VTP3 Posters

Retour

Posters

Présentés par ordre d’arrivée  – Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Consignes pour la réalisation des posters


Atelier de master
Architectures & paysages de l’eau
Juliette Pommier & Annie Tardivon
Ensap, Lille

Télécharger le PDF (6,1 Mo)

 


Les Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau
du désert au milieu éducatif
Florence Lipsky & Philippe Potié
ENSA Marne-la-Vallée / Ensa Versailles

Télécharger le PDF (1,1 Mo)

 


Comment Versailles façonne l’enseignement du projet à l’ENSP ?
Retour sur l’atelier « Créer un lieu dans la ville. Versailles. » (1999-2018)
Sonia Keravel, Marie-Hélène Loze & Sylvie Salles
Ensp Versailles-Marseille – Larep

Télécharger le PDF (9,5 Mo)


Le quartier de Belle-Beille à Angers
plateforme dʼéchanges pédagogiques
Hervé Davodeau & Morgane Bourigault
Agrocampus Ouest / Mairie d’Angers, maison du projet de Belle-Beille

Télécharger le PDF (17,6 Mo)

 


Stratégies de développement
pour le territoire transfrontalier du Grand Genève
Julie Martin & Frédéric Dellinger
Architecte, laboratoire Aecc EnsaG / Paysagiste, VT Ensa Grenoble

Télécharger le PDF (6 Mo)


Architecture, Archéologie, Agriculture : Le paysage comme outil de projet
Une expérience pédagogique sur les pentes de l’Etna
Simona Calvagna & Pierre Donadieu
Dicar Università degli Studi di Catania / Ensp Versailles

Télécharger le PDF (9,9 Mo)


La réinterprétation des chinampas de Xochimilco
Intervenir sur un patrimoine vivant
Valentina Vega
Université Paris-Sorbonne – Paris IV

 

Télécharger le PDF (54 Mo)


L’Autre Ville
Enquête et projets dans les villes dites moyennes
Patrick Henry & Amélie Nicolas
Ensa Paris-Malaquais

 

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


Archi-écritures et Pay[S]ages en pro-jet
Recherche et Ateliers d’Architecture et de Paysage
Rita Occhiuto, Marc Goossens, Paul Hautecler, Bénédicte Henry, Anne-Michèle Janssen, Elisa Baldin, Karel Wuytack & Aurélie Peeters
LabVTP Laboratoire Ville-Territoire-Paysage, Faculté d’Architecture – Uliege (BE) 

Télécharger le PDF (6,3 Mo)


Tétouan, ville linéaire
Une réflexion à l’échelle du territoire, entre description et projet
Victor Brunfaut & Bertrand Terlinden (en collaboration avec Hakim Cherkaoui)
Université Libre de Bruxelles / École nationale d’architecture de Tétouan

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


L’iconographie des atlas de paysages
Un outil pédagogique pour la transmission de la connaissance paysagère ?
Joe Abi Hayla, Jean-Pierre Husson & Yves Petit-Berghem
AgroParisTech, Cnrs-Liban / Université de Lorraine / Ensp Versailles-Marseille

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


Un urbanisme de contact
apprendre à Doulon-Gohards
Sabine Guth & Petra Marguc
Master Villes & Territoires : ENSA Nantes + Faculté de droit et sciences politiques
+ IGARUN Institut de géographie et aménagement

Télécharger le PDF (6,4 Mo)


La revitalisation des valeurs patrimoniales
un facteur clé dans le développement socio-spatial durable. Cas de la cité nouvelle Tafilelt dans la vallée du M’Zab.
Imen Denche, Samira Debache & Antonio Fede
Université Salah Boubnider, Constantine 3 / Université de Reggio de Calabre

Télécharger le PDF (1,2 Mo)


Estuaire (s)
Expérimentations dans le suburbain, situations, outils et postures
Éric Chauvier & Chérif Hanna
Ensa Versailles / Ensa Nantes

Télécharger le PDF (8,3 Mo)

 


Lecture critique paysagiste in situ
Le Valibout (Plaisir, 78), entre histoire et projet, proximité et mise en perspective .
Bernadette Blanchon & Cécile Mattoug
Ensp Versailles-Marseille / Larep

Télécharger le PDF (7,2 Mo)


Explorer des dynamiques à l’œuvre comme processus de projet
Atelier mixte architecture et paysage – expériences européennes du projet de territoire
Armelle Varcin & Jean-Marie Choquelle
Ensap Lille

Télécharger le PDF (20,4 Mo)


CROISEMENTS
Cultures matérielles et diasporas
Anne Bossé & Ariane Wilson
Ensa Paris-Malaquais

Télécharger le PDF (30,7 Mo)

 


Magny-en-Vexin, une petite ville sous influence métropolitaine
à la recherche de son territoire perdu
Roland Vidal & Luc Vilan
ENSP / ENSAV, Versailles

Télécharger le PDF (2,9 Mo)

 

Inscription VTP3

Retour

 

Inscription

L’inscription au séminaire “Ville, territoire, paysage” est gratuite pour tous les intervenants et auteurs de poster.

Pour les autres, les tarifs sont les suivants :

• Participation aux deux journées de séminaire, sans les repas  : 30 €

• Participation aux deux journées de séminaire, avec les 2 repas de midi : 50 €

• Étudiant*, sans les repas : 20 €

• Étudiant*, avec les 2 repas de midi : 30 €*

*Les personnes sans emploi peuvent demander à bénéficier du tarif étudiant. Pour les uns et les autres, joindre un justificatif.

Les modalités de règlement sont précisées dans le formulaire.

Télécharger le formulaire d’inscription

 

Le paysage, les paysagistes et le CEMAGREF de Grenoble

Chapitre 11 – RetourChapitre 13

Chapitre 12

Le paysage, les paysagistes et le CEMAGREF de Grenoble (1974- 2003)

Pierre Donadieu et Bernard Fischesser racontent l’histoire du paysagisme d’aménagement au Centre d’études du machinisme agricole, du génie rural et des eaux et forêts de Grenoble.

Version du 18 mai 2019

Après le schisme du paysagisme d’aménagement à l’ENSH de Versailles (Section du paysage et de l’art des jardins) en 1968, et l’étape pionnière du Centre national d’étude et de recherche du paysage (CNERP, 1972-1979), les travaux du CEMAGREF de Grenoble ont poursuivi pendant 30 ans les recherches sur les nouvelles pratiques paysagères d’aménagement rural. Bien qu’oubliés aujourd’hui, les nombreux travaux publiés ont marqué les praticiens de cette époque. Une partie du savoir-faire paysagiste contemporain leur est pourtant due.

Le paysage : un problème nouveau pour le ministère de l’Agriculture

Au début des années 1970, la question du bouleversement des paysages français fut posée au ministère de l’Agriculture et de la Forêt comme au jeune ministère de l’Environnement. Le premier y répondit de trois façons. D’abord en sollicitant l’INRA SEI (service d’expérimentation et d’information) de Versailles et Dijon, et l’ENSSAA de Dijon, avec notamment un groupe de chercheurs animé par le géoagronome Jean-Pierre Deffontaines, travaux qui aboutiront à la publication en 1977 du célèbre ouvrage collectif Pays, paysans paysages dans les Vosges du Sud1, toujours réédité plus de quarante après.

La montagne et la forêt apparaissant comme les régions les plus concernées, le ministère sollicita également deux départements du Centre d’étude du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et des forêts (CTEGREF puis CEMAGREF) l’un à Nogent-sur-Vernisson près de Montargis, l’autre à Grenoble.

Deux équipes d’ingénieurs chercheurs furent mises en place. À Nogent la question des paysages forestiers fut analysée par l’ingénieur paysagiste d’origine hollandaise, Peter Breman dans le cadre de la cellule Paysage de la Division Chasse à la demande de l’Office national des forêts et de la direction de l’Espace rural et de la forêt du ministère. À Grenoble c’est la division Aménagement et Protection du milieu naturel qui fut sollicitée pour aborder la question de la forêt de montagne et du paysage forestier, notamment dans le cas des parcs nationaux.

Deux ingénieurs furent affectés à ce nouveau programme d’études : Bernard Fischesser et Hugues Lambert.

Né en 1938, Bernard Fischesser, élève de l’Institut national agronomique de Paris, diplômé de l’École des Eaux et Forêts de Nancy, a débuté sa carrière dans les Alpes du sud (service de Restauration des Terrains en Montagne (RTM) puis il a été attaché à la Direction des Forêts à Paris et a rejoint, en 1968, le groupement du CEMAGREF2 de Grenoble, dans l’ancien corps des ingénieurs du Génie Rural et des Eaux-et-Forêts, aujourd’hui corps des Ponts-et-des-Forêts. De 1965 à 1972, il est associé à la mise en œuvre d’une politique française de l’Environnement, notamment auprès du Conseil de l’Europe. Il a été membre du comité scientifique national « Écologie et Gestion du patrimoine naturel », et des comités scientifiques du Parc national des Écrins et du parc naturel régional du Queyras. Puis, après une formation au CNERP (1973) de Trappes, il prend en charge, avec l’ingénieur paysagiste Hugues Lambert, les études paysagères du CEMAGREF de Grenoble et les poursuivra jusqu’en 2003. Il se consacre parallèlement à l’édition d’une douzaine d’ouvrages de vulgarisation consacrée à l’écologie, aux forêts, aux rivières et aux paysages montagnards.

Né en 1946, Hugues Lambert a obtenu le diplôme d’ingénieur horticole de l’ENSH de Versailles en 1969, puis de paysagiste DPLG de la section du paysage et de l’art des jardins de cette même école. Ayant suivi, lui aussi, la formation du CNERP au milieu des années 1970, il est recruté, après une expérience africaine, par l’équipe de B. Fischesser jusqu’en 1986. Les rejoindra, en 1972, Marie-France Dupuis-Tate, écologue spécialiste des milieux humides et ingénieure de recherches attachée à la Division environnement naturel et pay¬sage du CEMAGREF.

Ont également participé à ces travaux, Jean Mounier, ingénieur diplômé de l’Ecole nationale des ingénieurs des travaux horticoles et du paysage d’Angers, Philippe Charreton (IGREF), ainsi que les paysagistes Marie-Pierre Bazan, Anne-Lyse Comparet et Bruno Gadrat, tous issus de l’ENSH/ENSP de Versailles.

Pendant les premières années, de 1972 à 1977, cette équipe va repenser l’héritage de la pensée du CNERP pour en faire une doctrine d’action à usage des ingénieurs du ministère de l’Agriculture. Leur approche n’est pas celle, scientifique, ethnologique et socio-agronomique, des chercheurs du « groupe dijonnais ». Elle se présente comme une pensée de l’action, voire comme un contre-pouvoir. B. Fischesser écrira en 1987, après quinze ans de pratiques : «Nos expertises paysagères sont sans cesse confrontées et affrontées à des décisions qu’elles contrarient ou essaient de modifier. Non seulement nous ne sommes pas porte-parole de l’État ou des pouvoirs locaux, mais souvent nous les gênons et tentons de modifier leurs comportements (POS puis PLU, loi cadre montagne, remembrement, assainissements, permis de construire)3.

L’expertise paysagère du CEMAGREF en 1977

Outre le ministère de l’Agriculture, les études paysagères qui sont entreprises sont financées de deux façons, par une subvention annuelle du ministère de l’Environnement , pendant quelques années, et par des commandes des collectivités publiques. Ce qui permettra de pérenniser les études de cas exemplaires et les publications pendant plus de trente ans.

En 1977, l’ouvrage fondateur de la pensée du groupe, Le Paysage de montagne4, est publié. Sa préparation est accompagnée depuis 1975 par des études paysagères, par exemple sur les cas des vallées de Cervières (Hautes Alpes), et du Gaschney (Vosges), l’insertion paysagère des refuges du parc national des Ecrins5, l’avenir du massif du Puigmal dans les Pyrénées-Orientales et celui de la vallée de Haute-Luce (Haute-Savoie), ou encore les réflexions sur la conduite des forêts d’Ardennes avec le CNERP de Trappes et la collaboration de l’ingénieur du Génie rural et des eaux et forêts Hébert Suffrin (un document audiovisuel de 1977). Il faut également citer les études paysagères des contrats de rivière Rhins –Trambouze (Rhône, Loire) et de l’opération Ardèche Claire (Ardèche) qui sont à l’origine des contrats de rivières en France. Ainsi que l’étude de la Haute vallée de la Loue (Doubs) qui déclencha un très important financement de la part de la Communauté Européenne pour aider les communes dans leur nouvelle politique de gestion de l’espace (cf un audio visuel de 1993).

Dans un article paru en 1987 dans la revue Paysage et Aménagement, B. Fischesser résume l’expérience de son équipe. Il fait du paysagisme (d’aménagement) une démarche pragmatique de planification et d’aménagement qualitatif de l’espace rural.

Le mot paysage réunit dans son esprit plusieurs finalités héritées en partie de la mouvance d’idées du CNERP, des expériences du paysagiste urbaniste J. Sgard, du plasticien B. Lassus, et de l’écologue J. Montégut.

Dans le domaine forestier, notamment là où le tourisme hivernal se développe et où la ville s’étend, il faudra « conjuguer les impératifs économiques et écologiques avec des préoccupations paysagères » (p. 18). Ne serait-ce qu’en raison des implantations touristiques que le CEMAGREF étudie à la demande de la Direction des forêts. Dans le cas des reboisements de résineux, « durcissant et assombrissant le paysage, (et qui) choquaient l’opinion », et dans celui du passage des lignes à haute tension sur les reliefs et dans les forêts qui était ressenti comme « agressif ou banalisant», il recommande au forestier de montagne : « de diversifier les lisières, d’intégrer les pistes de ski et de préférer un sentier à la forme ondulée plutôt que rigide ». À cette préoccupation esthétique, il ajoute des recommandations écologiques qui s’appuient sur les méthodes des forestiers britanniques. « Mélanger feuillus et résineux selon l’altitude … en allant dans le sens du naturel » (p. 19) ; s’appuyer sur les règles de l’écologie (p. 29), préférer l’enrésinement par plages plutôt qu’en bandes … » (p. 20).

Bernard Fischesser réalisa deux documents audio-visuels avec Yves Luginbühl lors de leur séjour au CNERP, l’un sur les paysages de montagne et l’autre sur les paysages forestiers.

Extrait de B. Fichesser et M.-F. Dupuis, « Les valeurs du paysage », Forêt Méditerranéenne, t. XV, n° 3, 1994.

Cette démarche de naturalisation écologique et paysagère fut étendue à tout l’espace rural montagnard. Pour préserver l’attractivité des paysages, en évitant leur « défiguration, leur dénaturation et leur banalisation » (ibid.), B. Fischesser construit une doctrine en même temps qu’une méthodologie. Car l’empirisme des premières études du CNERP ou de l’API, tenait plus de « l’étude d’impact avant l’heure que de l’expertise paysagère ». Ces travaux montraient cependant l’importance de la représentation graphique synthétique des blocs diagrammes de paysage et des scénarii d’évolution et de leurs rôles possibles comme outils de concertation (p. 21). In fine, l’idée de « conduire à une stratégie de site matérialisée par un plan de paysage » – une pratique que J. Sgard et P. Dauvergne avaient enseignée au CNERP – s’imposa au groupe grenoblois.

Mais, écrit B. Fischesser, il fallait s’appuyer sur des données objectives pour « dialoguer avec les décideurs et les aménageurs épris de réalisme et de sciences exactes » (23). Il fallait une assise scientifique pour ne pas se fonder seulement sur l’intuition et les appréciations personnelles des « experts ». C’est pourquoi dans les tomes 1 et 4 des publications de 1977, il va organiser son expertise paysagère selon trois temps.

1. Celui du repérage objectif des structures paysagères et des principales logiques d’organisation, de fonctionnement et d’évolution d’un paysage. Démarche pluridisciplinaire interpellant le géologue, le géographe, l’historien (dont la toponymie), l’agronome, le forestier, l’écologue, le sociologue, l’économiste (économétrie) …. Pour en dégager des implications au niveau de l’étude paysagère.

2. Celui du repérage et de la hiérarchisation progressive de critères d’ambiance (organisation spatiale, lignes de force, limites visuelles , couleurs et textures, axes visuels et points d’appel visuels, rythmes, lisibilité, identité, typicité, équilibre visuel, vulnérabilité …etc…. conférant son identité sensorielle au paysage et permettant de mieux la mettre en valeur. Cette approche, multi-sensorielle, s’appuie sur des travaux scientifiques essentiellement anglo-saxons (oculométrie…). Elle s’effectue selon 3 échelles : petite échelle , par survol en hélicoptère permettant de repérer l’enchainement d’unités d’ambiance paysagère ; moyenne échelle, selon des séquences de parcours motorisés ; grande échelle, par le crayon et la photo.

3. Celui d’une médiation sociale engagée avec les acteurs locaux selon une méthodologie ajustée dans les années 1980-90.

Ainsi leur fut-il possible de proposer un ensemble de règles pour infléchir la production des paysages de montagne dans les procédures administratives (plan d’occupation des sols, zonage agriculture-forêt, remembrements, schémas de cohérence territoriale (SCOT …). Ils interprétaient ainsi la demande du CEMAGREF : prévoir les évolutions, améliorer la lisibilité des paysages transformés, diversifier les formes perçues, intégrer de nouveaux équipements aux paysages existants, et créer des outils de médiation en cas de conflits entre aménageurs, visiteurs et habitants.

« Valorisé, le nouvel équipement générera un nouvel état d’équilibre visuel du paysage, soit son insertion dans ce paysage de sorte qu’il n’en modifie pas l’ambiance dominante » (p. 28). Il insiste sur « l’estimation de la capacité d’absorption de ce paysage, notion qui associe préoccupations écologiques, socioéconomiques et esthétiques ».

Extrait de B. Fichesser et M.-F. Dupuis, Les valeurs du paysage, Forêt Méditerranéenne, t. XV, n° 3, 1994.

Cette doctrine synthétique et transversale inspira les études faites au CEMAGREF et le monde de l’ingénierie écologique, paysagiste et forestière pendant des décennies, et l’inspire encore. Dans celui des paysagistes concepteurs et de leurs agences libérales, l’accueil fut plus réservé. Sans doute en raison de l’investissement en temps et en déplacements que la méthode impose.

Un accueil mitigé des paysagistes

Normatives, ces pratiques de paysagisme furent observées avec perplexité sinon avec méfiance par le milieu des paysagistes maitres d’œuvre issus de la Section du paysage et de l’art des jardins de l’ENSH. B. Fischesser le savait en 1977 au moment où s’ouvrait à Versailles la nouvelle École nationale supérieure du paysage. Il écrit : « La liberté de création du paysagiste est, en milieu rural, beaucoup plus réduite qu’en milieu urbain. Pour ces valorisations paysagères d’aménagements touristiques ou de grands sites, il sera de plus en plus fait appel aux techniques de génie écologique ou d’ingénierie écologique6. L’aménagement touristique dans le sens du naturel, d’étangs communaux ou de golfs d’altitude, connait actuellement une vogue croissante » (p. 29). Il disait ainsi que la sensibilité écologique des usagers des paysages allait sans doute largement inspirer les pratiques des aménageurs. Et que la créativité revendiquée par les paysagistes versaillais n’était pas nécessairement adaptée à la fragilité et à la singularité du milieu montagnard.

B. Fischesser intervint peu à l’ENSP de Versailles, mais plus régulièrement dans les enseignements des écoles d’Angers, de Blois et de Saint-Ismier (Isère). Mais, au moment de la grève des étudiants de l’école au printemps 1985, et de l’échec du projet d’Institut français du paysage, le ministère de l’Agriculture se souvint de son expertise et lui commanda un rapport sur la formation donnée par l’établissement encore dépendant de l’ENSH7. Il soutint fermement la singularité de la formation de l’ENSP, atypique au ministère. Il contribua probablement, entre autres raisons, à la décision ministérielle de relocaliser l’ENSH à Angers en 1993.

Pourtant la distance entre le paysagiste DPLG et le paysagiste d’aménagement n’était pas aussi grande que l’on pourrait le penser à cette époque. N’oublions pas que la culture de la plupart des formateurs du CNERP était celle du projet (de jardin, de paysage, d’architecture, de ville). Cette sensibilité réapparut en 1994 dans un texte de B. Fischesser et M.-F. Dupuis-Tate8.

Extrait de B. Fichesser et M.-F. Dupuis, Les valeurs du paysage, Forêt Méditerranéenne, t. XV, n° 3, 1994.

Ils écrivaient : « Pour notre équipe, seule l’existence d’un projet sur l’espace et une volonté collective justifient l’engagement d’études et de recherches de paysagis¬me d’aménagement ». Leur pensée avait évolué depuis le début des années 1970. Cinq principes directeurs étaient énoncés « pour étayer des propositions de gestion minimale des paysages : respecter l’échelle du paysage, exalter les critères de dominance, encourager une diversité maitrisée, affirmer la cohérence des ambiances et valoriser l’esprit du lieu ».

Ces principes étaient proches de ceux des démarches des paysagistes DPLG. D’autant plus que le CEMAGREF distinguait son approche du paysage par une entrée « milieu » de celle d’autres équipes (le groupe de Dijon et les géographes) ayant travaillé par une entrée “acteurs-utili¬sateurs de l’espace”.

Extrait de B. Fichesser et M.-F. Dupuis, Les valeurs du paysage, Forêt Méditerranéenne, t. XV, n° 3, 1994.

Dans le même temps, la démarche devenait plus scientifique et s’appuyait sur l’oculométrie (étude des mouvements de l’œil). Elle ne parlait plus d’esthétique : « Il n’est plus ici question de beauté ou de laideur mais de confort et d’inconfort visuels ».

Partagée entre des approches sensibles et subjectives, des explications scientifiques et des postures de projet, la pensée de B. Fischesser et de son groupe accompagna la nouvelle politique du paysage qui était lancée par Ségolène Royale ministre de l’Environnement en 1993. En 2003, B. Fischesser prend sa retraite, le relais sera passé à une nouvelle équipe de chercheurs dans le centre CEMAGREF de Bordeaux (dirigée par l’ingénieur du Génie rural et des eaux et forêts Daniel Terrasson) en relation avec une nouvelle commande de recherches du Ministère de l’Environnement au CNRS (Georges Bertrand et Yves Luginbühl). Ce programme sera lancé par le séminaire d’Albi en 2000 et aboutira à l’ouvrage L’évaluation du paysage, une utopie nécessaire, à la recherche d’indicateurs/marqueurs pluridisciplinaires (sous la direction de Daniel Puech et Anne-Rivière Honegger) en 2004.

Qu’en ont retenu les paysagistes d’aujourd’hui ?

Yves Luginbühl concluait l’ouvrage de 2004 en insistant sur le changement de paradigme de la recherche sur les questions de paysage : « Il ressort de la démarche de recherche d’indicateurs/marqueurs pluridisciplinaires une posture de chercheurs-experts plutôt orientée vers une “coconstruction des représentations spatiales“ que vers l’emploi de méthodes clés en mains.

Qu’ont retenu, de leur côté, les paysagistes des travaux du CEMAGREF de Grenoble ? Il faudrait le demander à Jacques Sgard qui a fondé, avec d’autres (les paysagistes M. Viollet, P. Dauvergne en particulier), le domaine professionnel du « Grand Paysage et du Paysagisme d’aménagement ». Et surtout l’a enseigné au CNERP de Trappes puis à l’ENSP de Versailles en encadrant de nombreux ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année pendant trente ans. Car ces ateliers répondaient à des commandes de collectivités publiques qui relevaient surtout du conseil de la maîtrise d’ouvrage, et donc de la pensée du paysagisme d’aménagement.

Ce qui est certain est que les paysagistes libéraux n’en ont pas retenu « une méthode clés en main ». Chacun a souhaité s’emparer de la commande publique pour y répondre librement en fonction de sa sensibilité et de ses compétences.

Retenons les points communs qui font aujourd’hui partie du capital culturel des paysagistes maîtres d’œuvre et conseillers de la maîtrise d’ouvrage : les notions de « projet sur l’espace », d’ « esprit (ou de génie) des lieux », de conservation ou de création d’ « ambiances », de réunion des données objectives et subjectives, de diversification des structures des paysages, de visualisation des données, d’analyse des dynamiques paysagères, de lisibilité et de cohérence des paysages perçus, de potentialités des paysages, et surtout de médiation des conflits sociaux … Les deux démarches, issues du CNERP et de l’ENSP d’une part, du CEMAGREF d’autre part semblent très proches.

Pourtant, les paysagistes concepteurs (surtout à Versailles, et beaucoup moins à Angers ou Blois) n’ont pas ou peu retenu la démarche du CEMAGREF. Elle concernait la qualification des perceptions par l’organisation spatiale : le nombre de plans, les visions longues et courtes, les rapports d’échelle ; par les indices visuels (lignes de force, effets de cadrage, couleurs et textures) ; par les critères de dominance (points d’appels, axes visuels, rythmes, contrastes et transitions) ; par les composantes d’ambiance (lisibilité, identité, vulnérabilité…). La démarche développait également les méthodes d’intégration visuelle des équipements ou l’idée de « capacité d’absorption » d’un paysage.

Ou plus exactement les paysagistes n’ont pas formulé leurs projets avec ce vocabulaire explicite des études visuelles. Le langage de l’écologie est apparu beaucoup plus tardivement (et très timidement), notamment avec les injonctions réglementaires sur la biodiversité et les risques environnementaux incluses dans la commande publique à partir des années 1990, et surtout des lois issues du « Grenelle de l’environnement » de 2008 et 2010.

L’influence des démarches du paysagisme d’aménagement apparait aujourd’hui dans les règles ministérielles d’attribution du titre de paysagiste concepteur depuis 20179. Elles ne se limitent plus à l’exercice de la conception de projets d’aménagements paysagers et de la maîtrise d’œuvre. Elles demandent de « savoir concevoir le paysage par une démarche de projet de paysage (…) d’ être capable d’interpréter spatialement une problématique d’aménagement et de territoire en questionnant et en hiérarchisant les éléments d’un diagnostic ; et d’être capable de concevoir le maintien, l’amélioration, l’évolution, l’adaptation ou la transformation des paysages ».

S’y ajoutent « la capacité de faire preuve de capacités projectuelles à toutes les échelles (…), de mobiliser et d’articuler des connaissances générales liées au paysage et à leurs caractéristiques historiques et actuelles (agriculture, parcs et jardins, arts plastiques, architecture, art urbain, urbanisme, planification) ainsi que des connaissances scientifiques et techniques en lien avec les paysages (géomorphologie, hydrographie -avec le concept fondamental de « bassin versant » qui implique une appréhension globale-, agronomie, horticulture, écologie, géographie naturelle et humaine…) et certains principes de l’ingénierie intéressant le paysage (assainissement pluvial, traitement des sols, soutènements, terrassements, plantations) (…), d’ anticiper l’évolution d’un paysage, (…) et d’assumer plusieurs situations professionnelles ».

Une grande partie de la pensée du paysagisme d’aménagement (une demande du ministère de l’Environnement à l’origine) se retrouve sous forme normative dans les pratiques d’une profession désormais réglementée, comme celle d’architecte ou de médecin. Les méthodes expérimentées par le CEMAGREF de Grenoble dans plus de 120 situations différentes pendant trente ans10 ont inspiré la boite à outils des praticiens. Les uns comme le plan de paysage font désormais partie des documents réglementaires d’urbanisme, les autres (l’atlas de paysage, la charte de paysage, l’observatoire photographique de paysage) restent d’usage facultatif, à disposition des projets territoriaux des élus et des aménageurs.

La compétence paysagiste, élargie à l’échelle territoriale, a été de fait transférée en quarante ans des services de l’État (au départ avec la Mission du paysage, l’INRA et le CEMAGREF) aux collectivités publiques (Agence d’urbanisme, CAUE, parcs naturels régionaux et nationaux …), aux agences libérales et aux bureaux d’études privées. Ce qui a permis à l’État11de disposer d’experts pour proposer et mettre en œuvre des solutions locales aux problèmes paysagers d’hier (déprise agricole, mise en place d’infrastructures routières, protection des sites, urbanisation non maitrisée …) ; mais aussi d’aujourd’hui (infrastructures énergétiques, qualification de l’espace public, étalement urbain, biodiversification, risques climatiques, agricultures urbaines…).

Pierre Donadieu avec l’aimable concours de Bernard Fischesser et Y. Luginbühl.

Version du 18 mai 2019


Bibliographie

B. Fischesser. « Le paysagisme d’aménagement au service de la gestion des cours d’eau, l’exemple de l’opération Ardèche Claire », 1985, Aménagement et Nature, p.18-22.

B. Fischesser, « L’expérience du Cemagref en matière de paysagisme d’aménagement », juin 1987, Paysage et Aménagement p.18-30.

B. Fischesser, « Le plaisir du paysage » sept 1987, Revue d’urbanisme n°221 p.115-126 .Introduction à un colloque national tenu à Paris sous la présidence de Mme Simone Weil.

B. Fischesser, 1991-1993.Dans la revue « Pour la Montagne » on trouvera une rubrique « Etude paysagère » dans les n° 22 à 29 rédigée et illustrée présentant différentes études paysagères du Cemagref en milieu montagnard (Ubaye, Haut Beaujolais, Gresse-en Vercors.

B. Fischesser, « Le paysagisme d’aménagement au service d’une valorisation de la montagne », Pour la Montagne, n°22, janvier, 1991.

P. Charreton, Marie-France Dupuis et Bernard Fischesser, « L’analyse paysagère dans la gestion des territoires », Ingénierie-EAT, n° 1, 15, pp. 31-40.

B. Fischesser, « Des études au service de la promotion économique des paysages montagnards de qualité, cas de la Vallée de l’Ubaye (Alpes de Haute-Provence) » in Montagnes Méditerranéennes, n°4 , 1996, p.23-32.

B.Fischesser, M.-F. Dupuis-Tate ,Le guide illustré de l’écologie, éditions Delachaux et Niestlé, 2017, Paris

B. Fischesser, La vie de la forêt, Paris, éditions de La Martinière, 2009. On y trouvera un chapitre illustré consacré à la valorisation paysagère de la forêt (p. 190-198).

B. Fischesser et M.-F Dupuis-Tate, Rivières et Paysages, éditions de La Martinière, 2003.
« Un chapitre p. 290 à 324, y est consacré à notre approche sur le terrain. Dans ce même ouvrage un chapitre présente notre analyse imagée de l’évolution d’un paysage de rivière de la préhistoire à aujourd’hui (un travail sans équivalent semble-t-il sur l’évolution d’un paysage français) (p. 42 à 76). Et aux pp.136-141 on trouvera notre conception (originale pour l’époque) en matière de blocs-diagrammes de paysage. Voir aussi les illustrations pp. 99-202 et 219-222 et aussi 212-215. Au fond tout cet ouvrage veut situer notre approche en matière d’aménagement de Grand Paysage qui veut allier sensibilités, sciences et médiation des propositions » (B. Fischesser, avril 2019).

L’essentiel des études paysagères réalisées par l’équipe est stocké à la bibliothèque du Groupement de Grenoble de l’Irstea( 2 ,rue de la papeterie, Campus universitaire de Saint Martin d’Hères (Isère)


Notes

1 Jean-Henri Teissier , Marc Roux , André Brun , Jacques Brossier, Joseph Bonnemaire Pays, paysans paysages dans les Vosges du Sud, les pratiques agricoles et la transformation de l’espace, Paris, INRA-ENSSA, 1977, 172 p.

2 Aujourd’hui Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement (IRSTEA).

3 P. Donadieu, « Quinze ans de paysagisme au service de l’aménagement de la forêt et de la montagne », in P&A n° 11, 1987, p. 15.

4 Le paysage de montagne, recherches fondamentales en quatre fascicules (n° 116, 420 p., 1977) Tome 1 : L’étude paysagère, l’analyse des perceptions, T. 2 la forêt de montagne, T.3 : les autres composantes du milieu montagnard, T. 4 La perception de l’espace montagnard ;

5 Avec la coopérative d’architectes, d’ingénieurs et de paysagistes (API) fondée par le paysagiste M. Viollet

6 B. Fischesser, M.-F. Dupuis-Tate, Le guide illustré de l’écologie, éd. Delachaux et Niestlé, 2017, Paris. Se reporter aux chapitres ‘L’écologie du paysage’ et ‘le génie écologique’ p. 292 à 329.

7 B. Fischesser, L’avenir de l’Ecole Nationale supérieure du Paysage (ENSP), rapport, oct 1985. 92 p.

8 B.Fischesser, M.-F. Dupuis-Tate, « Les valeurs du paysage », Forêt Méditerranéenne, t .XV, n°3, 1994.

10  Notamment le bloc diagramme et les scénarii de paysage.

11 Confortée par la convention européenne de Florence (2000) ratifiée par la France en 2006.

VTP3 CS et CO

Retour

3e séminaire du Réseau « Ville, Territoire, Paysage »

École nationale supérieure d’architecture de Versailles

École nationale supérieure de paysage de Versailles

13-14 juin 2019

Comité scientifique

Jean Attali, professeur émérite ENSA Paris-Malaquais, chercheur associé de l’UMR AUSser / MCC / CNRS

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Éric Chauvier, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Elena Cogato-Lanza, maître d’enseignement et de recherche, EPFL ENAC LAB-U (CH.)

Jean-François Coulais, professeur ENSA Paris-Malaquais, chercheur à l’IPRAUS

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Hervé Davodeau, Maître de conférence, ENITHP, Angers

Denis Delbaere, professeur ENSAP Lille, resp. de l’axe Territoire du LACTH

Xavier Guillot, professeur ENSAP Bordeaux, chercheur, UMR Passages

Emeric Lambert, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur Chôros (EPFL, CH.)

Claire Parin, professeur émérite ENSAP Bordeaux, chercheur UMR Passages

Alexis Pernet, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

Yves Petit-Berghem, professeur à l’ENSP, chercheur au LAREP

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV


Comité d’organisation

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Sophie Bonin, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

Appel à communication VTP3

Retour

Appel à communications

3e séminaire du Réseau « Ville, Territoire, Paysage »

École nationale supérieure d’architecture de Versailles

École nationale supérieure de paysage de Versailles

13-14 juin 2019

Les écoles dans leurs territoires.

Expériences pédagogiques et enjeux de recherche du domaine Ville, Territoire et Paysage.

Télécharger au format PDF


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


A. Contexte institutionnel

3e édition des séminaires VT/P, en lien avec la Première Biennale d’architecture et de paysage de la région Ile-de-France, (3 mai – 13 juillet 2019).

Depuis quatre ans, le réseau « Ville, Territoire, Paysage » organise des séminaires interdisciplinaires qui ont pour objectif d’interroger les savoirs et les pratiques portés par les enseignements du champ VTP.

La dynamique de travail collégial activée par ces séminaires est motivée à la fois par un besoin de partage des réflexions et des pratiques et par la volonté de constituer une force de proposition dans le processus de renouvellement de ce champ disciplinaire.

Le 3e séminaire VTP fait suite à celui des Grands Ateliers de l’Isle-d’Abeau, de mars 2015, et à celui organisé à l’ENSAP de Lille en novembre 2016. Le premier, « Ville, Territoire, Paysage : vers un réseau de pratiques et de savoirs », a représenté le lancement du réseau VTP et a permis d’esquisser un premier bilan sur les expériences d’enseignement du projet aux échelles urbaine, territoriale et paysagère.

Avec le 2e séminaire, « Recherche & Projet : productions spécifiques et apports croisés dans les domaines Ville, Territoire et Paysage », le réseau a ouvert une table de discussion sur la question du rapport entre recherche et projet, en explorant notamment la manière dont le projet peut générer de nouvelles démarches de recherche.

Ces deux années passées depuis le dernier séminaire ont permis au réseau VTP de restituer et valoriser les résultats des rencontres précédentes, d’élargir son comité scientifique à de nouveaux membres.

L’organisation de la première Biennale d’architecture et de paysage de la région Ile-de-France à Versailles, de mai à juillet 2019, avec une participation importante des deux écoles organisatrices a motivé le réseau VTP à choisir Versailles comme hôte de son 3e séminaire. Les sites des deux écoles, ouverts à tous publics et en liens avec les deux laboratoires de recherche (LéaV à l’ENSA-V et Larep à l’ENSP) accueilleront ce 3e séminaire.

Celui-ci se propose de bénéficier de la dynamique de la Biennale. Tout en conservant l’optique de permettre un retour et des échanges sur la pédagogie sur les Villes, Territoires et Paysages, il s’articule donc entre séances de terrain et échanges en séances plénières.

Ce séminaire sera aussi l’occasion de réfléchir à la stabilisation du réseau pédagogique et scientifique VTP auprès du Bureau des enseignements et du Bureau de la recherche architecturale, urbaine et paysagère – Ministère de la culture-Direction générale des patrimoines-Service de l’architecture-Sous-direction de l’enseignement supérieur et de la recherche en architecture.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


 


B. Thème du séminaire

La Biennale 2019 présente une réflexion transversale sur le rapport entre la ville et la nature à partir de deux propositions : « Le goût du paysage », côté ENSP (commissaire A. Chemetoff), enquête sur le potentiel nourricier du paysage ; « Augures. Immersion et perspectives dans la métropole climatique qui vient », côté ENSA-V (commissaire D. Klouche), retrace les signes de nouvelles manières de lire et écrire la métropole à travers trois entrées principales : le climat, l’accélération et la décélération, et le commun. Ouvrant pour un moment l’horizon des deux écoles très au-delà de leurs limites physiques, ces propositions offriront de nombreuses contributions et installations de professionnels et d’artistes.

Dans ce contexte, le séminaire VTP3 souhaite explorer le rapport que les écoles d’architecture et de paysage développent et entretiennent avec leur territoire. Ce questionnement de la relation au territoire des écoles pourrait se synthétiser et s’articuler en deux volets :

1) l’influence de la singularité des territoires sur les contenus et les modalités des enseignements

2) Le rôle / l’apport des écoles aux dynamiques de projet de ces territoires.

Nous souhaitons permettre de réelles découvertes des territoires et des modalités pédagogiques de leur exploration à travers des visites que nous organiserons dans la plaine de Versailles. Seront mis en avant des démarches développant un échange actif entre expérience pédagogique et acteurs du territoire ainsi que des expériences de projet développant un axe spécifique de recherche sur le territoire.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


 

C. Axes pour les propositions

Nombreuses sont les acceptions du mot « territoire », et variées sont les lignes que les usages du mot dessinent entre les aspects physiques, administratifs et humains. Avec la notion de « territoire » viennent celles de « frontière », de « limite », de « propriété », de « revendication », d’« enracinement », de « topographie » et de « climat » mais aussi celles d’une communauté de destins, d’outils, de ressources. Concrètement, l’analyse des territoires renvoie aussi aux questions de centralité et de périphéries, de réseaux et de mobilités. Autant de paramètres et phénomènes que l’enseignement du projet en architecture ou en paysage doit aborder pour permettre d’intervenir dans les territoires urbains, péri-urbains ou ruraux.

Nous proposons trois entrées principales pour cette exploration du rapport des écoles de projet à leur territoire :

Territoire et patrimoine(s) (rapport à l’histoire, à la société, à l’identité, à la conscience du lieu; le territoire comme bien commun; tourisme et valorisation territoriale (marketing ?), etc.).

Territoire comme écosystème (rapport au vivant, climat, qualité des sols, gestion des ressources – notamment agricoles -, biodiversité, métabolisme territorial, écologie territoriale, ingénierie du vivant, trames vertes et bleues, etc.)

– Territoire et gouvernance (les thèmes : la gestion des mobilités, les frontières et les modalités de prise de décision dans les territoires, / les acteurs institutionnels de la gouvernance locale, les acteurs non institutionnels et les tactiques habitantes).

Une des questions qui traversera cette exploration concernera le rôle que la pédagogie se donne sur ces territoires. Sera examiné comment les enseignants-chercheurs se positionnent comme des acteurs légitimes, en tant que formateurs de futurs spécialistes du projet spatial, mais aussi en tant que contributeurs ou facilitateurs à l’animation de ces territoires.

Dynamisés par l’organisation bicéphale de ce séminaire, les échanges nourriront également une mise en perspective des manières dont la notion de « territoire » est mobilisée respectivement dans le projet architectural et le projet de paysage.

Des contributions pourront enfin s’attacher à développer plus particulièrement des courants de recherche et des notions théoriques qui sous-tendent les pédagogies ou les alimentent. La diffusion des théories et des actions développées par l’école territorialiste (A. Magnaghi et Société des territorialistes), par exemple. Ou encore, les études sur les notions de métabolisme urbain et territorial (S. Barles, 2002), ou d’anthropocène (P. Crutzen, 2000 ; J.-B. Fressoz- C. Bonneuil, 2013, B. Latour, 2015), ou de mésologie (A. Berque, 2000, 2014), ou de palimpseste (A. Corboz, 1983 ; S. Marot, 2010). Mais aussi le rapport au sol et au vivant comme moteur de projet (B. Secchi, 1986 ; P. Viganò- P. Mantziaras, 2016 ; M. Chalmandrier et al., 2017 ; P. Donadieu et E. Remy, 2016 ; Y. Petit-Berghem, 2016) et la question du climat dans sa relation au projet de territoire (G. Escourrou, 1991 ; B. Latour, 2015), les dynamiques engagées sur le territoire par les nouvelles pratiques touristiques (M. Gravari-Barbas, E. Fagnoni, 2013), les questions de l’analyse sociale et de la projétation dans les territoires suburbains.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


D. Attendus scientifiques, critères de sélection

L’appel à contribution est ouvert à tout enseignant ou chercheur, individuellement ou en équipe, dans les ENSA(P) françaises ou autres institutions d’enseignement supérieur de l’architecture, urbanisme et paysage des pays voisins, tous champs confondus (TPCAU, SHS, etc.). Il est également ouvert à d’autres disciplines universitaires (géographie, écologie, sciences de l’éducation, psychologie cognitive, etc.). La langue de communication principale sera le français, des communications pouvant également être proposées en anglais.

Attendus scientifiques

– l’explicitation détaillée de chaque projet pédagogique ; la comparaison des dispositifs, des hypothèses, des corpus, des formes de résultats, des apports à la pédagogie, aux territoires eux-mêmes et aux savoirs.

– la réflexion critique sur les catégories, les visées, les méthodes déjà élaborées dans d’autres champs proches

– le questionnement du rapport au “projet”, et à son enseignement

– la contribution à la réflexion sur les aspects théoriques, méthodologiques et épistémologiques

Envoi et sélection des propositions de communications

Les propositions de communication seront présentées sous la forme d’un résumé long de 2 pages (environ 3000 signes). Ce texte sera accompagné de références bibliographiques (5 maximum) et d’une biographie synthétique de l’auteur (ou des auteurs) de 400 signes. Il sera précisé dans quel axe de réflexion se situe la proposition.

Les propositions seront transmises pour le 22 avril 2019 à l’adresse suivante :

Vtp3versailles@gmail.com

Le comité scientifique informera les auteurs des propositions retenues pour le 1er mai 2019.

Valorisation

Les auteurs dont les propositions ont été retenues enverront pour le 1er juin 2019, un poster (format A0 vertical) selon des consignes qui seront adressées le 1er mai. Il affichera le cas présenté en expliquant la problématique, la méthode de travail adoptée, une synthèse des résultats. Les posters resteront affichés à l’École d’architecture et à l’École de paysage jusqu’à la fin de la Biennale.

Ils seront disponibles au-delà sur les sites des laboratoires de recherche de l’ENSP et de l’ENSA-V, en attendant la publication d’actes sous forme électronique, espérée en 2020.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


 

E. Informations pratiques

Organisation

Lieu : ENSA-V et ENSP, Versailles et sites de visites dans les environs de Versailles.

Date : 13 et 14 juin 2019

Dates – clés

– Envoi de l’appel à contributions le 20 février 2019

– Date limite de réception des propositions : le 22 avril 2019

– Date de notification de l’acceptation : le 1er mai 2019

Comité scientifique

Jean Attali, professeur émérite ENSA Paris-Malaquais, chercheur associé de l’UMR AUSser / MCC / CNRS

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Éric Chauvier, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Elena Cogato-Lanza, maître d’enseignement et de recherche, EPFL ENAC LAB-U (CH.)

Jean-François Coulais, professeur ENSA Paris-Malaquais, chercheur à l’IPRAUS

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Hervé Davodeau, Maître de conférence, ENITHP, Angers

Denis Delbaere, professeur ENSAP Lille, resp. de l’axe Territoire du LACTH

Xavier Guillot, professeur ENSAP Bordeaux, chercheur, UMR Passages

Emeric Lambert, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur Chôros (EPFL, CH.)

Claire Parin, professeur émérite ENSAP Bordeaux, chercheur UMR Passages

Alexis Pernet, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

Yves Petit-Berghem, professeur à l’ENSP, chercheur au LAREP

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Comité d’organisation

Roberta Borghi, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Stéphanie de Courtois, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Roland Vidal, ingénieur de recherche et enseignant à l’ENSP de Versailles

Luc Vilan, maître de conférence ENSA Versailles, chercheur au LéaV

Sophie Bonin, maître de conférence ENSP, chercheur au LAREP

– Contact pour les aspects pratiques : Vtp3versailles@gmail.com

Pour les contributeurs retenus, le logement à Versailles sera pris en charge pour la nuit du jeudi au vendredi, de même que les repas des 2 journées du séminaire.


Contexte institutionnelThème du séminaireAxes pour les propositionsAttendus scientifiquesInformations pratiques


Pierre Dauvergne et le Conseil Général du Val-de-Marne

Retour

Pierre Dauvergne et le Conseil Général du Val-de-Marne (CG 94)

1985-2005

 

Pierre Dauvergne raconte la période de sa carrière consacrée au Conseil Général du Val-de-Marne, après ses fonctions d’enseignant à l’ENSP.

 

Ce texte est un témoignage. Il peut être utilisé en citant les sources (P. Dauvergne, Topia/Histoire et mémoire, 2019)

 

À la fin de 1984, je rencontre Michel GERMA, Président du Conseil Général du Val-de-Marne. C’est pour moi, un évènement majeur ! Je suis délégué général de la Fédération Française du Paysage (FFP) pour l’organisation des premières Assises Nationales du Paysage « …Pour une politique du Paysage » (du 11 au 13 Octobre 1984 à Aix-les-Bains). Mon rôle était de trouver les personnalités des principales formations politiques du moment pour la présidence des quatre carrefours thématiques.

À ces Assises ont participé deux Ministres : Huguette BOUCHARDEAU (Environnement) et Michel ROCARD (Agriculture), deux députés de la Savoie, Michel BARNIER, pour le RPR, Président du CG de la Savoie, et Éric BESSON, pour le PS.

Le Parti communiste français (PCF) a désigné Michel GERMA (CG 94), après les désistements successifs de Georges VALBON CG 93), puis de Jacques RIMBAULT (maire de Bourges), pour présider et animer avec Michel CORAJOUD, professionnel paysagiste, l’un des quatre carrefours thématiques, “les espaces urbains et industriels”.

Il m’a reçu dans son bureau avec, sur l’un des murs en face de lui, une grande mosaïque de photos aériennes de l’IGN couvrant le département. Notre rencontre, fait tout à fait exceptionnel, dura tout un après midi, durant lequel nous avons fait une lecture ensemble du territoire, et tracé des possibilités pour sa valorisation et son aménagement.

Une grande familiarité d’approche s’installa entre nous, d’autant que son père avait travaillé dans les forceries de lilas sur le plateau de Vitry-sur-Seine.

À plusieurs reprises, Michel Germa m’a fait comprendre qu’il cherchait quelqu’un pour la direction du Service des Espaces Verts Départementaux (SEVD), poste alors laissé vacant par Jean Luc BONJOUR, ingénieur horticole, parti à la Direction des Espaces Verts des Hauts de Seine. Je me suis alors engagé à prendre des contacts avec la profession pour lui suggérer des candidats, sans penser à mon éventuelle candidature !

Quelques semaines après, lors des Assises à Aix-les-Bains, je lui ai dit que le poste pouvait m’intéresser. Il m’encouragea à présenter mon dossier à l’administration départementale dirigée alors par Michel-Camy-Perret.

Le jury m’a désigné parmi une dizaine de candidats, j’étais le seul candidat paysagiste, les autres étant des ingénieurs et techniciens horticoles.

Ma décision correspondait à mon souhait, qui, depuis quelque temps, était de m’échapper des services centraux des Ministères successifs de l’Équipement, du Logement, de l’Aménagement ou de l’Environnement. En effet, j’étais saturé par les études générales, dites méthodologiques, les guides techniques, … et surtout sans pouvoir agir véritablement sur le terrain et travailler avec les “locaux”.

Depuis 1982, la décentralisation se mettait en place. C’était le moment de faire un choix, qui me permettrait de régler ma situation précaire de contractuel m’empêchant d’accéder à de véritables responsabilités, et d’intégrer la Fonction Publique Territoriale.

J’interromps alors mes missions en cours, que je juge incompatibles avec la direction quotidienne d’un service comprenant un peu plus de cent agents, dont mes responsabilités d’enseignant à l’ENSP, et de conseiller scientifique “Paysage” au sein de la cellule environnement de la Ville Nouvelle du Vaudreuil.

En 1967, année de création du Département du Val de Marne, existaient 27 hectares d’espaces verts hérités de l’ancienne Seine. À la fin de 1999, ce sont 390 hectares de parcs, jardins et espaces verts départementaux, dont 159 hectares de parcs ouverts au public, au nombre de 14, 80 hectares en attente d’aménagement, 79 hectares d’espaces extérieurs aux collèges, 11 hectares de jardins de crèches, et 23 hectares à usage privatif : la pépinière et le centre de modélisme. Ce sont également 311 hectares de parcs de sports et de loisirs dont, 75 hectares pour le parc interdépartemental de sports et de loisirs du Tremblay à Champigny sur Marne, 64 hectares pour la base de plein air et de loisirs à Créteil, et 182 hectares pour le parc interdépartemental des sports et de loisirs à Choisy le Roi.

Soit 674 hectares supplémentaires qui ont été acquis en 30 ans !

Aux côtés de Michel GERMA

 

20 années au service du Val de Marne :

Depuis 1985, mon parcours dans l’administration départementale :

– 1985 recruté comme Chef du Service de Espaces Verts Départementaux (SEVD)

– 1988 : le SEVD est érigé en Direction. J’en deviens le Directeur (DEVD)

– 1991 : Création de la Direction de l’Aménagement (DAM). J’en deviens le Directeur.

En son sein, la Délégation au Paysage (DAP) est créée.

-1994 : Promu Directeur Général Adjoint, chargé des services techniques, de l’aménagement

et de l’Environnement, dont la DEVD. Celle-ci devient la Direction des espaces verts et du

Paysage (DEVP), après l’intégration de la Délégation au Paysage (DAP).

– Enfin, promu Directeur Général Adjoint, chargé de l’environnement et du cadre de vie

– 2005 : Départ en retraite.


DE 1985 à 1991 : DES ESPACES VERTS AU PAYSAGE ET A L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE DU VAL DE MARNE :

Recruté le 1er janvier 1985, en poste jusqu’en décembre 1987, Chef du Service des Espaces Verts Départementaux (SEVD). Puis, en mai 1991, le Service devient une Direction, la Direction des Espaces Verts Départementaux (DEVD). Je suis placé sous la direction du Directeur des Services Techniques d’alors, et de deux ingénieurs des Ponts et Chaussées Jean CHAPELON et Michel MERMET,

Durant les premiers mois, un constat, une stratégie d’actions, et les fondements d’une politique :

Depuis la création du Département, Michel GERMA a souhaité protéger les terrains boisés ou non, pour les aménager et ce, dans les secteurs les plus densément peuplés, et “martyrisés” par une urbanisation non maîtrisée. Après de nombreux contacts et d’échanges avec les agents, la visite de l’ensemble des sites gérés par le service, et ceux en cours d’acquisition, ou en cours de travaux d’aménagement, je fais un constat :

Le SEVD est un bel outil technique, un potentiel… Néanmoins, un certain nombre de questions apparaissent :

– Les parcs réalisés sont impeccables, mais se ressemblent tous, quel que soit leur environnement. Il s’en dégage une certaine monotonie, tristesse, du fait du choix des végétaux très en vogue, en particulier dans les pays anglo-saxons.

Ce constat induit une réflexion critique sur la palette végétale et les végétaux mis en culture à la pépinière départementale à Mandres-les-Roses.

– Les parcs sont bien verts ! sans beaucoup de couleurs et pas de fleurs, si ce n’est celles des arbres et arbustes. A cette époque, je dis que “les espaces verts sont des déserts verts”, un constat assez général à l’époque.

Conséquence immédiate, plantation massive de bulbes : tulipes, narcisses et jonquilles pour le fleurissement au printemps.

– Les parcs sont sans vie, sauf les classiques jeux industrialisés pour les petits, mais rien pour les adolescents, les adultes.

Conséquences : Revoir le « gardiennage » des parcs, en faisant évoluer progressivement le profil des agents, comme par exemple le recrutement de femmes et surtout, changement dans le costume des gardiens, assimilés par les jeunes à des CRS … !

Un concours est organisé avec les étudiants d’une école de Cachan. Le jury comportant enseignants, élus et membres du SEVD retient un projet. Celui-ci est fabriqué à grande échelle, car il est décliné pour d’autres agents techniques départementaux. Le visage des parcs commence à changer !

– La conception des parcs était confiée au Bureau de Dessin, alors composé de deux dessinatrices. Il fallait dimensionner la fonction d’étude à la hauteur de la charge du nouveau plan décennal des espaces verts.

Ainsi, dans un premier temps, les dessinatrices bénéficieront d’une initiation-formation aux techniques de représentations. Ensuite, un Bureau d’Etudes est créé. Plusieurs paysagistes sont recrutés, pour la plupart des anciens élèves de l’ENSP où j’enseignais : Une équipe de maîtrise d’œuvre et de maîtrise d’ouvrage publiques en paysage, se met rapidement en place. Elle sera la principale agence publique de paysage en France.

Ont été ainsi recrutés les paysagistes Véronique LATHIERE, Vincent BENARD, Daniel JARRY, Jacqueline VARIER-GANDOIS, Florence CARRIERE, puis, Marion GILLIOT, Martine RENAN, auxquels se sont joints par la suite des agronomes, forestier, géographe, urbaniste.

L’avantage d’une telle structure, c’est de se donner les moyens de tenir dans la longue durée la cohérence des actions et projets au fil des acquisitions foncières, et donc de nouvelles tranches de travaux. C’est aussi la meilleure façon d’associer autour des projets tous les agents qui auront aux divers stades leur part de responsabilité. C’est la meilleure garantie de tenir dans le temps les objectifs. J’ai donc pu vérifier sur le terrain le bien-fondé de mes positions tenues en tant qu’élu à la Ville Nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines, puis au CNERP avec la recherche sur les espaces extérieurs du germe de la ville nouvelle du Vaudreuil :

Bibliographie : En 1977 – « la conception des espaces extérieurs et la coordination des divers intervenants ». Dans « espaces extérieurs » – Centre de Recherche en Urbanisme (CRU), en 1979 « la gestion des espaces verts », le colloque de Marly « espaces verts et habitat » – CRU, en 1980, les « espaces verts et collectivités locales » dans les conclusions du rapport du groupe de travail de la revue « Espaces verts » n° 66, en 1985, « Le projet de paysage … un processus complexe à gérer, une chaîne d’intervenants à mettre en place » dans la Revue P+A n° 3.

– Michel GERMA était très attaché à la Roseraie Départementale à l’Hay-les-Roses, remarquablement dirigé par son responsable André BRUNEL.

Mais, Michel GERMA regrettait que ce bijou, qui représentait un coût relativement élevé ne soit pas suffisamment connu et ne profite qu’à une population périphérique. Je lui ai alors proposé la création d’une association, afin de faire rayonner la roseraie avec la présence de scientifiques du monde végétal, des rosiéristes-producteurs de nouvelles variétés, amateurs, collectionneurs de roses, …C’est ainsi, qu’est née l’Association des Amis de la Roseraie Départementale à L’Haÿ-les-Roses.

– Il convenait de développer encore plus ce que l’on a appelé l’animation des parcs. Pour ce faire un nouveau service est créé, celui de la “vie des parcs”. Le service gère alors une population non plus de gardiens mais d’agents d’animation, afin d’organiser des manifestations diverses et des fêtes en lien avec les communes d’implantation. Il participe à la conception des parcs pour anticiper sur les pratiques des utilisateurs, notamment il définit la nature des équipements à implanter.

– Une politique de communication se met également en place pour toucher les Val de Marnais et ainsi développer la fréquentation des parcs.

– L’art s’introduit dans les parcs : Le Fonds Départemental d’Art Contemporain est mobilisé et investit les parcs départementaux. Des œuvres, sculptures et installations y sont implantées. La DEVD en prépare l’accueil en lien étroit avec Raoul JEAN-MOULIN, critique d’art, responsable du Fond Départemental d’Art Contemporain (FDAC), qui a préfiguré le Musée d’Art Contemporain du Val de Marne (Le MACVAL), et les artistes, dont Eugène DODEIGNE et Jean CLAREBOUDT au parc du Rancy, Peter STAMPFLI au parc du Petit Leroy, d’autres y sont créées in situ : Jean CLAREBOUDT et Irmgard SIGG au Parc du Plateau à Champigny-sur-Marne, Eva WELLESZ aux Domaine des Marmousets.

De Peter STAMPFLI « empreinte de pneu S 155 » dans la pelouse du Parc Petit Leroy à Chevilly -Larue. 30 mètres par 3, 40. Une fabrication, transport et installation épiques !

De droite à gauche Anne DALSTRÖM, chef du service culturel, Peter et Anna-Maria STÄMPFLI lors du vernissage d’une exposition du FDAC. Cliché CG 94.

– Enfin, la partie noble des missions du SEVD, celle de la gestion, sont structurées en deux divisions territoriales, afin d’être plus en prise au quotidien avec la vie des parcs. La subdivision à l’Ouest de la Seine comprend la roseraie, tandis que celle à l’Est, comprend la pépinière.

Le SEVD étant reconfiguré, enrichi, il pouvait penser et réaliser le nouveau plan décennal des espaces verts.

 

LES RÉALISATIONS ET ACTIONS MARQUANTES :

La conception et la mise en œuvre du plan décennal d’espaces verts 1987 – 1996 :

Le précédent plan décennal 1976 – 1986 concernait principalement les opérations foncières pour les futurs parcs. La relative lenteur entre le moment de réaliser un parc et les délais nécessaires pour en maîtriser le foncier s’explique dans le cas du département par le non recours aux expropriations, mais plutôt à des négociations à l’amiable.

Ces préalables étant suffisamment atteints, pouvaient alors s’ouvrir l’aménagement des premières tranches de travaux, et débuter deux décennies de projets et de réalisations, une période enthousiasmante pour les agents :

° Achèvement du Parc du Plateau à Champigny-sur-Marne avec Chantal POURRAT et Vincent BENARD,

° Poursuite du Parc des Hautes Bruyères à Villejuif avec Vincent BENARD, puis Daniel JARRY, l’Atelier de Renzo PIANO (pour les abris des jardins familiaux), Philippe ANDRIEUX (archéologue départemental),

° Préparation foncière et programmation du Parc des Cormailles à Ivry-sur-Seine avec Daniel JARRY, la conception du parc étant confiée à la SADEV 94, et l’agence paysagiste TER – Grand Prix National du Paysage en 2007.

° Réalisation du parc des sports et de loisirs du Grand Godet à Villeneuve-le-Roi et Orly, avec Daniel JARRY.

° Aménagement du centre de modélisme à La Queue-en-Brie, conçu par l’agence Michel CORAJOUD.

° Réalisation du parc du Champ-Saint-Julien à Valenton et lancement de l’opération du parc de la Saussaie-Pidoux à Villeneuve Saint-Georges avec Florence CARRIERE

° Programmation du Parc du Coteau à Arcueil – Gentilly avec Daniel JARRY et la DSEA, pour l’inscription d’un bassin d’orages en sous-sol.

° Réhabilitation des espaces extérieurs du foyer du Parangon à Saint-Maur-des-Fossés et la requalification du centre-ville de Valenton avec Marion GILLIOT.

Quelques mots sur des projets et réalisations particuliers, voir emblématiques :

° Ouverture du chantier du Parc des Lilas à Vitry-sur-Seine avec Jacqueline VARIER-GANDOIS, puis Martine RENAN, la collaboration de l’agence de Florence MERCIER (pour la réalisation du grand mail) et Véronique LATHIERE (pour la réalisation des premières tranches de jardins familiaux), et les services de la DSEA pour le traitement du sous sol miné.

° Réalisation des “jardins du Val de Bièvre » à l’Haye-les-Roses avec Véronique LATHIERE et les services de la DSEA, pour l’insertion d’un bassin d’orages.

° Une opération majeure conçue et réalisée dans des conditions exceptionnelles :

Le Parc de la Plage Bleue à Valenton, Trophée du Paysage avec l’Agence ILEX en 1993 pour la première tranche.

Remise du Trophée par Michel BARNIER, Ministre de l’Environnement. À gauche Laurent Maillet, Directeur des espaces verts, et à droite, l’équipe de l’agence paysagiste ILEX.

 

Ont été associés, les maires successifs de la ville de Valenton, Roland ROCHE, puis Daniel TOUSSAINT, la Société DIS (Déchets Industriels Spéciaux) et SDVM (Sablières du Val de Marne) d’Armand LOPEZ, exploitants du site, une gravière en eau, et bien sûr, le staff technique de la DEVD, dont les paysagistes Véronique LATHIERE (DEVD), Vincent BENARD et ceux de l’agence ILEX.

Parc de la Plage Bleue à Valenton. Cliché J. M. PETIT – CG 94

Au-delà de la conception du parc, c’est aussi, sous la responsabilité d’Elisabeth THOMAS, responsable du service gestion de la DEVD, avec son équipe technique : Alain NICAISE, Gérard SANDERS, Martial GUINET, Nicolas MATI, et Xavier ANSORENA, les paysagistes Véronique LATHIERE, et ceux de l’Agence ILEX, la conception d’un Projet de gestion pour la 1ère tranche du parc, prototype pour la gestion de l’ensemble des parcs.

En 1986 -1987 la décentralisation de la DDE,

Après de rudes négociations avec les services de l’Etat, principalement au sujet des transferts des moyens financiers, la gestion et l’aménagement des berges de Seine et de Marne sont confiés à la Direction des Services de l’Environnement et de l’assainissement (DSEA), les plantations d’alignement le long des routes départementales, et les îles de la Marne sont confiées à la DEVD et à la DAP, enfin les collèges sont confiés à la Direction des Bâtiments Départementaux.

Est créé alors au sein de la DEVP le service d’arboriculture avec le recrutement de Nicolas MATI, ingénieur forestier. Les jardiniers et paysagistes travaillent avec les ingénieurs, dits les ” routiers” de la DDE. Un programme pluriannuel est arrêté pour reprendre les charpentes des arbres souvent maltraitées par des coupes et tailles abusives, qui mettent en péril leur pérennité (On sortait à peine des campagnes au niveau national, menées entre autres par la Mission Paysage de la Direction de l’Urbanisme et des Paysages). Ces plantations, au moment de la décentralisation de la DDE, représentaient 20 000 arbres environ. Par ailleurs à l’occasion de travaux routiers, la DEVP conçoit les projets aves les ingénieurs. La qualité des réalisations s’en ressent, comme par exemple, celle de l’opération remarquable associant les routiers et la DEVD : la Place Emile-Guenet à Ivry-sur-Seine conçue par Véronique LATHIERE.

En 1992, le département accueille la première semaine internationale de l’arbre « l’arbre, la vie, la ville », dans le parc de la Roseraie départementale. Il est pilote au plan national (Mission du Paysage) pour l’inventaire des arbres d’alignement d’un département urbain, le premier en son genre. Il obtient en 2008 le Prix National de l’Arbre.

Remise du Prix National de l’arbre

Grâce à une opportunité foncière Michel GERMA a demandé à la DEVP d’envisager le doublement de la Pépinière départementale à Mandres-les-Roses. Cette intention correspondait au doublement des surfaces cultivées, afin de répondre aux nouveaux besoins en arbres d’alignement. Elle est alors dénommée la “Pépinière Parc”, car visitable par le public. Michel GERMA y allait souvent y rencontrer Martial GUINET, son responsable, encore un jardinier et une grande figure de la DEVD. Deux cultures particulières y sont développées, celle de rosiers pour renouveler les collections anciennes de la roseraie à l’Haye-les-Roses, et celle de lilas pour la constitution de la trame arbustive du parc des lilas, siège d’anciennes cultures et forceries à Vitry-sur-Seine.

En 1990, Michel GERMA a pris l’initiative de mettre en débat l’avenir du territoire départemental, tout en respectant les prérogatives de chacun, notamment celles des communes. Les discussions sur ce sujet, et sur le qui fait quoi … ? étaient souvent animées avec les communes. Elles portaient sur l’aménagement, l’urbanisme et le développement économique. Michel GERMA, se rappelant des modalités d’organisation des Premières Assises Nationales du Paysage à Aix les Bains, m’a demandé de lui faire des propositions.

Une mission temporaire, dite de l’aménagement, d’une durée de six mois s’est mise en place sous ma responsabilité. Cette mission était chargée de préparer et d’exploiter ces assises. Je propose à deux d’entre nous d’être détachés de notre structure, la DEVD : Jacqueline VARIER-GANDOIS, paysagiste et Anne ROLLIN, attachée administrative

Ces Assises de l’aménagement et de la Qualité de la vie se sont tenues les 15 et 16 Mars 1991. Elles eurent un grand succès : Quatre cents personnes représentant “les forces vives ” du département y ont participé.

Conséquences de ces Assises : le 1er juin 1991, il m’est demandé de créer la Direction de l’Aménagement (DAM), par le rassemblement de services dispersés préexistants : le Bureau d’Etude Départemental, le Service à l’action économique et à la formation professionnelle, le Service du Logement et des Transports, la Direction des espaces verts départementaux, et par la création de deux nouvelles unités : l’Atelier de l’Aménagement, confié à Anne FOURNIAU, et la Délégation aux Paysages, confiée à Jacqueline VARIER-GANDOIS.

Donc, changement d’échelle !

En septembre 1994, je suis nommé Directeur Général Adjoint (DGA 5). La DGA comprend les Directions des Services de l’Environnement et de l’Assainissement, la Direction des Services Techniques : Celles des Bâtiments Départementaux, des Infrastructures Routières Départementales, des Services Informatiques, du Parc Automobile Départemental, et la Direction de l’Aménagement.

En 1995, Christian FAVIER est élu premier Vice-Président chargé de l’Aménagement du Territoire.

À l’école de Michel GERMA, il prend et développe les initiatives déjà prises. Il est très présent auprès des directions et services, qu’il pilote. Une nouvelle dynamique est lancée. La DAM a la charge de l’élaboration de plusieurs documents relatifs à de nouvelles politiques et projets départementaux : en 1995, le programme général d’aménagement des berges de Seine et de Marne ; en 1996, elle prépare et exploite les rencontres pour l’avenir du pôle Orly-Rungis ; en 1999, elle réalise le plan des itinéraires de promenade et des randonnées ; en 2000, elle élabore les propositions départementales pour le XIIème Plan, la politique départementale des circulations douces, l’élaboration du schéma directeur des itinéraires cyclables, et participe au projet de la coulée verte d’interconnexion Est des TGV avec l’Agence des Espaces Verts de la Région Ile de France. Au-delà, d’autres politiques sont engagées, comme le projet de coulée verte Bièvre-Lilas avec la contribution de SADEV 94 et l’Agence paysagiste de Pascale HANNETEL, le projet de l’arc boisé, et le plan vert et bleu.

Un maillage vert territorial est clairement en marche.

Quelques années après, avec le fort développement des investissements départementaux, la DGA5 est divisée en deux DGA : les DGA 5 et 6 (Jean Pierre NOURISSON). La nouvelle DGA 5 rassemble la Direction des Bâtiments Départementaux, principalement les crèches et collèges, la Direction des Services de l’Environnement et de l’Assainissement, la Direction des Espaces Verts Départementaux.

La DEVD devient alors, après intégration de la Délégation au Paysage, la Direction des Espaces Verts et du Paysage (DEVP).

Mes activités de DGA sont lourdes, et de plus en plus loin du terrain et des agents …. Mais, je suis en même temps, acteur et témoin des prises de décisions départementales, lors des réunions hebdomadaires de la Direction Générale (Francis NEHER), des réunions hebdomadaires entre la DG et le Président du Conseil Général, des réunions hebdomadaires de la Commission Permanente, des séances mensuelles de l’Assemblée Départementale, et de nombreuses rencontres avec les communes, collectivités, et institutions diverses …Et tout de même … échanges et pilotages constants des Directions et Services de la DGA (un peu plus de 800 agents se répartissant pour 2/3 d’agents techniques, et 1/3 d’agents administratifs. Un travail passionnant, en particulier pour animer, favoriser les approches interdisciplinaires indispensables pour l’aboutissement de projets de qualité, ce qui ne va jamais de soi !

Fin de mes activités : mars 2005.

En 2006, le Département approuve le “Plan Vert 2006-2016 -Nature et ville : le défi du Val-de-Marne »” élaboré par la DEVP…. Ce document valorise les travaux passés et récents, tout en ouvrant de nouvelles perspectives d’actions et de projets.

Ensuite, la vie continue …

Pierre Dauvergne, avril 2019

 

11 – L’École nationale d’horticulture de Versailles et les paysagistes (1874-1945)

Chapitre 10 – RetourChapitre 12

Chapitre 11

L’École nationale d’horticulture de Versailles et les paysagistes (1874-1945)

Comment les horticulteurs et les paysagistes versaillais se sont-ils séparés ? Pierre Donadieu raconte brièvement le début de cette longue histoire.

Version du 18 mai 2019

Quelles relations se sont établies dans la formation entre les enseignements d’architecture des jardins et ceux d’horticulture ? Pour le savoir, il faut consulter les archives de l’ENH et les travaux de l’historien Alain Durnerin, et, plus récents, des historiennes Stéphanie de Courtois, Luisa Limido, Chiara Santini et Bernadette Blanchon sur ce sujet.

Les trois figures fondatrices : Jean Darcel, Auguste Choisy et Edouard André (1876-1933)

Quand il commence à organiser l’enseignement de l’ENH à partir de 1874, le directeur et fondateur Auguste Hardy ne trouve pas immédiatement les enseignants de la chaire d’ « architecture des jardins et des serres », intitulé qu’il emprunte aux écoles d’horticulture belges de Vilvoorde et de Gand qu’il a visitées. Cependant, il parvient à convaincre l’ingénieur des Ponts-et-Chaussées Jean Darcel. Celui-ci a travaillé comme directeur du service des Promenades et Plantations de la Ville de Paris avec le jardinier-paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps ; il a accompagné les premières transformations parisiennes voulues par le préfet Haussmann et l’ingénieur Adolphe Alphand dans les années 18601.

Auguste Hardy, Bulletin de l’association des anciens élèves de l’ENH, 1930, archives ENSH/ENSP, salle Hardy

À partir de sa culture d’ingénieur, à la fois artistique et scientifique, et de son ouvrage Etude sur l’architecture des jardins (1875), J. Darcel (1823-1907) cherche dans son enseignement (de 1876 à 1878) à relier les matériaux employés dans les jardins et les styles réguliers et irréguliers des tracés des projets. Il s’agit pour lui de faire reconnaître « l’architecture des jardins comme une discipline à part entière, indispensable à la formation des architectes paysagistes »2.

C’est son successeur Auguste Choisy (1841-1900) qui mènera à bien cette tâche de 1878 à 1892. Ingénieur des Ponts-et-Chaussées, architecte et historien de l’architecture, l’élève de Jean Darcel s’appuie sur une vision cinétique et paysagère de l’architecture grecque pour en transposer la théorie à la conception des jardins. « Il érige ainsi la conception architecturale de l’Antiquité grecque en modèle, tant pour les architectes que pour les nouveaux paysagistes, un modèle qui va leur servir de référence (…) Ces principes fondamentaux président à la méthode qui leur permettra d’exercer la profession d’architecte paysagiste ».3

Cet enseignement, qui n’aura pas de suite immédiate, se distingue radicalement de ceux des autres professeurs de l’école, notamment d’arboriculture, de cultures maraîchères, de floriculture, de botanique, de dessin, de levée de plan ou de nivellement. L’usage des végétaux dans les projets n’est pas abordé par J. Darcel et par A. Choisy d’un point de vue biologique ou technique mais « sous l‘angle de leur caractère esthétique et formel pour faire comprendre (aux élèves) leur rôle dans la composition du jardin »4. La complémentarité de ces apports différents, fondés en partie sur les travaux dirigés par Adolphe Alphand à Paris garantissait aux yeux d’Auguste Hardy une formation globale des élèves de l’ENH avec l’apport de la spécialité d’architecture des jardins5.

   

Auguste Choisy (à gauche) a précédé Edouard André à droite (source : Wikipedia)

En 1892, c’est le botaniste, horticulteur, architecte de jardins et journaliste Edouard André (1840-1911) qui succède à Auguste Choisy après avoir publié en 1879 son monumental ouvrage L’Art des jardins, traité général de la composition des parcs et des jardins. L’inflexion de la formation paysagiste vers le savoir horticole et botanique et la modélisation des tracés (irrégulier, régulier, puis composite) de jardins vont ensuite marquer l’ENH pendant plusieurs décennies, et en pratique jusqu’à son départ vers sa filiale historique : l’Institut national d’horticulture et de paysage d’Angers en 1995. Cet enseignement s’est largement appuyé sur l’observation des pratiques du service des Promenades et Plantations d’Adolphe Alphand et sur les voyages qu’il a entrepris à l’étranger6. Il s’est poursuivi avec son fils René-Edouard de 1901 jusqu’en 1934, puis avec l’architecte de jardins Ferdinand Duprat jusqu’à la création de la Section du paysage et de l’Art des jardins en 1945.

Ayant tous suivi le même enseignement, les élèves deviennent indifféremment architectes-paysagistes (dessinateurs, concepteurs et réalisateurs de jardins), entrepreneurs de jardins, chefs jardiniers, horticulteurs, arboriculteurs, viticulteurs, maraichers, pépiniéristes, directeurs de jardins de ville, journalistes, commerçants, enseignants … comme l’a montré Alain Durnerin.7

L’école au début des années 1890. Le bâtiment de la Figuerie (sans étage) et la salle de cours. Le directeur Jules Nanot et l’architecte paysagiste Edouard André ont commencé leurs activités en 1892.

Cette longue période d’un peu plus de 120 ans commence à faire l’objet de recherches historiques du point de vue de l’enseignement. Qu’en dit l’association des anciens élèves de l’ENH dont on a conservé les précieux bulletins de liaison depuis sa création8 ?

Un ingénieur horticole polyvalent.

L’association des anciens élèves de l’ENH a été créée en 1882 par un arrêté du préfet de Seine-et-Oise. Elle avait pour objectif de tisser des relations étroites entre les anciens élèves, de venir en aide à ceux qui en avaient besoin et de faire aboutir les vœux des sociétaires. Notamment pour ce qui concerne le statut de l’école qui était classée au niveau des écoles régionales d’agriculture et non des écoles nationales comme celles de Grignon ou Rennes. En était responsable surtout le faible niveau scientifique des candidats qui était très inférieur à celui du baccalauréat9. La demande des professions horticoles n’était pas non plus stimulante. Elle concernait plus des techniciens que des ingénieurs au moins en métropole et non des cadres comme dans les colonies et à l’étranger.

Au cours des années 1920, après des pressions d’au moins dix ans auprès du ministère de l’Agriculture, et des modifications du concours en français et dans les matières scientifiques, l’association obtint pour l’école l’agrément du diplôme d’ingénieur horticole le 13 juillet 1927. Auparavant les élèves sortants étaient « diplômés de l’ENH », dénomination améliorée en 1926 en « diplôme d’enseignement supérieur de l’horticulture ». L’année suivante l’association était reconnue d’utilité publique.

Elle intervenait rarement dans les questions d’enseignement, et se bornait, sauf exceptions, à signaler les changements de professeurs. Si bien qu’il n’est pas plus question, dans les bulletins, de la formation dispensée par la chaire d’architecture des jardins que par celles d’arboriculture fruitière ou d’ornement, de cultures légumières, ou des enseignements de botanique, de dessin, de levées de plans ou de nivellement. En dehors de l’organisation scolaire de chaque année, la pédagogie, à la fois théorique (les leçons) et pratique (les applications) restait une « boite noire » opaque, domaine réservé des enseignants comme aujourd’hui, même dans les comptes rendus des conseils des enseignants de l’ENH.

En revanche, les anciens élèves qui portaient le titre d’architectes paysagistes apparaissaient de trois façons dans les bulletins. Quand ils obtenaient des distinctions nationales ou étrangères : le Nisham-Iftikha à Henri Martinet et la médaille française de l’Instruction publique à Victor Enfer en 1914, le grade de chevalier de la Légion d’honneur à Henri Nivet et Etienne Berthier respectivement en 1924 et 1927. Ou bien, quand des figures de la profession, non diplômées de Versailles, étaient admises comme membre d’honneur de l’association ; ce qui fut le cas de J.-C-N. Forestier, conservateur des Promenades de la Ville de Paris lors de la séance du 25 mai 1913 ou plus tard de Robert Joffet, conservateur en chef des services paysagers de la ville de Paris.

De 1874 à 1930, de nombreux architectes paysagistes, ingénieurs horticoles ou non seront lauréats des concours organisés en France et à l’étranger. A. Durnerin (op. cit.) en cite une dizaine dont les diplômés de l’ENH H. Martinet et H. Nivet, Eugène Deny (1857-1926) paysagiste élève de J.-P. Barillet-Deschamps, et son fils Louis, ainsi que les architectes Edouard Redont (1862-1942) et André Riousse (1895-1952) … Ce dernier deviendra enseignant de « Théorie de l’art des jardins et composition » au début de la Section du paysage et de l’art des jardins de 1946 à 1952 (voir chapitre 1).

Une deuxième façon d’être visible dans ce bulletin consiste pour les ingénieurs, qui deviennent paysagistes, à former un groupe professionnel d’architectes paysagistes ou de paysagistes, mentionné comme tel à partir de 1926 dans les annuaires de l’association : 27 anciens élèves en 1926, 46 en 1931 et 52 en 1932. Malgré la crise économique de 1929 et grâce à leur polyvalence, les diplômés trouvent de plus en plus d’emplois, libéraux ou salariés, dans la nouvelle commande publique ou semi publique liée aux créations de logements et d’infrastructures, mais également dans les jardins privés. Ils ne forment cependant pas un groupe organisé, chacun rejoignant ou non d’autres associations spécialisées comme le comité de l’art des jardins de la SNHF ou la société française de l’art des jardins présidé par Ferdinand Duprat. Ils s’appuient sur leur formation très large pour s’adapter à la demande du marché urbain, comme Henri Martinet à la fois architecte paysagiste (et donc dessinateur de jardins), entrepreneur de travaux et professeur d’horticulture industrielle à l’ENH en 1898, ou Henri Nivet à la fois architecte paysagiste, horticulteur, pépiniériste, entrepreneur et commerçant de fleurs et de graines.

Une troisième façon de rendre visible les activités paysagistes des ingénieurs est d’écrire des articles dans les bulletins de l’association. Ce que font Henri Martinet, élève de Jean Darcel, et par ailleurs journaliste10, et plus tard Henri Thébaud en 1931 avec un texte sur le «jardin moderne transformé par la mécanisation et le goût du sport»11.

La polyvalence des ingénieurs horticoles leur permet d’accéder à plus de vingt métiers différents qui auront tendance à se séparer, en se professionnalisant parfois de manière distincte. C’est le cas de ceux de la gestion des parcs et jardins publics urbains dont rend compte E. Legraverend, président de l’amicale des directeurs et jardiniers chefs des jardins publics en 193112. Il faudra attendre les années 1970 pour que s’autonomisent de la même façon les entrepreneurs de parcs et de jardins, puis les paysagistes concepteurs (DPLG et ingénieurs) avec la création de la Fédération française du paysage (FFP) en 1982.

 Le Potager du roi : années 1930, le jardin Merlet, 4e des Onze (à g.) et le carré central à l’est, au fond l’entrée du jardin d’hiver (à dr.). Photos Gilles, 1937, Archives ENSP, salle Hardy

Après chaque leçon (1h 30), tous les élèves suivaient des applications dans le Potager du Roi (comme la taille des fruitiers sur les photos) ou bien sous formes de visites d’entreprises, de chantiers de jardins ou de voyages.

La chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme (1933-1945) 

Le contexte :

Dès le début de l’école, J. Darcel et A. Choisy avaient fait savoir que l’horticulture n’était pas leur domaine. Ce qui ne fut pas le parti d’Edouard et René-Edouard André pendant 41 ans de 1892 à 1933. Ces derniers remirent au goût du jour les lignes régulières des jardins dans des compositions irrégulières, mixtes ou composites en s’appuyant sur une connaissance fine et érudite des végétaux, de la botanique et de leurs conditions de culture et d’acclimatation. Comme Stéphanie de Courtois l’a montré en 2011 à l’occasion du centenaire de la mort d’Edouard André dans son article D’Edouard André à René André, l’horticulture au cœur du métier de paysagiste13.

Mais l’idée de séparer les métiers de la conception de ceux de l’ingénierie et du jardinage, comme entre les architectes et les ingénieurs civils, se répandait activement dans les milieux professionnels. Dès 1913, le congrès international d’horticulture de Gand fit le vœu, par la voix de sa sixième section d’architecture des jardins « que les jardiniers, horticulteurs et pépiniéristes limitent leur rôle à la protection des plantes et n’exercent pas une profession qui n’est pas la leur »14. Chacun devait rester chez soi et l’horticulture demeurer à la bonne distance, complémentaire et pas plus, de l’architecture des jardins.

Qu’allait-il se passer à l’école avec l’arrivée en 1933 du célèbre architecte de jardins Ferdinand Duprat et de la nouvelle discipline de l’urbanisme ajoutée en 1926 par R.-E. André au cours d’architecture des jardins15 ? En fait peu de choses, car l’essentiel se passait ailleurs, chez les architectes et les urbanistes (voir le chapitre X à suivre sur cette période).

ENH : une chambre de quatre élèves en 1930. « La Coopérative » (actuel bâtiment Saint-Louis) vient d’être construite en 1928 (entrée au 6 et 6 bis rue Hardy). L’école accueille environ une centaine d’élèves. Cet aménagement de chambre changera peu jusqu’en 1974, année de la fin de la formation des ingénieurs horticoles. Bulletin des anciens élèves de l’ENH, 1930, archives ENSH/ENSP, salle Hardy


Dès 1906, avec son ouvrage Grandes villes et systèmes de parcs, le jardiniste et ingénieur polytechnicien Jean-Claude Nicolas Forestier (1851-1930) met en place « l’idée fondatrice des espaces libres structurant la ville (…) des équipements et non de simples lieux d’ornement »16. Le système de parcs de Forestier se présente comme « une alternative au système d’Alphand » (ibid.) s’inscrivant dans la transformation du territoire de la capitale.

Cette évolution des idées ne nait pas dans le « fief » horticole qu’est l’ENH de Versailles. Elle prend forme dans la société française des urbanistes fondée en 1911 à Paris et qui réunit les architectes et urbanistes Eugène Hénard (1849-1923), Alfred Agache (1875-1959), J.-M. Auburtin (1872-1926), Léon Jaussely (auteur d’un plan d’extension de Paris en 1919) et Henri Prost (1874-1959) qui allait travailler à la création de la ville européenne de Rabat avec J.-C.-N. Forestier.

Le jardiniste J.-C.-N. Forestier, le paysagiste (autodidacte), concepteur et entrepreneur Edouard Redont (1862-1942), auteur du parc Pommery à Reims17, et René-Edouard André, titulaire de la chaire d’architecture des jardins et des serres à l’ENH de Versailles se joindront également à eux en tant que représentants de la nécessaire compétence jardiniste, horticole et forestière.

Est-ce ainsi que « dans les prémices de la discipline de l’urbanisme » nait la légitimité des architectes en tant qu’architecte-paysagiste (B Blanchon, op. cit.) ? C’est probable. D’autant plus qu’au début de l’entre-deux guerres, l’ « épisode du jardin moderne » est surtout pris en charge par des architectes, notamment par Jean-Charles Moreux (1852-1956), Gabriel Guevrekian avec le jardin manifeste de la villa Noailles, ou Albert Laprade (1900-1970).

Cependant, à la veille de la deuxième guerre mondiale, « {les architectes paysagistes} issus du milieu horticole reviennent en force (B. Blanchon, p. 20) ». Ils ne sont pourtant pas nombreux, à peine une cinquantaine issue de l’ENH, à la fois concepteurs et entrepreneurs, et quelques autres, surtout architectes. Mais les plus connus par leurs réalisations ne sont pas ingénieurs horticoles. E. Redont est autodidacte, Albert Riousse (1895-1952), qui est architecte, obtint le premier prix de l’exposition des arts décoratifs de 1925 à trente ans. Jules Vacherot (1862-1925), ancien élève des Beaux-Arts, a surtout réalisé des jardins d’expositions universelles, des parcs publics et privés en France et à l’étranger, et Ferdinand Duprat (1887-1976), formé en Grande-Bretagne (Kew Gardens) et aux Pays-Bas dispose dans les années 1930 d’une clientèle privée internationale prestigieuse.

Les architectes-paysagistes trouvèrent leurs marchés surtout dans les jardins «sans d’abord chercher à renouveler la pensée sur l’art des jardins » (ibid., p. 20). Puis, en s’opposant à l’architecture « froide » du mouvement moderne, ils mirent l’accent sur « l’importance, pour la qualité du cadre de vie, du caractère évolutif des végétaux horticoles et des effets saisonniers ». Ceux qui ont laissé des œuvres publiques connues sont cependant tous des architectes : Jacques Gréber (1882-1962) au Parc Kellermann à Paris pour l’exposition de 1937, Léon Azéma (1888-1978) au square de la Butte-Rouge ou Jean-Charles Moreux avec le square Croulebarbe à Paris.

Qu’en est-il des ingénieurs horticoles, architectes paysagistes de l’entre-deux-guerres restés dans un quasi anonymat ? Comment leur formation versaillaise était-elle appréciée ? En 1929, l’architecte et paysagiste Pierre Péan, vice-président du comité de l’art des jardins de la SNHF indiquait qu’il était préférable de se former seul (ibid., p 22) en raison de la faiblesse à l’ENH des cultures artistiques et d’ateliers (de projets) à la manière des Beaux-Arts. Le nombre de leçons (d’une heure 30) avait été pourtant porté de 24 à 34 en 1930, soit 51 heures en troisième année (Bull. Ass. Anciens élèves). Mais la durée des applications sous forme d’ateliers de dessin de projet restait très insuffisante aux yeux des architectes.

Par ailleurs, il apparaissait de plus en plus que l’exercice de la profession d’architecte paysagiste était incompatible avec celle d’architecte (un concurrent devenu légitime quand il se formait empiriquement au paysage et au jardin via les compétences complémentaires d’urbaniste et de paysagiste concepteur). Cette pratique était encore plus incompatible avec celle de jardinier (quand celui-ci devenait un concurrent du concepteur de jardin), ajoutait l’architecte Jules Vacherot (ibid., p. 23). Fallait-il séparer ces compétences et ces métiers dès la formation, ou au contraire les réunir comme à l’ENH ?

Années 1930, Le jardins de la Figuerie, avec roseraies et Chamaerops excelsa (à g.), et le 19 juin 1943 l’intérieur de la grande serre (le jardin d’hiver) à l’occasion d’une exposition (à dr.), archives ENSH/ENSP, salle Hardy.

La chaire d’architecture des jardins et d’urbanisme (1930-1945)

En 1933, F. Duprat a quarante-six ans. Il a succédé à R.-E. André qui a fait valoir ses droits à la retraite. Il préside la SNHF depuis trois ans. L’année précédente, il a pris la direction de la revue Jardins d’aujourd’hui. C’est une personnalité reconnue qui succède à une dynastie : Les André. Mais il ne se consacrera vraiment, écrit B. Blanchon, à l’enseignement qu’après avoir fermé son bureau parisien en 1939. Et la guerre arrive. Pendant cette période troublée, il demande, en tant que président de la Société française d’art des jardins, au ministère de l’Agriculture : « l’ouverture d’une section spéciale pour l’enseignement supérieur d’art des jardins, qui durerait une année et où seraient admis des ingénieurs horticoles … » (Ibi. p. 25). Sans succès immédiat.

Cette demande aboutira cependant à la fin de 1945 avec la création de la section du paysage et de l’art des jardins à l’ENH, surtout en raison de la pression de la direction des espaces verts, parcs et jardins de la ville de Paris (Robert Joffet) à la fin de la guerre18. Celui-ci souhaitait, comme il le réaffirmera quelques années plus tard « ne pas séparer l’horticulture ornementale et l’art paysagiste (…) Le paysagiste applique simultanément l’art paysager et la technique horticole »19. Cette conception prévaudra à l’ENSH de Versailles jusqu’à 1995, puis dans la formation angevine de l’Institut national d’horticulture et de paysage jusqu’à aujourd’hui sous la forme d’Agrocampus ouest (centre d’Angers). Elle reconnait la culture scientifique des ingénieurs paysagistes destinés aux métiers de cadres de la gestion des espaces verts urbains, mais beaucoup plus rarement à celui de paysagiste concepteur dans les agences (ex architecte paysagiste).

Cette orientation est confirmée dans l’annuaire de l’association en 1948 : « La section du paysage et de l’art des jardins a pour but de former les cadres supérieurs des services de l’urbanisme, des services horticoles des grandes villes, des entreprises privées de création de parcs et jardins »20, alors que l’ENH a pour but « la formation des cadres supérieurs de l’horticulture pour la Métropole et l’Union française » (p.9). À cette date, l’ENH disposait de 28 enseignants dont deux consacrés à l’architecture des jardins et au dessin géométrique, descriptif et lavis (F. Duprat et M. Leboul). Cet enseignement disparaitra avec le départ de F. Duprat en 195121. Tandis que la jeune Section réunissait dès la première année (1946) 11 nouveaux enseignants, bien décidés à former correctement les paysagistes comme l’indique un panneau d’une exposition des élèves à l’école. (voir chapitre 1)

Exposition d’élèves de la Section en 1948 : on peut lire à droite « le paysage et l’art des jardins exigent des études spéciales, on ne s’improvise pas paysagiste »

De quelles formations bénéficiaient exactement dans les années 1930 les élèves ingénieurs horticoles qui se destinaient à exercer le métier d’architecte paysagiste ? Il faut distinguer deux types d’enseignement au cours des trois ans d’études. Les enseignements généraux visaient la mise à niveau scientifique (mathématiques, chimie, météorologie, botanique horticole, zoologie et entomologie, phytopathologie, langues française et anglaise, comptabilité…). Les enseignants n’étaient pas issus du sérail horticole.

Les enseignements techniques étaient centrés sur la pratique horticole (arboriculture fruitière, d’ornement et d’alignement, floriculture, cultures maraichères, pépinières, viticulture, sylviculture, hydraulique, comptabilité, droit, économie …), mais également paysagiste (dessin, nivellement, levées de plans, architecture des jardins : histoire et théorie de la composition). La plupart était des ingénieurs horticoles formés à Versailles : Pierre Cuisance enseignait l’arboriculture d’ornement, Maurice Coutanceau l’arboriculture fruitière, Eugène Laumonier la floriculture ….

Le temps consacré aux matières utiles pour la conception et la réalisation des jardins était réduit, mais ne se limitait pas à l’enseignement magistral de la chaire d’architecture des jardins (51 heures en troisième année par F. Duprat). Inspirée du cours d’A. Choisy et des André, celui-ci était complété par des applications sous forme de visites de jardins et de chantiers dans la région parisienne et d’exercices pratiques de dessins de projets.

D’autres enseignements dispensés par les autres chaires venaient s’ajouter. En 1937 la pratique de dessin et du lavis de Henri Hissard, maitre du dessin de la plante au Muséum d’histoire naturelle, et en 1953 celle de René Enard à l’ENH comme dans la Section du Paysage permettait aux élèves de représenter les intentions de projet. Et dans la dernière année de la Section, la théorie du nivellement et le calcul des cubatures étaient développés par M. Weibel et les règles d’utilisation des végétaux dans les projets par Théodore Leveau.

Alignée sur celle d’ingénieur, cette formation de l’ENH n’était pas fondée, comme à l’École des Beaux-Arts à Paris, sur des ateliers de projet dirigés par des artistes et des architectes Grands Prix de Rome. Ce mode pédagogique ne fut adopté qu’en 1946 avec la création de la Section. Il était réclamé par les premiers enseignants comme les architectes et paysagistes A. Riousse et T. Leveau.

Avant 1914, faut-il le rappeler, la formation de l’école était à la fois très généraliste (le niveau d’entrée qui était celui du certificat d’études primaires devait être sérieusement améliorée) et très technique (c’était la demande des employeurs). À l’origine, « l’enseignement à l’école a pour but de former des jardiniers capables et instruits possédant toutes les connaissances théoriques et pratiques relatives à l’art horticole »22. Avec le souci de l’obtention du titre d’ingénieur, l’enseignement est devenu entre les deux guerres de plus en plus scientifique et de moins en moins pratique. Il s’est traduit par la création, dès 1893, du premier laboratoire pour les recherches des enseignants au Potager du roi. Il s’agissait alors de former les cadres de l’horticulture française. 

Mais avec l’idée de former de véritables architectes paysagistes, l’école a donné naissance à une nouvelle formation inspirée par celle de l’École des Beaux-Arts à Paris à partir de 1946.

Après 1945

Combien d’ingénieurs horticoles suivirent le cursus complémentaire de la section ? Environ 70 diplômés de l’EN(S)H participèrent à la formation de la section du Paysage de 1946 à 1974, mais tous n’obtinrent pas le titre de paysagiste DPLG, environ une cinquantaine y parvinrent. Parmi eux quelques-uns furent gratifiés, pour leurs talents, de récompenses nationales, notamment le Grand Prix du paysage : Allain Provost avec J. Sgard en 1994 et Gilles Clément en 1998, tous les trois ayant été enseignants à l’ENSP entre 1978 et 2010.

Se sont ajoutés de 1946 à 1951 des paysagistes qui n’avaient pas suivi la Section du Paysage, conformément au texte de loi de 1945 prévoyant l’attribution du titre de paysagiste DPLG « à des personnalités éminentes et reconnues du métier ». Certains étaient ingénieurs horticoles comme Jean Camand et Albert Audias, et d’autres pas comme Ferdinand Duprat, Théodore Leveau ou Robert Joffet. B. Blanchon les évalue à environ cinquante, ce qui est peut-être beaucoup. Sauf si on pense que tous les ingénieurs recensés comme « paysagistes » dans les années 1940 (une quarantaine) par l’association des anciens élèves avaient été concernés. Tous n’étaient pas passés par le concours en loge de la SNHF, qui permettait d’attribuer le titre d’architecte paysagiste.

Sur les 31 paysagistes recensés par l’amicale des ingénieurs horticoles en 1948, seuls trois sont évoqués dans les Créateurs de jardins et de paysage (M. Racine édit., 2002) : Louis Deny (fils d’Eugène), architecte de jardins à Paris, Marcel Zaborsky, architecte paysagiste et chef technique des Promenades et Plantations du Maroc à la Résidence de Rabat et Henri Thébaud, architecte paysagiste à Versailles et enseignant à la Section du Paysage.

Ce constat sans équivoque a-t-il été fait ? C’est probable. Car la « Section de spécialisation » des ingénieurs qui est « annexée » à l’école d’horticulture en 1946 n’a pas seulement pour but d’améliorer la formation versaillaise des paysagistes, en tant que concepteurs et maitre d’œuvre. Elle doit former des cadres gestionnaires de services publics d’espaces verts de ville et des entrepreneurs paysagistes. Cet objectif sera vite abandonné sous la pression du corps enseignant et du fait de la défection rapide des ingénieurs. La section formera des paysagistes DPLG et donnera naissance en 1976 à l’ENSP.

C’est une toute autre histoire qui commence.

Conclusion :

À partir des années 1910, les « architectes paysagistes » ont commencé à se partager entre deux sensibilités. D’un côté, les ingénieurs horticoles qui vont conserver l’ancienne compétence horticole et botanique (jusqu’en 1974) et que l’on retrouve aujourd’hui formés, avec une dominante scientifique, à Angers (les ingénieurs paysagistes d’Agrocampus ouest) et dans les cursus techniques (BTS, licence). On peut les considérer comme les héritiers lointains d’Adolphe Alphand, des André, de Robert Joffet, et plus généralement de l’ingénierie paysagiste métissée par l’art des jardins et du paysage

Et de l’autre les architectes, formés à l’École des Beaux-Arts, souvent urbanistes, qui vont faire valoir à partir de la première guerre mondiale, leur compétence de concepteurs de jardins et de jardinistes autant dans les marchés publics que dans les marchés privés de l’urbanisme et de l’architecture de jardins.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, les paysagistes DPLG versaillais abandonneront la référence exclusive à l’horticulture et aux disciplines scientifiques, pour se rapprocher des urbanistes et des architectes en faisant valoir leurs compétences propres de paysagistes concepteurs de projet de paysage à échelles multiples d’espace et de temps. Ceux d’aujourd’hui (environ 3000) sont les héritiers de J. Sgard, M. Corajoud et J. Simon, et plus loin dans l’histoire, de André le Nôtre. Mais leur compétence de concepteurs de jardins privés sera en pratique marginalisée au profit de la commande publique de qualité du paysage et du cadre de vie urbain et péri urbain.

Ces distinctions entre jardiniers, ingénieurs et concepteurs se firent en trois étapes dans les formations versaillaises : par la formation d’abord des jardiniers (1874-1928), puis des ingénieurs horticoles (1928-1974) comme cadres des services publics et des entreprises d’espaces verts, et enfin des paysagistes concepteurs libéraux (DPLG puis DEP), à partir de 1946, par « détournement » d’une formation de spécialisation initialement conçue pour les ingénieurs23.

P. Donadieu

Version du 18 mai 2019

Suite au chapitre 1 (Les débuts de la Section du Paysage et de l’Art des jardins)

Voir également les nouveaux chapitres publiés après le 15 mai 2019.

Chapitre suivant


Notes

1 Luisa Limido, « La formation des architectes paysagistes depuis Jean-Pierre Barillet-Deschamps », in Le Grand Paris(s) d’Alphand, création et transmission d’un paysage urbain, (M. Audouy, J.-P. Le Dantec, Y. Nussaume, C. Santini, édit.), Paris, éditions de la Villette, 413 p., pp. 75-89.

2 Ibid., p. 84

3Ibid., p. 89.

4 Ibid., p. 80.

5 Le nombre de spécialités des métiers des anciens élèves de l’ENH était de l’ordre d’une vingtaine dans les années 1920. En 1927, 27 anciens élèves étaient inscrits comme « architectes paysagistes », une de ces spécialités. Annuaire de l’association des anciens élèves de l’ENH, 1927. En 1961, ce chiffre s’élevait à 65, auquel s’ajoutait une nouvelle catégorie : urbaniste (3 ingénieurs horticoles). Annuaire de l’association amicale des ingénieurs horticoles et anciens élèves, op. cit., 1961, p. 111.

6 S. De Courtois, « D’Adolphe Alphand à l’école française de paysagisme, l’agence André face aux mutations sociales et urbaines, in Le Grand Paris(s) d’Alphand, création et transmission d’un paysage urbain, (M. Audouy, J.-P. Le Dantec, Y. Nussaume, C. Santini, édit.), Paris, éditions de la Villette, 413 p., pp. 117-130.

7 A. Durnerin, « Architectes-paysagistes, horticulteurs et jardiniers à l’ENH de Versailles de 1874 à 1914 », in Créateurs de jardins et de paysage, (M. Racine édit.) Actes sud/ENSP, Versailles, pp. 92-99.

8 Archives ENSP, Fonds ancien, non classé.

9 En 1914, l’association demande que le diplôme de l’ENH soit équivalent au Baccalauréat… Bulletin de l’association des anciens élèves du 25 mai 1914.

10 A. Durnerin, op. cit.

11 Bulletin de l’association, n° 140, pp. 103-104. Henri Thébaud deviendra enseignant d’utilisation des végétaux et de plans de plantation dans la section du paysage de l’ENH de 1946 à 1960.

12 Bull. de l’association …, 1931, pp. 100-101.

13 S. de Courtois, … in J’ai descendu dans mon jardin, parcs et jardins des Yvelines au XIXe siècle, Conseil Général des Yvelines, 2011.

14 Bulletin de l’association des anciens élèves de l’ENH, février 1914, pp. 119-120.

15 S. de Courtois, 2002, « Edouard André (1840-1911), René-Edouard André (1867-1942) », in Créateurs de jardins et de paysages, (M. Racine) édit.), Actes Sud/ENSP, Tome 2, 2002, pp. 52-56. En 1930, le bulletin de l’association précise que le cours d’architecture des jardins et urbanisme est passé de 24 leçons à 34 leçons (d’une heure 30).

16 B. Blanchon, Pratiques paysagères en France de 1945 à 1975 dans les grands ensembles d’habitation, rapport de recherches du Plan construction et architecture, ENSP Versailles, V. 1, 1998, p. 19.

17 B. Blanchon et Olivier Rigaud, « Edouard Redont (1862-1942) », in Créateurs de jardins et de paysages, M. Racine édit, Actes Sud/ENSP, 2002, pp. 154-157.

18 Il s’agissait de préparer l’ingénieur à se présenter au concours pour le grade d’ingénieur architecte de parcs et de jardins de la ville de Paris. Profil qui supposait une compétence affirmée de concepteurs de projet de jardins.

19 Robert Joffet, Conception, réalisation et entretien des jardins et espaces verts, le point de vue du conservateur des jardins de Paris, revue Urbanisme, n° 3-4, 1952, 18 p.

20 Annuaire de l’association amicale des ingénieurs horticoles, 1948, p. 15. En 1953, la formulation est un peu différente : « La Section du paysage et de l’art des jardins a pour but de former des paysagistes diplômés » (p.6) sans spécifier leur origine, en raison de la défection des ingénieurs horticoles.

21 Pour l’association amicale, son successeur en 1953 est Théodore Leveau, architecte, urbaniste et paysagiste, en tant que titulaire de la chaire d’architecture des jardins de l’ENH et enseignant de « théorie de l’art des jardins et composition » à la Section du paysage et de l’art des jardins. Annuaire, op. cit., 1953, p. 4 et 6.

22 E. André, op. cit., 1890

23 Il en fut de même dans la formation entre 1976 et 1995 des ingénieurs diplômés de l’ENSH devenue école de spécialisation des écoles d’agronomie (ENSA). Elle recruta en pratique des maitres es sciences en biologie de l’université, en raison de la défection des diplômés d’agronomie générale des ENSA. La décision du ministère de l’agriculture et la réalité n’ont pas convergé …