Pierre Donadieu

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Pierre Donadieu

Botaniste, géographe, historien : enseignant et chercheur

Son parcoursses publicationsses distinctionsses idées

Pierre Donadieu est né le 3 février 1945 à Louzy (Deux-Sévres). Il passe son enfance dans la campagne des Marches picto-angevines.

Son parcours

Le lycée (1956-1965)

De 1956 à 1965, il fait ses études au lycée Henri IV à Poitiers et s’oriente vers le métier d’agronome :

« Dans les premières années du lycée, je pensais au métier d’agronome mais sans savoir ce que signifiait exactement ce mot. Peut-être une sorte de super agriculteur sans les travaux des champs que je n’appréciais pas du tout dans la ferme familiale ? »1.

Ayant été admis dans les classes préparatoires aux grandes écoles (en section Agro), l’idée de devenir paysagiste apparait mystérieusement :

« Une idée me trottait derrière la tête depuis le début des classes prépas : devenir paysagiste, sans renoncer à être agronome. Non pour seulement dessiner et réaliser des jardins mais pour m’occuper également des paysages. Comment et pourquoi ? Je n’en savais rien mais cette curieuse intuition se révéla juste. La seule école qui semblait apporter cette compétence était l’École d’horticulture de Versailles qui offrait une spécialité Paysage et Art des jardins. Cette motivation reste pour moi obscure car je ne connaissais aucun paysagiste, mais en revanche je réussissais très bien en géographie. En outre j’adorais la botanique et commençais à savoir mettre des noms sur les arbres, les fleurs et les herbes. En réalisant mon premier herbier avec des récoltes botaniques à Louzy, je préparais sans le savoir ma carrière de botaniste et de phytogéographe. »

L’École nationale supérieure d’horticulture de Versailles (1965-1968)

Après avoir démissionné de l’École d’agronomie de Grignon où il était admis, il entre à l’ENSH pour obtenir son diplôme d’ingénieur horticole et suivre les enseignements de la Section du paysage, comme son voisin de table Gilles Clément :

« Mon premier voisin de table, à ma gauche sur la paillasse, dans la salle de travaux pratiques du bâtiment des Suisses, s’appelle Gilles Clément. Lui aussi a démissionné d’une école d’agronomie, celle de Rennes où il était reçu. Il veut devenir paysagiste et y parviendra avec succès. »

P. Donadieu renonce à suivre la Section et se prépare à l’INRA à une carrière dans les services de Protection des végétaux :

« Le printemps 1968 arriva. C’était ma troisième année d’école. La révolte grondait dans les milieux étudiants. J’étais en stage à l’Institut national de la recherche agronomique de Versailles dans un laboratoire de virologie, car j’avais décidé de ne pas m’inscrire dans la section de paysagiste. J’avais trouvé deux bonnes raisons : l’état de l’enseignement du paysage était, de mon point de vue, assez lamentable (pas ou peu d’enseignants permanents, des enseignants et des étudiants en grève, des ateliers souvent vides…), et surtout il fallait que je trouve un emploi rémunéré dès la sortie. »

La période dijonnaise (1968-1971)

Par concours, il entre à l’École nationale des sciences agronomiques appliquées de Dijon une jeune école de fonctionnaires qui formait les cadres des services agricoles ainsi que les enseignants des établissements d’enseignement secondaire agricole. Il y reste un an en suivant une formation à la faculté de droit, puis s’inscrit l’année suivante à l’université de Montpellier pour obtenir un diplôme d’études approfondies en écologie. Il y fait l’apprentissage de la recherche scientifique auprès des chercheurs du Centre d’études phytosociologiques et écologiques du CNRS.

« L’enseignement, placé sous la direction des botanistes et phytosociologues Louis Emberger et Charles Sauvage, transmet les méthodes informatiques nouvelles mises au point par les chercheurs Michel Godron et Gilbert Long. J’entre dans une grande famille scientifique qui m’ouvre les portes d’un nouveau domaine auquel Jacques Montégut m’avait initié. Elle partage l’idée que la plante spontanée informait sur les propriétés et la dynamique des milieux. Cartographier les formations végétales de pays connus ou inconnus revenait à informer sur les potentialités d’usage des terres : forestières, pastorales, agricoles ».

En 1970, il est admis à un poste de chef de travaux en écologie prairiale qui s’ouvre à l’École des ingénieurs des travaux agricoles de Dijon-Quetigny. Il ne rencontre pas J. Sgard et B. Lassus qui travaillent dans la ville nouvelle… Puis il part en coopération militaire en Algérie.

Les moment algériens (1971-73) et marocains (1973-1977)

Il est affecté à l’Institut agronomique d’El Harrach à Alger pour enseigner la botanique et l’écologie végétale. Avec D. Chessel de l’Université de Lyon, il commence et publie ses premières recherches sur la structure des végétations steppiques des hauts plateaux algériens en même temps qu’il se consacre avec une équipe de la FAO à la cartographie de la végétation dans la région des Aurès.

« Quelles que soient les saisons, nous parcourons les steppes glaciales ou torrides, en land rover en général, les montagnes hérissées de genévriers ou de chênes verts, les lacs salés, les pâturages d’armoise, les nappes alfatières, les maigres cultures d’orge parsemées de mechtas… Je m’associe à eux pour réaliser une superbe carte de la végétation de la région des monts du Hodna, entre Biskra, Bou Saada et Batna dans les Aurès, ainsi que le rapport descriptif qui l’accompagne. On évaluait la valeur fourragère des parcours sur des bases très empiriques. Les expériences tunisiennes et soviétiques nous servaient de référence. ».

Puis il est recruté comme pastoraliste, écologue et bioclimatologue à l’Institut national agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat en tant que coopérant civil.

« J’entreprends des travaux de bioclimatologie et de phytogéographie qui précisent la répartition de la flore et de la végétation au Maroc, puis sur l’ensemble du Maghreb. J’en tirerai une belle carte synthétique de la végétation marocaine, trop empirique pour être validée par les scientifiques, mais qui sera publiée en 1978 par les services de cartographie de Rabat. Après la conquête pacifique du Sahara espagnol par la monarchie marocaine, la Marche verte de 1977, il me sera demandé de l’étendre jusqu’à la Mauritanie, régions que je ne connaissais pas. Je le fis, sans trop de scrupules, à partir des travaux du botaniste Pierre Quézel. »

Avec l’agronome A. Bourbouze et l’éthnologue A. Hammoudi, il participe à un nouveau type de recherche-action sur le développement de la vallée de l’Azzaden dans le Haut-Atlas au sud de Marrakech2.

« Nous avions la conviction de participer à des pratiques innovantes. L’étude de la vallée de l’Azzaden était pour moi semblable à une étude d’écologie systémique dont j’avais lu un exemple en Tunisie aride. Je traduisis cette interprétation par une étude des valeurs des parcours et un grand tableau écosystémique qui tenait davantage du schéma de câblage électrique ! J’en étais très fier puisqu’il fut publié et que je le montrerai quelques années plus tard au géographe Olivier Dollfus qui allait devenir mon directeur de thèse de doctorat à Paris. »

L’enseignement d’écologie à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles (1977-1986)

De la même façon que M. Rumelhart un an auparavant en Algérie, P. Donadieu est recruté à l’ENSP par J. Montégut qu’il avait invité à des excursions botaniques au Maroc. Ils sont chargés de la mise en place du département d’écologie et du laboratoire du même nom. Dans ce cadre, ils enseignent la botanique en première année, la phytoécologie et l’écologie urbaine en 2ème et 3ème année.

Participant avec les paysagistes aux grands concours de parcs publics de cette période (Le Sausset, Les Tuileries, La Villette …), ils partagent leurs services entre l’agence de M. et C. Corajoud (pour M. Rumelhart), et celle de Bernard Lassus (pour Pierre Donadieu).

Parallèlement, P. Donadieu poursuit ses activités de pastoraliste pour la FAO et des sociétés d’étude, et enseigne au Maroc jusqu’en 1990.

En 1986, il cède la direction du département d’écologie à M. Rumelhart devenu maitre de conférences en « écologie appliquée au projet de paysage ». Il passe alors un an au Centre International des Hautes études méditerranéennes de Montpellier, puis revient en 1988 à l’ENSP où l’École lui confie l’organisation des Ateliers régionaux de quatrième année qu’il assure avec B. Follea jusqu’en 1996.

«  R. Chaux me confie la mise en place de deux nouvelles structures de l’école : les ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année, et le département de sciences humaines et sociales. J’ai quarante-deux ans et vais me tourner vers une nouvelle activité pédagogique et de recherche à laquelle je me prépare depuis quelques années. À cela s’ajoute ma contribution à la revue de l’école, Paysage et Aménagement, en tant que membre du comité de rédaction. Je vais quitter progressivement le monde scientifique de l’écologie et du pastoralisme pour entrer dans le champ des Landscape studies comme disent les chercheurs américains et anglais que je lis beaucoup. ».

La « Mouvance » (1989- 2008)

De retour à l’ENSP, P. Donadieu est associé en 1989 à la création du DEA « Jardins, Paysages, Territoires » à l’École nationale d’architecture de Paris-la-Villette avec B. Lassus et A. Berque. Il y crée des enseignements différents de ceux du département d’écologie de l’ENSP, fondés sur les nombreuses publications universitaires de cette période. Elles concernent à la fois les idées de paysage chez les géographes (R. et P. Brunet, Y. Lacoste … ), et chez les agronomes (J.-P. Deffontaines et l’INRA-SAD), autant que les travaux de recherche en cours (le paysagisme montagnard de B. Fischesser et H. Lambert au CTGREF de Grenoble par exemple).

« Après son départ de l’ENSP, B. Lassus, qui est professeur titulaire à l’École d’architecture de Paris-la-Villette, rassemble un cercle international d’universitaires et de praticiens qui ont déjà acquis une notoriété dans le domaine du paysage et des jardins : l’historien des jardins John Dixon Hunt (USA), le critique d’art anglais Stephen Bann, l’esthéticien du paysage Alain Roger, le géographe, spécialiste du Japon, Augustin Berque, le haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement Alain Chabason, le polytechnicien, sociologue et historien des jardins, Michel Conan, … et moi. ».

Avec Hypothèses pour une troisième nature en 1987 (B. Lassus édit.), Cinq hypothèses pour une théorie du paysage en 1995 (A. Berque édit.), La Théorie du paysage (A. Roger édit.) en 1998, Mouvance II, soixante-dix mots pour le paysage (A. Berque édit.) en 2006, il découvre l’intérêt des manifestes : des proclamations d’idées nouvelles qui engagent un collectif ou une personne. Il se retrouve engagé dans une aventure intellectuelle que A. Berque appellera plus tard La Mouvance. Autrement dit un domaine d’idées et de pratiques changeant ou non au gré des influences subies, une auberge espagnole où chacun apporte son savoir et ses intérêts. Et les défend avec ou sans concession.

Grâce à cette formation doctorale, qui sera dirigée à partir du départ de B. Lassus en retraite en 1999 par Y. Luginbühl, agrogéographe, directeur de recherche au CNRS, il s’oriente vers l’encadrement de thèses de doctorat en « sciences et architecture du paysage » avec l’école doctorale ABIES d’AgroParisTech.

« Le DEA cesse son activité en 2008. Nous avons formé environ 600 étudiants aux concepts et méthodes de la recherche en paysage. Une centaine, français et étrangers, ont pu ensuite préparer une thèse de doctorat et accéder aux métiers de l’enseignement et de la recherche. À cette formation pionnière succèdent plusieurs cursus identiques dans les écoles d’architectes et de concepteurs paysagistes en France et à l’étranger. »

La recherche et la formation doctorale à Versailles (1993-2018)

En 1993 et 1997, il soutient une thèse de doctorat en géographie sous la direction de Olivier Dollfus, puis une habilitation à diriger des recherches à l’université Paris VII. Il devient professeur titulaire affecté à l’ENSP en 1995.

Après la délocalisation de l’ENSH à Angers en 1993, l’ENSP a besoin d’enseignants titulaires et d’un laboratoire de recherches. Celui-ci est créé la même année par P. Donadieu et l’agronome A. Fleury (professeur titulaire issu de l’ENSH), qui deviendra enseignant d’agriculture urbaine à l’ENSP.

« La création du laboratoire de recherches se fit difficilement. Une partie des enseignants paysagistes de l’école, qui avaient leurs propres agences et bureaux d’études n’était pas favorable à la mise en place d’un laboratoire de recherche et d’une formation doctorale. La tutelle l’exigeait dans toutes ses écoles. Mes collègues craignaient d’être évincés de leur enseignement par de jeunes docteurs. Ils n’avaient pas envisagé que certains de leurs élèves paysagistes deviendraient plus tard enseignants avec un doctorat … »

En 2006, il crée le master Théories et démarches du projet de paysage avec l’Université Paris 1, Panthéon Sorbonne et AgroParisTech. L’essentiel de ses doctorants seront inscrits dans l’école doctorale ABIES.

Il enseigne également en Tunisie (Institut national agronomique de Chott Mariem), au Liban et donne de nombreuses conférences dans les écoles d’architecture en Europe (Italie, Suisse, Portugal), en Russie, en Amérique du sud (Argentine, Brésil) et en Asie (Chine, Viet-Nam).

En 2008, avec Catherine Chomarat, philosophe et historienne des jardins, qui lui a succédé à la direction du LAREP, il créé la revue électronique Projets de paysage destiné aux jeunes chercheurs.

En 2011, il fait valoir ses droits à la retraite, et poursuit son activité comme professeur émérite et chercheur associé au sein du LAREP.

Distinctions

Prix de l’Académie des sciences morales et politiques pour l’ouvrage collectif Paysages de Marais (1996), éd. J.-P. de Monza.

Professeur invité à l’Université de Sousse (Tunisie) (2005-2008)

Officier des Palmes académiques (2008)

Membre titulaire de l’Académie d’Agriculture de France, section environnement et territoire, (2015).

Professeur émérite à l’ENSP de Versailles-Marseille (2011-2017)

Ses principales publications

1970-1980

Le Houerou, J. Claudin, Donadieu P., Etude phytoécologique et pastoraliste du Bassin du Hodna (Algérie), FAO, Rome, 1971-72

Jacquard P., Poissonet P., P. Donadieu, A. Trouvat, A. Gallais, “Relations between diversity and stability in experimental plants system”, Communication Proc. 1st Congress of ecology, 1974.

Donadieu P., D. Chessel et al.,1. « Introduction à l’étude de la structure végétale en milieu steppique, Echantillonnage systématique », Oecologia Plantarum, 1975-77

Donadieu P. et al. La vallée de l’Azzaden (étude de la végétation des parcours), Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Rabat, 1975,

Donadieu P., D. Chessel et al, 2. « Introduction à l’étude de la structure végétale en milieu steppique, Traitement systématique », Oecologia Plantarum, 1975-77,

Donadieu P., Chessel D. et al 3., « Introduction à l’étude de la structure végétale en milieu steppique, dispersion locale », Oecologia Plantarum, 1975-77

Donadieu P., L’écosystème montagnard de la Vallée de l’Azzaden (Haut Atlas de Marrakech), plan de l’écosystème, IAV Hassan II, Rabat, 1977.

Donadieu P., Bioclimatologie et phytogéographie de la région méditerranéenne française, 1979, ENSP, Versailles.

1980-1990

Donadieu P, « L’itinéraire paysager de B. Lassus », P& A, n°3, 1985,

Donadieu P. « Gérer le paysage littoral », P&A, n°5, 1985,

Donadieu P. 1/Géographie et écologie des végétations pastorales 2/Méthode d’étude des végétations pastorales, 3/ La production fourragère des parcours méditerranéens, 3 tomes, ENSP/IAV Hassan II, Rabat, 1985,

Donadieu P. « Repérage géographique de la rusticité thermique », Revue horticole, n° 272 1986,

Donadieu P. « Paysage et aménagement de l’espace », in Lectures du paysage, INRAP, 1986,

Donadieu P. Dossier B. Fischesser, « Quinze ans de paysagisme au service de la montagne et de la forêt, A travers les mots, le pouvoir des mots », P&A, n°11, 1987,

Donadieu P. et A. Bourbouze, « L’élevage sur parcours en régions méditerranéennes », Options Méditerranéennes, novembre 1987, 104 p.

Donadieu P. Dossier : « Des paysages sans paysans », P& A n° 107 (dans Paysages-Actualités), 1989,

Donadieu P., Bourbouze A. et Herzenni A., « La gestion de l’espace rural dans le Haut atlas marocain », in P&A , n° 128, 1990,

1991-2000

Donadieu P. et Bertin J., « Les sanctuaires de nature (le spectacle de la nature dans le golfe du Morbihan), P&A n ° 19, 1991,

Donadieu P., « Le projet de paysage , un outil de négociation », Cahier de l’IAURIF n° 106, 1996,

Donadieu P., « Paysages européens protégés, zones naturelles et sites historiques », P&A n° 23, 1993,

Donadieu P. Du désir de patrimoine aux territoires de projets, paysage et gestion conservatoire des milieux humides protégés : le cas des réserves naturelles du plateau de Versailles-Rambouillet et de quelques marais de l’Ouest, thèse de doctorat en géographie, Université Paris 7, 1993,

Donadieu P., « La paludiculture au pays des grenouilles bleues », in Bull. de l’association des géographes français, 3, 1994.

Donadieu P., « Experts et expertise sociale, le cas des autoroutes », in Autoroutes et paysages, C. Leyrit et B. Lassus (édit.), Paris, Demi-Cercle, 1994,

Donadieu, « Pour une conservation inventive des paysages », in La théorie du paysage, A.Roger dir., 1995, et Cinq propositions pour une théorie du paysage A. Berque dir., 1994,

 

 

 

 

 

Donadieu P., « L’espace agricole et les limites de la ville », in CR de l’Académie d’Agriculture de France, V. 82, n°4, 1996,

 

Donadieu P., (dir.), Paysages de marais, Paris, De Monza, 1996

 

 

 

 

Donadieu P. et Fraval A., «Des agronomes devant le paysage », P&A n° 33, 1996

Donadieu P., et G. Dalla Santa, Campagnes urbaines, Actes sud/ENSP, 1998

 

 

 

 

Donadieu P., « Du désir de campagne à l’art du paysagiste », in L’Espace géographique, 3, 1998.

Donadieu P., «Beyrouth ou la mémoire des pins », Les Carnets du paysage, n° 4, 1999.

2000-2010

Donadieu P., « Nature jardinée, nature sauvage », in Nature vive, Muséum national d’histoire naturelle, Paris, 2000,

Donadieu P., La société paysagiste, Actes sud/ENSP, 2000,

 

 

 

 

 

 

Donadieu P. avec J. Mahaud, « les paysages du Morbihan vus par les artistes », Revue forestière française,n°3, 2000,

Donadieu P., « Les campagnes européennes, tendance début de siècle, de l’agraire au paysage », in Danger d’Europe, Europe en danger (G. Bossuat édit.,), 2001

Donadieu P. et E. de Boissieu, Des mots de paysage et de jardin, Educagri, Dijon, 2002

 

 

 

 

Donadieu P. « Les références en écologie de la restauration », Rev. Ecologie, supp. 9, 2002,

Donadieu P. et Bouraoui M., La formation des cadres paysagistes en France par le ministère de l’Agriculture (1874-2000), Rapport de recherche ENSP/LAREP, 2003,

Donadieu P. et Fleury A., « Les jardiniers restaurent notre monde », Les Carnets du paysage n°9-10, 2003,

Donadieu P. et M. Périgord, Clés pour le paysage, Ophrys, 2005

 

 

 

 

 

Donadieu P., Campagne urbane, Donzelli, introduction de M. V. Minini, 2006.

Donadieu P, In Mouvance, soixante-dix mots pour le paysage, A. Berque et al. édit, Ed. La Villette, 2006

 

 

 

 

 

 

Donadieu P., « Les Bois parisiens », in Paris, Atlas de la nature, APUR, 2006

Donadieu P., « Le paysage, les paysagistes et le développement durable, quelles perspectives ?, » in Economie rurale, n° 297-298, 2007,

Donadieu P. et M. Périgord, Le paysage, entre nature et culture, Armand Colin, 2007,

 

 

 

 

 

Donadieu P, Küster B., Milani R. (dir), La cultura del paesaggio in Europa, tra storia, arte et natura ; Manuele di teoria e pratica, Olschki, 2008,

Donadieu P., Abrégé de géomédiation paysagiste, Tunis, Imprimerie nationale, 2009,

Donadieu, Les paysagistes ou les métamorphoses du jardinier, Actes sud, 2009.

 

 

 

 

 

 

 

2011 …

Donadieu P., avec Sonia Fradi et Hichem Rejeb, L’avenir du vieux village de Takrouna (Tunisie) : ruines ou emblème de la nouvelle villégiature du Sahel ?
publié dans Projets de paysage le 18/07/2010

Donadieu, P. et J. Chroniques paysagistes de deux rives de la Méditerranée, 2011, Tunis, (anglais/français)

Donadieu P., Sciences du paysage, Paris, Lavoisier, 2012

 

 

 

 

 

 

Donadieu P., Le village inventé, fable réaliste, éditions Persée, 2013,

Donadieu P. avec D. Labat, « Le paysage levier d’action dans la planification territoriale » L’espace géographique, n° 1, tome 42, 2013,

Donadieu P., Paysages en commun, Presses universitaires de Valenciennes, 2014,

 

 

 

 

 

Donadieu P., « Contribution à une science de la conception des projets de paysage », in Paysage en projets, (Chomarat-Ruiz C. dir.), Presses Universitaires de Valenciennes, 2016,

Donadieu P., « Les biosols, une condition de la résilience urbaine », in Ressources urbaines latentes, (D. Arienzo et al. dir.), 2016,

Donadieu, P., Girard, Rémy, E., « Les sols peuvent-ils devenir des biens communs ? ». Natures Sciences Sociétés, 2016, 24, p. 261-279.

Donadieu P., « Le paysage à l’Académie d’agriculture de France, de l’esthétique à la biodiversité », in Questions d’environnement et d’agriculture, L’Harmattan, 2017,

Donadieu P., « Les sols en tant que communs territoriaux, un point de vue paysagiste », (chap 7) in Les sols au cœur de la zone critique, enjeux de société (Dhérissard dir), V. 6, Académie d’agriculture de France, 2018 ,

Donadieu P., « Un point de vue mésologique », Les sols au cœur de la zone critique (Berthelin et al, dir), Vol 2, Académie d’agriculture de France, 2018,

P. Donadieu et al, Le paysage en douze questions, et Qu’est-ce que le paysage ? Académie d’Agriculture de France, www.topia.fr, 2018,

Donadieu P., « Les paysages du Genevois français », CAUE Haute Savoie, in Prises de vue Métis Press, 2019.

Donadieu P. Histoire de l’enseignement à l’ENSP de Versailles, depuis 2018. https://topia.fr/2018/03/27/histoire-de-lensp-2/

Ses idées

La carrière de P. Donadieu n’est pas celle d’un formateur de paysagistes concepteurs à la manière de M. Rumelhart avec lequel il a enseigné pendant une dizaine d’années. Elle est plutôt celle d’un chercheur enseignant qui a transmis à ses étudiants de DEA, de master et de doctorat, un métier (des méthodes de chercheur) appris précocement. Il a exploré des domaines apparemment très différents, mais avec un dénominateur commun, l’intérêt porté à la connaissance de l’espace, tant du point de vue de ses potentialités écologiques et de ses usages sociaux que de son aptitude à être modifiée par des projets de paysage ou de jardin.

Deux questions ont été pour lui constantes, sans réponses définitives : quelles connaissances doit-on transmettre aux étudiants (agronomes, paysagistes, architectes) et pour quels usages ? Comment les créer ?

Deux polarités épistémiques se sont succédées et superposées sans vraiment interférer. L’une de 1970 à 1990, est dominée par la connaissance botanique et écologique des végétations naturelles, cultivées et jardinées, notamment méditerranéennes, savoirs scientifiques qu’il enseigne pour former des ingénieurs agricoles à Dijon, et des ingénieurs agronomes à Alger et à Rabat. Cette pratique d’enseignant est doublée par une compétence d’agrostologue pastoraliste et de phytogéographe qui cherche à établir sous forme cartographique des synthèses bioclimatiques et phytoécologiques pour l’Afrique du nord.

« En tant que botaniste, j’ai mis mes connaissances biologiques au service de la formation des ingénieurs agronomes. Qu’il s’agisse de la flore des pâturages, des forêts, des mauvaises herbes des cultures ou des jardins. J’étais à l’aise partout. Je savais mettre un nom latin sur n’importe quel végétal ou presque. Et si je ne savais pas, les flores m’aidaient car j’avais appris à les manipuler très tôt. C’était une compétence peu répandue mais aussi une passion très envahissante que m’avait transmise Jacques Montégut à l’ENSH de Versailles. J’en ai gardé des milliers de diapositives »

L’autre polarité, de 1977 jusqu’à aujourd’hui, a été construite en fonction des différentes missions qui lui ont été confiées dans la mise en place des services de l’École de paysage de Versailles ; cette formation étant proche de la culture de projet des architectes et de celle des Beaux-Arts. Il a pris en charge la création et la gestion des départements d’écologie, de sciences humaines et sociales, et de la quatrième année, puis la responsabilité scientifique d’un laboratoire de recherches et d’une formation doctorale reliée à celle dispensée à l’École d’architecture de Paris la Villette.

Pour cela il a modifié ses centres d’intérêt :

« Je voulais conclure ma période nord africaine par une belle thèse de doctorat qui aurait prolongé les travaux phytoécologiques de Charles Sauvage et de Louis Emberger, autant que ceux de mes mentors en pastoralisme H.-N. Le Houerou et Jacques Claudin. Mais cette idée était devenue anachronique au début des années 1980. Alors j’ai soutenu dix ans plus tard une thèse en géographie de l’environnement consacré aux zones humides, un sujet qui allait devenir quelque temps très politique, puis tomba dans l’oubli ».

Le botaniste

Pierre Donadieu a acquis la compétence de botaniste d’abord à l’ENSH de Versailles, puis sur les steppes algériennes. Ce savoir encyclopédique n’était pas dissociable de la capacité à lire et à comprendre les paysages comme il le raconte au moment de son passage de l’Algérie au Maroc en 1972 :

« En juillet, mes nouveaux employeurs me proposent un exercice inattendu : accompagner un voyage d’études des élèves ingénieurs marocains sur les plateaux de l’Oriental, de Missour à Midelt. Je prends le train d’Alger jusqu’à Oujda et Taza pour rejoindre le bus qui m’attend. Je n’ai jamais parcouru la vallée de la Moulouya, mais les paysages que je découvre me sont immédiatement familiers, des steppes à alfa et à armoise blanche à perte de vue comme sur les hauts plateaux algériens. Sur les contreforts du Moyen-Atlas, des boisements clairsemés de genévriers montent à l’assaut des cimes encore enneigées. Je commente le parcours comme si j’en étais le guide attitré. Examen réussi ! On se donne rendez-vous en septembre à Rabat pour la rentrée. »

Il ne faisait pas de doute pour lui qu’un nom de plante, spontanée ou pas, était associable à de multiples propriétés du milieu où on la trouvait. Les végétaux parlaient de l’histoire climatique, édaphique et humaine des paysages ruraux, de leurs usages (forestiers, pastoraux, agricoles, alimentaires…). Encore fallait-il les faire parler !

La Plante indicatrice

Fondée sur des méthodes phytoécologiques et phytosociologiques, cette doctrine était étrangère aux points de vue sociologique et agronomique de l’époque, lesquels remettaient en cause des ambitions un peu hégémoniques. Pourtant, elle savait intégrer les causes économiques ou culturelles des évolutions constatées.

« Les économistes, les agronomes et les sociologues nous ignoraient. Et on ne se privait pas d’en faire autant. Si nous recommandions les mises en défens des parcours abimés par le surpâturage, c’est après avoir observé les cimetières préservés des troupeaux. Si nous affirmions la dégradation généralisée des anciennes forêts semi-arides, c’est en étant capable de reconnaitre les vestiges du cortège floristique forestier. Dans ce grand livre ouvert de la nature, nous lisions le destin des territoires …Nos alliés c’était les forestiers. ».

De retour à Versailles, P. Donadieu ne travaille plus avec des agronomes ou des forestiers (des scientifiques), mais avec des paysagistes (qui ne le sont pas). Ces derniers attendent des écologues enseignants une connaissance experte du « milieu » (au sens des paysagistes) pour inspirer leur parti de projet et pour planter les bonnes plantes au bon endroit. Pas beaucoup plus.

«M. Rumelhart enseignait déjà quand je suis arrivé. Je n’ai pas posé la question : que devons nous enseigner, et pourquoi ? J’aurais dû la poser. Il était évident que nous nous sentions les héritiers de J. Montégut et que notre chemin pédagogique était tracé. Personne ne semblait souhaiter autre chose. Personne n’évoquait l’émergence de la conscience écologique et des alternatives à la croissance économique que la France venait de connaitre. Les idées étaient conservatrices en dépit de l’apparition d’une commande publique nouvelle de parcs urbains, et de réponses de projets qui allaient fonder un “paysagisme urbain“. C’était frustrant. »

Réguler les paysages agricoles : une utopie

Constatant que la connaissance phytoécologique des paysages n’intéresse en général les étudiants qu’en tant qu’éléments vite oubliés de culture générale, et que la botanique reste un savoir scientifique d’expertise qui n’est pas revendiqué par les paysagistes, Pierre Donadieu revient à son expérience précédente : les paysages ruraux.

En tant qu’agronome, et fils d’agriculteur, il commente dans de nombreux articles publiés dans Paysage et Aménagement, l’évolution des paysages agricoles. En s’appuyant sur son expérience marocaine et sur les travaux de J.-P. Deffontaine à l’INRA, il réaffirme l’idée que les paysages agricoles sont d’abord des productions des propriétaires fonciers et des exploitants agricoles. Et qu’il n’est possible d’agir sur eux qu’avec les agriculteurs.

«Je voyais bien, et je le comprenais par atavisme, que les mondes paysagiste et agricole en France n’avaient rien de commun. Il était illusoire de vouloir édicter « top down » des règles paysagères applicables par les entreprises agricoles, sauf dans des situations patrimoniales partagées par tous localement. Cette ambition défendue par les paysagistes me paraissait exorbitante, et politiquement utopique. Seules les démarches patrimoniales enseignées par H. Ollagnon à l’AGRO ont été vraiment efficaces, avant celles de la médiation paysagère»  

Le géographe

Quand il s’associe à l’agronome A. Fleury, il trouve un partenaire qui partage sa culture agronomique issue de l’AGRO de Paris et des enseignements de M. Sébillotte que lui ont transmis ses collègues agronomes au Maroc. Dans ce partenariat, il est ainsi amené à avoir recours aux travaux de recherche du géographe orientaliste A. Berque (le paysage comme médiance) et du philosophe A. Roger (le paysage comme artialisation du pays) avec lesquels il travaille. Il modélise le processus de projet de paysage en s’inspirant des travaux du sociologue M. Conan et de l’écrivain Umberto Eco (le projet comme logique abductive). Il tente de les appliquer à trois domaines émergeants de l’action publique gouvernementale : l’agriculture urbaines, les zones humides et les pratiques paysagistes.

L’agriculture urbaine

André Fleury, qui est nommé professeur d’agriculture urbaine à l’ENSP, est le principal promoteur, avec Roland Vidal, et jusqu’à sa retraite, de l’idée de l’agriurbanisme. Pierre Donadieu l’accompagne dans cette démarche qui analyse en termes agronomiques les mécanismes d’adaptation des exploitations agricoles à la demande alimentaire urbaine.

« J’avais vite compris que dans ce milieu (paysagiste, architecte, artiste, écrivain …), on ne pouvait convaincre que par des manifestes, et non par des publications scientifiques. C’est pourquoi, après quelques années d’enquêtes avec André et ses étudiants, j’ai écrit Campagnes urbaines, ouvrage publié avec l’aide de J. Cabanel de la Mission du paysage. C’était une application un peu simpliste du concept de conservation inventive que j’avais développé dans Cinq propositions … Je plaidais pour la conservation d’une agriculture réinterprétée dans la région urbaine, par la ville et pour la ville.  Les paysagistes enseignants auraient pu s’en emparer, mais il n’en a rien été.»

Les zones humides

Deux années avant la parution de Campagnes urbaines, Pierre Donadieu dirige l’édition de l’ouvrage Paysages de Marais toujours avec l’aide de la Mission du paysage. Le thème des Zones humides est à l’agenda du gouvernement. L’idée semble la même que dans Campagnes urbaines, sous une forme polyphonique et plus savante : comment et pourquoi les marais, les marécages, les zones inondables, en voie de disparition, pourraient-ils « faire paysage » tout en conservant leurs espaces propres et les services écosystémiques qui y sont associés ?

« Je venais de soutenir ma thèse sur les zones humides, et souhaitaient la publier. J. Cabanel me convainc facilement d’en faire un « beau livre » tout public. Je propose une première version réunissant les textes des chercheurs français sur ce sujet. Puis une seconde, beaucoup plus simple avec les images d’Arnaud Legrain (Agence VU), auxquelles s’ajouteront les images de l’éditeur J.-P. de Monza. Le livre a obtenu un prix de l’Académie des sciences morales et politiques. J’en étais très fier ».

Les paysagistes

Au début des années 2000, le corpus théorique de la Mouvance devint de plus en plus évident et convaincant. Il dessinait un périmètre original de pensée et de pratiques propre au paradigme paysager/paysagiste de « milieu » au sens de la mésologie développée par A. Berque. Il était devenu possible de penser le projet de paysage avec une épistémologie propre qui l’ancrait assez loin du naturalisme des scientifiques, mais sans l’exclure. Les approches néo-heideggérienne de A. Berque, plasticienne de B. Lassus et esthétique de A. Roger inspiraient cependant des critiques vives chez les géographes, les agronomes et les anthropologues. Débats qui furent clos par l’ouvrage de l’anthropologue P. Descola Au-delà de nature et culture en 2005. L’idée de paysage relevait de la catégorie des cultures dites naturalistes et ne pouvait se soustraire à ce déterminisme sociohistorique.

P. Donadieu pris acte de ce débat d’abord en publiant La Société paysagiste, qui rassemblait et développait ses cours au DEA de l’École d’architecture de la Villette, puis les Paysagistes, figures produites par cette société amateure de paysages, de jardins et de lieux aimables, qui décrivait l’état de la profession de paysagiste en pleine croissance à cette époque.

« J’ai pensé à cette époque (2009) qu’un cycle se terminait. J’avais vu disparaitre l’idée, pourtant convaincante, de la « Plante indicatrice des milieux », il me semblait que la Mouvance, non moins séduisante, allait connaitre le même sort. C’est pour cette raison que j’avais créé, pour lui succéder, avec l’aide du directeur R. Mondy et de la direction d’AgroParisTech, le master « Théories et démarches du projet de paysage » et sa formation doctorale, seule possibilité pour les chercheurs du LAREP de susciter des vocations de jeunes chercheurs et de développer des programmes de recherches, sur le projet de paysage. »

Dans tout cela j’ai été un géographe peu orthodoxe, intéressé en dernier ressort par ce que les pratiques paysagistes, médiatrices, apportaient à la vieille idée du commun. Et pour cela je me suis beaucoup inspiré de la philosophie pragmatiste du philosophe américain John Dewey. ».

L’historien

Pierre Donadieu n’est pas historien, mais il a été convaincu par sa collègue, Chiara Santini, historienne professionnelle, de l’intérêt de la consultation des archives. Il est devenu historien amateur.

« J’ai fait une première tentative d’exploration du passé avec la recherche sur la formation des cadres paysagistes en France en 2003. Dans les archives poussiéreuses de l’ENSP, j’avais découvert des petites merveilles évoquant la mémoire oubliée de l’École d’horticulture. J’ai entrevu, de loin, les zizanies avec l’école d’Angers pendant presque 20 ans : qui était légitime pour accueillir les archives des écoles et des paysagistes : Angers ou Versailles ? ».

Il se rend compte que cette histoire est méconnue par les élèves et les enseignants, et surtout qu’elle est tronquée et comporte beaucoup de trous.

« Je me suis lancé dans une entreprise un peu folle : raconter l’histoire de l’enseignement des écoles du Potager du roi. Pour cela j’ai fait appel aux travaux existants et en cours. J’ai repéré avec l’aide de Chiara où étaient les archives, j’ai interrogé les plus vieux enseignants. J’écris au fil des semaines un récit qui, pour partie (l’histoire la plus récente) est aussi le mien ».

Pour conclure

Pendant une cinquantaine d’années, la carrière d’enseignant chercheur de P. Donadieu dessine un « destin paysager » qui ne prend pas les mêmes chemins que celui de B. Lassus décrit par S. Bann3.

Formé très tôt à la recherche scientifique au CNRS, il fait un vaste détour par l’enseignement et la recherche agronomique et forestière en Algérie et au Maroc, avant de revenir au Potager du roi où il a appris son métier de botaniste.

Dans ce site prestigieux, il devient, parmi d’autres, l’artisan de la construction lente et riche de péripéties de l’enseignement de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles-Marseille. Elle a été faite sur le modèle des projets versaillais d’Institut du paysage qui avaient échoué.

Parallèlement, associé aux manifestes culturalistes des acteurs de La Mouvance, il poursuit une analyse des processus de « mise en paysage » des territoires ruraux. Cette connaissance avait commencé avec les pâturages collectifs des éleveurs marocains. Elle se termine dans la quête d’un bien commun paysager apporté par la gouvernance démocratique des territoires en France.

La boucle est ainsi refermée sur une vocation qui trouve peut-être ainsi son origine restée énigmatique : une conscience précoce d’un destin humain solidaire. Idée que résume le philosophe J. Rancière :« L’apparence (du monde) n’est pas le contraire ou le masque de la réalité. N’est-elle pas ce qui ouvre ou ferme l’accès à la réalité d’un monde commun ? »4 ?

Pierre Donadieu

Mars 2020


Notes

1 La plupart des citations sont extraites de l’autobiographie de Pierre Donadieu, Ici et ailleurs, mémoire des deux rives, non publié, 2017.

2 Un film de A. Bourbouze et de A. El Aich, « La vallée est tombée dans les pommes » a montré 40 ans après l’efficacité de la démarche. Désenclavée par une piste carrossable, la vallée s’est ouverte à une économie arboricole spectaculaire qui a transformé le mode de vie de ses habitants.

3 S. Bann, Le destin paysager de B. Lassus, Orléans, HYX, 2014.

4 Jacques Rancière, Jardins subversifs, le Temps du paysage. Aux origines de la révolution esthétique. La Fabrique éditions, 2020.

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