C’est un ensemble de travaux mené par le CNERP dans la durée, puis, à partir de 1979, par le STU-ENSP, dont :

– Le conseil scientifique de la cellule environnement. Il comprenait un géographe, un sociologue, un acousticien, un hydrogéologue, un naturaliste pour la faune, et un paysagiste. Le conseil a particulièrement travaillé sur les dossiers d’impact.

– en 1974, l’étude paysagère du site de la ville nouvelle du Vaudreuil par Alain MIGNARD,

– en 1978, avec Alain LEVAVASSEUR recherche méthodologique pour l’établissement de palettes végétales des sites en voie d’urbanisation.

– de 1978 à 1980 : Recherche sur « la production, la gestion et l’appropriation des espaces extérieurs en milieu urbain nouveaux ». Recherche menée par Sarah ZARMATI, Alain LEVAVASSEUR, moi-même avec les sociologues Maurice IMBERT et Jean Charles LAGREE du Centre d’Ethnologie Sociale et de Psychologie du CNRES, enfin avec Michel GANTIER, photographe à l’EPAVNV.

Les 6 et 7 mai 1976, à Cabourg, présentation des résultats de l’étude sur « les approches paysagères ». Ce fut le séminaire « Paysage et Aménagement » de CABOURG. Travail mené par Sarah ZARMATI, Jean Pierre SAURIN, Ssuzsa CROS, et moi-même. C’était une commande importante du ministère de la Qualité de la vie. La restitution de l’étude s’est faite dans le Grand Hôtel de Cabourg devant une centaine de personnalités des différentes directions et services des ministères en charge des questions de sites, paysage et environnement.

1978 à 1981 – Préparation et exploitation du concours du parc départemental du SAUSSET pour la Société d’Economie Mixte du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis (la SODEDAT 93). Sous la Direction de de C. BOUZEMBERG, architecte-urbaniste, une équipe a été constituée avec, pour le CNERP : Alain LEVAVASSEUR, Claude BASSIN-CARLIER, et moi-même, pour l’Université de Paris Nord (Villetaneuse), le Professeur SIVIGNON, géographe, et pour le laboratoire d’économétrie de l’Ecole polytechnique, Robert BALLION, sociologue.

Les propositions remises ont mis en évidence nettement les deux tendances conceptuelles du moment dont l’une récente, qui s’est affirmée lors du concours. À ce titre, ce concours présente une certaine exemplarité, qui a d’ailleurs inspiré les responsables de la mission parc de l’Etablissement Public d’Aménagement du Parc de la Villette.

BILAN ET FIN DU CNERP. Une appréciation personnelle 

Cette fin, ou pour certains la « mort du CNERP, vive le paysage », tient à plusieurs raisons concomitantes :

Une gestion désastreuse a-t-on dit … !

C’est vers l’année 77, que les premiers signes de difficultés financières se font sentir. Celles-ci deviennent permanentes dans le courant de l’année 78 avec en particulier des retards dans les versements des salaires en fin de mois.

Cette situation s’explique par la forte diminution des subventions à l’issue des cycles de formation, et par le désengagement progressif de certains ministères (le ministère de l’agriculture n’a jamais apporté une aide). C’est en quelque sorte un désengagement général des ministères.

La compensation à ces manques s’est faite par la réalisation d’études de plus en plus nombreuses, « alimentaires » pour certaines, faisant dériver ainsi l’équipe vers un bureau d’étude classique, et des études éloignées des objectifs assignés au Centre, soit des études méthodologiques et des recherches.

D’ailleurs, à ce propos, la profession a dénoncé cette situation jugée déloyale et concurrentielle. C’est un retournement de situation par rapport au début des années 70, où cette même profession critiquait l’orientation de la formation vers le « paysage d’aménagement », sachant que pour elle, le métier était avant tout de faire de la maitrise d’œuvre. Pour les « Cnerpiens », les deux approches, s’exercent à des échelles différentes, et font partie du même métier.

Des différences de points de vue avec la tutelle …

Par exemple, sur les dossiers d’impact, le CNERP ne s’est pas engagé auprès de l’Atelier Central de l’environnement pour faire des guides méthodologiques à l’adresse des maîtres d’ouvrage. Ces dossiers développaient forcément une démarche déductive, et non pas inductive, c’est-à-dire en termes de projet.

Par exemple, encore, une entreprise importante, mais en difficulté, fabricant des poteaux métalliques pour supporter les câbles électriques ou téléphoniques, était combattue par des associations, ces poteaux étant jugés disgracieux dans les sites et paysages. Le ministère souhaitant défendre les emplois de cette entreprise, a demandé au CNERP des arguments pour poursuivre, selon des modalités à définir, la fabrication de ces poteaux.

Le CNERP a proposé d’implanter ces poteaux dans les paysages artificialisés, du type de la Beauce, et de réserver l’implantation des poteaux en bois dans les paysages de bocage, boisés ou forestiers. Le ministère a fait le choix inverse. Incompréhension donc …

Le séminaire de Cabourg a engendré quelques mouvements. D’abord sur le caractère somptuaire du lieu (choisi avec l’accord du Ministère …), mais plus sur la défense de méthodes d’approche large, par rapport aux approches esthétisantes et règlementaires, soit le quotidien des services.

Les réunions périodiques des chefs des ARSP à Trappes avec l’Appui technique ont finalement été suspendues et rapatriées au ministère, ce dernier vivant mal l’imprégnation des idées du CNERP à ses jeunes services…sans compter avec les difficultés d’accès depuis la province.

Une grève et des interventions des personnels :

À la fin de 78, les personnels, une vingtaine, mènent une série d’actions pour défendre l’existence du CNERP, outil expérimenté dans le domaine du paysage, et bien sûr pour la défense de leur emploi. Avec le soutien de l’Union locale de la CGT, de nombreuses interventions sont menées. Deux parlementaires se mobilisent et posent une question orale tant à l’Assemblée Nationale, qu’au Sénat : Michel ROCARD, député des Yvelines, Maire de Conflans sainte Honorine, et Bernard HUGO, sénateur, maire de Trappes, Président de l’EPA de la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines. Les préoccupations des personnels sont prises en considération, comme l’intérêt de préserver l’expérience du CNERP, notamment lors d’une Inspection générale du Ministère.

L’évolution du contexte administratif du ministère …

La création d’une nouvelle direction, celle de la Direction de l’Urbanisme et du Paysage (DUP), une grande première ! et en son sein, la Mission du Paysage ! Le CNERP n’a pas été inutile, il pouvait laisser la place à une administration durable.

Pour une part, des personnels du CNERP, intègreront ces nouveaux services, tandis que l’essentiel de l’équipe d’études, de recherche et d’expérimentations, contribuera à renforcer l’« Atelier » du Service Technique de l’Urbanisme (STU).

Les observations de la Cour des Comptes :

La Cour des Comptes venait de faire des observations à l’Etat sur le recours fréquent à des associations loi 1901 pour créer avec souplesse des services en marge de l’administration. Tel était le cas, d’une certaine manière, du CNERP. Il en a été de même, à la même période du Centre de Recherche d’Urbanisme (CRU).

Au total, le bilan n’est pas si négatif, qu’on l’entend encore souvent … Le CNERP a joué sans conteste un rôle utile dans l’émergence des idées nouvelles de paysage, dans la formation de nouveaux professionnels, et l’engagement de nouvelles pratiques professionnelles.

Une recherche documentaire à partir des archives du CNERP permettrait de mieux cerner le rôle joué par le CNERP,et son utilité.

 

7 – 1979 – 1984 : LE STU. SERVICE TECHNIQUE DE L’URBANISME :

A rédiger

– Les formations à partir de 1967, actions de formation initiales et ….

ESAJ, ENSP, Universités, écoles d’ingénieurs, …

– LES FORMATIONS

– DES ENGAGEMENTS

– PUBLICATIONS

– BIBLIOGRAPHIE ET DOCUMENTS.

Version du 30 décembre 2018 (mise en forme de P. Donadieu)

 


[1] Voir à ce sujet BLANCHON (Bernadette) – Les paysagistes en France dans les grands ensembles d’habitations – Programme architecture des espaces publics modernes – Plan construction et architecture – MEL – 1998

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